Le syndrome d'arrêt des antidépresseurs, ou syndrome de discontinuation associé aux antidépresseurs, désigne l'ensemble des symptômes qui peuvent apparaître à la suite de l'arrêt (brutal ou progressif) ou d'une réduction marquée d'un traitement antidépresseurLe syndrome de discontinuation associé aux antidépresseurs dans le DSM-5 qui a été pris pendant au moins quatre semaines. Les symptômes du syndrome d'arrêt des antidépresseurs dépendent des propriétés pharmacologiques des molécules.

La terminologie , autrefois utilisée par les chercheurs pour les antidépresseurs, est désormais remplacée par les termes , , .

Une étude de 2020 indique que le terme de syndrome d'arrêt des antidépresseurs reste injustifié ; et que reconnaitre que les antidépresseurs peuvent induire une dépendance et un sevrage aiderait les consommateurs à prendre des décisions sur ce type de traitement.

Diagnostic Symptômes Les symptômes entrant dans le cadre du syndrome d'arrêt des antidépresseurs peuvent être considérés comme une réponse physiologique normale à l'arrêt du traitement. Les symptômes sont variables ; il n'y a pas de signe spécifique au syndrome d'arrêt des antidépresseurs qui permettrait d'établir un diagnostic certain. Ils peuvent durer de plusieurs jours à plusieurs mois, voire des années en cas de syndrome prolongé.

En 2019, il y a peu d'études sur l'utilisation d'antidépresseur sur le long terme et ses effets. Néanmoins, plusieurs études ont mis en évidence un remodelage de l'ADN par épigénétique, ce qui pourrait expliquer la persistance de symptômes chez certaines personnes longtemps après l'arrêt du traitement, voire une persistance indéfinie des symptômes.

Les ISRS peuvent entrainer des dommages irréversibles.

Ainsi, la dysfonction sexuelle liée aux médicaments ISRS pourrait être due à des changements épigénétiques et persister indéfiniment chez certains individus.

Des perturbations sensorielles, émotionnelles, somatiques ont été rapportées telles que : des brain zaps (sensation de choc électrique dans le cerveau), des acouphènes, une hypersensibilité aux sons, une hypersensibilité à la lumière, des flashes de lumière, des nausées, de l'insomnie, des symptômes similaires au trouble anxieux (attaque de panique, anxiété non spécifiée, anxiété persistante), des symptômes similaires au trouble dépressif.

Des brain zaps sont rapportés dans la littérature scientifique à la suite de l'arrêt d'ISRS ou d'IRSNa.

Il est possible de distinguer le : si lors de la diminution du traitement des symptômes apparaissent ; et si un rétablissement du traitement, une augmentation de la dose, ou une substitution par un traitement avec le même mécanisme d'action, enlève rapidement les symptômes apparus ; alors on pourra penser que les symptômes sont dus au traitement et constituent un syndrome d'arrêt des antidépresseurs.

Les personnes souffrant de symptômes de sevrage aux antidépresseurs ont été traitées par antidépresseurs de manière continue durant une période prolongée et ont diminué ou arrêté le médicament récemment. Le tableau ci-dessous propose une typologie des symptômes de sevrage après réduction ou arrêt des SSRI ou SNRI. Ce tableau est une version légèrement remaniée et traduite de celui proposé par Giovanni Fava et son équipe. Voir Fava GA, Gatti A, Belaise C, Guidi J, Offidani E., "Withdrawal Symptoms after Selective Serotonin Reuptake Inhibitor Discontinuation: A Systematic Review." Psychother Psychosom. 2015 Feb 21;84(2):72-81..

Des symptômes incluant l'akathisie tardive et la dysfonction sexuelle post ISRS (PSSD), peuvent persister des mois ou des années, mais peuvent spontanément disparaître.

Les troubles intestinaux peuvent être expliqués par le fait que 95 % de la sérotonine (du corps) est produite dans l'intestin ..

Symptômes généraux Symptômes pseudo-grippaux, transpiration, frissons, bouffées de chaleur, fatigue, faiblesse, somnolence Symptômes visuels Vision altérée, vision floue Symptômes cardiovasculaires Vertiges, tête vide, palpitations, difficulté à respirer Symptômes digestifs Diarrhée, encoprésie, douleurs abdominales, nausées, vomissements, manque d'appétit Symptômes sensoriels Picotements, sensation de choc électrique choc dans le cerveau, démangeaisons, altération du goût, acouphènes Symptômes neuromusculaires Choc, agitation, rigidité musculaire, douleurs musculaires, tremblements, névralgies, spasmes musculaires, sensations de morsures du visage, difficulté à coordonner les mouvements Symptômes cognitifs Confusion, amnésie, désorientation, trouble de la concentration Symptômes affectifs Anxiété, agitation, tension, panique, dépression, intensification de l'idéation suicidaire, irritabilité, impulsivité, agressivité, colère, larmes, sautes d'humeur rapides, déréalisation, dépersonnalisation Symptômes psychotiques Hallucinations visuelles ou auditives Troubles du sommeil Insomnie, rêve éveillé, cauchemars, hypersomnie Symptômes sexuels Éjaculation précoce, hypersensibilité génitale, impuissance

Causes et facteurs de risque Les antidépresseurs tels que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline (IRSNa), les antidépresseurs tricycliques, les inhibiteurs de monoamine oxydase, certains antidépresseurs tétracycliques, et certains antidépresseurs noradrénergique et sérotoninergique spécifique (NaSSA), peuvent entraîner un syndrome d'arrêt des antidépresseurs.

Les facteurs tels la demi-vie de l'antidépresseur, la quantité prise régulièrement, la rapidité de diminution du traitement, le taux de métabolisme de l'individu, influencent la sévérité et la fréquence du syndrome d'arrêt des antidépresseurs.

Les nouveau-nés de mères sous antidépresseurs peuvent éprouver un syndrome d'arrêt des antidépresseurs.

Le syndrome d'arrêt des antidépresseurs a été rapporté lors du passage d'un antidépresseur à un autre antidépresseur. Aussi lors de ce relais, le syndrome de sevrage des antidépresseurs peut être interprété à tort comme un effet secondaire intolérable du nouvel antidépresseur.

Évaluation Jusqu'à présent, un seul outil évaluant les symptômes de sevrage des antidépresseurs a été développé. Il s'appelle « Discontinuation-Emergent Signs and Symptoms » (DESS)Rosenbaum JF, Fava M, Hoog SL, Ascroft RC, Krebs WB. Selective serotonin reuptake inhibitor discontinuation syndrome: a randomized clinical trial. Biol Psychiatry. 1998 Jul 15;44(2):77-87.. Cet outil n'est pas diagnostique et, pour le moment, seule la version anglaise existe.

Diagnostic différentiel La non-reconnaissance du syndrome d'arrêt des antidépresseurs peut aboutir à des erreurs de diagnostic à la fois médical et psychiatrique et exposer le patient à des examens diagnostiques inutiles voire à des interventions médicales potentiellement risquées.

La revue Prescrire publie en 2008 un extrait du livre de Charles Medawar et Anita Hardon. L'extrait choisi évoque la dépendance aux antidépresseurs et l'absence de reconnaissance de cette dépendance par le milieu médical. Ce livre a également reçu un des prix Prescrire.

Si les symptômes étaient présents avant l'arrêt (ou la réduction) du traitement, ou si les symptômes peuvent relever d'un autre trouble, ou si le traitement a entrainé une hypomanie ou une euphorie avant l'arrêt ou la réduction, il ne s'agit pas du syndrome d'arrêt des antidépresseurs.

Un traitement antidépresseur étant souvent prescrit pour une dépression, il y a un risque de confusion entre le syndrome d'arrêt des antidépresseurs et le retour des symptômes du trouble initial. Les médecins prennent souvent les symptômes de sevrage pour un retour du trouble, les effets de retrait des drogues imitant les symptômes des troubles psychiatriques.

Le syndrome d'arrêt des antidépresseurs ne doit pas être confondu avec l'effet rebond.

Le syndrome prolongé de sevrage concernant les antidépresseurs est l'expérience des symptômes de discontinuation longtemps après l'arrêt du traitement (plusieurs mois, voire années). La paroxétine et la venlafaxine semblent être particulièrement difficiles à arrêter et un syndrome prolongé de sevrage durant plus de 18 mois a été rapporté avec la paroxétineGartlehner G, Hansen RA, Morgan LC, et al. Second-Generation Antidepressants in the Pharmacologic Treatment of Adult Depression: An Update of the 2007 Comparative Effectiveness Review [Internet]. Comparative Effectiveness Reviews, No. 46. Rockville (MD): Agency for Healthcare Research and Quality (US); décembre 2011.

Classification En 2013, le terme Antidepressant discontinuation syndrome apparaît dans le DSM-5. Le DSM-5 en version française sorti en 2015 décrit le syndrome sous l'appellation .

Il est important de savoir que le terme réfère uniquement à des symptômes ; alors que le terme réfère à un comportement (drug seeking behavior) . Chacun de ces deux termes possède sa propre classification en ce qu'ils sont distincts l'un de l'autre dans la CIM-10 et le DSM-IV. Les recommandations répétées par les groupes pharmaceutiques visent à promouvoir un nouveau terme non lié à la terminologie du sevrage et de la dépendance, afin d'informer des risques concernant l'arrêt du traitement sans le désavantage des termes « sevrage » et « dépendance » celui-ci risquant d'encourager les patients à arrêter leur traitement. En 2003, le CSM admet que diffuser l'information sur les antidépresseurs concernant les réactions de sevrage et la dépendance de manière à informer les patients sur les risques sans les dissuader de prendre leurs médicaments est difficile. En effet, la dépendance est connotée négativement. En 1997, Smithkline Beecham (devenu GSK) fait part de son inquiétude concernant une publicité sur le syndrome d'arrêt de peur de l'amalgame entre les symptômes de discontinuation et la dépendance ou l'addiction.

Le DSM-5 indique que le syndrome d'arrêt des antidépresseurs n'est pas classé comme un car il n'entraîne pas d'effet de renforcement, ni de . Il est classé dans Medication-induced movement disorders and other adverse effects of medication. Le syndrome d'arrêt des antidépresseurs est iatrogène.

La CIM-10 indique que les antidépresseurs n'entrainent ni dépendance, ni sevrage. Bien que le terme n'apparaisse pas dans la CIM-10 version 2014, le DSM-5 indique que le classement CIM-10 de ce syndrome est le code T43.205 Adverse effect of unspecified antidepressant (T43.205 A Initial encounter, T43.205 D Subsequent encounter, T43.205 S Sequelae).

Même si des termes spécifiques ont été attribués pour désigner les symptômes apparaissant lors de l'arrêt d'un traitement ISRS, le potentiel de dépendance des ISRS est encore aujourd'hui sujet de débat. En 2013, une étude pointe le fait que les régulateurs de médicament se sont principalement fondés sur les définitions de la dépendance et des réactions de sevrage des manuels de diagnostic psychiatrique, qui ont contribué à l'idée que les ISRS ne causent pas de dépendance, alors même qu'il est difficile pour beaucoup de patients d'arrêter leur traitement. Les agences du médicament auraient minimisé la dépendance aux benzodiazépines et les réactions de sevrage des ISRS concernant leur fréquence et leur sévérité en se reposant sur la déclaration des effets secondaires faite par les patients, conduisant à une sous-estimation du problème et une information retardée. L'étude portait sur les agences du médicament aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Danemark et en Europe et conclut que les organismes de réglementation devraient demander des études auprès des fabricants ; cela aurait élucidé le potentiel de dépendance des ISRS.