La diaspora savoyarde désigne les mouvements migratoires des populations issues de la Savoie au cours des différentes périodes de l'Histoire, et notamment du jusqu’au milieu du .
La Savoie est également devenue une terre d'immigration vers la toute fin du et de manière plus importante au cours du siècle suivant.
Histoire Les migrations savoyardes sont, selon Gilbert Maistre, spécialiste de l'émigration locale, .. L'historien Abel Poitrineau (1924-2013) qualifie ce phénomène, dans un essai publié en 1982, de Remues d'hommes., c'est-à-dire une migration temporaire afin de restreindre notamment le nombre de bouches à nourrir durant la saison hivernale.. Tant les destinations que les causes des départs sont diverses, selon les périodes. Les aires de réceptions sont principalement les régions voisines ou encore le Nouveau Monde, l'Afrique du Nord ou la Russie. Cette migration traditionnelle répond entre autres au manque de ressources locales suffisantes pour subvenir à une population nombreuse, à la nécessité de trouver un complément financier durant la longue période d'hiver ou encore d'obtenir un meilleur niveau de vie.
Migrations au Moyen Âge Au cours de la période médiévale, les Savoyards émigrent principalement au sein des États de Savoie (Piémont et Pays de Vaud) ainsi que vers les régions voisines telles que la Franche-Comté, Genève, mais également la Lorraine (et plus généralement les divers pays de langues germaniques) ainsi qu'en France, notamment en régions lyonnaise et parisienne..
Migrations contemporaines Les migrations savoyardes, au , sont saisonnières, puis deviennent définitives au cours du . Les destinations se font dans un premier temps dans les régions voisines (France, Suisse, Italie, Saint-Empire), puis tendent à se diriger vers des destinations plus lointaines. Elles sont aussi marquées par son histoire et les liens avec la France, puisqu'elle a été .
Au début du , la population du duché est estimée à , correspondant à son sommet démographique. Au cours des années 1830-1840, selon le témoignage de Joseph Depoisier (1811-1878), le nombre de départs était de .
Un rapport de recherche pour le Musée savoisien intitulé « Les flux migratoires en Savoie et Haute-Savoie 1860-2015 » (2018) précise, qu'après que l'ancien duché de Savoie a été intégré à la France, en 1860, le département de la Savoie est moins touché par le phénomène migratoire que le département voisin de la Haute-Savoie, qui possède par ailleurs ..
... vers la France Les destinations sont diverses, d'abord dans les villes et régions voisines (cantons suisses, Lyon), mais avec l'annexion révolutionnaire de 1792, ils se dirigent de plus en plus vers Paris...
+ Population : nombre d'habitants de 1860 à 1926. Années Savoie Haute-Savoie 1860 1866 1876 1896 1901 1911 1921 1926
Si on estime à environ annuellement au , il y aurait vivant en France dans au début des années 1840, soit environ ... L'historien Paul Guichonnet souligne qu'avec en 1834 et en 1860, . Au niveau local, ces dynamiques migratoires jouent sur le nombre d'habitants de certaines communes ou vallées touchées par le phénomène. Ainsi à partir des années 1886, les deux départements savoyards perdent des habitants (-7 %). En un demi-siècle, ceux-ci connaissent une baisse de leur population, à -9,87 % pour la Savoie et -4,62 % pour la Haute-Savoie. Sans prendre en compte les travailleurs saisonniers qui se dirigent vers les régions lyonnaise ou parisienne ou encore le sud de la France, la perte brute pour les départements savoyards est estimé à ..
Le directeur du Musée Municipal de Thônes, François Cochat, observe dans son histoire du Grand-Bornand que le nombre d'habitants de la commune, François Cochat, Nos vallées autrefois. Histoire du Grand-Bornand, Dépollier, Annecy, 1945, ..
En France, ces immigrés étaient souvent mal vus par les Français. On pouvait ainsi voir, sur des affiches parisiennes datant de 1850, qu'ils étaient accusés de monopoliser les emplois et de prendre la richesse française en épargnant excessivement. Ces affiches vont même jusqu'à proposer une imposition supplémentaire, de peur que cela malmène l'économie du pays..
... vers l'Europe
... vers le Nouveau Monde thumb|Premier contingent d'immigrants savoyards en route pour le Lac-Saint-Jean, 16 mai 1904 Au , les migrations savoyardes suivent le flux des différentes migrations européennes à destination du continent américain, notamment le Canada (notamment la province de la Saskatchewan), les États-Unis (principalement l'État de l'Ohio ou encore la Louisiane), le Mexique ou encore l'Argentine) ...
Le chanoine Marcel Dechavassine (1905-1965), dans sa synthèse sur la migration des Faucignerands vers l'Amérique, rappelle que les raisons de ces départs de Savoie ne sont ni la misère, ni les charges fiscales, mais un accroissement démographique conséquent.. Les choix des destinations diffères selon les provinces, le chanoine Dechavassine fait remarquer que les habitants du Faucigny se tournent plutôt vers le Canada (et l'Afrique du Nord), tandis que ceux du Chablais se dirigent vers l'Argentine. Le phénomène s'accroit notamment à partir des années 1870 avec le vignoble ravagé par le phylloxéra, mais aussi la crise l'industrie horlogère suisse dont est tributaire une partie de la population savoyarde. Par ailleurs, le choix de la migration semble favorable à l'enrôlement dans l'armée sarde (guerre de Crimée, guerres d'indépendance italiennes).
La migration vers l'Argentine se développe, et ce sont pas moins de qui partent entre 1860 et 1914. Arrivés à San José de Feliciano, les colons savoyards partent s'installer notamment dans les nouveaux villages San José (1858), de Villa Elisa (1890) et Colón (1890) dans la province d'Entre Ríos.. Cette émigration a été étudiée notamment par l'historien savoyard Claude Châtelain. Ce dernier estime que le tout premier colon savoyard à s'être installé dans cette partie du monde remonte au tout début des années 1820. En effet, ce savoyard, Antoine Dunoyer (né en 1810), est un négociant installé à Buenos Aires et originaire de Montmélian.. Il est Consul général de Sardaigne depuis 1849.. Ce dernier, avec son frère Gabriel, architecte à Chambéry, diffusent à travers la presse du duché les possibilités offertes aux candidats pour le Nouveau Monde.. Ils font notamment publier une brochure « Émigration savoisienne - Renseignements à la classe ouvrière ; République de La Plata (1853-1854) ». Parmi les Savoyards partis en Argentine, Claude Martin, originaire de l'Avant-Pays savoyard, s'enrichit dans le commerce et revient s'installer à Chambéry où il devient bienfaiteur de la ville..
La présence savoyarde sur les terres des États-Unis débute au tout début du .. Nicolas Girod joue un rôle comparable à celui d'un consul pour cette région. Ce dernier est venu en Louisiane avec deux de ses frères, des neveux et un peu plus d'une vingtaine d'habitants de Thônes, selon chanoine Pochat-Baron... Nicolas Girod deviendra maire de la Nouvelle-Orléans, le premier de 1812 jusqu'à sa démission en 1815. Son neveu, Joseph-Marie Girod, aurait été aussi, dit-on, le tout premier magistrat de cette ville. Les Thonains partis en Amériques sont appelés les « Anglais de Thônes ». Dans le sillage des Girod, des Faucignerands, notamment originaires de Samoëns.
Quelques individus partent s'installer dans la partie sud du Chili, en provenance des villages de Brizon et de Mont-Saxonnex..
Il faut attendre l'année 1873, pour que la Nouvelle-France soit proposée comme lieu d'émigration.. Les premiers départs enregistrés se font notamment dans la région de Bonneville, avant de toucher la région rochoise (Amancy, Arenthon, Saint-Sixt).. Une colonie constituée de Chablaisiens et de Faucignerands s'installent à Duck Lake (Saskatchewan), dans la partie nord du Canada.
... vers l'Afrique du Nord L'implantation des Savoyards en Afrique du Nord et notamment en Algérie, et plus particulièrement dans la région de Sétif, dans l'Est, est due notamment à la Compagnie genevoise des colonies suisses.. Cette migration débute à partir des années 1850. Sur les 10 villages installés, deux sont habités par des Savoyards, originaires principalement de la région annécienne.
Dans un article concernant l'émigration des populations de la province du Faucigny, le chanoine Dechavassine note que l'Algérie est la terre de prédilection d'émigration dans cette région, à partir des années 1870 (surtout entre 1873 et 1878). Cette période est surtout liée à la crise horlogère. L'auteur tient un décompte du nombre de migrants par villages, et indiquent que les familles faucignerandes se trouvent sur les hauts plateaux sétifiens, énumérants : Il poursuit .
... vers l'Égypte et l'Afrique de l'Ouest L'Égypte et sa région attire certains aventuriers savoyards, originaires notamment de Maurienne. En 1831, Jacques Brun, dit Antoine Brun-Rollet s'y rend et fait du commerce avec les peuples d'Abyssinie avant d'entreprendre une expédition dans la région de la haute vallée du Nil.. Il devient proconsul de Sardaigne à Khartoum. En 1839, le mauriennais Alexandre Vaudey débarque également dans le pays et devient enseignant. Il devient, en 1852, proconsul de Sardaigne en 1852.. Il est rejoint par ses deux neveux, Jules Poncet et Ambroise Poncet qui entreprennent des expéditions dans l'Est de l'Afrique, notamment à la recherche des sources du Nil.
Activités des migrants savoyards Les migrants savoyards pratiquent de nombreuses activités lors de leur installation dans leur terre d'accueil. Toutefois, l'imaginaire collectif garde celui du ramoneur et notamment des enfants pratiquants cette activité.
Les ramoneurs thumb|redresse=0.8|Le Savoyard et la marmotte, toile d'Antoine Watteau, 1716. Le migrant savoyard reste dans l'imaginaire collectif, tant en France que dans les pays alémaniques, un ramoneur.. Toutefois, la réalité historique est tout autre puisque ceux-ci ne représentent qu'un faible pourcentage des migrants. Selon une étude réalisée par l'abbé Louis Rendu, en 1838, sur comptabilisés, les ramoneurs ne représentent que , soit un peu moins de 2 % des partants... De plus, il semblerait que la majorité des ramoneurs de Paris soient en réalité originaires d'Auvergne.
Face à l'évolution du bâti, les cheminées d'appartement ou de demeures deviennent plus étroites. Ces cheminées, face aux risques d'incendie et la réglementation, doivent être régulièrement nettoyées. Le recours au travail des enfants devient alors nécessaire. Ces derniers sont recrutés à l'automne en Savoie par un patron. Ce dernier promet généralement de s'occuper des enfants qu'il prend en charge, mais les laisse, une fois en ville, mendier de quoi se nourrir. Les enfants sont régulièrement battus s'ils ne rapportent pas assez à la fin de leur travail. Le recrutement de ces enfants se fait principalement dans la vallée de la Maurienne et dans quelques villages de Tarentaise.
Les auteurs, retranscrivant l'enquête de Rendu (1845) dans l'ouvrage Mœurs et coutumes de la Savoie du Nord au , rapportent l'exemple dans les vallées de Thônes avec le témoignage sur les usages de ces , notamment le témoignage du maire de Thônes en 1811., cité notamment par le chanoine et historien local François Pochat-Baron (1860-1951).. Ce dernier indique au sous-Préfet que les communes touchées par ce phénomène dans les vallées sont Les Clefs, Manigod et Serraval. Le curé de Serraval, dans les Aravis, indique dans une section dédiée à ces migrations . Ces maîtres ramoneurs , à la promesse . La migration s'effectue principalement dans les départements .
Une fois en ville, ces enfants sont obligés de mendier afin de se nourrir. Ils sont, par ailleurs, régulièrement battus s'ils ne rapportent pas assez à la fin de leur travail.