vignette|upright=1.5|Page frontispice de Traduction en français : Une justification des droits de la femme : avec critiques de sujets politiques et moraux., ouvrage de Mary Wollstonecraft réclamant plus de droits pour les femmes. Livre publié en 1792 à Boston aux États-Unis.

La première vague féministe est une période de l'histoire du féminisme qui va des et qui concerne les pays européens et les États-Unis.

Pour chaque pays, l'apparition du mouvement féministe marque le début de la période et l'accès au droit de vote des femmes en marque la fin. Cependant, comme cela ne se produit pas au même moment dans chaque État, les dates précises diffèrent. La naissance d'un mouvement féministe signe le début de cette première vague mais cela ne signifie pas qu'avant le personne ne s'était soucié des conditions de vie des femmes. Dès le Moyen Âge, de rares femmes, à l'image de Christine de Pisan, avaient évoqué la misogynie, mais il faut attendre la seconde moitié du pour que le mouvement féministe naisse réellement. Aux États-Unis, la Convention de Seneca Falls de 1848 est souvent choisie comme point de départ du féminisme ; au Royaume-Uni, aucun évènement ne permet de donner une date de naissance précise. La parution de plusieurs ouvrages dès la fin du pose progressivement la question de la place de la femme dans la société sur le devant de la scène. En France, la partielle liberté de parole au début du Second Empire permet l'émergence du féminisme à la suite d'André Léo, pseudonyme de Léodile Champseix. Enfin, en Allemagne et dans le reste de l'Europe, les révolutions de 1848 amènent avec elles l'aspiration féminine à plus de liberté tout comme le fait en Russie, l'avènement de l'empereur russe Alexandre .

Le terme de est donné a posteriori lorsque des féministes dans les se désignent comme faisant partie de la deuxième vague féministe. La journaliste Martha Weinman Lear introduit, pour la première fois, la notion de « vagues » féministes, dans un article du New York Times Magazine de . Ainsi, elle unifie et limite le mouvement passé qui ne s'était pas pensé ainsi. Cette première vague est alors souvent présentée comme cherchant seulement à obtenir le droit de vote pour les femmes. Les autres sujets qui préoccupaient aussi les féministes du début du sont ignorés par la plupart des féministes de cette nouvelle génération. Or, le droit à l'éducation et au travail, l'accès aux droits civils, la maîtrise de la procréation sont aussi des points importants dans les luttes féministes de la première vague. Celle-ci est fortement associée au mouvement des suffragettes mais elle ne s'y limite pas ; tracts, manifestations, créations d'associations, dans tous les pays où le féminisme se développe, sont utilisés pour atteindre l'égalité entre les hommes et les femmes.

Origine de l'expression Les féministes du et du début du ne se sont jamais présentées comme faisant partie d'une « vague ». Ce sont les féministes américaines des qui ont revendiqué l'appellation « seconde vague du féminisme ». Elles inscrivent ainsi leurs luttes dans une histoire longue avec des périodes distinctes. Une première vague, exclusivement américaine, se retrouve clairement bornée entre la Convention de Seneca Falls de 1848 et l'accession au droit de vote en 1920. Elle est suivie d'un reflux de la lutte des femmes après guerre puis d'une reprise dans les . En , la journaliste Martha Weinman Lear, dans un article du New York Times Magazine, explique que les féministes de cette nouvelle génération se présentent comme étant la seconde vague. Elle acte ainsi une expression existante mais qui n'avait pas encore l'honneur de l'écrit.. L'expression se diffuse ensuite en Europe dans les . Ainsi, en France, la formation de groupes informels en 1968 et le dépôt de la gerbe sur la tombe du soldat inconnu adressée à « l'épouse du soldat inconnu » le servent à dater la deuxième vague et rétrospectivement à faire de l'ensemble des féministes des décennies précédentes la première vague..

Histoire Prémices de la première vague féministe vignette|gauche|Christine de Pisan, œuvre de . En Europe, des femmes ont très tôt cherché à être mieux traitées. Ainsi l'écrivaine française Christine de Pisan (1364-1430) est, selon Simone de Beauvoir, la première femme à écrire sur la relation entre les sexes et à dénoncer la misogynie.. Toutefois, c'est au que sont habituellement datés les prémices du féminisme. Ces revendications en faveur d’une émancipation des femmes apparaissent en France durant la Révolution française, notamment dans les cercles privés de l’aristocratie. Cette volonté d’accéder à une certaine autonomie est relayée par des personnalités influentes comme Nicolas de Condorcet et Olympe de Gouges. Cette dernière reste célèbre pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791, qui s’oppose ouvertement au cinquième livre de l’Émile ou De l'éducation de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Les idées de cette femme d’influence lui coûteront la vie puisqu’en 1793, deux ans après la publication de son œuvre, elle sera guillotinée. Ce désir assumé des femmes françaises de s’émanciper sera cependant contré par l’établissement du code civil de 1804, qui insiste lourdement sur la place secondaire de la femme dans la société..

Présentation générale La fin du et le début du préparent ce qui est communément appelé la première vague féministe qui va de la fin du au milieu du . Selon les pays, les dates attribuées au commencement et à la fin de cette période varient. Il s'agit d'un mouvement de libération des femmes qui se développe dans les pays européens et américains. En effet, même si des femmes en Afrique ou en Asie réclament une amélioration de leur condition, elles ne peuvent construire, dans leurs pays colonisés ou dominés par les Européens, un mouvement organisé comme en Occident. Le mouvement féministe naît d’une volonté de réformer les institutions en vue d’une égalité des hommes et des femmes devant la loi. Ces revendications s’organisent autour de cinq axes majeurs, à savoir : l’égalité des sexes, la libération et l’émancipation des femmes, l’accès à l’autonomie (accès au travail, meilleure éducation), les dépendances conjugales (droit au divorce) et la lutte contre l’exploitation sexuelle (autodétermination des corps).

Féminisme en Europe Le Royaume-Uni, berceau de la première vague féministe alt=portrait en plan rapproché taille d'une femme qui regarde sur le côté et vêtue de blanc sauf un fichu noir sur les cheveux.|vignette|redresse|Portrait de Mary Wollstonecraft par John Opie (env. 1797). Même si le féminisme n'appartient pas à un pays, il est d'usage de le faire naître au Royaume-Uni. Il n'apparaît pas là ex nihilo mais est le fruit d'une longue réflexion sur la place des femmes dans la société. Plusieurs ouvrages majeurs participent à cette prise de conscience. Le premier écrit par Mary Wollstonecraft s'intitule (Défense des droits de la femme). Il est publié en 1792 et aborde la question de l'éducation des femmes pour leur permettre d'exercer au mieux leur raison.. Ce texte majeur inspire d'autres auteures comme Mary Hays qui écrit en 1798 titre en français : Appel aux hommes de Grande-Bretagne au nom des femmes. et Mary Robinson qui la même année écrit titre en français : Pensées sur la condition des femmes et sur l'injustice de leur subordination mentale.. Le deuxième livre majeur est titre en français : Appel de la moitié de l'espèce humaine, les femmes, contre les prétentions de l'autre moitié, les hommes, de les maintenir dans un esclavage politique qui est donc aussi civil et domestique. du philosophe William Thompson publié en 1825. Bien qu'il soit coécrit avec Anna Wheeler, seul le nom de Thompson apparaît. Malgré ce manque de reconnaissance, Anna Wheeler écrit toujours des articles publiés dans le journal owéniste . Elle s'attaque à l'institution du mariage qui oblige l'épouse à être soumise et elle exprime ouvertement ses idées sur le plaisir sexuel de la femme. Cette question de l'inégalité dans le couple est aussi au cœur des préoccupations de Caroline Norton qui se bat pour que le droit au divorce soit le même quel que soit le sexe et pour que la femme mariée obtienne une existence légale distincte de celle de son mari. En 1857, plusieurs de ses propositions sont transcrites dans une loi, le Titre en français : Loi sur le mariage et le divorce. mais cela n'empêche pas d'autres féministes comme Frances Power Cobbe ou Barbara Bodichon de prendre le relais en exigeant l'abrogation des lois qui font de l'épouse un être soumis à son mari. Bodichon en 1854 écrit Titre en français : Un bref résumé dans un langage simple des lois les plus importantes pour les femmes. et veut la possession de biens en propre par la femme. Cela sera accordé en 1882 grâce au En français : Loi sur la propriété des femmes mariées.

À partir des , une partie des féministes adhèrent aux thèses marxistes et lient la lutte pour la libération de la femme à celle de la lutte des classes. En abattant le système capitaliste les femmes, comme les ouvriers, seront libérées de leurs chaînes. Une des personnalités importantes de ce mouvement féministe socialiste est Eleanor Marx, fille de Karl Marx, qui en 1886 écrit Titre en français : La question de la femme : un point de vue socialiste. mais elle n'est pas la seule à être active dans ce mouvement où se trouvent aussi Olive Schreiner, Elizabeth Robins et Mona Caird..

vignette|redresse|Le couple Harriet Taylor et John Stuart Mill. vignette|gauche|Bessie Rayner Parkes(1829-1925). Entre le début du féminisme socialiste et la publication de l'ouvrage de Marx, un troisième ouvrage majeur paraît. (De l'assujettissement des femmes) est écrit en 1869 par John Stuart Mill.. Bien que Mill prône l'égalité du mari et de l'épouse, il ne soutient pas l'idée d'une indépendance financière de la femme. Il s'oppose ainsi aux vues de son épouse, Harriet Taylor Mill qui, en 1851, avait défendu ses opinions dans un pamphlet intitulé Titre en français : L'affranchissement des femmes.. Mill, en plus d'écrire, soutient aussi concrètement les actions féministes. Ainsi en , il porte au parlement une pétition d'environ réclamant le droit de vote pour les femmes. Il se fait ainsi le porte-parole des , un groupe féministe fondé dans les dont Barbara Bodichon, Bessie Rayner Parkes, Anna Jameson et Matilda Hays sont les membres fondateurs.. Cette lutte pour le droit de vote des femmes marque de façon très importante le féminisme du . Schématiquement, dans un premier temps les féministes britanniques veulent obtenir l'égalité civique en demandant surtout des réformes constitutionnelles puis à partir de 1905 en réclamant le droit de vote. La conquête de ce droit divise les féministes selon qu'elles veulent le même droit que celui des hommes ou si elles le réclament pour toutes les femmes. En effet, le droit de vote au Royaume-Uni est à l'époque de type censitaire puisque seuls les hommes propriétaires de leur demeure pouvaient voter. Certaines féministes comme Millicent Fawcett ne remettent pas en cause ce système et veulent seulement qu'il soit étendu aux femmes. Cependant, comme celles-ci sont très rarement propriétaires et que ce n'est jamais le cas dans les classes inférieures de la société, cela empêche la majorité des femmes d'obtenir le droit de vote. C'est pour cette raison que d'autres personnalités comme Esther Roper soutiennent l'idée d'un droit de vote accordé à tout le monde. Les méthodes employées pour obtenir ce droit divisent aussi les féministes qui se partagent en suffragettes et suffragistes..

Les suffragettes, un symbole social fort vignette|Annie Kenney et Christabel Pankhurst : deux suffragettes anglaises vers 1908.|alt=Photo sépia de deux femmes en pied tenant une pancarte sur laquelle est inscrit Votes For Women.