vignette|alt=Photo du minaret appelé Minar-e-Pakistan|Le Minar-e-Pakistan, bâti là où est adoptée la résolution de Lahore. Le Mouvement pour le Pakistan ou Tehrik-e-Pakistan (en ourdou : — ) désigne un ancien mouvement politique dont l'objectif est l'indépendance du Pakistan vis-à-vis de l'Empire britannique, pour former un État-nation regroupant les populations musulmanes du sous-continent indien.

Évoluant en parallèle au mouvement pour l'indépendance de l'Inde, il cherche à établir un État-nation qui protège l'identité religieuse et les intérêts politiques des musulmans en Asie du Sud. Les premiers mouvements politiques organisés apparaissent à l'université musulmane d'Aligarh où un mouvement littéraire, mené par Syed Ahmad Khan, construit la genèse du Mouvement. Lors d'une conférence tenue en 1906 à Dacca, les meneurs musulmans amènent le mouvement au niveau politique en créant la Ligue musulmane, avec des dirigeants prééminents cherchant à protéger les droits de base des musulmans au sein du Raj britannique.

Plus tard, la proposition de constitution de Muhammad Ali Jinnah aide au ralliement du public envers le mouvement dans les quatre provinces. En parallèle, des poètes ourdous tels que Iqbal ou Faiz utilisent la littérature, la poésie et les discours comme outils pour rallier les consciences politiques, tandis que les féministes telles que Sheila Pant et Fatima Jinnah luttent pour l'émancipation des femmes musulmanes et leur participation à la politique nationale.

Le Mouvement pour le Pakistan est mené par un large groupe de personnes d'horizons divers et leur idée d'une nation indépendante est clairement affichée lors de la résolution de Lahore en 1940. La loi sur l'indépendance indienne de 1947 leur donne raison, en créant les dominions indépendants de l'Inde et du Pakistan. La nouvelle nation musulmane est composée de l'union des quatre provinces situées au nord-ouest du sous-continent indien et du Bengale oriental.

Histoire du mouvement

Contexte

vignette|Le major-général britannique et gouverneur du Bengale Robert Clive rencontrant l'empereur Shah Alam II en 1765.

La Compagnie britannique des Indes orientales (CBIO), créée en 1600, met le pied en Inde en 1612 après que l'empereur moghol Jahângîr lui donne les droits d'établir un comptoir dans le port de Surate sur la côte ouest. Alors que l'Empire moghol voit sa puissance décliner, l'Empire britannique s'étend rapidement pour prendre le contrôle du sous-continent dans les années 1700. L'influence politique, sociale et économique de la CBIO et la force de frappe militaire britannique ont limité l'autorité du dernier empereur moghol, Muhammad Bahâdur Shâh. La défaite de Tipû Sâhib, dirigeant de l'État de Mysore, entérine le contrôle, plus ou moins direct, de l'Inde du Sud par la CBIO..

Dans tout le sous-continent indien, le gouvernement britannique prend le contrôle de l'appareil d'État, de la bureaucratie, des universités, des écoles et des institutions, en plus d'établir les siennes. Durant cette période, les réformes éducatives radicales et influentes de Thomas Babington Macaulay amènent de nombreux changements en introduisant l'apprentissage des langues occidentales (anglais et latin), de l'histoire et de la philosophie... Les études religieuses et les langues arabes, turques et persanes sont complètement retirées des programmes des universités d'État. Dans un court laps de temps, l'anglais devient non seulement le médium de l'instruction mais aussi la langue officielle en 1835 à la place du persan, désavantageant ceux qui ont bâti leur carrière sur la maîtrise de cette langue.

vignette|gauche|Après la bataille de Seringapatam, les enfants de l'empereur Tipû Sâhib rendent leurs armes à Lord Cornwallis en 1799.

Les sciences islamiques et hindoues ne sont plus soutenues par la couronne britannique, et presque toutes les madrassa perdent leur waqf (littéralement leur « fonds de dotation »). Mécontent de ces réformes, des musulmans et des hindous déclenchent la première rébellion en 1857, qui est écrasée par les forces armées britanniques, suivie de l'abdication du dernier empereur moghol Muhammad Bahâdur Shâh, la même année. En réaction, la reine Victoria supprime la CBIO et consolide le pouvoir en mettant directement le sous-continent sous l'aile de l'Empire britannique. Par conséquent, les symboles moghols sont supprimés, suscitant en retour l'hostilité de certains musulmans envers la « modernité occidentale » et une indisposition à faire usage des opportunités offertes par le nouveau régime. Cette tendance, qui se prolonge longtemps, se révèle désastreuse pour la communauté musulmane..

Pour justifier ces actions, Macaulay prétend que le sanskrit et l'alphabet arabe sont totalement inadéquats pour les étudiants en histoire, science et technologie. Il écrit : « Nous avons à éduquer un peuple qui ne peut à présent être éduqué par les moyens de leur langue maternelle. Nous devons leur enseigner une langue étrangère ». La solution dont il parle est d'apprendre l'anglais.

Une renaissance

vignette|Sir Syed Ahmad Khan est devenu une inspiration pour le Mouvement pour le Pakistan.

Finalement, la plupart des familles musulmanes refusent que leurs enfants soient scolarisés dans des universités de langue anglaise, ce qui se révèle préjudiciable aux communautés musulmanes. En 1891, seuls 10 % des musulmans peuvent écrire en anglais contre 40 % des hindous.. De plus, pendant la Renaissance du Bengale, les populations hindoues accèdent à un meilleur niveau d'éducation qui leur permet d'occuper des postes élevés dans la fonction publique indienne et fréquemment d'exercer des responsabilités dans le gouvernement britannique, tandis que les musulmans sont souvent éloignés des centres de pouvoir..

Durant cette période, un éducateur et réformateur musulman influent, Syed Ahmad Khan, commence à défendre l'importance de l'éducation britannique. Syed est un juriste et un érudit qui a été anobli par la couronne britannique en remerciement des services rendus à l'Empire britannique. Constatant cette atmosphère de désespoir et de découragement, Syed fait des tentatives pour raviver l'esprit de progrès au sein de la communauté musulmane de l'Inde britannique. Lors de rassemblements importants, il déclare que les musulmans n'ont pas réalisé que l'humanité est entrée dans une phase cruciale de son histoire — une ère de science et d'apprentissage. En dépit de rudes critiques de la part de l'orthodoxie islamique, il contribue à convaincre de nombreuses communautés musulmanes que le savoir factuel est la source du progrès et de la prospérité des Britanniques. Ainsi, l'éducation devient le pivot de son mouvement pour faire de nouveau émerger les Indiens musulmans. Il essaie de transformer les mentalités héritées du féodalisme pour adapter les musulmans à la vie moderne.

Syed conseille aux communautés musulmanes de ne pas participer à la politique à moins d'avoir reçu une éducation moderne.. Il est de ceux qui considèrent que les musulmans ne peuvent réussir dans la politique à l'occidentale sans connaitre le système. Dans les années 1900, Syed est invité à la première convention du Congrès national indien et certains tentent de le convaincre de rejoindre le parti, mais il refuse la proposition.

Au contraire, il incite les musulmans à se tenir à l'écart du Congrès et prédit que cette convention finira par être un pur parti hindou quand viendra le moment de l'indépendance. En réponse au Congrès, Syed appelle à la création du All India Muhammadan Educational Conference afin de permettre aux musulmans d'avoir une organisation où ils puissent discuter de leurs problèmes politiques. Syed devient aussi le fer de lance du mouvement d'Aligarh qui fournit une éducation occidentale aux communautés musulmanes. Cela aboutit avec l'ouverture de l'université musulmane d'Aligarh (AMU) qui devient le pivot de l'enseignement moderne des sciences et techniques, de la politique, de la loi et de la justice, de la littérature britannique, de l'histoire et des arts contemporains. Les écrits de Syed et les travaux universitaires jouent un rôle important dans la popularisation des idéaux du mouvement tout en aidant à créer des relations cordiales entre la couronne britannique et les Indiens musulmans. L'un de ses plus grands succès est la levée des incompréhensions entre christianisme et islam. Il promeut aussi l'idée selon laquelle les hindous et les musulmans forment deux groupes ne pouvant vivre selon les mêmes lois, concept connu sous le nom de « théorie des deux nations ». Au moment de sa mort, Syed est reconnu comme le père de cette doctrine et gagne le titre de « Prophète de l'Éducation ». Le mouvement d'Aligarh et la théorie des deux nations constituent les bases du Mouvement pour le Pakistan... Le nom de Syed continue d'être extrêmement respecté au Pakistan. Par exemple, une des plus importantes universités du pays porte notamment son nom depuis 1993..

Naissance d'un mouvement organisé vignette|La deuxième Round Table Conferences.

En 1876, la reine Victoria prend le titre d'impératrice des Indes. et le Parlement du Royaume-Uni fait adopter le Government of India Act de 1833, qui confie la charge de gouverneur général à Lord William Bentinck. Héritière de la All India Muhammadan Educational Conference, la Ligue musulmane (All-India Muslim League) est fondée en 1906 à Dacca et permet aux musulmans de se projeter sur la scène politique. Plus tôt en 1905, le vice-roi Lord Curzon divise en deux le Bengale, partition plébiscitée par les musulmans, qui obtiennent ainsi une majorité dans la moitié orientale.. La réunification se produit tout de même en 1911..

En 1909, Lord Minto promulgue l'Indian Councils Act de 1909 et rencontre une délégation musulmane menée par Aga Khan III...., composée de 38 membres représentant chacun leur région respective de façon proportionnelle ; elle obtient l'adoption de quotas et d'électorats séparés sur des bases religieuses..

L'objectif originel de la Ligue musulmane, dominée par les classes supérieures et nobles, est de définir et protéger les intérêts des Indiens musulmans... Son militantisme intellectuel est particulièrement actif à l'université musulmane d'Aligarh (AMU), à l'université de Calcutta et à l'université du Pendjab, bien que son siège soit à Lucknow. Les idées du penseur britannique John Locke sur la liberté ont grandement influencé la pensée politique du parti. C'est la dissémination de la pensée occidentale de John Locke, John Milton et Thomas Paine à l'AMU qui a amorcé l'émergence du nationalisme musulman. Aga Khan III est nommé président fondateur de la ligue et Ali Jouhar écrit le manifeste du parti. Malgré son activisme et son éducation des masses, la Ligue reste longtemps moins influente que le mouvement des Khaksars ou le Khudai Khidmatgar jusqu'aux années 1930..

Alors que Muhammad Ali Jinnah prend la direction de la Ligue en 1916, celle-ci devient de plus en plus populaire parmi les musulmans.. En 1929, il fait une proposition de Constitution connue sous le nom des « Quatorze points » et qui prévoit l'autonomie des musulmans en échange de l'unité de l'Inde.. Ces revendications rencontrent l'hostilité des meneurs hindous lors des Round Table Conference. Le succès de la Ligue musulmane aux élections de 1934 dans les zones majoritairement musulmanes joue un rôle important dans l'opposition entre Ligue musulmane et Congrès qui devient apparente lorsque le second refuse de former des coalitions avec la Ligue dans les régions mixtes. Cet antagonisme ne cesse de s’accroître et mène à d'importantes violences communautaires à l'approche des indépendances.