vignette|upright=1.4|Échantillon RaesDu nom de Gilbert Raes, directeur du laboratoire de technologie des textiles de Gand. prélevé sur le suaire, adjacent à la région subséquemment choisie pour le prélèvement des échantillons soumis à la datation au carbone 14. vignette|Négatif du visage du linceul de Turin, 1898 Le Suaire de Turin, une pièce de lin communément associée à la crucifixion et l'ensevelissement de Jésus-Christ, a fait l'objet de multiples tests scientifiques, le plus connu d'entre eux étant la datation au carbone 14 dans le but de déterminer l'authenticité de la relique. En 1988, trois laboratoires datèrent des échantillons prélevés sur le suaire et parvinrent à la conclusion que ce dernier datait d'entre 1260 et 1390 ce qui coïncidait avec la première apparition du suaire en France vers le milieu du P. E. Damon et al., "Radiocarbon dating of the Shroud of Turin", Nature; 337, 611-615 (1989).

Cette datation a été contestée et des doutes ont été émis notamment quant à l'emplacement où furent prélevés les échantillons sur le suaire et quant au traitement statistique permettant d'obtenir cette fourchette. Ces critiques ont à leur tour été réfutées mais le débat reste vif.

Historique

Création du Sturp (1978) L'idée d'une datation du Suaire de Turin selon des méthodes scientifiques a été évoquée pour la première fois dans les années 1960 mais celle-ci ne fut pas retenue en raison du fait que la portion de tissu requise pour cette étude était, à l'époque, beaucoup trop importante (). Le développement dans les années 1970 de la technique de datation au radiocarbone requérant de moins en moins de matériel pour être utiliséeHarbottle, G. - W. Heino - Carbon Dating the Shroud of Turin - A Test of Recent Improvements in the Technique - Archaeological Chemistry IV, Allen Ralph O. ed., Advances in Chemistry Series 220, American Chemical Society, Washington D.C, 1989, Chapter 16, . décida l'Église catholique à accepter le programme du Shroud of Turin Research Project (Sturp). Le Sturp était constitué d'une trentaine de scientifiques, des croyants, des non croyants. Certains comme Allan Adler ou Barrie Schwortz, étaient de confession judaïqueWilson, I., "The Blood and the Shroud: New Evidence that the World's Most Sacred Relic is Real," Simon & Schuster: New York NY, 1998, .

Le groupe du Sturp avait initialement prévu de mener un nombre important d'expérimentations sur le suaire dont une datation au radiocarboneJumper, E.J., and Mottern, R.W. (1980). Scientific investigation of the Shroud of Turin. Appl. Opt 19, 1909–1912Jumper, E.J. - An Overview of the Testing Performed by the Shroud of Turin Research Project with a Summary of Results - IEEE 1982 Proceedings of the International Conference on Cybernetics and Society, October 1982, .

Une commission dirigée par le chimiste Robert H. Dinegar et le physicien Harry E. Gove consultèrent de nombreux laboratoires qui étaient capables de réaliser, à cette époque (1982), une datation au radiocarbone sur de petits échantillons de tissus. Six laboratoires manifestèrent de l'intérêt dans la démarche. Ils se rangent en deux catégories selon la méthodologie utilisée:

Deux utilisaient une approche par compteur proportionnel à gaz: le Brookhaven National Laboratory, Upton, New York, États-Unis; l'Établissement de recherche atomique d'Harwell, Harwell, Oxfordshire, United Kingdom; Quatre utilisaient la spectrométrie de masse: le Nuclear Structure Research Laboratory, Université de Rochester, Rochester (New York), États-Unis; l'Université d'Oxford,United Kingdom; l'Université d'Arizona, Tucson, Arizona, États-Unis; l'École polytechnique fédérale de Zurich, Suisse.

Afin d'obtenir des résultats indépendants et reproductibles, et pour éviter les conflits entre les laboratoires, il fut décidé que chacun des laboratoires pourrait réaliser le test en même tempsRobert Patruno, E quel falso lenzuolo diventò un business. La Repubblica, October 15, 1988, .

Critique du Shroud of Turin Research Project (Sturp) Selon Joe Nickell, le Sturp était une émanation de la « Holy Shroud Guild » (Guilde du Saint-Suaire) dont l'objectif était de défendre l'authenticité du linceul. Toujours selon lui, le Sturp était constitué d'une trentaine de scientifiques pour la plupart croyants et dont les leaders faisaient partie du conseil exécutif de la guildeNickell, Joe (2004) The Mystery Chronicles : More Real-Life X-Files, University Press of Kentucky, Lexington, KY, . Il apparaît aussi que le Sturp se défit de Walter McCrone, docteur en chimie organique et considéré à l'époque comme le meilleur spécialiste mondial de microscopie car il était arrivé à des conclusions qui ne concordaient pas avec les convictions religieuses des membres du Sturp. Il était en effet arrivé à la conclusion que les « taches de sang » trouvées sur le linceul étaient en réalité des pigments et que l'ensemble de l'image avait été peinte en utilisant la technique de la détrempeKenneth L. Feder, Encyclopedia of Dubious Archaeology: From Atlantis to the Walam Olum, ABC-CLIO/Greenwood, 2010, , PP. 241-243.

La fracture de 1985 entre le Sturp et des laboratoires candidats En 1982, le Sturp publia la liste des tests à appliquer au Suaire de Turin. Ces expérimentations avaient pour but d'identifier la manière dont l'image s'était imprimée sur le tissu, d'en vérifier l'origine et pour identifier les meilleures méthodes de conservation. Un désaccord survint entre le Sturp et les laboratoires, il devait conduire à une profonde ruptureSchafersman, S. D. - Are the STURP scientists pseudoscientists? - The Microscope 30 No.3, 1982, . Le Sturp entendait mener un examen radiométrique sous sa propre égide et après que les autres examens soient réalisés. Les laboratoires pensaient que la datation au radiocarbone était « Le » test prioritaire entre tous. Il devait donc être mené même si cela devait conduire à l'éventualité de nuire à la planification d'autres testsPower, B.A. - Implications of Energy Compressibility for Shroud of Turin Image-Process and Carbon-14 Dating - Typescript - Dorval, Québec, Canada, Jan. 20, 1984, .

Le protocole de Turin de 1986 Une réunion se tint avec les autorités ecclésiastiques le pour déterminer la marche à suivre. À l'issue de celle-ci, un compromis fut trouvé : le « protocole de Turin »Jennings, P. - Art Historian Not Convinced the Shroud is a Fake - Our Sunday Visitor, Oct. 23, 1988, .Jennings, P. - Shroud of Turin to Undergo Radiocarbon Testing - Our Sunday Visitor, Feb. 14, 1988, qui stipulait que :

Seule l'expérimentation au radiocarbone serait menée ; Les échantillons comporteraient ceux du suaire et des étoffes témoins, indistinguables les unes des autres (Test à l'aveugle) ; Les tests seraient menés concomitamment par 7Nell'occasione si era aggiunto ai candidati anche il laboratorio francese di Gif-sur-Yvette laboratoires sous la supervision de l'Académie pontificale des sciences, l'Archidiocèse de Turin et le British Museum ; Les deux méthodes de datation seront adoptéesTerrasi, F. - Lettera - Sulla datazione del carbonio-14 - Didattica delle Scienze, No. 149, Ottobre 1990, .van Haelst, R. - Radiocarbon dating and the Shroud of Turin - Typescript, Symposium Scientifique International de Paris sur le Linceul de Turin, 7-8 Septembre 1989, ; Les échantillons confiés aux laboratoires pèseraient , ce qui équivaut à un morceau de du suaireMechtilde Flury-Lemberg, esperta mondiale in tessuti appartenente alla Fondazione Abegg di Berna. In altre occasioni verrà chiamata per eseguire studi sul lenzuolo; in particolare nel 2000 fece parte di una commissione creata per studiare i metodi migliori per la conservazione del lino; nel 2002 ha eseguito alcuni studi sulle toppe che coprivano i buchi causati dall'incendio di Chambery ;

Les échantillons seront remis par les soins du British Museum ; Les laboratoires ne communiqueront pas entre eux durant la phase de test ni ne divulgueront les résultats de leurs analyses à d'autres que les trois autorités supervisant l'opérationPrestipino, C.A. - Il carbonio-14 e la S. Sindone - Didattica delle Scienze, No. 147, Aprile 1990, .Prestipino, C.A. - Replica - Sulla datazione del carbonio-14 - Didattica delle Scienze, No. 149, Ottobre 1990, .

Le Vatican décida cependant par la suite d'adopter un autre protocoleAnderson, I. - Vatican undermines tests on Turin shroud - New Scientist, January 21, 1988, . Le , le porte-parole du Vatican annonça dans le journal La Stampa que la procédure serait accomplie par deux voire trois laboratoires au maximum ; Le , le cardinal Anastasio Ballestrero annonça officiellement aux sept laboratoires que la méthode par compteur proportionnel à gaz ne sera pas utilisée parce qu'elle nécessiterait la destruction d'une partie trop importante du suaire (en grammes plutôt qu'en milligrammes)White, N.R., D. Phil Thesis, Oxford, 1981Van Oosterwyck-Gastuche, M.-C. - Âge medieval du Linceul de Turin: Les étapes d'un bluff technologique - Science et Foi- Les Nouvelles du CESHE (Cercle Scientifique et Historique, Tournai, Belgique), No. 19, 1991, , que seuls trois laboratoires, Oxford, Tucson et Zurich recevraient des échantillons à tester. L'unique institution qui superviserait ces examens serait le British Museum en la personne du docteur Michael Tite. Ces latitudes prises par le Vatican par rapport au protocole de Turin de 1986 furent sévèrement critiquéesRaloff, J. - Controversy Builds as Shroud Tests Near - Science News, April 16, 1988, .

L'analyse en « test à l'aveugle » fut abandonnée en raison du fait que la structure à chevrons, trois pour un, était aisément reconnaissable sur les échantillons. Le broyage des échantillons n'aurait pas résolu le problème et aurait rendu plus long et plus ardu le nettoyage des échantillonsRadiocarbon Dating of the Shroud of Turin, Damon et al, Nature, Vol. 337, No. 6208, , 16th February, 1989.. Le professeur Harry Gove, directeur du laboratoire de Rochester (l'un de ceux qui ne furent pas retenus par le Vatican) expliqua, dans une lettre ouverte adressée à la revue NatureH. E. Gove, Radiocarbon-dating the shroud, Nature 333, 110 (1988) que le fait d'écarter une analyse en « double aveugle » jetterait le discrédit sur l'ensemble des résultats quels qu'ils soient. Cependant, en 1990, Gove concéda cependant que l'absence de test à l'aveugle n'est pas une raison substantielle suffisante pour invalider les résultatsDating the Turin Shroud-An Assessment. H E Gove, Nuclear Structure Research Laboratory, University of Rochester, Rochester, New York, in Radiocarbon, Vol. 32, No. 1, 1990, , at https://journals.uair.arizona.edu/index.php/radiocarbon/article/viewFile/1254/1259.

Dans l'âpre débat qui suivit, le porte-parole de l'Église déclara que: .

Le protocole définitif Les modifications apportées au protocole suscitèrent une nouvelle controverse parmi les scientifiques si bien que l'expérimentation fut postposéeAnonymous - Shroud Dating Isn't Ironed Out - Science News, 1987, 132, .

Le , dix années après que le Sturp a vu le jour, le directeur scientifique du British Museum, Michael Tite publia dans la revue Nature le protocole définitif :

Les laboratoires retenus sont Oxford, Zurich et Tucson ; Chacun recevra un échantillon de issu d'une portion unique du suaire ; Les laboratoires recevront deux échantillons contrôles issus de deux étoffes anciennes différentes ; Les échantillons seront remis à des représentants des laboratoires à Turin ; L'ensemble des tests seront filmés ; Il n'y aura pas de comparaison des résultats obtenus (pas de communication) entre les laboratoires jusqu'à ce que ceux-ci soient certifiés et définitifs, univoques et complets ; La méthode du Compteur proportionnel à gaz ne sera pas retenue parce que trop destructrice.