Chronologie de l'économie Années 1960 - Années 1970 - Années 1980

Les sociétés occidentales, après l’invention de la pilule contraceptive et avant que ne surgisse le virus du sida, c’est-à-dire pendant les années 1970, pratiquent un hédonisme certain, observe Dominique Sels : « les années soixante-dix cultivent l’amour libre, cette scène s’est refermée aujourd’hui. Le plaisir explose, on l’honore, on s’incline devant lui (...) ; comme si une rétroactivité pouvait s’appliquer, on veut se rattraper. »Dominique Sels, San Fernando Valley, impressions, éd. de la Chambre au Loup, 2010, p. 97. Cet hédonisme vaudra à la décennie le surnom de parenthèse enchantéeMichel Spinosa, La Parenthèse enchantée, Dacia Films, 2000. Événements : fin du « Gold Exchange Standard » ; effondrement du système monétaire issu des accords de Bretton Woods en 1944. Le président Richard Nixon décide l’inconvertibilité du dollar par rapport à l’or, à la suite des tensions permanentes sur cette monnaie. Cette décision est prise sans consulter les partenaires (autres pays occidentaux et Japon). Or le système monétaire international reconstruit à Bretton Woods en 1944 reposait sur deux piliers principaux. Un système de changes fixes entre monnaies (avec de très faibles marges de fluctuations) et la reconnaissance du dollar comme monnaie de réserve internationale (as good as gold), on a parlé de Gold Exchange Standard (étalon de change or). L’accumulation des déficits américains encore accrus par les dépenses afférentes à la guerre du Viêt Nam entraînait dans les années 1960 et dans les premières années de la décennie 1970 de très fortes pressions sur la monnaie américaine. Or sa fonction de monnaie de réserve mondiale gênait fort peu les États-Unis et ne les incitait pas à mieux contrôler leurs déficits. Le dollar étant convertible en or, tout au moins dans les échanges entre banques centrales, le danger que les autres pays exigent la conversion en or de leurs excédents de dollars était sérieux, ce qui permet de comprendre la décision de Nixon. Avec ce « Diktat » américain le système de Bretton Woods entrait en agonie, puisque la valeur de toutes les monnaies étaient déterminées par référence à un poids d'or, les pressions sur le dollar ne pouvaient qu’empirer, ce qui se produisit. Plusieurs réunions, notamment à Washington en (accords de Washington du ) eurent lieu pour s’accorder sur une dévaluation de la devise américaine et tenter un replâtrage du système, en la faiblesse du dollar conduisait à un réajustement des parités, insuffisant toutefois pour enrayer la poursuite de sa chute. En intervenait l’abandon de la fixité des taux de change des diverses monnaies par rapport à l’étalon dollar, ce qui permettait aux banques centrales des autres pays de cesser d’acheter du dollar pour maintenir sa parité, selon les règles du jeu du système en vigueur. Un nouveau système monétaire international dit de « changes flottants » voit donc le jour. Il est toujours en vigueur en 2004, même si depuis cette époque l’euro a fait son apparition. vignette|Pénurie de carburant aux États-Unis en juin 1973. 1973 et 1979 : premier et deuxième chocs pétroliers déclenchés par l’OPEP, le second étant aggravé par la flambée générale du prix des matières premières. Les hauts prix du pétrole procurent aux États producteurs d’énormes revenus (23 milliards de dollars en 1972, 140 en 1977) qu’ils s’empressent de dépenser en armements, biens de consommation ou investissements. Ponction sur le pouvoir d’achat des pays acheteurs via l'inflation. Le choc pétrolier entraîne la déréglementation du marché des changes et le développement des eurodollars. Les pays développés connaissent la période de récession la plus longue depuis la Seconde Guerre mondiale. Septembre 1973-avril 1979 : Tokyo Round.

Afrique 1970 : la dette publique extérieure s’élève en 1970 à 5 % du montant des exportations de biens et de services de l’Afrique subsaharienne (10,9 % en 1980 et 19,3 % en 1990, Afrique du Sud non comprise). les exportations africaines représentent en 1970 2,4 % des exportations mondiales (1 % en 2000, dont 40 % pour le pétrole) ; la part de l’Afrique dans le commerce mondial passe de 4 % à 2 % entre 1970 et 1995. 1971 : la septième pandémie de choléra atteint l'Afrique. 1973 : sécheresse au Sahel (Mali, Mauritanie, Sénégal, Haute-Volta, Niger, Tchad). Au Mali, elle est responsable d’environ par sous-alimentation. Création du Comité inter-État de lutte contre la sécheresse au Sahel. zaïrianisation au Zaïre ; nationalisation de toutes les entreprises étrangères. l'Algérie et la Libye nationalisent à 51 % la production de pétrole. quatre pays totalisent à eux seuls plus des trois quarts des dépenses militaires du continent africain : l’Égypte (37,4 %), le Nigeria (19,8 %), l’Afrique du Sud (12,6 %) et la Libye (6,16 %). Le total des ventes d’armes en Afrique de 1973 à 1983 se répartit entre l’Union soviétique (41,4 %), la France (12,5 %), les États-Unis (9,6 %), l’Italie (5,4 %), la RFA (4,8 %), le Royaume-Uni (3,7 %), divers (22,6 %). 1973-1974 : grande famine dans la zone soudano-sahélienne jusqu’en Éthiopie où elle fait morts. 1974 : fondation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest par sept anciennes colonies françaises, dotées d’une monnaie commune, le franc CFA, soutenu par le Trésor français.. 1974-1983 : la mauvaise gestion et la corruption entrainent une inflation vertigineuse au Zaïre. Les prix sextuplent. Le FMI et la banque mondiale imposent un assouplissement du régime politique en contrepartie d’une série de plans de stabilité (1976, 1977, 1979).

L’Union soviétique absorbe de 33 % à 40 % des exportations de l’Égypte entre 1969 et 1972 et fournit en moyenne 13 % du total des importations. Sadate se rapproche de l’Occident et se tourne vers le libéralisme économique. L’Égypte bénéficie de nouvelles ressources : émigrés égyptiens travaillant dans le golfe Persique et l’Irak, réouverture du canal de Suez, tourisme. La croissance économique redémarre (7 % par an en moyenne entre 1972 et 1986).

Amérique 1970 : le PNB des États-Unis ( de dollars) représente 30 % du PNB mondial en 1970. 23 milliards de déficit budgétaire. Le budget de la défense atteint 80 milliards de dollars. concentration urbaine aux États-Unis : 75 % des Américains vivent sur 1,5 % du territoire. Omar Torrijos lance une série de réformes sociales au Panama (loi sur l’éducation, code du travail, loi sur le logement) et promulgue la loi bancaire qui fait de Panama un centre financier d’importance internationale. Il se sert de la question du canal pour consolider son régime et « transformer cette caricature de pays en une nation ». 1970-1974 : l’économie mexicaine connaît une croissance annuelle régulière de 6,3 %. 1970-1979 : stagnation du taux de pauvreté aux États-Unis qui passe de 12,5 % à 11,5 % de la population malgré le doublement des dépenses d'aide sociale. Elle concerne 30 millions de personnes, pour un tiers d'Afro-Américains et de Latinos. 1971, Chili : nationalisation des banques étrangères et des industries (fabrique de ciment, mines de fer et de salpêtre, mines de cuivre. Accélération de la réforme agraire : la plus grande propriété du pays ( ha) est expropriée. En un an, l’Unité populaire exproprie autant que le gouvernement de Frei en six ans. Le gouvernement chilien procède à une redistribution de pouvoir d’achat en faveur des couches défavorisées par l’augmentation des salaires. En 1971, la croissance atteint 7,7 % contre 3,6 % en 1970 et l’inflation baisse à 22 %. Dans le même temps, la hausse de la consommation excède celle de la production, ce qui provoque d’importants déséquilibres financiers. La chute des cours du cuivre prive le gouvernement socialiste du Chili d’importantes rentrées fiscales alors que les dépenses de l’État sont en pleine augmentation (hausses de salaires). Le déficit est couvert par une création monétaire, ce qui alimente l’inflation. La masse monétaire augmente de plus de % pendant les trois ans du gouvernement de l’Unité populaire de Salvador Allende. 1972 : les nationalisations se poursuivent au Chili : transports maritimes (février), industries Dupont (mars), biens d’ITT (avril). la disparition temporaire des bancs d’anchois au large des côtes du Pérou (ces poissons transformés en farine constituent alors une part importante de l’alimentation animale) provoque le chômage technique de ; la croissance de la population d’anchois ne reprend qu’en 1990. : après le Coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili, un décret du ministère de l’Économie du régime militaire de Pinochet libère totalement les prix, certains demeurant contrôlés (pain, sucre, huile, lait, etc.) et d’autres surveillés (café, produits pharmaceutiques, tarifs scolaires, etc.). Un autre décret prévoit un ajustement des salaires par un système de bonification destiné à compenser l’inflation. Pinochet consolide son autorité grâce à une concentration et une centralisation de l’appareil répressif et en s’entourant d’un groupe de technocrates (les Chicago boys, économistes formés par Milton Friedman à l’université de Chicago) qui élaborent un projet sur lequel baser la légitimation de son pouvoir. Il s’agit d’un « nouveau modèle de développement orienté vers l’extérieur » qui met l’accent sur les exportations et l’ouverture à la compétition internationale. Projet économique, il est aussi social et politique, les principes du marché devant régir l’ensemble de la société selon les principes du néolibéralisme, ce qui suppose une « démocratie restrictive conservatrice ». L’objectif est de détruire toute trace de marxisme qui représente une menace permanente, comme le prétend la « doctrine de la sécurité nationale ». Les excellents résultats économiques des premières années consolident les assises du régime. 1973-1978 : au Pérou, le pouvoir d’achat de la classe ouvrière baisse de 40 %. En 1978, le salaire minimum ne représente plus que 55 % de son niveau de 1973. Dans le même temps, la dette extérieure a triplé et son service, qui absorbait 15 % des recettes d’exportation en 1969, passe à 35 % en 1979. 1974 : au Chili, pour lutter contre le déficit public, Pinochet abandonne tous les types de subventions. Seul le budget de la défense augmente de 65 % en 1974. Contre l’inflation, il interdit toute activité syndicale de sorte qu’aucune pression ne s’exerce sur les salaires. Programme de privatisation (96 % des entreprises publiques). 1974-1979 : au Brésil, l’après choc pétrolier marque la fin de l’embellie économique, le retour de l’inflation, alors que l’endettement asphyxie le pays. À partir de 1975 le Brésil se tourne vers l’énergie nucléaire et vers l’utilisation d’alcool de canne comme carburant automobile. La diversification des activités industrielles permet de maintenir un taux de croissance moyen du PIB de 7 % entre 1973 et 1980, mais le deuxième choc pétrolier fait entrer le pays en récession en 1981. Les généraux sont discrédités. 1975 : la croissance diminue et l’inflation augmente au Mexique. les cours du cuivre s’effondrent, provoquant une récession au Chili. Le gouvernement d’Augusto Pinochet réagit en redoublant ses efforts de libéralisation de l’économie. 1976-1981 : le Chili connaît une croissance moyenne exceptionnelle de 6,9 % par an.