La Revue du chant grégorien est une publication bimestrielle consacrée au chant grégorien, fondée en 1892 à Grenoble par l'abbé Cyrille Vincent-Martin († 1896). avec le concours de Dom Joseph Pothier. Il s'agit de la première revue française concernant ce sujet, avec la série paléographie musicale de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes (depuis 1889). Sa parution continua jusqu'à ce que ne l'empêche la Seconde Guerre mondiale, en 1940.
Le titre exact est Revue du chant grégorien, et non Revue de chant grégorien parfois employé. Cette revue, indispensable pour les études, est citée souvent sous l'abréviation RCG..
Histoire Création La Revue du chant grégorien naquit à Grenoble en 1892, et avait été fondée par le chanoine Cyrille Vincent-Martin. Son origine peut remonter à 1891, avec le chanoine DuportD'après le Journal de Vienne et l'Isère, n° 38, le dimanche 19 septembre 1880 : « M. le chanoine Duport, professeur au grand séminaire et ancien chantre de la cathédrale de Grenoble, officiera à la grand'messe et aux vêpres. », selon l'Académie delphinale (1922), dont le bulletin suggère un lien entre sa création et le Grand séminaire de Grenoble.
Ce lancement était courageux, car à l'époque, l'usage de chant grégorien était quasiment en dehors de l'autorité ecclésiastique, hormis dans quelques paroissesp. 25 ; il s'agissait du Graduel romain (édition Rémo-Cambraisienne). et auprès des communautés bénédictines en France ; le Liber gradualis fut publié en 1883, en tant que livre de chant officiel de son ordre, uniquement réservé aux communautés bénédictins en France, afin d'éviter le conflit avec le Saint-Siège. En effet, le privilège octroyé à l'édition de Ratisbonne interdisait de la publication semblable.. D'abord, le Vatican conservait sa protection pour l'édition de Ratisbonne, à savoir néo-médicéenne, avec un privilège de 1871 à 1901. Ensuite, la France subissait encore le gallicanisme. Enfin, la composition et l'utilisation du plain-chant musical ; il s'agissait d'un chant monodique, mais construit sur les deux modes majeur et mineur, donc qui était très différent du chant grégorien. étaient fréquentes. Aussi était-il normal que l'abbé Vincent-Martin ait demandé à Dom Joseph Pothier, restaurateur le plus connu du chant grégorien à l'époque, de soutenir ce nouveau projet, afin d'éviter son échec. Dom Pothier, quant à lui, avait été opposé au lancement de la série Paléographie musicale, non que le sujet ne fût pas favorable mais parce que les finances de Solesmes risquaient de devenir défaillantes, en raison de plusieurs publications non officielles. Ecarté par celle-ci, mais en profitant de la revue de Grenoble, ce musicologue pouvait obtenir de nombreux lecteurs.
L'abbé Vincent-Martin plaçait son bureau de la Rédaction-Adminstraction au 2, rue Paul-Bert, actuellement sur la place Victor-Hugo. Pour l'édition, il choisit l'imprimerie Baratier et Dardelet.
La première revue parut le , fête de l'Assomption de Marie. Grâce aux commentaires de Dom Pothier, la publication était effectivement appréciée ainsi que contribua considérablement à améliorer la connaissance des mélodies grégoriennes.
Succession par Dom Joseph Pothier
Simultanément, une grande élévation de Dom Joseph Pothier se profila tandis que la revue en profitait vraisemblablement. D'abord, à la suite d'une demande de l'abbaye Saint-Martin de Ligugé, il devint prieur claustral de Ligugé en . Puis en en continuant son soutien pour la revue, Dom Pothier fut envoyé, en qualité de supérieur, à Saint-Wandrille-Rançon afin de rétablir la tradition monastique de l'ancienne abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle, antique monastère duquel ce musicologue allait devenir le nouvel abbé régulier en . Avant cette consécration, l'abbé Vincent-Martin mourut à Grenoble en 1896. Comme Dom Pothier lui succéda suite de ce trépas, la publication se poursuivit sans interruption.
Cette revue enregistrait le changement d'attitude de Rome dans les années 1890, ce que souhaitaient l'abbé Vincent-Martin, Dom Pothier et Solesmes :
Soutien par Dom Alexandre Grospellier et succession par Dom Lucien David Avant que la Première Guerre mondiale n'empêche la publication, Dom Pothier connut une difficulté d'ordre géographique. Certes, l'élection de nouveau pape saint Pie X et l'officialisation suivante du chant grégorien en 1903 étaient vraiment favorables pour la revue, mais en le Souverain Pontife nomma Dom Pothier le président de la première commission pour l'Édition Vaticane. Il lui fallait donc demeurer désormais à Rome, de fait, jusqu'à la publication de l'antiphonaire en 1912. Heureusement, Dom Pothier trouva son précieux collaborateur au sein de son propre monastère de Saint-Wandrille ; il s'agissait de Dom Lucien David, lequel devint son secrétaire et qui était capable de soutenir les tâches difficiles en faveur de l'édition de Pie XLors de la nomination de Dom Pothier, ce jeune moine séjournait à Rome, pour ses études, auprès de l'Athénée pontifical Saint-Anselme. (http://xavier.mail.online.fr/BiographieDomPothier.htm)
Cette succession devint définitive, car, en faveur de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, trois religieux français fondèrent en 1910 une nouvelle revue bimestrielle Revue grégorienne, puis sortirent son premier tome en . D'une part, la série Paléographie musicale de Solesmes subit un certain nombre de désabonnements, en raison des pages d'études grégoriennes de Dom André Mocquereau. Il valait mieux séparer les fonctions de publicationhttps://archive.org/stream/palographiemus1889gaja#page/n19/mode/2up. D'autre part, en tant que président de la commission, Dom Pothier connaissait un important conflit avec Solesmes depuis la publication du kyriale de l'Édition Vaticane en 1905 ; d'une part, la majorité de la commission n'était pas d'accord pour le choix de Solesmes, les manuscrits les plus anciens ; d'autre part, Dom André Mocquereau demandait que l'édition adopte officiellement ses signes rythmiques ; en 1911 encore, le Saint-Siège hésitait et résistait à y imprimer ces graphies qui, en fait, avaient été inventées sous influence de la musique classique ; ce serait la raison pour laquelle ces deux revues bimestrielles devinrent désormais rivales. ; toutefois, Dom Lucien David favorisait, en 1909, les éditions rythmiques de Solesmes, après être allé en juin à l'abbaye Notre-Dame de Quarr où étaient en exil les moines de Solesmes, selon la Revue du chant grégorien, juillet-août 1909, p. 191.. De sorte que fut renforcé le lien entre la Revue du chant grégorien et l'abbaye de Saint-Wandrille.
Étant donné que les deux religieux devaient rester à Rome en faveur de leur mission pour la curie pontificale, il fallait l'existence des collaborateurs à Grenoble. Si la publication pouvait s'y poursuivre, c'était notamment grâce au chanoine Alexandre Grospellier, un des consulteurs de la commission ainsi que professeur du chant grégorien du grand séminaire de GrenobleAcadémie deophinale, Bulletin, Grenoble 1922, p. 12 : « Grospellier fut un des collaborateurs assidus de la Revue du Chant Grégorien, fondée à Grenoble en 1891, par le Chanoine Duport, professeur au Grand séminaire. ». Aussi quelques articles de celui-ci se trouvent-ils exactement dans la revue, pendant que la commission était maintenue. Même après que cette dernière fut définitivement été désunie, Dom Grospellier continuait à soutenir le président Dom Pothier, en qualité de consulteur. Cependant, le chanoine décéda brutalement en 1908 ; Dom David lui succéda alors à la direction de la Revue et ses articles devinrent à partir de 1910 assez nombreux et les principales contributions de la revue, la rédaction ayant été dorénavant confiée à ce moine. Après la publication de l'antiphonaire en 1912, Dom Pothier, d'un âge déjà avancé, rentra en 1913 en Belgique où son abbaye se trouvait exiléep. 460 ; Dom Pothier fut reçu une dernière fois en audience par le pape Pie X le 23 décembre 1912, selon un document officiel et la biographie de Dom Pothier. Il continua cependant à participer au projet.
Témoignage de l'Édition Vaticane Durant cette rédaction de l'Édition Vaticane, la revue obtenait une autre fonction. De fait, en profitant de cette revue, Dom Pothier fit renseigner en détail les travaux de la commission :
Parfois, la Revue du chant grégorien publiait la traduction complète des lettres officielles concernant ce sujet, adressées à ainsi que par Dom Pothier :
Suspension et cessation par les deux Guerres mondiales À cause de la guerre, l'interruption de la revue dura enfin cinq ans. Toutefois, en 1919, la publication fut rétablie, encore une fois sous la direction de Dom David. Le bureau de la revue restait toujours à Grenoble. Dom David effectua pareillement plusieurs publications concernant la musique liturgique telle la série Analyses grégoriennes pratiques, à partir de ce Bureau Grégorien dans cette ville.
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la publication de la Revue du chant grégorien fut de nouveau interrompue en 1940. . Il semble que le tome II sorti dans cette année soit la dernière publication.. Cette fois-ci, le rétablissement du bureau n'eut pas lieu alors que l'abbaye de Solesmes réussit à rétablir ses publications après la guerre. Dom David, ayant perdu son bureau à Grenoble, continua cependant à sortir plusieurs livres, auprès de son abbaye de Saint-Wandrille jusqu'à son décès.
Numérisation En dépit de nombreuses citations, il existe actuellement peu de numérisations disponibles, mis à part quelques dossiers payants. Ainsi, la Bibliothèque nationale de France ne dispose aucun exemplaire numérisé. À l'exception de l'empêchement durant la période de la Première Guerre mondiale, la publication solide sans interruption à Grenoble suggère une contribution du grand séminaire de Grenoble, situé à moins un kilomètre du bureau, au regard de la rédaction.
Principaux auteurs Dom Joseph Pothier (1835 - † 1923) : abbé de l'abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle ; président de la commission pontificale pour l'Édition Vaticane (1904 - 1914p. 460, note n° 251 et p. 461 ; certes, après que Dom Pothier avait été reçu par le pape à la fin de l'année 1912, la commission cessa en principe sa fonction. Pourtant, celle-ci ne fut pas formellement supprimée jusqu'au motu proprio daté du 16 janvier 1914.) André-Antonin Lhoumeau (1852 - † 1920) : conseiller général (1896) puis supérieur général (1903) de la compagnie de Marie ; musicologue, maître de chapelle et collaborateur de Dom Pothier ; fondateur de la revue Le Règne de Jésus par Marie (1900) puis La Revue des Prêtres de Marie (1908).. Dom Alexandre Grospellier (1856 - † 1908) : professeur du chant grégorien auprès du grand séminaire de GrenobleIl est probable que Dom Grospellier était le successeur du chanoine Duport, ancien chantre de la cathédrale de Grenoble. ; consulteur de la commission pontificale de l'Édition Vaticane (1904 - 1908) Amédée Gastoué (1873 - † 1943) : professeur du chant grégorien auprès de la Schola Cantorum de Paris et de l'Institut catholique de Paris ; consulteur de la commission pontificale pour l'Édition Vaticane (1904 - 1914) Dom Lucien David (1875 - † 1955) : moine et prieur claustral de l'abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle. ; musicologue grégorien. ; consulteur rejoint à la commission pontificale (1905 - 1914)
Voir aussi Chant grégorien Joseph Pothier Paléographie musicale Liens externes Liste de revues retrouvées selon l'Académie de chant grégorien (1893 - 1940) Table alphabétique et articles 1893 - 1894 :
Références bibliographiques Marie-Emmanuel Pierre, Cantabo Domino, Cours de chant grégorien, Abbaye Saint-Michel de Kergonan, Plouharnel 2005 343 p.
Pierre Combe, Histoire de la restauration du chant grégorien, d'après des documents inédits, Solesmes et l'Édition Vaticane, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 1969, 488 p.
Eugène Cardine, Vue d'ensemble sur le chant grégorien, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2002 31 p.