Éliane Jeannin-Garreau, née Éliane Jeannin le à Bayonne et décédée le à Châtillon (Hauts-de-Seine), est une résistante et déportée française, rescapée des camps de Ravensbrück et Holleischen.
Biographie
Jeunesse Éliane Jeannin-Garreau est née à Bayonne le . Après des études à l’École nationale supérieure des beaux-arts à Paris, elle entre dans une banque, où elle participe à la rédaction du journal de l’entreprise.
Résistance vignette|229x229px|La Résistance, dessin d'Eliane Jeannin-Garreau. En , elle adhère à l’appel du Général de Gaulle. Deux ans plus tard, elle entre dans la Résistance, au sein de l’Organisation civile et militaire des Jeunes (OCMJ) créée par Charles Verny, son ami d'enfance. Elle s’occupe de la presse clandestine, de la fabrication de faux papiers, et vient en aide aux juifs et aux personnes traquées par la police. Son appartement d’Issy-les-Moulineaux constitue alors un lieu de réunions, un refuge pour les résistants et un dépôt d’armes ou de tracts. À propos de cette période, elle écrit : «Nous étions au meilleur de nous-mêmes. Dans une harmonisation de nos forces physiques, morales, mentales, spirituelles pour quelques-uns, mises sans réserve au service d’une cause indubitablement juste. Lorsque j’ai vu la première étoile jaune sur une poitrine juive, j’ai su que de ma vie entière, je ne douterai pas de la justesse de mon engagement.»
Arrestation, internement et déportation Le , elle est arrêtée et conduite au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, où elle sera interrogée et torturée. Elle ne livrera jamais les noms de ses camarades. Transférée à la prison de Fresnes, elle est mise au secret pendant quarante-cinq jours. Elle noue alors une profonde amitié avec Renée Metté, sa camarade de cellule : « Elle était étudiante en philosophie, j'avais fait les Beaux-arts. Elle était plutôt matheuse, j'étais plutôt littéraire. Elle était marxiste, j'étais gaulliste. Elle était athée, j'étais croyante. Et pourtant nous avions les mêmes valeurs en profondeurEliane Jeannin-Garreau, Ombre parmi les ombres, p. 29. ».
Le , elle est déportée au camp de Ravensbrück par le convoi I.175, dit « convoi des 27 000 ». Elle se voit attribuer le matricule 27 492. C’est à cette époque qu’elle fait la connaissance de Geneviève de Gaulle, nièce du Général de Gaulle, déportée dans le même convoi.
Malgré un système qui favorise l'affrontement entre les déportées, une profonde solidarité se met spontanément en place entre la plupart des détenues, par delà les clivages politiques, religieux et sociauxPierre-Emmanuel Dufayel, Un convoi de femmes : 1944-1945, Paris, éditions Vendémiaire, 2012, 224 p. , p. 130.. « Au-dessus de la faim, du froid, du manque de sommeil, écrit-elle, nous avons connu que la plus grande misère est la solitude […] N'est-ce pas la fraternité des camps qui nous a permis de nous réchauffer un peu, et la possibilité de s’oublier parfois pour les autres qui nous a mutuellement préservés de la dégradation ? ». vignette|225x225px|La Solidarité, dessin d'Eliane Jeannin-Garreau. En , transférée au Kommando de Holleischen dépendant du camp de concentration de Flossenbürg, elle prend une part active au sabotage du travail imposé par les usines d’armement Skoda.
Elle trouve dans sa foi chrétienne la force d'affronter les épreuves qu'elle traverse. « Il ne m’arrivera, écrit-elle, que ce que le Maître du destin a choisi pour moi. Tout est bien. Il fallait à la fois essayer de s’abandonner et essayer de tenir. Mourir debout moralement s’il fallait mourirEliane Jeannin-Garreau, Ombre parmi les Ombres, p. 82..»
Le , le camp où elle est internée est libéré. Elle rentre à Paris et sera reçue à l'Hôtel Lutétia le 20 mai 1945, avant de retrouver sa mère et sa sœur. Elle décrit ce bonheur du retour : « Tout est à redécouvrir. La nourriture, en particulier, prend son vrai sens de nourriture. Les saveurs, les odeurs, les sons... Je ne savais pas, avant, que je vivais au milieu de merveilles. Il me fallait donc être privée de tout pour éprouver la juste valeur des chosesEliane Jeannin-Garreau, Ombre parmi les Ombres, p.116. ? ».
Malgré la joie du retour, elle éprouve cependant un sentiment de vide : « Peu à peu, il s’est creusé en moi quelque chose comme un manque de l’essentiel. Comme si, au milieu de cette vie apparemment si remplie, une dimension m’échappait, cette dimension pressentie au camp dans les pires moments de détresse, lorsque par éclairs je me sentais mystérieusement comblée, mystérieusement libre, mystérieusement "ailleurs", dans ma vraie patrieEliane Jeannin-Garreau, Ombre parmi les ombres, p.116. ». vignette|209x209px|Portrait d'Eliane Jeannin-Garreau en 1945, par Antoinette Trébuchet.
Après-guerre Dans les années 1990, face à la montée du négationnisme et dans le contexte de la guerre de Yougoslavie qui voit la résurgence des camps en Europe, elle ressent fortement le besoin de témoigner.
En 1991, elle publie « Ombre parmi les ombres, Chronique d’une Résistance ». Le livre obtient le prix d'histoire générale de l’Académie française le . Elle publie également en 1994 un recueil de dessins publié à compte d'auteur sous le titre « Les Cris de la Mémoire ». Ces dessins seront le fil conducteur d'une cassette vidéo réalisée par son gendre, Gilles Alféra, qui sera remastérisée par le CRDP de l'Académie de Créteil en 2003 pour une diffusion scolaire.
Elle témoigne de ce dont l'expérience concentrationnaire lui a fait prendre conscience : « Dans le plus total dénuement, au seuil du néant et du désespoir, il m’a été donné de sentir avec une lumineuse évidence que ma vie participait à une vie infinie. J'avais touché là quelque chose en moi d’indestructible que même la fureur dévastatrice des nazis ne pouvait entamer. C’était bien au-delà d’une consolation, c’était une PromesseEliane Jeannin-Garreau, Ombre parmi les Ombres, p. 118. ».Elle meurt le à Châtillon (Hauts-de-Seine).
Vie privée Elle épouse Roger Garreau (1923-2012).
Œuvres
Ombre parmi les ombres - chronique d'une résistance (1941-1945), Issy-les-Moulineaux, Muller, 1991, 123 pages (en ligne). Le livre reçoit le Prix d'histoire générale de l’Académie française en 1992. Les cris de la mémoire : Ravensbrück-Holleischen, 1943-1945, 1994..
Galerie
Distinctions
Décorations
(décret du 4 septembre 1995) ; chevalier par décret du ; avec palmes (décret du ) Homologuée Lieutenant des forces françaises combattantes
Reconnaissance La ville d’Issy les Moulineaux, où était situé son quartier général de résistance dans lequel elle fut arrêtée le 31 août 1943, lui a dédié une rue.
La ville de Bayonne, où elle est née, lui a également dédié une rue.
La station Porte d'Issy de la ligne 2 du tramway d'Île-de-France, porte son nom, Eliane Jeannin Garreau, en sous-titre.
Liens externes
Éliane Jeannin-Garreau
Notes et références
Catégorie:Naissance à Bayonne dans les années 1910 Catégorie:Naissance en mars 1911 Catégorie:Décès en juin 1999 Catégorie:Décès à Issy-les-Moulineaux Catégorie:Décès à 88 ans Catégorie:Élève de l'École nationale supérieure des beaux-arts au XXe siècle Catégorie:Résistante française Catégorie:Membre de l'Organisation civile et militaire Catégorie:Prisonnier au centre pénitentiaire de Fresnes Catégorie:Personne torturée pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Survivant de Ravensbrück Catégorie:Survivant du camp de concentration de Flossenbürg Catégorie:Officier de la Légion d'honneur promu en 1995 Catégorie:Titulaire de la croix de guerre 1939-1945 Catégorie:Titulaire de la médaille de la Résistance française avec rosette