thumb|Monnaie d'argent à l'effigie du roi Démétrios Poliorcète, 290/ Glyptothèque de Munich. thumb|Le Grand Autel de Pergame, première moitié du Pergamon Museum. thumb|La Pierre de Rosette, inscription trilingue alphabet grec-égyptien démotique-hiéroglyphes datée de , comprenant un décret du roi grec d'Égypte . British Museum. thumb|La Vénus de Milo, statue de la seconde moitié du Musée du Louvre.

Lépoque hellénistique est une période chronologique de l'histoire antique, une phase de l'histoire de la Grèce antique mais également de celles des autres civilisations qui sont alors dominées par des dynasties d'origine gréco-macédonienne (Égypte, Phénicie, Mésopotamie, Perse). Elle s'étend de la fin de l'époque classique, soit la mort d'Alexandre le Grand en , à la défaite de à la bataille d'Actium en et son suicide l'année suivante, qui marque l'achèvement de mise en place de la domination romaine sur le monde grec.

La quarantaine d'années qui suit la mort d'Alexandre (320-280) voit ses généraux, les Diadoques, s'affronter pour obtenir par la pointe de la lance une portion des territoires conquis. Les survivants fondent les trois royaumes hellénistiques majeurs : les Antigonides dirigent le royaume de Macédoine, les Lagides (ou Ptolémées) l'Égypte (Royaume lagide), les Séleucides les territoires asiatiques allant de la Méditerranée jusqu'aux confins de l'Asie centrale. Ils se disputent la domination sur le monde égéen, l'Anatolie et le Levant, où existent des cités grecques et des petits royaumes plus ou moins hellénisés. Après un relatif équilibre des pouvoirs durant le , l'irruption de la République romaine dans le monde hellénistique à partir des dernières décennies du même siècle rebat les cartes. Les grands royaumes hellénistiques ne sont pas en mesure de s'opposer à ses légions et lui laissent progressivement leur influence. Ils disparaissent successivement, la fin de la période étant marquée par l'annexion du dernier survivant, le royaume égyptien des Lagides.

Les cités grecques du monde égéen qui occupaient le devant de la scène politique et militaire durant les époques archaïque et classique ont laissé la place à l'hégémonie des monarchies, mais elles ne disparaissent pas pour autant, puisqu'elles préservent une certaine marge d'autonomie et de négociation avec les puissances dominantes. Certaines obtiennent momentanément une puissance militaire notable, comme Rhodes grâce à sa flotte, et les cités d'Étolie et d'Achaïe qui joignent leurs forces dans des ligues en mesure de s'opposer aux armées royales. Dans les territoires dominés par les Séleucides et les Lagides, de nouvelles cités grecques sont fondées pour servir de relais à l'influence royale, s'implantant de manière durable par endroits, constituant de nouvelles zones de culture grecque (notamment Alexandrie en Égypte, les cités de la Syrie séleucide, en Bactriane). La période est donc loin d'être un âge de déclin des cités grecques.

Les conquérants gréco-macédoniens conservent les rênes du pouvoir et forment l'essentiel de l'élite dirigeante des monarchies hellénistiques, même s'ils doivent s'adapter aux structures administratives en place pour assurer leur autorité sur les populations non grecques. Les relations entre Grecs et Indigènes ont souvent été analysées sous le prisme de l'« hellénisation », l'adoption de la culture grecque (ou hellénisme) par des non-Grecs. Ce terme recouvre en fait des phénomènes très variés. La culture grecque devient la culture de référence sur l'espace dominé par les royaumes hellénistiques, mais elle ne conquiert pas la majorité des populations, loin de là. Ses traits (la langue, les noms de personnes, l'art et l'architecture, la littérature, des éléments de la vie civique comme le théâtre et le sport) sont adoptés à des degrés divers et avec des finalités tout aussi variables par des individus non grecs, avant tout les élites qui sont le plus en contact avec l'administration grecque. La culture hellénistique devient aussi un modèle chez les conquérants romains, qui en reprennent divers aspects et contribuent à les diffuser encore plus.

Contours et définitions Chronologie thumb|left|Buste d’Alexandre le Grand. Ny Carlsberg Glyptotek. thumb|Buste de . 40- Altes Museum (Berlin).

Le début de la période hellénistique est souvent placé à la mort d'Alexandre le Grand en , ou du moins durant la période de ses conquêtes, entre 334 et , qui placent sous sa domination l'Empire perse achéménide. C'est une rupture majeure dans l'histoire grecque et plus largement antique, un tournant géopolitique incontestable, aussi dans le domaine culturel puisqu'il étend considérablement l'aire géographique grecque et entraîne sa « globalisation ». Ces conquêtes définissent aussi l'espace géographique concerné par les études sur la période, qui va de la Libye et de l'Adriatique à l'ouest jusqu'aux contreforts de l'Himalaya à l'est.

La fin de l'époque hellénistique est généralement située en , lorsqu'Octave bat Marc Antoine et à Actium, ou bien l'année suivante, en , à la mort de Cléopâtre, qui marque la fin de la dernière grande dynastie hellénistique, qui tombe aux mains des Romains. La transition entre période hellénistique et romaine se fait en fait de manière progressive selon les lieux, puisque la conquête romaine débute dans les années 220, la Macédoine tombe dès et devient dès lors romaine. En raison des changements induits par ces conquêtes, notamment dans la vie civique, Louis Robert a proposé de distinguer une « haute période hellénistique », le , et une « basse période hellénistique », du début du jusqu'en 31/30, quand la domination romaine se met en place.

Mais la pratique s'est répandue de poursuivre l'étude du monde hellénistique plus loin dans le temps, sous le Haut-Empire romain (du moins jusqu'à la mort d'Hadrien en 138 de notre ère), en raison de fortes continuités sociales, économiques, religieuses et culturelles (le « long âge hellénistique » d'Angelos Chaniotis).

« Hellénisme » et époque « hellénistique » thumb|upright=0.7|Pilier hermaïque provenant d'Aï Khanoum, cité hellénistique de Bactriane, dans l'actuel Afghanistan. Musée national afghan de Kaboul.

La notion d'époque « hellénistique » trouve son origine dans le concept d'« hellénisme » (Hellenismus) forgé par l'historien allemand Johann Gustav Droysen (1808-1884), d'abord en 1833 dans un ouvrage consacré à Alexandre le Grand, puis dans une Histoire de l'Hellénisme (Geschichte des Hellenismus, 1836-1843) inachevée. Cette notion est dérivée des termes antiques hellenismos (« hellénisme »), employé dans le Deuxième Livre des Maccabées (4:13) pour qualifier la culture grecque, et hellenistai (« hellénistes »), qui sert à désigner dans les Actes des Apôtres (6:1 ; 9:29) les disciples de Jésus qui parlent grec (voire qui sont de culture grecque). Droysen le reprend pour désigner l'ère ouverte par les conquêtes d'Alexandre, vu comme un héros civilisateur, durant laquelle Occident et Orient s'entremêlent et fusionnent, sous la domination culturelle grecque, qui donne une nouvelle culture accouchant finalement du christianisme, quintessence selon lui de cette synthèse gréco-orientale « hellénistique » Simon Hornblower, « Hellenism, Hellenization », dans .. Ces analyses sont marquées par le contexte d'expansion coloniale du , le rôle « civilisateur » des Grecs en « Orient » étant lu sous le prisme de celui que les Européens, en particulier Britanniques, entendaient alors jouer au Proche et au Moyen-Orient. La notion d'hellénisme et l'adjectif hellénistique ont fini par s'imposer dans les études antiques, pour désigner une période historique mais aussi sa civilisation ainsi que certains de ses aspects (art/sculpture hellénistique, religion hellénistique, poésie hellénistique), mais pas tous (il est plus difficile de parler d'économie hellénistique ou de famille hellénistique).

La période hellénistique se caractérise par plusieurs aspects spécifiques. C'est une période d'élargissement considérable du monde grec, qui place de nombreux pays et peuples non grecs sous la domination de dynasties d'origine macédonienne fondées par les généraux d'AlexandreMaurice Sartre, « L'époque hellénistique », dans .. L'analyse des relations entre les conquérants « gréco-macédoniens » et les populations des territoires qu'ils ont conquis reste centrale, notamment l'idée d'une « hellénisation » des populations non grecques, qui adoptent la culture des vainqueurs ou du moins des éléments de celle-ci Simon Hornblower, « Hellenism, Hellenization », dans .. La notion de « fusion » de cultures promue par Droysen, et plus largement l'idée d'une suprématie culturelle grecque, des rapports dominants/dominés, ou encore l'opposition Occident/Orient ont été influentes et peuvent le rester. Mais les cadres d'analyses évoluant, en particulier depuis la décolonisation, elles ont été fortement nuancées voire remplacées pour d'autres approches et concepts (acculturation, colonisation, hybridation, accommodation, aussi déculturation/contre-acculturation voire apartheid). Les études récentes prennent plus en considération la dimension multiculturelle de la période et le fait que les peuples non grecs ne « subissent » pas seulement le phénomène, avec des possibilités de négociation, d'accommodation et des transferts culturels qui varient selon les configurations et peuvent aussi impliquer l'adoption d'éléments culturels non grecs par des Grecs. Un autre trait caractéristique de la période, dans le domaine politique, est la domination des monarchies d'origine gréco-macédonienne (mais en partie héritières de l'Empire achéménide), par opposition aux cités-États (poleis) qui dominaient la vie politique grecque auparavant. Mais l'idée d'un déclin de la cité a été nuancée, puisque cette institution connaît une expansion dans les territoires conquis et se trouve au cœur de la culture hellénistique et de la vie des GrecsMaurice Sartre, « L'époque hellénistique », dans ..

Les études sur la période hellénistique sont principalement réalisées par des spécialistes d'histoire grecque, qui ont donc tendance à consacrer leurs travaux aux seules populations grecques, ou alors à n'étudier les autres que lorsqu'elles sont concernées par les entreprises politiques, militaires et culturelles grecques. Les travaux des spécialistes des autres civilisations que la grecque qui sont concernées par l'aire hellénistique (égyptologie, assyriologie, iranologie) relèguent souvent cette période au second plan (quand ils ne l'ignorent pas), ou bien l'abordent sous l'angle des survivances et de la vitalité des traditions qui leur étaient propres (notamment la religion et les savoirs égyptiens et mésopotamiens). Les études ont tendance à de plus en plus intégrer les autres populations qui se trouvent dans les royaumes hellénistiques, et donc à croiser les apports de ces différentes spécialités, afin de dresser une image plus équilibrée de la période..

Sources