L'église Sainte-Eulalie est une église catholique de Montpellier, située au 12 rue La Merci, au cœur de la ville, au pied de la promenade royale du Peyrou et de l'Arc de triomphe. Construite pour les mercédaires, son principal intérêt est sa façade du , son orgue de Joseph Merklin & Schütze et un ensemble de peintures murales décoratives du . Partie intégrante de la paroisse cathédraleParoisse du centre ville de Montpellier regroupant les territoires des anciennes paroisses de la cathédrale Saint-Pierre, de Saint-Denis, de Sainte-Eulalie, de Saint-Léon, de Saint-Matthieu, de Notre-Dame-des-Tables et de Saint-Roch, la messe sous la forme tridentine du rite romain y est célébrée en semaine et le dimanche. Divers groupes d'étudiants et du Chemin néocatechuménal s'y réunissent régulièrement et des concerts y sont fréquemment donnés.

La première église médiévale thumb|Le couvent des Mercédaires au début du , détail de la Cosmographie de Munster : à gauche, l'église et au centre la tour Saint-Aulary L'église Sainte-Eulalie de Montpellier fut durant près de six cents ans la chapelle du couvent des religieux de la Merci. Cet ordre avait été fondé à Barcelone vers 1218Certains historiens pensent la date 1223 plus plausible. L'Ordre fut en tous les cas approuvé en 1235 grâce à l'aide de , roi d'Aragon et seigneur de Montpellier. Le premier rôle des mercédaires, leur nom usuel, était de racheter des chrétiens réduits en esclavage en pays musulmans afin de les libérer. Le nom Merci, ou anciennement Mercy, viendrait soit de l'espagnol merced : grâce, soit du latin merces : rançon.

Les mercédaires s'installèrent à Montpellier vers 1240, et en 1249 leur couvent était en constructionGuillaume le Bas, deuxième général de l'Ordre, trouva en 1249 les bâtiments du couvent de Montpellier en construction lors d'une tournée d'inspection des maisons françaises de l'Ordre. Ils l'appelèrent « Sainte-Eulalie », comme celui qu'ils avaient à Barcelone, et dont la chapelle était dédiée à la grande sainte d'Espagne. Son emplacement n'était pas au niveau de l'église actuelle, mais un peu plus haut, sur la pente sud du Puy-Arquinel, à hauteur de la promenade basse du Peyrou. Au milieu des champs, il était à proximité d'une route et d'une des portes de la ville ; la chapelle attenante était réputée achevée en 1261 dans une bulle du pape .

Profitant du développement des études universitaires à Montpellier, le couvent fut rapidement déclaré studium generale de l'Ordre, de nombreux mercédaires venant y faire leurs études. En 1289, l'École de Droit était installée à la Tour Saint-Aulary (Eulalie en languedocien), une dépendance du couvent. Au , pour la Saint Ives, le recteur de l'école et sa suite se rendaient dans l'église pour y assister à la messe et au sermon. Sainte-Eulalie devint aussi le siège de la Confrérie-de-Tous-les-Saints et de celle de Saint-Joseph-et-Sainte-Eulalie regroupant les menuisiersMenuisiers & sculpteurs au Denis Nepipvoda. En 1351, une chapellenie de Notre-Dame-de-Récompense y fut fondée.

La destruction et la reconstruction de la deuxième église

Mais en 1562, en pleine guerre civile, les mercenaires protestants de Jacques de Crussol, ravagèrent les faubourgs de la ville. L'église, le couvent et les maisons alentour furent rasés à fleur de terreLe Harlan des églises de Montpellier. Une partie des soixante-neuf religieux présents furent alors massacrés tandis que les autres durent s'enfuirAbbé J. Lauriac.

Les mercédaires se réinstallèrent de manière précaire à proximité des ruines de leur couvent en 1651. Ils commencèrent dès lors à le rebâtir. La nouvelle chapelle Sainte-Eulalie fut consacrée le . La confrérie des menuisiers s'y réinstalla officiellement en 1665. Toutefois l'Ordre ne retrouva jamais en France l'importance qu'il avait eue avant le . Cela était notamment dû à la forte implantation dans le royaume de l'Ordre des Trinitaires, qui comme eux avaient pour mission principale de libérer les esclaves chrétiens détenus en pays musulmans. La maison de Montpellier ne comptait plus que douze religieux en 1740. Cette même année, les projets d'agrandissement de la Place Royale du Peyrou entraînèrent la démolition des bâtiments du siècle précédent, malgré les protestations des religieux.

La construction de l'église actuelle Toutefois, grâce aux indemnités d'expropriation, les mercédaires purent rapidement reconstruire de nouveaux bâtiments, et notamment une chapelle disposant d'un très vaste chœur, disproportionné par rapport à leurs effectifs. Cela montre qu'ils espéraient l'apport de nouvelles vocations, ce qui ne se produisit pas. En revanche la taille de la nef les aida à jouer un rôle important auprès de la population du faubourg voisin alors en pleine expansion.

Pour ces nouveaux bâtiments, ils acquirent une série de terrains situés en contrebas, dont l'enclos Trinquaire et une oliveraie. L'architecte Antoine Vier y édifia pour eux un couvent et une chapelle, très classiques par leurs plans et leurs élévations. Ils s'inspiraient de modèles du siècle précédent introduits en Languedoc par Augustin-Charles d'AvilersJean Nougaret, in Montpellier monumental. Les travaux commencèrent en . Après la mort de l'architecte, survenue en 1743, Jean Dumas reprit le chantier. L'église fut consacrée le par le chanoine Lacroix de Candillargues, prévôt du chapitre de la cathédrale.

Description de l'église Suivant le tracé d'un ancien chemin, l'église n'est pas orientée, mais tournée au nord-ouest. En retrait, elle forme une placette bordée de bâtiments en arc de cercle. Celui de gauche, l'ancien couvent, a été reconstruit depuisLe procès-verbal en vue de la vente de l'église comme bien national remarquait en 1798 que le couvent vendu en 1791 avait déjà été reconstruit sans respecter l'alignement en arc de cercle sur la place. La façade de l'église s'inspire de celle de la chapelle Notre-Dame-des-Anges du couvent de la Visitation-Sainte-Marie de Paris, construite en 1632 par François MansartMontpellier Monumental : Jean Nougaret. Elle s'en différencie cependant par sa porte d'entrée en plein cintre, par sa loggia en arc segmentaire décorée d'ailerons à volutes et par deux étroits corps latéraux portant les médaillons de Sainte Eulalie et de Saint Pierre Nolasque, fondateur de l'Ordre. Le clocher, au nord, est une version simplifiée de ceux édifiés à Montpellier au siècle précédent.

La nef de quatre travées à vaisseau unique est couverte de voûtes d'arêtes reposant sur trois arcs-doubleau. Elle est éclairée par des fenêtres à arc segmentaires reprenant l'arrondi des voûtes, celles au nord fournissant une lumière directe, celles au sud indirecte (en raison de la présence de l'infirmerie). Au revers de la façade une vaste tribune est soutenue par un arc-en-anse-de-panierà Montpellier ce type d'arc lorsqu'il a une grande portée et une faible hauteur est parfois appelé davilesque, car il était une spécialité de l'architecte Augustin Charles d'Avilers (elle supporte aujourd'hui le grand orgue). Accessible uniquement par le couvent, elle était destinée aux anciens esclaves libérés par les religieux le temps qu'ils se réadaptent à leur nouvelle vie (une série de pièces à usage d'infirmerie au sud avait le même usage, permettant aux plus malades de suivre les offices par quatre fenêtres). En-dessous, les deux premières chapelles latérales de droite et de gauche, aujourd'hui murées, se caractérisaient par des arcs-en-anse-de-panier. Six autres chapelles latérales plus hautes et séparées par des murs-boutants s'ouvrent de part et d'autre de la nef par des arcs en plein cintre. Elles sont voûtées d'arêtes. Un transept non saillant comprenait deux autres chapelles, une seule aujourd'hui, l'autre servant de passage vers la sacristie. Au centre, à la croisée du transept, le maître-autel se trouvait sous un arc-triomphal peu marqué. Derrière, un vaste chœur à chevet plat de deux travées, était éclairé par deux fenêtres à arc segmentaire et un oculus. Ces trois ouvertures sont aujourd'hui bouchéesLes encadrements de ces ouvertures subsistent sur la façade nord-ouest. Ils sont bien visibles depuis le fond de la rue Donnat. Les Mercédaires y chantaient les différents offices du jour.

De cette époque subsistent la façade, le clocher, et la structure générale de l'intérieur de l'église. Certains éléments comme les têtes d'anges à la clef des arcs des chapelles latérales ou divers éléments de style rocaille ont survécu aux destructions révolutionnairesIls avaient été sculptés par D. Rachet. Plusieurs tableaux qui décoraient l'église sont aujourd'hui conservés au Musée Fabre, comme le célèbre Saint-Jean-Baptiste par Joseph-Marie Vien. Le couvent a disparu, seule l'amorce des voûtes du cloître et d'une porte cochère en rappelle le souvenir.

Les différentes affectations entre 1787 et 1843 thumb|upright|Intérieur de l'église lors d'une messe. Dans les dernières années de l'Ancien Régime, les mesures d'économie décidées par le gouvernement de amenèrent en 1787 à la suppression de la maison de l'ordre à Montpellier. Les mercédaires vendirent alors l'église aux Pénitents blancs de la ville avec lesquels ils étaient liés depuis longtempsLes Pénitents blancs quêtaient régulièrement pour permettre aux mercédaires et aux trinitaires de la ville de racheter les esclaves.. Cette transaction finalisée en 1789 était profitable aux deux parties. Le paiement, effectué sous forme de rente, fournissait aux religieux les moyens de rester sur place et de continuer leurs œuvres d'apostolat. Quant aux Pénitents, qui avaient déjà la petite chapelle Sainte-Foy, ils n'utilisèrent que très exceptionnellement l'église. Mais en revanche, ils acquerraient à bon prix les caveaux et un cimetière attenant, indispensables à la poursuite de leur vocation funéraireArchives des Pénitents blancs de Montpellier. Cet accord fut rompu lorsqu'en vertu de la Constitution civile du clergé les religieux furent dispersés, puis la confrérie interdite en 1792.

L'église fut alors utilisée comme succursale de la paroisse constitutionnelle de Saint-Denis. Fermée en 1793, elle fut pillée et était dans un état alarmant lors de sa vente comme bien national en 1798PV de visite en vue de la vente comme bien national, Archives Départementales de l'Hérault. Elle fut alors utilisée comme dépôt de bois puis comme distillerie. En 1803, elle fut rachetée par l'autre confrérie de Pénitents de la ville, la dévote et royale compagnie des Pénitents BleusArchives des Pénitents bleus. Après une cérémonie de réconciliation le suivant, ils l'utilisèrent comme chapelle et y enterrèrent notamment leurs confrères. L'un d'entre eux, Ferdinand von Hompesch zu Bolheim, maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, y fut enterré le Retiré à Montpellier, Ferdinand von Hompesch zu Bolheim avait été reçu dans la Confrérie de . À partir du , à la demande de Jean Rollet, évêque de Montpellier, l'église accueillit aussi un service paroissial en tant que succursale de Saint-Denis. La juxtaposition des deux affectations se passa bien sous quatre curés successifs. Devant l'augmentation de la population du quartier désormais urbain, l'abbé Cambon fit ériger Sainte-Eulalie en paroisse en 1829.

C'est de l'époque des Pénitents bleus que datent les réaménagements du chœur avec son arc à caissons supporté par deux colonnes ioniques formant une sorte de retable et le percement d'un nouvel oculus dans la voûte. Un maître-autel en marbre blanc et tôle dorée (aujourd'hui dans la chapelle-de-Notre-Dame-de-la-Merci) remplaça celui qui avait disparu sous la Révolution. La chapelle de la Vierge fut aussi restaurée dans un style rappelant celui du chœur.