alt=Escargot|vignette|300x300px|Beaucoup d'espèces d'escargots sont hermaphrodites. L'hermaphrodisme est un phénomène biologique dans lequel l'individu présente à la fois des organes mâles et femelles, soit simultanément soit alternativement (hermaphrodisme successif). Ce concept est à la fois utilisé en botanique et en zoologie.

Le langage courant emploie ce terme pour désigner tous les cas ambigus du développement sexuel mais, dans une acception scientifique, seuls les individus ayant la capacité de se reproduire comme mâles et femelles au cours de leur vie sont considérés comme hermaphrodites Hermaphrodism, A primer on the biology, ecology and evolution of dual sexuality, John C. Avise, Columbia University Press, 2011 .

Il s'oppose au gonochorisme qui correspond au sexe séparé.

Origine du mot

Dans la mythologie grecque, Hermaphrodite est issu de l'union entre Hermès et Aphrodite, né sur le mont Ida de Troade. Alors qu'il se baignait dans une source d'Halicarnasse en Carie, la naïade de la source, Salmacis, s'éprit de lui. Repoussée, Salmacis fit alors le vœu que les dieux unissent leurs deux corps pour n'en faire plus qu'un. La naïade fut exaucée, ce qui donna naissance à un être humain mâle et femelle à la fois, que l'on a représenté dans la statuaire comme doté d'un pénis et de seins. La légende est notamment relatée dans les Métamorphoses d'Ovide. vignette|300x300px|Hermaphrodite endormi, musée du Louvre. Les représentations d'Hermaphrodite sont fréquentes dans l'art, notamment antique. L'une des plus célèbres est l’Hermaphrodite endormi, une statue de l'époque hellénistique dont les principaux exemplaires sont exposés à la Galerie Borghèse et au musée du Louvre.

Hermaphrodisme en botanique thumb|Fleur hermaphrodite de pommier. De nombreuses espèces de plantes présentent des organes de reproduction femelles et mâles sur un même organisme. Mais le terme hermaphrodisme ne s'applique qu'aux cas des plantes à fleurs (le pommier par exemple) qui portent, dans la même fleur, les organes sexuels mâles et femelles (étamine et pistil). Ces fleurs sont dites hermaphrodites. Il n'y a donc qu'un seul type de fleur.

Dans ce cas, plusieurs systèmes peuvent empêcher l'autofécondation : une arrivée à maturation à des moments différents des étamines et du pistil (hermaphrodisme successif ou dichogamie) : les organes femelles sont matures avant les organes mâles ( l'Aristoloche clématite) (protogynie); les organes mâles sont matures avant les organes femelles (protandrie) ; une auto-incompatibilité pollinique (voir allogamie). une séparation spatiale des organes (herkogamie, hétérostylie).

Des plantes portant des fleurs de types mâles ou femelles séparées ne sont pas dites hermaphrodites mais dites « monoïque » ; c'est le cas par exemple du maïs, qui porte les épis mâles en hauteur et les épis femelles plus bas.

L'androdioécie est la coexistence dans une même population de mâles et d'hermaphrodites, ce qui est bien plus rare que l'inverse (gynodioécie ou coexistence de femelles et d'hermaphrodites). De rares angiospermes sont androdioïques, dont l'arbuste Phillyrea angustifolia (anémophile), qui a fait l'objet d'une thèse pour tenter d'expliquer le taux élevé de mâles en zone méditerranéenne, alors qu'on pourrait penser qu'un tel taux n'a pas d'intérêt sélectif. L'hypothèse posée par la thèse était qu'une sélection « fréquence - dépendante » induite par une liaison génétique entre locus de stérilité femelle et locus d'incompatibilité pourrait favoriser les mâles. S'il y a stérilité femelle dominante

Hermaphrodisme en zoologie On parle d'hermaphrodisme chez un animal lorsque l’organisme possède des gonades correspondant aux deux sexes, ceux-ci ne produisant pas nécessairement les gamètes associés.

Hermaphrodisme normal On distingue trois types normaux d'hermaphrodisme.

Hermaphrodisme simultané thumb|Accouplement de la grande loche (Arion rufus). Il existe à l'état naturel chez certains animaux comme certaines cochenilles, certaines coquilles Saint-Jacques, l'escargot et le lombric. On peut assister alors à une autofécondation : la fécondation des œufs se fait par les spermatozoïdes du même organisme. Mais ce phénomène reste plutôt rare car cela ne favorise pas le brassage génétiquePhilippe Jarne et Bernard Delay, chercheurs à l’Institut des sciences de l’évolution, unité associée CNRS-Université Montpellier 2..

La plupart des fécondations chez ce type d'hermaphrodite sont donc des fécondations croisées : elles nécessitent l'accouplement entre individus, ce qui peut être facilité par la séparation très nette dans l'espace des organes des deux sexes.

Hermaphrodisme successif ou séquentiel

Certaines espèces animales (généralement marines) sont au cours de leur vie d'abord mâles puis deviennent femelles. C'est le cas, par exemple, des crépidules (mollusques marins), du poisson clown, de certains batraciens et reptiles…

On parle de protandrie lorsque les gamètes mâles sont produits avant les gamètes femelles (huître, poissons-clowns…). et, plus rarement, de protogynie dans le cas contraire (fréquent chez les espèces dont le mâle est gros, polygame et territorial : labridés, mérou…).. La troisième forme principale d'hermaphrodisme successif est l'hermaphrodisme bidirectionnel, dans lequel les animaux basculent d'un sexe à l'autre plusieurs fois au cours de leur vie (le premier cas décrit est chez un gobie étudié en laboratoire, le .).

Par ailleurs, l'hermaphrodisme simultané n'est pas nécessairement constant tout au long de la vie d'un même individu. Il peut être précédé par une phase d'hermaphrodisme successif. Dans ce cas, chaque individu passe ainsi successivement par trois stades..

Hermaphrodisme juvénile précoce Traduit les espèces gonochoriques adultes qui ont une phase hermaphrodite, mais qui ne produisent pas de gamètes lors de leur développement.

Hermaphrodisme accidentel Développement embryonnaire atypique Au cours du développement embryonnaire, des mutations génétiques peuvent survenir et donner naissance à des individus portant les attributs des deux sexes : fusion de deux embryons qui auraient dû donner un mâle et une femelle (chimère), ou bien un ovule fécondé par deux spermatozoïdes apportant respectivement un gène mâle et un gêne femelle« Distingue-t-on encore les sexes chez les hermaphrodites ? », sur Science & Vie, consulté le 2 octobre 2017..

Mise en cause de la pollution

À partir de 2003, des chercheurs danois puis bien d'autres ont mis en évidence qu'une contamination par des matières polluantes véhiculées par la chaîne alimentaire, en particulier : les PCB semblent responsables ou coresponsables d'une augmentation notable des cas d'hermaphrodisme chez les ours polaires ; aux États-Unis en Floride, le . Lou Guillette (zoologiste) constate lui, que les alligators naissent avec des attributs mâles fortement réduits, dans un lac autrefois contaminé par des pesticides ; une biologiste américaine, la . Shanna Swan, mandatée par l'Académie des Sciences des États-Unis confirme des études sur la reproduction allant dans ce sens ; un développement de pénis chez des buccins des côtes françaises a également été constaté, peut-être à cause des concentrations élevées en produits nettoyants pour les coques des bateaux ; les phtalates et d'autres œstromimétiques féminisants sont fortement soupçonnés d'être à l'origine d'une multiplication du nombre et de la gravité des malformations génitales des petits garçons. Chez le mâle on parle de syndrome de dysgénésie testiculaire pour décrire l'ensemble des symptômes associées, qui s'accompagnent aussi d'une augmentation du risque de cancer des testicules.

Dans l'espèce humaine

L'hermaphrodisme n'a jamais été observé chez l'humain, dans le sens où il n'a jamais été constaté de personne capable de se reproduire à la fois en tant qu'homme et que femme True hermaphroditism: geographical distribution, clinical findings, chromosomes and gonadal histology, G. Krob, A. Braun, U. Kuhnle, 1994 Hermaphrodite, Kevin A. Rosenfield dans Encyclopedia of Animal Cognition and Behavior, Springer, 2018 . Le terme « hermaphrodisme » (vrai ou pseudo) a cependant été employé par la médecine pour désigner l'intersexuation depuis la fin du Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités, Paris, PUF, 2008, .. On distinguait alors différents types d'hermaphrodisme. : L'hermaphrodisme vrai, lorsque le sujet possède à la fois un tissu testiculaire et un tissu ovarien, Le pseudohermaphrodisme féminin, lorsque le sujet a des gonades et un caryotype (46, XX) féminin associés à des voies génitales ainsi que des organes génitaux externes ambigus, Et le pseudo-hermaphrodisme masculin, lorsque le sujet a des gonades et un caryotype (46, XY) masculin associés à des voies génitales ainsi que des organes génitaux externes ambigus. Dans ce contexte, le terme est aujourd'hui obsolète, car il repose sur des connaissances scientifiques datées, qu'il a été construit sur des principes arbitraires, et qu'il peut être préjudiciable au patient ou au praticien Changing the nomenclature/taxonomy for intersex: a scientific and clinical rationale, AD. Dreger, C. Chase, A. Sousa, PA. Gruppuso PA, J. Frader, Journal of Pediatric Endocrinology & Metabolism. 18 (8): 729–33, août 2005, .

Obsolescence de la terminologie

Issus d'une nomenclature du , les termes « hermaphrodisme » et « pseudohermaphrodisme », employé chez les humains, ont subi une importante controverse au avec l'évolution des connaissances scientifiques, et sont aujourd'hui généralement jugés obsolètesAlice Dreger, Hermaphrodites and the Medical Invention of Sex, 1998 Christopher P. Houk, Ieuan A. Hughes, S. Faisal Ahmed, Peter A. Lee, Writing Committee for the International Intersex Consensus Conference Participants; Summary of Consensus Statement on Intersex Disorders and Their Management. Pediatrics August 2006; 118 (2): 753–757. . Ils sont en effet perçus comme potentiellement péjoratif pour les personnes concernées, et sources de confusions pour les praticiens et l'entourage. Selon l'Intersex Society of North America, ils sont également stigmatisants, scientifiquement spécieux et cliniquement problématiques Is a person who is intersex a hermaphrodite?, Intersex Society of North America Getting Rid of Hermaphroditism Once and For All, Intersex Society of North America.

D'autres expressions leur sont préférées, comme « variations du développement sexuel », voire « troubles du développement sexuel » (TDS), lorsque le développement des sexes chromosomique, gonadique et anatomique est atypique. On parlera ainsi de « TDS 46, XY » plutôt que de « pseudohermaphrodisme mâle », de « TDS 46, XX » plutôt que de « pseudohermaphrodisme femelle », et de « TDS ovotesticulaire » plutôt que d'« hermaphrodisme vrai »Lee PA, Houk CP, Ahmed SF, Hughes IA; International Consensus Conference on Intersex organized by the Lawson Wilkins Pediatric Endocrine Society and the European Society for Paediatric Endocrinology. Consensus statement on management of intersex disorders. International Consensus Conference on Intersex. Pediatrics. 2006 Aug;118(2):e488-500. . ..

Représentations dans la culture populaire

Photo, cinéma, télévision 1862 : Hermaphrodite série de clichés photographiques de Nadar avec l'assistance du docteur Maisonneuve 1985 : Mystère Alexina de René Féret avec Philippe Vuillemin, Valérie Stroh 1995 : Ring: Kanzenban, téléfilm japonais de Chisui Takigawa avec 1999 : Cowboy Bebop de Shinichiro Watanabe. Épisodes 12 et 13, Jupiter Jazz, le personnage hermaphrodite de Gren (Grencia Mars Elijah Guo Eckener). 2003 : Tiresia de Bertrand Bonello, avec Laurent Lucas, Clara Choveaux, Thiago Teles et Célia Catalifo 2004 : L'Infirmerie après les cours de Setona Mizushiro 2005 : Dr House, saison 2, épisode 13 : Confusion des genres 2007 : XXY de Lucía Puenzo 2019 : FragileVoir sur ici.tou.tv., série présentée sur Radio-Canada (auteur : Serge Boucher)