thumb|330px|alt=Un pope à genou devant une croix creusée dans la glace d'une rivière gelée. Une dizaine d'assistants, dont un homme tenant une bible ouverte et une femme avec des bougie allumées.|Un rite orthodoxe en Russie : célébration de l'Épiphanie à Bogolioubovo en 1996.
Un rite est une pratique sociale codifiée, de caractère sacré ou symbolique, destinée à susciter l'engagement émotionnel des participantsN. Mariot, "Le rite sans ses mythes : forme rituelle, temps et histoire", Genèses, 21 (décembre 1995), p. 148-162. au service d'une même attente ou dans le cadre d'un culte.
Étymologie Rituel est d'abord un adjectif et, quand il s'agit d'un nom, il s'applique à la codification par écrit d'un rite. Les deux mots « rite » et « rituel » sont issus du latin ritus pour le premier et de rituales libri (livres traitant des rites) pour le second. Les mots rite et rituel sont souvent employés à tort l'un pour l'autre.
Nature Le rite est un cérémonial. Désignant un ensemble d'usages réglés par la coutume ou par la loi, le mot cérémonial s'applique aussi bien au domaine religieux qu'aux manifestations civiles ou politiques. Une cérémonie rituelle est toujours religieuse. En d'autres termes, on peut dire que le rite transforme alors que la cérémonie confirme.
La liturgie est la désignation de l'ensemble des rites qui ont été approuvés par les autorités ecclésiastiques catholiques concernant la messe et les divers offices.
Un rite sert de ciment à une communauté, conformément au double sens étymologique de « relier » et « se recueillir » du mot religion. La participation répétée au culte selon un certain rite marque l'appartenance à la communauté religieuse concernée.
Un schisme peut se produire sur des aspects dogmatiques mais aussi rituels. . Le changement d'un rite ancien et parfois millénaire est toujours une opération complexe et troublante pour une religion.
De nombreuses religions se sont divisées sur des questions de rites. Dans la religion musulmane on distingue le rite d'Omar ou le rite d'Ali. Les Églises chrétiennes d'Orient ont une diversité de rites depuis les origines presque, chaque église ayant son mode d'expression selon le milieu dans laquelle elle se trouve. En Orient, aujourd'hui, les rites des Églises chrétiennes orientales coexistent : byzantin, antiochien, chaldéen, copte, arménien, le rite romain… Dans l'Église catholique, on trouve des fidèles de plusieurs rites, mais si certains rites sont exclusivement pratiqués dans l'Église catholique (rite maronite), d'autres sont pratiqués surtout hors d'elle (rite copte, rite éthiopien).
L'œcuménisme pose la question de rites communs à plusieurs Églises qui ont divergé au fur et à mesure du temps, ou entre religions différentes. La concélébration (participation de célébrants de différentes confessions à une même cérémonie) est toujours impossible . Les rites réellement fusionnés soulèvent de très difficiles questions théologiques.
Beaucoup de rites religieux antiques comportaient des sacrifices d'humains et d'animaux.
De nombreux rites ont imposé et imposent toujours aujourd'hui des mutilations : scarification, déformation des lèvres ou des oreilles, circoncision, excision, chasse d'une bête dangereuse, exercice périlleux, ingestion de produits hallucinogènes ou d'alcool, dont font partie les bizutages à l'entrée dans les Grandes Écoles. Ces rites culturels entrent de plus en plus en conflit avec la législation civile.
Le chant et la danse participent aux rites de nombreuses religions. D'une façon générale, tout ce qui concourt à une émotion collective est prisé lors des rites. Le choix des lieux et des moments où s'exécutent les rites est extrêmement important et concourt à leur succès. La création des objets et des lieux nécessaires à l'exécution d'un rite, tels qu'église, temple, synagogue, mosquée, est généralement considérée comme une source de l'art. La monnaie a même pris dès son invention une part active à de nombreux rites. En Grèce, par exemple, il y avait un rite de la mise d'une obole sur la langue d'un mort, pour que celui-ci puisse payer Charon, le passeur du fleuve Styx.
thumb|250px|Une crémation à Si Phan Don dans le sud du Laos en 2018 : il s'agit d'un rite funéraire bouddhiste.
Peuvent être distingués : les rites intercesseurs (pluie, moisson, maladie, guerre, fertilité, etc.), les rites de passage (naissance, entrée consciente dans la religion, entrée dans la communauté des adultes, décès, intronisation, mariage, etc.) et les rites de confirmation d'appartenance (processions, célébrations, cérémonies au monument aux morts, inaugurations, fêtes diverses).
L'ancienneté des rites, que l'on retrouve aux premiers âges de l'humanité et dans toutes les sociétés, leur variété, leurs motivations, leurs conséquences sanitaires et sociales, expliquent le grand nombre des approches possibles : théologie, histoire générale et histoire des religions, sociologie, psychologie sociale, anthropologie, économie, droit.
Bien que se situant dans le domaine non religieux, les loges maçonniques se sont attachées à développer des rites à l'instar des religions. Alors que dans les religions, les rites ont toujours un sens réel ou symbolique, les rites maçonniques sont essentiellement symboliques. Cette symbolique relève soit de l'alchimie, de la chevalerie ou des métiers de la construction, soit encore de légendes ou de mythes, le plus souvent trouvés dans un récit gnostique parfois très vieux. Ils sont généralement couverts par un secret très relatif. Les rites maçonniques, écossais, français, égyptiens, etc., sont nombreux et l'occasion de nombreuses divergences entre maçons.
Le langage courant a étendu le terme de rite à la qualification de comportements politiques et sociaux sans dimension religieuse : le rite du week-end, de la poule-au-pot sous le bon Roi Henri IV en France, de la « garden party du à l'Élysée », des enterrements de vies de jeune homme ou de jeune fille avant les mariages, etc.
Formes L'anthropologie s'est longtemps intéressée au rite et plusieurs ethnologues ont tenté de proposer une vision formelle et ontologique de la pratique rituelle de façon générale. D'abord, le rite se présente comme une activité très formalisée : possédant ses propres codes et dont les actions s'articulent autour de symboles fortement marqués. On n'a qu'à penser à une messe traditionnelle ou à un rituel plus éclectique comme on en retrouve de plus en plus pour s'en rendre compte, il s'agit de pratiques fortement codifiées. Ce dernier est habituellement constitué de séquences, d'étapes, s'articulant dans une mise en scène soigneusement préparée et correspondant à une série de règles implicites au rite en question : on peut ainsi parler du caractère morcelé du rite (conformément à ce qu'affirmait Claude Lévi-Strauss, voir les ouvrages en bibliographie). Ce dernier présente aussi un aspect répétitif où, soigneusement mises en place, les actions rituelles sont standardisées et reprises à travers un ordre bien établi. Le déroulement d'un rite est donc prévisible puisqu'il se base sur une série d'étapes bien ancrées, lesquelles devront être minutieusement respectées afin que l'activité prenne forme, qu'elle aboutisse à son but et puisse apporter sens aux pratiquants qui s'y soumettent. Les activités se déroulent autour d'objets auxquels on a attaché une valeur symbolique : le cercueil du défunt, le calice de la messe, etc.
Quant à la question ontologique, les anthropologues et autres chercheurs en sciences humaines ont toujours tenté de comprendre ce pourquoi on s'adonne à des pratiques rituelles. Faisant l'aller-retour entre empirisme de terrain et philosophie, certains ont fourni des éléments de réponses intéressants, même s'ils ne font pas nécessairement consensus. Victor Turner, l'un des grands théoriciens du rite (ouvrages en bibliographie), propose une approche teintée d'un certain fonctionnalisme, où le corps social, dont les différentes parties afficheraient un certain déséquilibre, serait en mesure de créer une stabilité à travers les pratiques rituelles. Sur le plan social, le rite serait donc en mesure d'unifier les individus d'une société, alors séparés par les contingences sociales. Quant au point de vue de l'individu, Turner s'inspire des propositions freudiennes où en proie à des besoins affectifs qu'il ne peut combler, ce dernier tente de faire un pont entre le monde sensible et intelligible, alors qu'il se trouve démuni face à ce dernier. Pour Lévi-Strauss, dans le dernier chapitre du quatrième tome des Mythologiques, soit L'Homme nu (1971), le rite est une réponse à un découpage entre le monde discontinu (celui de tous les jours) et continu (celui d'origine, d'autrefois), alors que les catégories qui ont cours dans une société donnée sont abolies lors de la pratique rituelle. Ce découpage serait, selon l'anthropologue, la réponse à une anxiété logique innée à la rationalité humaine. Chez les deux auteurs, la pratique implique donc un retour aux origines communes et où sont par le fait même abolies les frontières habituelles, celles du quotidien. C'est à cette origine que fait allusion Lévi-Strauss lorsqu'il parle du monde continu, celui où tous étaient égaux et où l'homme était unifié à la nature, avant que s'opère une stratification de l'ordre social. À la suite du rite, l'individu se trouve transformé alors que fut effectué un passage (d'où les rites de passage) entre le stade de l'« avant » et celui de l'« après ».
Différents types Chaque religion ou confession a codifié, au fil des siècles, les gestes qui lui sont propres pour la célébration de son culte. Exemple : rite de « l'asperges me » ou celui effectué par le thuriféraire. Par la pratique de ces rites, les fidèles reconnaissent leur adhésion intérieure à ce culte. Les occasions rituelles concernent soit la vie collective globale de la communauté, soit des circonstances familiales, ou la vie spirituelle personnelle.
Rites périodiques : les cérémonies quotidiennes, hebdomadaires, et annuelles (par exemple : Aïd el kébir pour la religion musulmane).
Rites d'intercession ou de demande. Ils correspondent en général à des intercessions particulières : intercession pour obtenir la pluie : pratiquement présente dans toutes les religions. C'est souvent à cette occasion que les rites les plus violents ont été inventés. On se souvient des sacrifices humains de Carthage pour obtenir la pluie pendant le siège romain ; intercession pour obtenir la victoire ; intercession pour obtenir une bonne récolte ; intercession pour obtenir la sécurité d'un bateau, d'un bâtiment, etc.
Beaucoup de rites d'intercession dans la Grèce antique s'appuyaient sur des oracles (Delphes, Delos). Les antiques Romains attendaient la réponse des dieux à certaines questions importantes, au travers de l'examen des restes d'animaux suppliciés (cf. divination), ou en regardant la direction du vol des oiseaux.
Rites de passage : la naissance (baptême, circoncision, excision, etc.) ; la puberté (Bar Mitzvah, confirmation, etc.) ; la fécondité (fiançailles, mariage, etc.) ; la mort (enterrement, crémation, célébration de funérailles, etc.).
La ritualité familiale est la plus tenace et la plus résistante aux changements. Le culte des ancêtres en Chine a ainsi traversé plusieurs décennies de régime communiste anti religieux.
Rites individuels : la prière. La religion musulmane par exemple, codifie la périodicité, la gestuelle, la direction tournée vers la Mecque ; certains gestes de la vie courante sont très souvent un peu et parfois beaucoup ritualisés : mise au lit des enfants, prise du petit déjeuner, maquillage, rasage, etc.
Origine