thumb|« Château » vu de face (1910) thumb|« Château » vu de profil, avant l'adjonction du corps de bâtiment Est Le domaine géorgien de Leuville-sur-Orge (en géorgien ლევილის მამული) (Essonne, Île-de-France), également désigné comme château de Leuville, est un musée et une propriété de l’État géorgien en France, situés dans la commune de Leuville-sur-Orge, dans le département de l'Essonne en région Île-de-France. Il est connu pour avoir été acheté le par deux représentants de la République démocratique de Géorgie en exil, après avoir appartenu à des propriétaires français depuis le AHNEL Annick Nanty :"Propriétaires connus du Château depuis son origine", consulté le . Après une période d'incertitude, la Géorgie est de nouveau propriétaire du château depuis 2016, avec le projet d’y établir un musée et un centre culturel.

Propriété française Histoire thumb|left|120px|Anne Claude Louise d'Arpajon ()

En 1367, Jean de Brétigny cite le château de Leuville dans L’Aveu et le dénombrement des biens lui appartenant.

En 1456, M. Rigault, Seigneur de Fontaine, et sa femme, Marguerite de Brétigny, dame de Fontaine, en prennent possession. En 1466, Jacques Olivier en devient propriétaire.

En 1592, les troupes royales s'en emparent. En 1650, la terre est élevée en marquisat et appartient tour à tour à Louis du Bois, Charles Léonard de Baylenx, au Maréchal de Mouchy, duc de Noailles, et à son épouse Anne Claude Louise d'Arpajon.

En 1751, ces derniers vendent les objets mobiliers du château, ainsi que les coupes de bois des quatre rangées d’ormes existant sur le chemin qui conduit au lieu-dit Jubilé : le surplus est transporté dans les diverses propriétés des Noailles et le château est démoli. Le pavillon de chasse et la maison du régisseur (à l'entrée principale à gauche) subsistent. À partir de 1764, le domaine appartient d'abord au citoyen Delavergne, ensuite à l'intendant Faucon, puis successivement à MM. Tornier, Cloche et Colombel.

Accessibilité thumb|right|Logo Leuville-sur-Orge

La commune de Leuville-sur-Orge, située dans le canton d’Arpajon, appartient de 1790 à 1968 au département de Seine-et-Oise, puis à celui de l’Essonne. Elle longe la route de Paris à Orléans. De 1893 à 1937, le village est desservi par un chemin de fer à voie étroite, l’Arpajonnais, reliant Paris à Arpajon et construit pour l’approvisionnement des Halles centrales tramwayinfo.com – Paris-Arpajon. Après la fermeture de ce moyen de transport, l’accessibilité devient plus délicate ; les gares ferroviaires de la ligne d'Orléans (Brétigny-sur-Orge et La Bretonnière-La Norville) sont situées à plus de ; la diffusion des véhicules automobiles est encore restreinte et les services d'autocars aléatoires. Après la Libération, les services d'autocars Phocéens (repris par les bus Daniel Meyer en 1986) se mettent en place. La lente transformation du village rural en commune résidentielleÀ fin 2015, le revenu fiscal de référence moyen par foyer pour la commune de Leuville-sur-Orge est de par an, alors qu'il est en moyenne de dans les villes françaisesJDN :"Impôts à Leuville-sur-Orge (91310)", 2015 conduit localement à l'augmentation notable du nombre d'automobiles : elles deviennent le moyen d’accès le plus utilisé. Un service de bus est mis en place dans les années 1990 reliant la commune à la gare du RER C de Brétigny-sur-Orge : il fonctionne six jours sur sept.

Propriété d'exilés géorgiens À la suite de l’invasion du territoire de la Géorgie par les armées de la Russie soviétique en février et , le Parlement géorgien mandate le gouvernement pour la reconquête du pays à partir de l’étranger. La classe politique séjourne d'abord en Turquie, puis se réfugie en France : l'acquisition d'un lieu de rassemblement est décidée. Le choix de la commune de Leuville-sur-Orge est effectué selon plusieurs critères, coût, accessibilité et discrétion des lieux. La résidence , est située au centre du village, mais entourée de de terres et délimitée par des hauts murs de pierre.

1922 à 1959 thumb|100px|Benia Tchkhikvichvili (1881-1924) Bien qu'acheté avec les fonds publics de l'État géorgien, le domaine est d’abord juridiquement la propriété de deux personnes privées, Nicolas DjakéliNicolas Djakéli (ancien responsable de la Sûreté à Erevan à l'époque tsariste, secrétaire d'État-Major militaire sur le front du Caucase durant la Première Guerre mondiale, puis adjoint au chef de la police spéciale de la République démocratique de Géorgie (selon les archives de l'Office des réfugiés géorgiens en France). et Bénia TchkhikvichviliBénia Tchkhikvichvili (1918-1921, ancien président de la République autoproclamée de Gourie en 1905, déporté en Sibérie, puis maire de Tiflis, gouverneur du district de Batoumi et vice-ministre de l'Intérieur durant la République démocratique de Géorgie).Colisée : Bénia Tchkhikvichvili (consulté le 17 mars 2015).. Cette forme est retenue afin de prévenir toute tentative des autorités soviétiques de récupérer le domaine au titre de la succession d'État. Le départ clandestin de Bénia Tchkhikvichvili en Géorgie pour participer à l’insurrection nationale d’août 1924, son arrestation et sa mort, impliquent une autre solution de propriété pour le domaine.

Le , une Société civile immobilière est constituée : ses parts sont détenues par des représentants de la majorité gouvernementale sociale-démocrate, (Evguéni Guéguétchkori, Noé Jordania , Konstantiné Kandélaki, Noé Ramichvili et Akaki Tchenkéli) et par ceux de l'opposition sociale-fédérale (Samson Pirtskhalava) et nationale-démocrate (Ekvtimé Takhaïchvili). Le , elle fait l’acquisition du domaine et édicte un testament moral, le retour du domaine à la Géorgie lorsque le pays aura retrouvé son indépendance. Une association, distincte de la SCI, réunissant les résidents permanents du domaine, Le Foyer géorgien, est chargée de la gestion au quotidien du parc et des bâtimentsLeuville-sur-Orge et la Géorgie, une histoire commune (consulté le 17 mars 2015)..

Vie quotidienne Selon le journal de Tamara Kakhéladzé, future épouse Takhaichvili : Les premiers arrivants furent Bénia TchkhikvichviliAncien maire de Tiflis., Valiko DjouréliAncien commandant de la Garde populaire., et Constantiné Sabartharachvili ; ils ont acheté des meubles pour pouvoir vivre. Durant le même été, ma mère et moi, nous nous sommes installées au château avec la famille de mon oncle Noé RamichviliAncien président de gouvernement.. Puis sont venus Carlo TcheidzeAncien président de parlement. avec sa femme Alexandra et sa fille Véronique, Ekvtimé TakhaïchviliAncien vice-président de parlement. avec sa femme Nino et le fils de Noé KhomérikiAncien ministre., Victor (surnommé Vitia).

Les témoignages recueillis par Eka Khamkhadzé en 2004 permettent de dresser la vie quotidienne au sein du domaine géorgien. La maison du régisseur est transformée en ferme : Namo (1891-1988) et Valodia Gogouadzé (1881-1954, ancien responsable de trains blindés de la Garde populaire) vivent de l'élevage de vaches laitières et de la fabrication de fromage géorgien : les visiteurs parisiens en raffolent et les commandes sont passées à l'avance. Le travail des terres est ordonnancé par Guiorgui Eradzé (1882-1971, ancien cheminot et ancien ministre du travail) ; il distribue les parcelles aux résidents permanents ; il assure la discipline et l'ordre ; il veille en particulier sur les Parisiens venus le dimanche et enclins à butiner les récoltes ; des cultures géorgiennes prennent naissance comme le maïs destiné à la consommation humaine, les légumes conservables en saumure (choux, tomates, cornichons, etc.), les haricots rouges ou la coriandre. Des noyers sont plantés afin de permettre la préparation de sauces aux noix ; des volailles et des lapins sont élevés, des porcs également. Après la Seconde Guerre mondiale la culture des cornichons s'intensifie, gagne les champs de la commune de Leuville-sur-Orge et de ceux de Saint-Germain-lès-Arpajon ; un ramassage tri-hebdomadaire par camion est organisé avec Gricha Ouratadzé (1880-1959, ancien secrétaire d'État aux affaires étrangères) comme chef de bord et comptable, à destination d'une usine de transformation en malossol à Alfortville. Une dépendance avait été aménagée en atelier à la fin des années 1920 : après David Khéladzé (1887-1957), Isidore Karséladzé (1888-1971, typographe formé à Tiflis) y dispose des seuls jeux de caractères de l'alphabet géorgien existant à l'étranger ; il assemble par composition typographique les pages des revues et des livres à l'aide de cadres pré-dimensionnés ; il les porte ensuite à l'imprimerie de Leuville-sur-Orge jusqu'à sa fermeture, puis à celle d'Arpajon, pour impression papier. La plus grande pièce du rez-de-chaussée, dénommée Grand salon, est décorée des portraits de notables et d'une copie de la Constitution de la République démocratique de Géorgie. Le vendredi matin, les résidents permanents se rendent à pied, ou à bicyclette, au marché d'Arpajon, saluant au passage les familles géorgiennes installées le long des trois kilomètres de route. L'administration du domaine ne s'effectue pas sans difficultés, financières en premier lieu, mais aussi relationnelles, inhérentes à toute vie en communauté, de surcroît en exilMémoire d'Eka Khamkhadzé "Les Géorgiens de Leuville", 2004, consultable à la Médiathèque municipale de Leuville-sur-Orge.

Au printemps 1940, une unité militaire française réquisitionne brièvement le parc ; parmi l’encadrement se trouve un jeune officier, Claude Legrand qui deviendra l’acteur Claude Dauphin. Quelques mois plus tard l’armée allemande entrepose temporairement du matériel. Les bombardements alliés du printemps 1944, préalables à la Libération de la France, touchent la gare de Brétigny-sur-Orge, mais épargnent le domaine géorgien.

Population

La commune de Leuville-sur-Orge comptabilise officiellement une trentaine de réfugiés géorgiens en résidence permanente (31 en 1926, 27 en 1931 et 20 en 1936) ; après le suicide de Carlo Tchéidzé en 1926 à Leuville-sur-Orge et l'assassinat de Noé Ramichvili en 1930 à Paris, tous deux sociaux-démocrates, Ekvtime Takaichvili (national-démocrate) et Samson Pirtskhalava (social-fédéraliste) sont les derniers chefs politiques historiques à avoir eu pour résidence principale le domaine géorgien ; les autres notables, généralement sociaux-démocrates, ont élu domicile à Paris et disposent dans le domaine géorgien de chambres qu'ils utilisent les fins de semaine ou durant les vacancesConseil général de l'Essonne : "Les Géorgiens de Leuville-sur-Orge", 2009.

Lieu de rassemblement Plusieurs personnalités , en désaccord avec les positions du gouvernement en exil, refusent de se rendre à Leuville-sur-Orge. Le clivage s'accentue durant les années 1930 avec l'envoi d'émissaires secrets sur le territoire soviétique, différents selon l'appartenance au groupe Prométhée (soutenu par la Pologne) ou au groupe Caucase (soutenu par le Japon), ainsi que durant les années 1940 avec l'engagement d'émigrés géorgiens dans la Seconde Guerre mondiale et les accusations réciproques d'ententes tacites avec le régime national-socialiste ou avec le régime soviétiqueGeorges Mamoulia : "Les combats indépendantistes des caucasiens entre URSS et puissances occidentales. Le cas de la Géorgie (1921-1945)", Édition L'Harmattan, juillet 2009, Paris, , Chapitre III et IV.. Les dissensions inhérentes à la classe politique géorgienne en exil, parfois même à l'intérieur d'un même parti, empêchent le domaine d'apparaître comme un lieu de rassemblement.

1959 à 1991 Selon le droit français, les parts de la SCI Le Château de Leuville sont transmises aux descendants des propriétaires initiaux (les cinq représentants du parti social-démocrate géorgien, Evguéni Guéguétchkori, Noé Jordania, Konstantiné Kandélaki, Noé Ramichvili et Akaki Tchenkéli, étant décédés en France) ou à leurs mandataires (Ekvtimé Takhaïchvili et Samson Pirtskhalava étant morts en Géorgie).

Population