thumb|alt=Photographie en noir et blanc du voilier Aurora en Antarctique. Des icebergs sont visibles.|Le SY Aurora en Antarctique.

La dérive de lAurora est la période durant laquelle lAurora, un navire d'exploration en Antarctique appartenant à l'expédition Endurance (1914-1917), est pris dans le pack qu'il rencontre dans l'océan Antarctique. Cet épisode constitue une épreuve pour ses membres, le « groupe de la mer de Ross », et dure . La dérive commence lorsque le navire se détache de son ancrage au cours d'une tempête dans le détroit de McMurdo en . Pris dans la banquise et incapable de manœuvrer, le SY Aurora est emmené dans les eaux libres de la mer de Ross et de l'océan Austral, laissant derrière lui dix hommes isolés à terre avec de maigres provisions.

LAurora, un ancien baleinier de l'Arctique enregistré en tant que yacht à vapeur, avait débarqué le « groupe de la mer de Ross » au cap Evans dans le détroit de McMurdo en , afin d'établir une base d'appui à la traversée transcontinentale d'Ernest Shackleton qui, avec son « groupe de la mer de Weddell », vient de l'autre côté du continent. Lorsque le capitaine de lAurora Æneas Mackintosh est chargé des activités terrestres, le second capitaine Joseph Stenhouse prend le commandement du navire. L'inexpérience de ce dernier a peut-être contribué au choix d'un lieu d'hivernage inapproprié. Mais les instructions de ses supérieurs limitent relativement les options à sa portée. Au cours de sa dérive, lAurora subit de graves dommages dans la glace, y compris la destruction de son gouvernail et la perte de ses ancres. À plusieurs reprises, sa situation est telle que Stenhouse envisage de l'abandonner. Les efforts visant à prendre contact par la radio avec le cap Evans et, plus tard, avec des stations basées en Nouvelle-Zélande et en Australie, ne donnent rien et la dérive se prolonge durant l'hiver austral et au cours du printemps, vers le nord du cercle Antarctique. En , la glace se brise finalement et, un mois plus tard, le navire est libre. Il peut alors atteindre la Nouvelle-Zélande où il est réparé et ravitaillé. Enfin, son équipage retourne en Antarctique à son bord pour y sauver les membres survivants laissés sur place.

En dépit de son rôle dans le sauvetage du navire, après l'arrivée de lAurora à Port Chalmers, Stenhouse se voit retirer le commandement par les organisateurs des secours. C'est ainsi que le navire retourne au détroit de McMurdo sous la direction d'un nouveau commandant et composé par un équipage sensiblement différent. Pour son service à bord de lAurora, Joseph Stenhouse est cependant nommé Officier de l'ordre de l'Empire britannique.

Contexte

thumb|left|upright|alt=Portraits en noir et blanc de deux membres en uniforme de l'expédition Endurance.|Portraits de deux membres de l'expédition Endurance : Frank Worsley, un des membres du « groupe de la mer de Weddell », et Joseph Stenhouse, le capitaine de lAurora vers 1917.

L'expédition EnduranceL'expédition dans le langage courant a pris le nom du navire principal, mais le nom officiel de l'expédition est , soit « Expédition impériale transantarctique » en français. comporte deux groupes : le premier — le « groupe de la mer de Weddell » —, dirigé par Ernest Shackleton, s'embarque pour la mer de Weddell à bord de lEndurance avec l'intention d'établir une base en Antarctique. Au départ de celle-ci, un groupe a pour objectif de rejoindre le détroit de McMurdo en mer de Ross en traversant le continent via le pôle Sud. Le second groupe — le « groupe de la mer de Ross » —, à bord de lAurora et dirigé par Æneas Mackintosh, a pour objectif d'établir une base sur l'île de Ross en mer de Ross. Il est prévu qu'à partir de celle-ci, une série de dépôts d'approvisionnement soit mise en place sur le dernier tiers de l'itinéraire du premier groupe. Ernest Shackleton estimant mineures les difficultés liées à cette mission n'y consacre que peu de temps pour la mise au point de ses détails. Il en résulte une série de problèmes financiers et organisationnels que découvre Mackintosh au moment de prendre son affectation en Australie. Or le plus grave concerne lAurora, un navire vétéran de la chasse à la baleine dans l'Arctique qui, bien que robuste, est actif depuis quarante ans et nécessite une importante remise en état, surtout qu'il est de retour d'une récente expédition en Antarctique, l'expédition antarctique australasienne de Douglas Mawson. Il faut alors l'intervention du célèbre scientifique australien Edgeworth David pour que le gouvernement australien accepter de fournir des fonds et un chantier naval pour réparer lAurora dans le but de pouvoir le renvoyer dans l'océan Austral.

Le « groupe de la mer de Ross » met le cap vers l'Antarctique en . Seuls Æneas Mackintosh, Ernest Joyce, responsable des chiens, et le bosco du navire James « Scotty » Paton ont une expérience significative des conditions climatiques dans l'Antarctique. Certains membres du groupe qui s'ajoutent à la dernière minute ne possèdent pas une telle expérience : Adrian Donnelly, qui devient le deuxième officier mécanicien de lAurora, est un ingénieur ferroviaire qui n'a jamais pris la mer, et Lionel Hooke, qui prend le poste d'opérateur radio, n'est qu'un jeune apprenti de Lionel Hooke deviendra par la suite président de l'Amalgamated Wireless (Australasia) et est anobli en 1957. . Enfin, le commandant de lAurora lui-même, Joseph Stenhouse, de la British-India Steam Navigation Company, n'a aucune expérience de navigation dans les eaux de l'Antarctique, bien qu'ayant suivi les exploits polaires de Fridtjof Nansen, Robert Falcon Scott et William Speirs Bruce. En fait, Stenhouse qui n'a que , se trouve alors en Australie pour récupérer d'un épisode de dépression. Pour obtenir le poste, il a simplement entendu les projets de Shackleton et s'est déplacé à Londres.

Au détroit de McMurdo Amarrage hivernal thumb|alt=Carte de l'île de Ross montrant ses principales caractéristiques topogrpahiques.|Carte de l'île de Ross montrant le détroit de McMurdo, la péninsule de Hut Point et la langue de glace Erebus se prolongeant dans la baie Erebus.

LAurora arrive dans le détroit de McMurdo près de l'île de Ross en , soit à la fin de la saison en raison de son départ retardé de l'Australie. Avec trois semaines de retard, Mackintosh décide que les travaux de mise en place des dépôts doivent commencer directement et prend en charge cela lui-même. Le , il mène les premiers groupes, laissant Stenhouse au commandement du navire. Durant les quelques semaines restantes avant que le détroit ne soit gelé pour l'hiver, Stenhouse doit donc superviser le débarquement du reste des équipes et des provisions à terre. Il doit aussi trouver un endroit propice et sécurisé pour hiverner avec le navire. L'instruction donnée par Mackintosh est explicite sur le fait que ce dernier point est le principal devoir de Stenhouse.

Le seul ancrage sûr pour hiverner connu dans le détroit est près de l'ancien camp de base de l'expédition Discovery (1901–1904) de Robert Falcon Scott sur la péninsule de Hut Point, au sud de la langue du glacier Erebus qui divise cette zone en deux secteurs : nord et sud. Cependant, la sécurité est relative car le navire de Scott, le RRS Discovery, a été pris dans la glace pendant deux ans, ce qui a nécessité deux interventions extérieures de navires de sauvetage et plusieurs charges explosives pour le libérer. Ernest Shackleton est déterminé à éviter cela et donne des instructions explicites à Mackintosh, relayées à Stenhouse, de faire hiverner lAurora au nord de la langue glaciaire. Aucun navire n'a encore hiverné dans la partie nord, plus exposée que la sud, et ce choix est mis en cause par des marins expérimentés comme Ernest Joyce et James Paton dans leurs journaux intimes. Après la fin de l'expédition, John King Davis, qui participe à la mission de secours du « groupe de la mer de Ross », écrit que l'instruction de Shackleton aurait dû être ignorée et que Stenhouse aurait dû prendre lAurora et le mettre en sécurité dans la zone sud, même au risque d'être bloqué dans la glace.

Stenhouse tente d'abord d'ancrer le navire sur le côté nord de la langue glaciaire elle-même. Une catastrophe est évitée de justesse lorsqu'un changement de direction du vent manque d'emprisonner lAurora entre la langue de glace et le « pack ». D'autres options sont alors examinées et rejetées. Stenhouse se résout finalement à jeter l'ancre au cap Evans, le site de l'ancien camp de base de l'expédition Terra Nova (1911–1912), également de Robert Falcon Scott, soit à environ onze kilomètres au nord de la langue glaciaireLe navire de Scott, le Terra Nova, avait passé l'hiver en Nouvelle-Zélande avec un équipage réduit après le débarquement des hommes à terre, comme l'avait fait le navire Nimrod de l'expédition Nimrod (1907-1909) d'Ernest Shackleton.. Le , après de nombreuses tentatives infructueuses, Stenhouse manœuvre le navire pour le mettre en position, poupe vers le rivage du cap Evans, où deux grosses ancres sont placées et cimentées dans le sol. Des câbles et des aussières, avec une lourde chaîne métallique, sont attachés à la poupe du navire. Deux ancres côté proue sont également mises à l'eau. Le navire est ainsi prêt à hiverner avec, selon l'officier en second Leslie Thompson, .

Perte de l'amarrage thumb|upright=0.8|left|alt=Photographie satellite d'une partie de la baie Erebus. L'importance de la langue de glace Erebus est visible.|Photographie satellite de la langue de glace Erebus dans la baie Erebus, en 2001.

L'ancrage peu abrité du cap Evans expose lAurora à la pleine rigueur de l'hiver. À la mi-avril, le navire ressemble à la coque d'un navire naufragé, penchant fortement à tribord, et soumis à des chocs violents de la glace qui se déplace autour de lui. Lorsque le temps le permet, les antennes radio sont déployées pour permettre la communication radio avec les équipes débarquées puis, à terme, avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Les provisions restantes pour les dépôts sont débarquéesLes provisions initiales ont été mises à l'abri au camp de base. , mais une bonne partie du matériel personnel, du carburant et de l'équipement reste à bord, le navire étant prévu comme lieu de stockage pour l'hiver.

Le vers , au cours d'une violente tempête, les hommes à bord entendent deux forts bruits dus à la casse des principales aussières. Avec les forces combinées du vent et de la glace se déplaçant rapidement, lAurora est arraché de son ancrage et, pris par la banquise, le navire part à la dérive dans le détroit. Stenhouse ordonne de relancer la vapeur dans l'espoir que, grâce à la puissance du moteur, le navire puisse retourner vers le rivage une fois la tempête apaisée, mais les moteurs étant partiellement démontés pour des réparations d'hiver, ils ne peuvent pas être démarrés immédiatement. En tout état de cause, le moteur de () et la seule hélice ne sont pas suffisants. Le grondement de la tempête signifie également que l'équipe au cap Evans n'entend rien et ne découvre qu'au matin la disparition du navire.

Dix-huit hommes sont à bord lorsque lAurora quitte ses amarres, laissant donc dix hommes isolés à terre. Quatre scientifiques vivent au camp de base du cap Evans tandis que les six hommes chargés de la pose des dépôts, dont Mackintosh et Joyce, sont bloqués à la péninsule de Hut Point en attendant une occasion de traverser la mer de glace pour rejoindre le cap EvansCes derniers apprennent la disparition de lAurora quand ils atteignent le cap Evans le 2 juin. Dans son journal, Mackintosh se montre très marqué par cette nouvelle désastreuse. .

Dérive Première phase thumb|upright=1.2|alt=Carte montrant la dérive du navire de la mer de Ross à la Nouvelle-Zélande.|