Le mot corporation est le terme utilisé, lors de leur suppression au puis sous la Révolution française, par les tenants du libéralisme pour désigner les communautés de métiers des différents ordres qui avaient été instituées dans les villes françaises depuis le Moyen Âge. Leur existence comme institution civile est mentionnée dans plusieurs capitulaires, elle devient plus connue au Le mouvement économique et social au Moyen Âge, mentionnée dans les ouvrages de légistes à partir du Pierre-Nicolas Rapetti et Polycarpe Chabaille, ed. Li Livres de Jostice et de Plet. (vers 1260), reprint à Paris, Firmin Didot, 1850..
Ces communautés étaient une association obligatoire et de droit public, dotée d'une personnalité juridique, d'une réglementation sociale et technique et d'un pouvoir disciplinaire, dont faisaient légalement partie toutes les personnes exerçant publiquement certaines activités professionnelles dans une circonscription territoriale définie autour d'une ville ayant un échevinage ou un consulat.
Ce régime collectif d'organisations professionnelles en communautés (correspondant aux actuelles branches professionnelles), elles-mêmes subdivisées en corps, n'est pas spécifique aux artisans et aux marchands, mais aussi aux fonctions cléricales avec la création aux des universités (communauté de tous les collèges et de tous les maîtres des professions associées, telles que libraires, maîtres d'école, médecins, imprimeurs, etc.) ou l'institution au de l'Hôpital général (regroupement de tous les établissements d'assistance et de soins des grandes villes). Apparue au Moyen Âge, cette organisation est caractéristique de la Société d'Ancien Régime.
Les communautés de métier ne doivent être confondues ni avec les confréries qui étaient des associations volontaires de laïcs (maîtres et compagnons confondus) sous le patronage d'un saint dans un but d'assistance et de secours mutuel, ni avec les sociétés qui étaient, comme de nos jours, des associations volontaires de plusieurs personnes « intéressées » dans le but de partager les profits et les pertes d'une entreprise commerciale ou financière déterminée.
Catégories de métiers Histoire de l'organisation en communautés jurées Marchands de l'eau La communauté des Nautes existait à l'époque où Lutèce n'était qu'un simple oppidum du peuple des Parisii. Le Pilier des nautes, découvert dans la fondation de l'autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, montre qu'elle ne fut pas supprimée par les Romains qui possédaient aussi à Rome des corporations religieuses et laïques. Les armes de la ville de Paris et sa devise, évoquent ces nautes dont la confrérie fut à l'origine de sa création.
La première communauté française des métiers connue sous la royauté date de 1170 : c’est celle des marchands de l’eau (négociants qui étaient autorisés, seuls, à faire le commerce par la Seine, depuis Paris jusqu'à Mantes), c’est-à-dire des marchands qui faisaient arriver des produits à Paris par les voies fluviales. Ses règlements avaient été très probablement inspirés par ceux des confréries religieuses qui existaient avant elles.
Le Livre des métiers de Boileau et les premières réglementations royales () Au Moyen Âge et à l'Époque moderne on trouve deux mots utilisés pour désigner diverses sortes de communautés professionnelles : les communautés jurées ou jurandes pour celles dont les membres prêtent un serment, par opposition aux communautés réglées dont les membres sont soumis sans serment à un règlement royal. Par ailleurs, dans le Nord de l'Europe, les guildes et les hanses sont des communautés jurées de commerçants et de négociants établis en réseaux dans plusieurs lieux où il y a des foires.
Un certain nombre d'activités non marchandes relevaient du seigneur haut-justicier ou supérieur : on les appelait les métiers banaux. Dans le domaine royal, ces métiers étaient inféodés à un officier de la Couronne avec la juridiction souveraine et particulière sur toutes les maîtrises. Dans les autres régions de France, la juridiction et le droit de donner des statuts aux métiers étaient exercés par les seigneurs, les évêques ou les abbés.
À partir du règne de Saint Louis, les communautés de métiers de régions obtinrent des règlements spéciaux et distincts sur le modèle des statuts royaux.
L'organisation des métiers à Paris nous est bien connue grâce au Livre des métiers publié en 1268 par Étienne Boileau, l'un des premiers prévôts de Paris nommé par Saint Louis. L'organisation de Paris servit de modèle à d'autres villes. Les catégories et sous-catégories de métiers sont ainsi répertoriées de la façon suivante : alimentation (farines ; boissons ; épiceries et vivres en général) ; orfèvrerie, joaillerie, sculpture ; métaux (ouvriers en fer ; ouvriers en métaux divers ; objets divers de fantaisie, armures) ; étoffes et habillement (soie ; drap et lainage ; toiles ; vêtements ; friperie) ; cuirs et peaux (chaussures et vêtements ; sellerie et harnachement) ; bâtiment ; métiers divers.
Mais la répartition, la hiérarchie et la réglementation des métiers propre à Paris peut varier considérablement dans les autres villes ; le pouvoir royal s'efforce, dès le avec le Livre des métiers d'Étienne Boileau, de réglementer les métiers.
Réglementation des corps de marchands au La royauté n'avait pas la force d'arrêter dans les corps de métier même des abus qui, en germe depuis longtemps, fleurissaient alors à la faveur des troubles religieux : despotisme de quelques familles se partageant les charges honorifiques et lucratives, exagération des droits d'entrée dans la corporation, exigences et partialité pour l'acceptation des chefs-d'œuvre, etc.Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle / par Alfred Franklin, (1830-1917) ; avec une préface de M. E. Levasseur, Éditeur : H. Welter (Paris), Date d'édition : 1906 (A lire sur Gallica). Vers la fin du Moyen Âge, les plus importantes corporations de Paris avaient pris le pas sur les autres dans les cérémonies publiques. Peu à peu, avaient formé une sorte d'aristocratie dont la composition changeait au gré de la fortune des métiers représentés, et dans les rangs de laquelle il y avait plus d'aspirants que d'élus.
Les membres de ces corporations étaient regroupés en six, puis en sept grands corps de marchands dont dépendent une multitude de métiers, sous le contrôle du prévôt des marchands : draperie, qui regroupait les métiers du textile, et leur commercialisation ; épicerie, qui regroupait les métiers de l'alimentation ; mercerie, qui regroupait les métiers du négoce de marchandises produites par les autres métiers ou importées. L’économiste Jean-François Melon a dit d'eux : Jean-François Melon, Essai politique sur le commerce, s.l., 1734, p. 118. On cherche en vain cette phrase dans les œuvres complètes de Diderot. ; pelleterie, qui regroupait les métiers du cuir, et leur commercialisation ; bonneterie, qui regroupait les métiers de l'habillement, et leur commercialisation ; orfèvrerie, qui regroupait les métiers des métaux et des pierres précieuses (vaisselle, bijoux), et leur commercialisation ; marchands de vin, ancien métier banal, dont dépendaient les cabaretiers (les actuels cafés).
C'est au commencement du qu'on vit les six corps de marchands de Paris investis d'une sorte de consécration officielle. En 1629, la Ville leur donna un blason dans lequel figurait la nef des armes de Paris ; les orfèvres refusèrent, ne voulant pas renoncer à leur antique écu. Autre exemple : les marchands de vin s'étaient efforcés depuis la fin du d'intégrer l'aristocratie des corporations, laquelle les repoussait avec dédain ; ils n'y trouvèrent régulièrement leur place qu'à partir de 1776, grâce à la réunion des drapiers et merciers en un même corps.
La royauté aurait bien voulu remédier aux abus et, pour cela, mettre plus directement les corporations industrielles sous sa discipline. Cette tendance déjà ancienne se lia, sous les seconds Valois, au progrès général de la législation et de l'administration royale. Les marchands de vin, par exemple, furent érigés en septième corps par Henri III en 1585. Deux édits particulièrement importants ont caractérisé cette politique : celui de décembre 1581, publié en pleine Ligue, qui n'eut presque aucun effet, et celui d'avril 1597, rendu quand Henri IV était maître de son royaume, qui en eut un peu plus. Ces édits reposaient sur ce principe qu'il appartenait au roi d'autoriser l'exercice des métiers et d'en régler les conditions ; ils avaient pour objet d'organiser en corps tous les artisans du royaume, de rendre moins exclusif le régime corporatif en facilitant l'admission en son sein, de supprimer les abus des jurandes et des confréries en plaçant les corporations sous la surveillance immédiate des officiers royaux, et enfin de prélever une taxe sur les brevets de maîtrise. La bourgeoisie de la capitale était privilégiée par ces édits, car les maîtres reçus dans ses corporations avaient la faculté de s'établir dans toutes les villes du royaume, tandis que les maîtres reçus en province n'avaient pas le droit de s'établir à Paris.
À mesure que s'étendait l'autorité royale, l'organisation des métiers de Paris devenait un type sur lequel se modelait celle des communautés de marchands environnantes. Il y eut dès lors plus d'uniformité dans leurs statuts. Paris conserva toujours une situation privilégiée.
L'ordre étant rétabli après les guerres civiles, la royauté aurait pu renoncer à maintenir le régime corporatif. Toutefois, au Moyen Âge, dans un temps où la police générale assurait très mal la sécurité des individus isolés, où le droit revêtait d'ordinaire la forme de concessions et de privilèges, les artisans avaient trouvé dans le corps de métier une forteresse à l'abri de laquelle leur industrie s'était défendue et avait grandi. Au lieu d'en ouvrir plus largement les portes à mesure que l'industrie se développait, ils s'appliquèrent donc constamment à en rehausser les barrières et à multiplier les obstacles au devant de ses adversaires.
Sous la royauté Les communautés de métiers passèrent complètement sous l'autorité royale à partir du . Au commencement de la guerre de Hollande, Colbert, poursuivit l’œuvre commencée sous Henri IV en 1597 et, par l'édit du , prescrivit l'organisation en communautés autonomes de tous les métiers dans toutes les villes et bourgs importants du royaume.
Chaque métier avait un statut officiel publié par lettres patentes dans lequel était précisé le nombre de jurés et d'examinateurs de la profession, le nombre maximum d'apprentis qu'un maître pouvait prendre, son âge minimum et la durée maximum de l'apprentissage, les travaux qu'il était interdit de faire faire aux enfants, les procédures de réception des maîtres et la limitation du travail de chef-d’œuvre, les modalités d'embauche et de licenciement des compagnons, ainsi que les normes de qualités et de déontologie. D'une façon générale, il y avait trois grades dans tous les métiers : maître, compagnon, apprentis ; seuls les maîtres avaient le droit de vendre leurs produits au public, il était interdit de payer les compagnons à la pièce, ils devaient être engagés au moins à l'année et payés au temps passé. Il y avait environ 100 jours fériés en comptant les dimanches et fêtes. Les engagements et les licenciements se faisaient pour tous les compagnons le même jour de l'année, souvent le jour de la fête du saint patron du métier. Les communautés de métiers avaient une ou plusieurs confréries charitables qui vivaient de dons, de quêtes et de legs, et qui assuraient les œuvres sociales du métier : hôpital, écoles professionnelles, secours divers, cérémonies de sépulture honorable.