La grève des sages-femmes de 2013-2014, démarrée le , a été une des plus longues grèves au sein de la fonction publique française, puisqu'elle aura duré plus d'un an.. À l'initiative du Collectif des sages-femmes, constitué de plusieurs organisations syndicales et associations représentatives des sages-femmes (l’ONSSF, Organisation nationale syndicale des sages-femmes, le CNSF, Collège National des Sages-Femmes, la Cnema, Conférence nationale des enseignants en maïeutique, l'Anesf, Association nationale des étudiants sages-femmes, L'ANsfc, l’Association Nationale des Sages-Femmes Cadres et le Syndicat CFTC Santé-Sociaux).. La grève touchera presque 90 % des maternités de France et verra défiler plusieurs milliers de sages-femmes au cours des quatre manifestations sur Paris, ainsi que l'organisation de plusieurs événements et blocage (envahissement des locaux de France Télévision ou d'agence Pole emploi, blocages de routes et péages, campements dans l'enceinte des Hôpitaux).. Les principales revendications de ce mouvement était d'ordre statutaire et liées à la place de la profession dans le système de santé (statut des sages-femmes Hospitalières, statut des étudiants, des enseignants et Praticien Premiers Recours)
Genèse Dès la mise en place du nouveau gouvernement en , différentes associations et syndicat de sages-femmes ont demandé à être reçus par la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Devant l’absence de réponse du ministère, les organisations qui constituent le Collectif des sages-femmes ont lancé un appel le depuis Bruxelles auprès des parlementaires européens sur le manque de reconnaissance de la profession de sage-femme.. N’ayant toujours pas obtenu d’entrevue, le Collectif des sages-femmes organise un sit-in devant le ministère de la santé le menaçant de camper tant que les représentants ne seraient pas reçus.
Leurs principales demandes sont d'ordre de la reconnaissance et de la visibilité de l’ensemble de la profession de sage-femme.
Il existe trois professions médicales en France, inscrites dans le Code de la santé publique : les médecins, les dentistes et les sages-femmes. Les tracts distribués au public reprennent les compétences et les principales revendications des sages-femmes : être utilisées pour l’ensemble de leurs compétences, intégrer les sages-femmes hospitalières dans le statut hospitalier des professions médicales (qui sont les médecins, les dentistes et les pharmaciens), intégrer les étudiants sages-femmes dans le statut d'étudiant hospitalier pour avoir les mêmes droits que les étudiants en médecine, odontologie et pharmacie, et un statut de professeur pour les enseignants sages-femmes qui n'ont actuellement pas de statut pour enseigner.
Chronologie de 2013 à 2014 Octobre 2013 : l'appel Le , une centaine de sages-femmes et d’étudiants sages-femmes se sont rassemblés à l’appel du Collectif des sages-femmes pour un sit-in devant le Ministère de la Santé. qui persistait à ignorer les sollicitations des sages-femmes ; la profession avait déjà manifesté sur les mêmes thèmes en 2011...
Le jour même, à la suite d’une entrevue avec des conseillers de Marisol Touraine, les représentants du Collectif des sages-femmes découvrent l'absence de mention des sages-femmes dans le projet de loi de santé publique de 2014. Le Ministère de la Santé propose alors au Collectif des sages-femmes « un atelier de périnatalité », ce que Caroline Raquin, présidente de l'Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF) et porte-parole du Collectif des sages-femmes, qualifiera plus tard lors d'une interview sur LCI « d'atelier de couture »..
L’appel à la grève générale et illimitée est lancé le soir même., grève soutenue par le Conseil national de l’ordre des sages-femmes.. En quelques jours, elle touchera 70 % des maternités de France. Cependant, l’hôpital est soumis à une obligation de service public, les sages-femmes sont assignées à leurs postes. Les hôpitaux sont peu perturbés et la grève est peu visible. Devant le manque de relais du mouvement par les médias nationaux, le Collectif des sages-femmes organise un siège des locaux de France Télévision le 26 d' afin de faire enfin entendre leur voix.. De plus pour dénoncer l’invisibilité de la profession au sein du système de soins, le Collectif des sages-femmes appelle à l’arrêt du codage des actes qu’elles réalisent elles-mêmes, la classification commune des actes médicaux (CCAM) étant celle réservée aux médecins, invoquant que la facturation des accouchements, qu’elles pratiquent seules, dans les hôpitaux constitue une fraude généralisée à l’assurance maladie. Les directions d'hôpitaux, mises à mal par ce manque à gagner, multiplieront les pressions à l’encontre des sages-femmes. (Formation ajournée ou refusée, modification de planning, congés refusés). L'ONSSF annoncera dans un communiqué le que lors des négociations avec la sécurité sociale, elle a obtenu la création de la CCAM pour les actes médicaux pratiqués par les sages-femmes.
Novembre 2013, première manifestation : La marche des sages-femmes Au début du mois de novembre, la grève s’étend et touche jusqu’à 90 % des maternités...
À l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement, la députée Véronique Louwagie demande à la Ministre de la Santé de recevoir les sages-femmes. Pendant la réponse de la Ministre expliquant que les discussions sont en cours, des bancs de l'opposition on entendra à plusieurs reprises « Recevez-les ! »..
La première manifestation appelée « La marche des sages-femmes », a lieu le et réunit près de 7000 sages-femmes et étudiants sages-femmesdans les rues de Paris, de la Place Denfert-Rochereau au Ministère de la Santé. Un cahier de doléances. rassemblant l'ensemble des revendications des sages-femmes est remis à l'arrivée du cortège. Habitué aux manifestations plutôt pacifiques des sages-femmes, les forces de l'ordre ne prennent pas la mesure de la colère et se font déborder, les manifestants ayant dépassé les barrières et tenté à plusieurs reprises d'envahir le ministère..
Le , la ministre de la Santé, Marisol Touraine et la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso annoncent la mise en place de quatre groupes de travail afin de répondre aux différentes problématiques.: la reconnaissance statutaire des sages-femmes hospitalières ; la place des sages-femmes comme acteurs de recours ; l’évaluation des décrets de périnatalité ; la formation des sages-femmes et la recherche en maïeutique.
Le , à l'Assemblée nationale, Marisol Touraine est à nouveau interrogée sur le mouvement des sages-femmes, cette fois-ci par le député Dominique Dord qui demande la reconnaissance de leur statut médical.
Décembre 2013 : la décision reportée Au mois de décembre, commencent les premiers groupes de travail, cependant les sages-femmes décident de maintenir la grève. Dans certains groupes, notamment le groupe sur le statut hospitalier, les centrales syndicales sont invitées par le ministère à participer, dont certaines sont hostiles à une sortie de la fonction publique hospitalière (CGT, FO, Sud, UNSSa, CFDT).
Le Collectif des sages-femmes dénonce dans ses communiqués la partialité des débats et notamment du chargé de mission (Édouard Couty). Marisol Touraine ayant annoncé la date de sa décision au , le Collectif des sages-femmes organise une nouvelle « marche des sages-femmes » le , qui est aussi une date de réunion du groupe de travail sur le statut. La deuxième « marche des sages-femmes » rassemble entre 4000 et 6000 sages-femmes et étudiants sage-femme....
Pendant la réunion, le Collectif des sages-femmes constatant que la revendication de rejoindre le statut des personnels médicaux hospitaliers n’est même pas l’objet de discussion, claque la porte du ministère et annonce qu’il ne participera plus à cette “mascarade”. Le Conseil national de l’ordre des sages-femmes quitte également la réunion et dénonce le fait que « le ministère n’envisage toujours pas de solution à la hauteur des compétences et de la responsabilité » des sages-femmes. « Il a été immédiatement exclu qu’elles puissent intégrer le statut de praticien hospitalier, alors que celui-ci rassemble les autres professions médicales (médecins, chirurgiens-dentistes) et les pharmaciens »...
Malgré l’hiver et la neige, les sages-femmes diversifient leurs actions, des campements devant les maternités se multiplient un peu partout en France (Paris., Lyon., Grenoble., Rennes., Chambéry, Laval., Dijon, Rouen, Marseille.), ainsi que des blocages de péages autoroutiers..
Les réunions des groupes de travail continuent mais celui sur le statut hospitalier se poursuit sans les organisations du Collectif des sages-femmes ni le Conseil national de l’ordre, mais seulement avec une partie des centrales syndicales (CGT, FO, Sud, UNSSa, CFDT, CFE-CGC).
À l’approche de la décision de la ministre, le mouvement se radicalise. les maternités sont perturbées car un certain nombre se voient contraintes de fonctionner sans la présence des sages-femmes malgré les procédures d’assignation. Selon les organisations, « elles sont à bout » après 2 mois de grève intensive. De nombreux arrêts de travail se déclarent dans toute la France...
À l’assemblée nationale, le , la ministre de la Santé est questionnée sur les actions menées en réponse aux attentes des sages-femmes par la députée Véronique Louwagie. Le sujet provoque de nombreux chahuts car la question de la députée met en cause directement Marisol Touraine dans sa gestion du mouvement des sages-femmes puisqu'elle s'adresse au premier ministre, Jean-Marc Ayrault.
Véronique Louwagie : « Monsieur le Premier ministre, les sages-femmes méritent mieux que d’être manipulées et même déconsidérées par une proposition ne reconnaissant pas leur statut médical. L’attitude de la ministre des Affaires Sociales et de la Santé, qui consiste à diviser pour mieux régner, contribue à rabaisser la profession et risque d’entraîner un durcissement du mouvement. Monsieur le Premier ministre, allez-vous recevoir vous-même les sages-femmes, dans la mesure où Touraine ne les écoute pas ? Allez-vous recevoir le Collectif des sages-femmes, seule entité représentative aux yeux de ces professionnelles ? » C'est néanmoins Marisol Touraine qui répondra à la question : « À l’évidence, madame la députée, un peu de mauvaise foi ne nuit pas...(...)Je veux également vous assurer (...) de la détermination absolue du Gouvernement pour permettre que les sages-femmes soient mieux reconnues, mieux identifiées dans notre système de santé, qu’il s’agisse de leur place comme professionnelles médicales de premier recours ou de leur statut à l’hôpital. ».
Alors que les maternités des hôpitaux subissent une grande désorganisation due notamment aux arrêts de travail, le , Marisol Touraine qui devait trancher, annonce finalement au cours d’une conférence de presse la prolongation de la concertation concernant, notamment, la question du statut hospitalier., précisant « qu’il n’y a pas de consensus au sein de la profession », faisant ainsi valoir le désaccord des centrales syndicales (FO, CGT, CFDT, Unsa).. Les groupes de travail sont reconduits jusqu’à , avec l'ouverture d'une possibilité sur un statut hors fonction publique et invite les syndicats de praticiens hospitaliers à participer au groupe de travail.
À l’issue de la conférence de presse, après trois mois de lutte, et malgré l'annonce des prolongations des groupes de travail, la grève est reconduite à la suite de l'assemblée générale nationale tenue par le Collectif des sages-femmes. Environ 70 % des maternités sont toujours en grève...