vignette|300px|Maquette de à Moscou.

Saliout (du russe signifiant ) est une famille de stations spatiales soviétiques. La première station de la série, , est lancée en 1971. Avec une masse de correspondant à la capacité de lancement de la fusée Proton, la station dispose d'un espace habitable de permettant d'accueillir un équipage permanent de trois cosmonautes. La relève des équipages est effectuée par des vaisseaux Soyouz. Les premiers modèles ne permettent l'accouplement que d'un seul vaisseau. À partir de , un deuxième port d'amarrage permet le ravitaillement par les vaisseaux automatiques Progress et l'accueil d'équipages visiteurs pour de courts séjours. Ces nouvelles capacités permettent aux Soviétiques de réaliser des missions de plus en plus longues démontrant les capacités de l'homme à séjourner dans l'espace.

Le développement de la station spatiale se fait initialement sous l'appellation Almaz pour répondre aux besoins des militaires soviétiques. Lorsque le programme habité soviétique lunaire échoue face au programme Apollo, les dirigeants soviétiques, pour lesquels le spatial a une forte valeur de propagande, choisissent de soutenir le projet d'une station spatiale civile dérivée dAlmaz qui sera renommée Saliout. Parmi les huit stations Saliout lancées, trois sont néanmoins des stations militaires Almaz à l'architecture distincte dont les objectifs militaires sont ainsi dissimulés. Après des débuts difficiles marqués par la perte de plusieurs stations spatiales et la tragédie de , les Soviétiques apprennent à maitriser tous les aspects des séjours prolongés dans l'espace. Le programme Saliout s'achève en 1986 avec le lancement du premier module de la station Mir, largement inspirée de Saliout et dont l'architecture est reprise par la suite pour la réalisation du segment russe de la Station spatiale internationale.

Du concept aux premiers projets

Le concept de station spatiale est une idée ancienne en Union soviétique puisque le pionnier de l'espace Constantin Tsiolkovski l'évoque dès 1903 dans ses écrits. Dans les années 1950, à l'aube de l'ère spatiale, les personnes les plus impliquées dans l'astronautique, comme Serguei Korolev en Union soviétique et Wernher von Braun aux États-Unis, voient la station spatiale comme une étape intermédiaire obligatoire avant le lancement de missions vers les autres planètes du système solaire. Pour ces ingénieurs, les principaux obstacles à ces missions ne sont pas techniques mais biologiques et humains. L'homme peut-il, après un séjour prolongé en apesanteur, accomplir des tâches physiquement éprouvantes sur le sol d'une planète comme Mars ? Des hommes peuvent-ils vivre durant plusieurs années cloitrés dans une boite de la taille d'un petit appartement au milieu d'un environnement plein de menaces et loin de tout secours, sans devenir fous ou du moins sans que disparaisse toute cohésion dans l'équipage ? Des missions prolongées à bord d'une station spatiale placée en orbite terrestre sont, selon eux, une étape préalable qui permettrait de répondre à ces questions..

Korolev voit plus loin : il considère qu'il est inutile de concevoir la station spatiale comme un lieu de ravitaillement ou une base d'opérations pour des missions plus lointaines, comme l'imaginent Arthur C. Clarke, Willy Ley ou von Braun et tel que l'a illustré Stanley Kubrick dans 2001, l'Odyssée de l'espace. La station spatiale présente en effet toutes les caractéristiques d'un vaisseau interplanétaire et, compte tenu du coût de la réalisation d'une station en orbite, il est préférable d'utiliser celle-ci lorsqu'il devient nécessaire de transporter des hommes vers d'autres planètes. Toute comme un vaisseau interplanétaire, une station doit disposer d'un système de support de vie capable de recycler une partie de l'eau contenue dans l'urine et l'atmosphère de la station afin de limiter la masse énorme d'eau qu'il faut emporter pour permettre à un équipage de survivre sur plusieurs années. Le besoin de recycler l'oxygène et de disposer d'une nourriture capable de se conserver sur une longue période est également identique. Dans ce domaine Korolev est persuadé que beaucoup de solutions techniques ont déjà été en partie élaborées pour les sous-marins et qu'il s'agit seulement de les adapter au contexte spatial. Dans les deux cas l'ensemble des systèmes doit pouvoir fonctionner de manière fiable durant des années. Korolev comme von Braun envisagent d'avoir recours à l'énergie solaire pour disposer d'énergie à bord. Le danger représenté par les météorites et les radiations reste dans les années 1950 une inconnue. Face au problème de l'adaptation de l'homme à l'absence de gravité, Korolev, contrairement aux ingénieurs américains, n'envisage pas de recréer une gravité artificielle qui lui parait impraticable, mais de tester progressivement l'accoutumance de l'homme à l'espace..

En l'Union soviétique est largement en tête dans la course à l'espace à laquelle elle se livre avec les États-Unis. Le bureau d'études OKB-1 dirigé par Serguei Korolev, inventeur et personnalité dominante du programme spatial soviétique, produit un rapport consacré à un projet de mission circumlunaire décrivant une station spatiale constituée de plusieurs petits modules indépendants placés individuellement en orbite. Il est prévu qu'un équipage de trois cosmonautes soit amené à bord par un vaisseau spatial baptisé Siber ou Sever. La station spatiale comprend un module d'habitation et un laboratoire spatial. La fusée Vostok doit être utilisée pour lancer aussi bien le vaisseau Siber que les modules de la station spatiale. Au milieu des années 1960, l'Union soviétique développe pour son programme spatial lunaire la fusée géante N1. Korolev propose en 1965 de l'utiliser pour mettre en orbite une station spatiale de disposant de quatre ports d'amarrage capables d'accueillir simultanément autant de vaisseaux Soyouz..

Station militaire Almaz vignette|300px|Schéma résumant la genèse des stations spatiales soviétiques.

Mais le bureau d'études de Korolev est au milieu des années 1960 accaparé par le développement des missions lunaires et ses projets de station spatiale restent sans suite. En Union soviétique, contrairement aux États-Unis, l'activité spatiale en se développant a donné naissance à plusieurs entités concurrentes qui tentent d'imposer leurs projets spatiaux en utilisant leurs appuis dans l'appareil politique. Le rival le plus sérieux de Korolev, Vladimir Tchelomeï, qui entretient de bonnes relations avec les militaires, a proposé à ceux-ci de développer une station spatiale militaire occupée par un équipage de deux à trois cosmonautes et pouvant rester opérationnelle un à deux ans. Le système est complet : il comprend la fusée Proton, d'une capacité de lancement en orbite basse, qui est un produit de son bureau d'études et qui doit placer dans l'espace la station spatiale baptisée Almaz (diamant en russe). Celle-ci est également désignée sous la référence OPS (, pour « Station orbitale avec équipage »). L'ingénieur soviétique développe également un nouveau vaisseau, baptisé TKS, pour transporter l'équipage et le ravitaillement. Celui-ci lancé, par la fusée Proton, est près de trois fois plus lourd que le vaisseau Soyouz et dispose à la fois d'une grande capacité d'emport de fret et d'une capsule pouvant revenir sur Terre. La station Almaz emporte notamment un radar permettant d'obtenir des images de la surface terrestre, plusieurs caméras, deux capsules qui sont utilisées pour renvoyer des données au sol et un canon antiaérien chargé de défendre la station contre une attaque américaine. La commission interdépartementale donne son feu vert au projet en 1967. L'OKB-52 et sa branche se partagent la responsabilité du développement des vaisseaux..

Projet de station spatiale comme objet de propagande

Si le développement de la structure de la station Almaz respecte le calendrier prévu, il n'en est pas de même des sous-systèmes, tels que les systèmes de support-vie ou de navigation car les ingénieurs de Tchelomeï, contrairement à ceux de l'OKB-1 de Korolev, manquent d'expérience dans le domaine spatial. Le développement du vaisseau TKS prend également du retard pour les mêmes raisons. Mais le programme lunaire habité soviétique et le développement du vaisseau Soyouz rencontrent à l'époque de nombreux échecs. L'astronautique soviétique est désormais dépassée par la NASA qui pose le premier homme sur la Lune en . Le dirigeant soviétique Leonid Brejnev est un spécialiste de la propagande. Il sait qu'il se doit de réagir à ce revers cuisant dans un domaine jusque-là dominé par l'Union soviétique. Dans un discours prononcé trois mois après qu'Armstrong a posé le pied sur la Lune, il déclare que le principal objectif de l'astronautique soviétique a pratiquement été depuis les débuts l'établissement de stations spatiales occupées en permanence par des équipages. À l'époque le programme lunaire habité soviétique est resté secret malgré les moyens gigantesques engloutis dans le projet et ce qui se révélera un mensonge plus tard, parait à l'époque vraisemblable à la plupart des observateurs. Mais cette déclaration place Brejnev dans une position délicate car la NASA développe sa propre station spatiale, Skylab, qui doit être lancée en 1973. L'Union soviétique se doit de gagner cette course et à cet effet Brejnev décide de mettre fin à la guerre que se livrent les bureaux d'études soviétiques..

En , le Ministère des constructions mécaniques, qui exerce la tutelle sur les bureaux d'études de l'industrie spatiale soviétique, décide de fédérer les efforts des bureaux d'études de Tchelomeï et de Korolev. La responsabilité du projet Almaz est transférée à l'OKB-1 afin de pouvoir lancer une station spatiale avant les États-Unis. En combinant des sous-systèmes développés pour le vaisseau Soyouz et la coque d'''Almaz développée par le bureau d'études de Tchelomeï, les ingénieurs soviétiques parviennent en douze mois à mettre au point la première station spatiale. La station spatiale résultante est inscrite sous la référence DOS (, c'est-à-dire "Station orbitale de longue durée"). Le vaisseau spatial TKS, trop complexe à mettre au point, n'est pas retenu dans un premier temps pour desservir la station. Il est remplacé dans ce rôle par le vaisseau Soyouz ; la conception de la station Almaz est modifiée pour permettre l'amarrage de ce vaisseau. La première station spatiale du programme DOS est d'abord baptisée Zarya (aube) . Mais juste avant son lancement elle est rebaptisée Saliout (Salyut c'est-à-dire « salut » en russe) pour ne pas créer de confusion avec le Centre de contrôle des missions soviétiques (le TSuP) dont c'est également l'indicatif radio..

Première génération (1971-1977)

Quatre stations spatiales Saliout de première génération sont lancées entre 1971 et 1974 par une fusée Proton dont deux, et , sont effectivement occupées. Elles ne disposent que d'un seul port d'amarrage, ce qui ne permet pas de ravitaillement ou de relève d'équipage lorsque la station est déjà occupée et limite donc fortement la durée des séjours dans l'espace. Elles permettent néanmoins à l'astronautique soviétique de mettre au point les techniques et les équipements qui permettront les longs séjours dans le cadre de la génération suivante.

Débuts difficiles Saliout 1 (1970-1971)

vignette|160px|Le lanceur Proton lancera toutes les stations Saliout.Ici un exemplaire, en 1989.

Le , , la première station spatiale construite par l'homme, est placée en orbite par une fusée Proton-K. Les dirigeants de l'Union soviétique, après avoir subi une longue série d'échecs, peuvent enfin annoncer que leur pays a repris l'initiative dans le domaine spatial. La NASA ne lancera la station Skylab que deux ans plus tard.