Ahmed Douma (en  ), né le dans le gouvernorat de Beheira, est un militant et blogueur égyptien, considéré comme une « icône » de la révolution égyptienne de 2011. Il participe à la création de plusieurs mouvements d'opposition. Plusieurs sources relèvent qu'il est arrêté sous tous les gouvernements successifs dans la période récente. Il est condamné en à la prison à perpétuité. En , bénéficiant d'une grâce présidentielle, il retrouve la liberté après dix années passées en prison.

Jeunesse et formation Ahmed Douma naît le dans le gouvernorat de Beheira. Son père, proche des Frères musulmans, est directeur d'école. Après des études d'informatique, il étudie le droit à l'université de Tanta.

Militantisme et arrestations Ahmed Douma est considéré comme une « figure importante », une « icône », voire un « fer de lance » de la révolution égyptienne de 2011. Il participe à la création de Kifaya et du Mouvement de la jeunesse du 6 avril. Il est aussi membre du fondé par Hamdine Sabahi. Plusieurs sources relèvent qu'il a été arrêté sous tous les gouvernements successifs dans la période récente Sous la présidence d'Hosni Moubarak thumb|alt=Ahmed Douma de face, faisant d'une main le V de la victoire et tenant de l'autre un bouclier|Ahmed Douma pendant les manifestations de la « journée de la colère », le 25 janvier 2011, au Caire.

Sous la présidence d'Hosni Moubarak, le , Ahmed Douma, alors étudiant en droit à l'université de Tanta, est arrêté pour avoir franchi illégalement la frontière de l'Égypte avec la bande de Gaza avec un groupe de militants pro-palestiniens durant la guerre de Gaza de 2008-2009. Il est jugé par un tribunal militaire et condamné le à un an de prison et LE d'amende pour franchissement illégal de frontière et diffusion de blogue sur cette guerre. Selon l'ONG Alkarama il est torturé durant sa détention et libéré dix huit jours après le terme de sa peine.

Ahmed Douma est à nouveau arrêté durant une manifestation du au Caire, puis, selon lui, torturé. Le , il est condamné en première instance à six mois de prison pour avoir, selon l'accusation, agressé seize officiers de police lors de cette manifestation. Le , en appel, sa peine est ramenée à trois mois de prison et Douma est immédiatement incarcéré. Selon une déclaration de six organisations de défense des droits de l'homme et une plainte introduite en , par le Centre Al Nadeem de réhabilitation des victimes de violence, Douma aurait en fait été agressé par deux officiers de police durant la manifestation du . Son maintien en détention au terme de la peine ayant donné lieu à des manifestations au Caire en , il est libéré avec six jours de retard.

En , peu après avoir été arrêté à la sortie d'un meeting de Mohamed el-Baradei, mis au secret puis relâché, Ahmed Douma déclare à James Hider du Times de Londres avoir été détenu vingt cinq fois et avoir eu ses jambes et son bras cassés par ses geôliers sans pouvoir avoir accès à des soins médicaux.

Sous l'autorité du Conseil suprême des forces armées thumb|alt=Silhouettes de personnes sur un toit lançant des projectiles.|Le , la dispersion d'un sit-in pacifique devant le siège du gouvernement égyptien fait, parmi les manifestants, dix-sept morts et plus de mille victimes. Au cours des affrontements, l'Institut d'Égypte est brûlé. Sur la photo, des militaires lancent des projectiles sur les manifestants.

Sous l'autorité du Conseil suprême des forces armées dirigé par le maréchal Mohamed Hussein Tantawi, en , Ahmed Douma entreprend une grève de la faim pour protester contre l'emprisonnement du blogueur Alaa Abdel Fattah.

Après avoir, lors d'une émission télévisée diffusée en , déclaré qu'il avait incité des manifestants contre les forces de l'ordre, Douma est emprisonné pour quinze jours en au motif d'investigations. Il est notamment accusé d'avoir, lors des violentes manifestations au Caire de qui ont fait dix sept morts et des centaines de blessés, contribué à l'incendie de l'Institut d'Égypte. L'accusation repose en partie sur une séquence d'émission télévisée diffusée en sur la chaîne , durant laquelle Douma déclare avoir lancé des cocktails Molotov . Douma a ultérieurement justifié ses propos en disant qu'il ne fallait pas les prendre dans leur sens littéral, mais comme une justification du droit à l'autodéfense des manifestants. Son avocat fait également valoir que les enregistrements vidéo utilisés à charge contre Douma ne permettent ni de l'identifier, ni de voir des cocktails Molotov. Son emprisonnement est ensuite reconduit pour la même raison. Il est finalement libéré en , après cent jours d'emprisonnement, après qu'un juge a considéré que son appel à la violence n'était qu'« implicite », les propos incriminés de Douma concernant un « droit des révolutionnaires à se défendre ».

Sous la présidence de Mohamed Morsi Sous la présidence de Mohamed Morsi, en , après le limogeage de Mohamed Hussein Tantawi, Douma porte plainte contre ce dernier, ainsi que Sami Hafez Annan, et un autre responsable militaire pour l'assassinat de manifestants au début de la révolution égyptienne de 2011.

En , un mandat d'arrêt est émis contre lui pour incitation à la violence contre les Frères musulmans. Douma est accusé d'avoir, quatre mois plus tôt, tweeté un appel à la destruction du siège des Frères musulmans, écrivant que c'était un « acte révolutionnaire ». David Kirkpatrick du New York Times relève toutefois que Douma s'était corrigé le lendemain, tweetant : « Considérez-le comme une reculade, de la couardise ou ce que vous voudrez : je m'excuse pour mes propos sur le siège des Frères musulmans, bien que j'y croie et j'appelle tous les jeunes à un sit-in pacifique en préparation d'une désobéissance civile pour renverser le régime». Le même journaliste note également qu'après avoir été blessé au visage lors d'affrontements avec les Frères musulmans le , Douma, tout en écrivant qu'il ne « pleurerait pas sur la mort d'un chien de Frère musulman », avait appelé à montrer aux Frères musulmans « le respect de l'humanité et de la dignité pour lesquels la révolution a eu lieu ».

En , Douma est arrêté à Tanta, accusé d'avoir répandu de fausses nouvelles lors d'une émission télévisée en traitant le président Morsi de « tueur » et de « criminel » pour son rôle allégué dans l'assassinat d'opposants. Sa mise au secret sans possibilité de contact avec son épouse ou ses avocats suscite des protestations. En , à la suite d'une plainte déposée par un partisan du président Morsi, Douma est condamné à six mois de prison pour insulte au président et diffusion de fausses nouvelles, la cour considérant que « de tels actes sapent la sécurité de l'État et terrorisent les gens ». Douma ayant fait appel et sa famille ayant payé la caution de LE, la cour ordonne sa libération, mais il reste mystérieusement introuvable. Il est en fait gardé en détention pour des charges distinctes d'incitation à la violence. Douma commence une grève de la faim en pour protester contre sa détention et ce qu'il qualifie de campagne pour faire taire l'opposition.

Sous la présidence intérimaire d'Adli Mansour thumb|upright|alt=portrait d'un homme assis regardant de face|Ahmed Maher, l'un des fondateurs du mouvement du 6 avril, condamné avec Ahmed Douma.

Sous la présidence intérimaire d'Adli Mansour, le , la cour criminelle du Caire l'acquitte des charges d'incitation à la violence et ordonne sa libération. En , Douma est condamné en appel à une amende de LE au titre des insultes alléguées au président Morsi.

Le , Ahmed Douma est arrêté à son domicile au Caire pour participation à une manifestation interdite, résistance aux forces de l'ordre et vandalisme. C'est le premier procès visant des militants des mouvements de jeunesse ou des militants non islamistes depuis la destitution du président Morsi par l'armée. Douma, ainsi que Ahmed Maher et jugés en même temps que lui, sont condamnés à trois ans de travaux forcés et LE d'amende. Cette première condamnation de militant non islamistes depuis la destitution de Morsisuscite en Égypte des manifestations de soutien aux condamnés. Pour quatorze ONG égyptiennes, elle signifie le retout d'un « état policier plus brutal que jamais ». Elle entraîne également une protestation officielle de la Communauté européenne et des États-Unis. L'examen de l'affaire en appel, prévu en , est reporté à plusieurs reprises ; leurs avocats font état de mauvais traitements au tribunal-même et la famille de Douma, d'une détérioration de sa santé, après qu'il a entrepris une grève de la faim. Le jugement d'appel, rendu public en , confirme les peines décidées en première instance. Les avocats des condamnés annoncent leur intention de se pourvoir en cassation, voire de saisir la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. Le Département d'État des États-Unis se dit « profondément troublé » par ce verdict et .

Sous la présidence d'Abdel Fattah al-Sissi thumb|alt=Khaled Ali de profil, regardant vers la gauche, devant des micros tendus vers lui.|Khaled Ali, l'un des avocats d'Ahmed Douma, annonçant sa candidature à l'élection présidentielle de 2012.