LApocalypse est le dernier livre du Nouveau Testament. Son titre en grec ancien, , vient du mot , signifiant « dévoilement » ou, dans le vocabulaire religieux, « révélation »Frédéric Amsler et Enrico Norelli, « Qu'est-ce qu'une apocalypse ? », dans Religions et histoire , juillet-août 2010, 20..Toutes choses nouvelles : deux ouvrages sur « L’Apocalypse ». Un essai éclairant et une traduction commentée de « L’Apocalypse » invitent à relire le texte fascinant et énigmatique qui clôt le Nouveau Testament. La Croix.. Dans les pays de culture anglophone, il s'intitule Livre de la Révélation, ou Révélation de Jésus-Christ.
D'une tonalité à la fois symbolique et prophétique, le texte appartient à un genre littéraire propre au judaïsme comme au christianisme primitif : la littérature apocalyptique. Il contient de nombreuses allusions aux prophéties du Premier Testament : Daniel, Ézéchiel... Il se présente comme une révélation de Jésus-Christ qui dévoile à l'auteur le sens divin de son époque et l'avenir du peuple de Dieu.
L'exégèse historico-critique considère que l'œuvre a été composée vers la fin du et que son auteur, qui connait bien le Premier Testament, est judéo-chrétien. Le prologue indique qu'il se prénomme Jean et qu'il se trouve dans l'île de Patmos lorsqu'il reçoit plusieurs visions qu'il devra partager avec ses coreligionnaires ; on le connait donc comme Jean de Patmos. La tradition chrétienne générale l'a identifié avec l'apôtre Jean, fils de Zébédée, auquel est également attribué le quatrième évangile canonique. Une autre tradition l'attribue à « Jean le Presbytre », c'est-à-dire « l'Ancien », mais la critique moderne estime plus probable qu'il ne s'agisse ni de l'un ni de l'autre. Ces débats témoignent des différentes traditions concernant l'origine du texte, dont la canonicité, reconnue par l'Église catholique et l'Église orthodoxe, reste discutée dans certaines confessions chrétiennes.
Auteur, datation et localisation Attributions traditionnelles vignette|Saint Jean l'évangéliste à Patmos, par Domenico Ghirlandaio, Musée des beaux-arts de Budapest. L'Apocalypse n'est pas le seul écrit du Nouveau Testament ayant un auteur nommé Jean, auquel sont également attribués l'Évangile selon Jean et les trois Épîtres de Jean..
Vers le milieu du , Justin de NaplouseJustin de Naplouse, Dialogue, 81,4. identifie cet auteur à Jean fils de Zébédée., l'un des apôtres de Jésus. Il affirme que l'auteur est revenu, après sa détention à Patmos, à Éphèse où il aurait vécu jusqu'au début du règne de Trajan, soit l'an 98. Quelques années plus tard, Irénée de Lyon attribue également l'évangile et les lettres johanniques à l'apôtre. Papias d'Hiérapolis attribue quant à lui ce livre à Jean le Presbytre (ou Jean l'Ancien), qui serait un disciple de Jean l'apôtre, devenu responsable de la communauté d'Éphèse à la fin du . Un peu plus tard, au , Denys d'Alexandrie procède à une analyse textuelle qui lui fait conclure que l’Apocalypse n'a pas été rédigée par l’auteur de l'évangile johannique, ni des trois épîtres qu'il attribue à l'apôtre Jean. Tout comme Papias, il attribue lui aussi le texte apocalyptique à Jean le Presbytre.. Au , en se référant à Papias, à Polycarpe de Smyrne et à Denys d'Alexandrie, l'évêque Eusèbe de Césarée attribue à son tour le texte à Jean le Presbytre..
L’attribution apostolique (à l'apôtre Jean) est la plus partagée parmi les auteurs ecclésiastiques du monde antique, ainsi qu'en témoignent le Fragment de Muratori, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Hippolyte de Rome ou encore Victorinus. Elle contribue à l'acceptation de la canonicité du texte. Mais cette canonicité s'est faite difficilement, notamment en Orient où l'utilisation du texte par des groupes sectaires comme les adeptes du montanisme l'a rendu suspect.
La théologie orthodoxe contemporaine a pris parti dans le débat sur la datation lorsque les moines orthodoxes de Patmos ont solennellement fêté le dix-neuvième centenaire de la rédaction de l’Apocalypse en 1995.
Ainsi, la confusion règne dans la tradition, car la tradition johannique d’Éphèse a vu se télescoper les deux Jean, l'apôtre et l'auteur de l'ApocalypseSimon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, éd. Nouvelle Clio/Presses universitaires de France, 2006, 216..
Recherche contemporaine Auteur et localisation vignette|Localisation des sept cités et de l'île de Patmos.
À quatre reprises dans le texte, le voyant se présente sous le nom de Jean, un prénom très fréquent dans les écrits néotestamentaires. Il se décrit comme résidant sur l'île de Patmos « à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus »., ce qui est généralement interprété comme un exil forcé à la suite de ce qu'on appellerait aujourd'hui un délit d'opinion..
L'analyse exégétique contemporaine s'oppose à la traditionMarcel Simon, André Benoit, Le judaïsme et le christianisme ancien, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », Paris, 1998 , 226.. Rien ne permet en effet d'identifier Jean de Patmos à l'apôtre Jean. : avant tout, l'auteur ne revendique jamais ce titre. Il revendique seulement la qualité de serviteur et affirme que pour lui le groupe des apôtres appartient au passé et .. Il n'utilise pas davantage le titre d'« Ancien » (« presbytre ») dont parle Papias.
L'auteur est vraisemblablement un membre des communautés judéo-chrétiennes d'Asie Mineure, connu des sept ÉglisesÉphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. auxquelles il s'adresse, et dont le texte peut laisser penser qu'il était un prophète itinérant, peut-être distinct des autres prophètes par une certaine autorité..
En se fondant sur l'analyse textuelle, certains pensent, du fait que le grec utilisé est le plus pauvre des écrits néotestamentaires, que la langue maternelle de l'auteur est l'araméen ou l'hébreu. Cela rend crédible la thèse qui fait de lui un prophète judéo-chrétien ayant fui la Palestine à la suite de la révolte juive des années 60, et réfugié en Asie Mineure avant de s'exiler à Patmos. Mais ils estiment peu vraisemblable que ce soit sous la « persécution de Domitien » et dont la réalité est fortement remise en question par les historiens. Il est même douteux qu'aucune poursuite de chrétiens ait eu lieu en Asie sous son règne.
Patmos n'est d'ailleurs pas une île d'exil impérial, et il n'est pas exclu que l'auteur s'y soit rendu de sa propre initiative., peut-être à la suite d'une affaire municipale.. Car l'orientation de la crise de l'Apocalypse n'est pas nécessairement liée à des évènements politiques particuliers : l'auteur de Patmos apparaît plutôt en conflit avec la société romaine que le contraire. Il porte un regard critique sur les pouvoirs humains et invite ses auditeurs chrétiens à s'envisager de la sorte.. Ainsi, la recherche exégétique tend à passer de l'idée d'une « littérature de crise » en raison de persécutions à une littérature cherchant à provoquer une crise dans une période de consensus. marquée par la continuité de la Pax Romana..
Les relations de cet auteur avec la tradition et l'école johannique sont encore débattues au . On trouve des points de convergence et des parallélismes entre les deux, mais aussi des différences de forme, tant littéraires que théologiques. Une majorité de chercheurs incline à ne pas associer Jean de Patmos aux courants johanniques, même si des contacts ont pu avoir lieu..
Datation La majorité des exégètes actuels s'accorde pour dater l’Apocalypse de la fin du règne de Domitien., donc entre les années 80 et 96. Domitien a développé significativement le culte impérial, particulièrement en Asie Mineure, comme le suggère le récit apocalyptique et .. Ce culte a pu heurter la foi des chrétiens, eux-mêmes suspects aux yeux de l'empereur, probablement hostile à un groupe entraînant ses membres vers le culte exclusif d'un dieu aniconique.. Cette option existe depuis longtemps dans l'exégèse, mais était liée à une « persécution de Domitien » dont la réalité est désormais profondément remise en cause., sans pour autant que la datation de l’Apocalypse le soit elle-même pour cette période., qui reste la plus vraisemblable..
Des datations plus anciennes ont été proposées. Une estimation haute place sa rédaction sous Néron, durant les années 60, ou à son successeur Galba, qui ne régna que sept mois, de la mort de Néron (9 juin 68) à son propre assassinat (16 janvier 69). « La capitale bâtie sur sept collines ne peut être que Rome, que les Romains eux-mêmes aimaient à désigner ainsi. Ses rois sont donc les empereurs romains [Apoc. 17:9-10]. L'auteur écrit pendant le règne du sixième, les cinq premiers appartenant au passé. Après Auguste, Tibère, Caïus, Claude et Néron, nous arrivons à Galba ». Cette date se réfère également à la tradition des persécutions néroniennes évoquée dans la vision apocalyptique. Cependant, s'il apparaît que Néron, dont la réputation était telle chez les chrétiens qu'il représentait l'Antéchrist, a plutôt inspiré rétrospectivement le parallèle avec Domitien, ses violences antichrétiennes ne semblent pas avoir dépassé le cadre de Rome, à l'occasion de l'incendie de la ville. À l'inverse, les tracasseries ou harcèlements de Domitien envers les chrétiens semblent s'être plus largement déployés, notamment en Asie Mineure et en Palestine. La tradition chrétienne ultérieure, influencée par des persécutions plus importantes, a pu amplifier les exactions commises contre les chrétiens et présenter les deux empereurs comme également coupables..
Canonicité vignette|La vision de saint Jean à Patmos, Les Très Riches Heures du duc de Berry, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.17.
L’Apocalypse est le dernier livre du Nouveau Testament canonique, et ce statut n'est pas contesté de nos jours.
Cependant, son admission dans le canon biblique a été assez difficile, notamment lorsque s'est posée la question de savoir si l'apôtre Jean en était ou non le rédacteur, et particulièrement en Orient, par son animosité contre l'empire romain..
D'une manière générale, dans l'Antiquité, le livre a été plutôt bien reçu dans les Églises occidentales, même si le prêtre romain chrétien Caïus, qui soupçonnait le texte de favoriser le millénarisme, le rejetait encore au début du . Le fragment de Muratori, un document occidental et peut-être romain, daté du tournant des , explique : « Des apocalypses aussi, nous recevons seulement celle de Jean et celle de Pierre , que certains des nôtres ne veulent pas qu'on lise dans l'église »..
En Asie Mineure, vers la fin du , le livre de l’Apocalypse (ainsi d'ailleurs que l'Évangile selon Jean) est rejeté, en réaction aux affirmations des montanistes sur une nouvelle effusion de l'Esprit, qui exaltent la prophétie et l'attente millénariste.. Au milieu du , Denys d'Alexandrie conteste son authenticité johannique pour des raisons stylistiques, sans toutefois rejeter le texte qui lui paraît incompréhensible mais « que beaucoup de frères tiennent avec faveur ». Le texte est alors souvent rejeté en Orient, notamment pour l'usage qui en est fait selon une vision permissive du millénarisme. Eusèbe de Césarée se fait l'écho au des divergences qui divisent les Églises orientales à son sujet.. Cependant, à la fin du , Athanase d'Alexandrie le reconnaît pleinement dans sa liste des 27 livres reçusDans sa Lettre Festale datée de 367, il propose la première attestation de la liste des 27 livres reçus qui recoupe le Nouveau Testament que nous connaissons ; cf. ..