upright=2|vignette|Exemples de sports : escrime, athlétisme, rugby à XV et cyclisme.

Le sport, mot d'usage récent () dans la langue française, est une activité codifiée, organisée et institutionnalisée, pratiquée individuellement ou collectivement, donnant lieu à des formes structurées d’entraînement, de compétition ou de performance, qu’elle implique un effort physique direct, une habileté motrice ou une maîtrise technique.

Le sport, qui ne peut être dénommé ainsi avant le (gymnastique, exercice physique, voir Pociello, C. Sociologie du sport, 1983), est un phénomène presque universel dans le temps et dans l'espace humain. La Grèce antique, la Rome antique, Byzance, l'Occident médiéval puis moderne, mais aussi l'Amérique précolombienne ou l'Asie, sont tous marqués par l'importance de pratiques physiques. Certaines périodes sont surtout marquées par des interdits.

thumb| haies. thumb|Terrain de Rugby au Stade de France.

Définitions thumb|Discobole grec - thumb|Jeu de paume à Paris au . thumb|Les championnats du monde de canoë à Vaxholm, en Suède, en 1938. Le terme de « sport » a pour racine le mot de vieux français desport qui signifie « divertissement, plaisir physique ou de l'esprit »Ronald Hubscher (s.d.), L'histoire en mouvements, Paris, Armand Colin, 1992, (chapitre « le sport : un objet mal identifié »).. Antérieurement il peut être rattaché au latin portus, comme dans transport, export, import, déporter, déport, qui désignait simplement un port, un lieu de passage marin. En traversant la Manche, desport se mue en « sport » et évacue de son champ la notion générale de loisirs pour se concentrer sur les seules activités physiques et mentales. La langue allemande admet aussi le terme « sport » et sa définition anglaise en 1831 ; la France en fait usage pour la première fois dès 1828Dauzat Albert (s.d.), Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971, ., mais à ce moment-là il est essentiellement associé aux courses de chevaux et aux paris sur ces courses de chevaux (Cf. le journal Le Sport). La frontière entre jeux et sports n'est pourtant pas très claire. La Fédération française des échecs fondée en 1921 reçoit ainsi un agrément sportif du Ministère de la Jeunesse et des Sports en 2000, mais uniquement parce qu'elle était une fédération « associée » au CNOSFArrêté du du ministre chargé des Sports (Bulletin officiel du ministère de la jeunesse et des sports du ).. Certaines pratiques traditionnelles posent également problème : sport ou jeu ? La question reste encore ouverte.

Le sport moderne se définit par quatre éléments indispensables : la mise en œuvre d'une ou plusieurs qualités physiques ou cérébrales : activités d'endurance, de résistance, de force, de coordination, d'adresse, de souplesse, de précision, de réflexion ; une activité institutionnalisée, ses règles tendent à être identiques pour l'ensemble de la planète ; une pratique majoritairement orientée vers la compétition ; une pratique fédérée (sous la tutelle d'une fédération sportive).

Ces piliers qui mettent surtout en avant l'organisation des différentes disciplines sportives n'excluent nullement les pratiques comme le sport-loisir, le sport-aventure, le sport-santé, le sport scolaire ou l'éducation physique et sportive. Si la compétition est prédominante, il existe toutefois d'autres formes de pratique mettant plutôt en avant le plaisir, la santé, l'éducation ou l'épanouissementIsabelle Queval, S'accomplir ou se dépasser, Essai sur le sport contemporain, NRF éditions Gallimard..

Le Conseil de l'Europe propose ainsi la définition suivante dans sa « Charte européenne du sport » (article 2.1) (2001) : « On entend par « sport » toutes formes d'activités physiques qui, à travers une participation organisée ou non, ont pour objectif l'expression ou l'amélioration de la condition physique et psychique, le développement des relations sociales ou l'obtention de résultats en compétition de tous niveaux »..

Histoire

Débat historiographique La question de l'histoire du sport bute sur un débat qui oppose deux thèses.

Pour un courant de pensée, le sport est un phénomène universel, qui a toujours existé et partout sous des formes très diverses. Ce serait un « invariant culturel » (selon les termes de Frédéric Baillette, enseignant et directeur de la revue Quasimodo). Cette thèse est notamment soutenue en 1991 par le médecin français Jean-Paul Escande (Les avatars du sport moderne, in Ardoino, Brohm, Anthropologie du sport, Perspectives critiques, 1991).. Cette thèse est implicitement soutenue par ceux qui parlent de « sport antique », de « sport médiéval », etc. Le médiéviste américain Charles Homer Haskins est le premier historien à utiliser le terme de « sport » dans le cadre d'une étude portant sur le Moyen Âge dans son livre The Latin Litterature of Sport (1927). Au début du , Wolfgang Decker (Institut d'Histoire du Sport de l'École Supérieure du Sport de Cologne) et Jean-Paul Thuillier (directeur du Département des Sciences de l'Antiquité à l'École normale supérieure) estiment que : « contrairement à ce que l'on estime souvent, le sport n'est pas né à Olympie, pas plus qu'il ne s'est éteint dans l'Attique ou le Péloponnèse. L'Égypte nous offre de nombreuses scènes sportives, entre autres de lutte, dès le millénaire avant notre ère, et les Romains, héritiers des Étrusques sur bien des points et en particulier dans ce domaine, ont peut-être créé le sport moderne, avec ses spectacles de masse, ses clubs puissants et ses enjeux financiers colossaux »Wolfgang Decker et Jean-Paul Thuillier, Le sport dans l'Antiquité. Égypte, Grèce, Rome, Éditions A&J Picard, 2004..

Pour un autre courant de pensée, le sport est un phénomène apparu à un moment précis de l'histoire et dans un contexte particulier : au sein de l'élite sociale de l'Angleterre industrielle du . Cette thèse est notamment développée en 1921 par l'écrivain allemand Heinz Risse (Soziologie des Sports, Berlin, 1921 et Sociologie du sport, Presses universitaires de Rennes, 1991) qui estime qu'« il est erroné de regarder le passé avec nos modes de pensée actuels et d'imaginer que les pratiques qui ressemblent à celles que nous connaissons peuvent se rapporter à cette appellation "sport" ». Cette thèse est notamment soutenue par l'historien français Roger Chartier et par les sociologues Norbert EliasRoger Chartier, « Le sport ou la libération contrôlée des émotions », avant-propos à Norbert Elias et Eric Dunning, Sport et civilisation la violence maîtrisée, Paris, Fayard, 1994. et Pierre BourdieuPierre Bourdieu, « Comment peut-on être sportif ? » dans Questions de sociologie, Éditions de Minuit, 1984, . (Pierre Bourdieu et Roger Chartier, Le sociologue et l'historien, Agone & Raisons d'agir, 2010, .. En 2000, l'historien du sport Philippe Lyotard (université de Montpellier) juge qu'« il y a une coupure très nette entre le sport moderne et le sport antique : c’est la notion de record (et donc de performance). Le record et la performance expriment une vision du monde qui est profondément différente entre les Grecs et les modernes. La culture du corps est différente. Pour les Grecs, cette culture est rituelle, culturelle, d’inspiration religieuse, pour les modernes, le corps est une machine de rendement »..

À travers l'exemple des joutes au en France et en Espagne, Sébastien Nadot avance dans sa thèse intitulée Joutes emprises et pas d'armes en Castille, Bourgogne et France, 1428-1470 (soutenue à l'EHESS en 2009) que l'on peut effectivement parler de sport au Moyen Âge et que la plupart des historiens confondent la notion de naissance avec celle de démocratisation du sport quand ils évoquent son apparition seulement à partir du Joutes, emprises et pas d'armes en Castille, Bourgogne et France 1428 – 1470, résumé sur le site de lAtelier du Centre de recherches historiques.. Mais une autre façon de résoudre la question est de forger la notion de « sport moderne » pour distinguer ce phénomène d'autres pratiques historiquement attestées. Dans une étude, une équipe de l'UFR-STAPS de l'université de Bourgogne estime ainsi en 2004 que « Le sport moderne […] renvoie à l’idéologie de Coubertin, caractérisée par la compétition, la performance, l’entraînement dans des structures institutionnelles (fédérales et scolaires) afin de lutter contre l’oisiveté et les risques de dégénérescence psychologique et physiologique de l’homme »Revue STAPS, 2004-3, , ISSN 0247-106X, page 97 à 109.. Cette notion de « sport moderne » est exposée par l'historien américain Allen Guttmann dans From Ritual To Record, The Nature of Modern Sports (1978). Auteur notamment de Sports: The First Five Millennia, Guttmann ne renonce pas à l'emploi du mot « sport » de l'Antiquité à nos jours.

Histoire Selon l'interprétation large de la notion, le sport est un phénomène universel dans le temps et dans l'espace humain, et, pour reprendre une maxime byzantine, « les peuples sans sport sont des peuples tristes »Activité physique et sportive d'un enfant. Bénéfice ? Avantage ? Vigilance ? Quels seront les comportements et regards des parents ? (page 9) de Gabriel RAMIREZ MORALES. L'Harmattan 2012. Nombre de phénomènes qui paraissent récents, accompagnent en fait l'histoire du sport depuis l'origine : du professionnalisme au dopage, des supporters aux problèmes d'arbitrage.

vignette|Femmes pratiquant différents sports, mosaïque de la Villa romaine du Casale, au sud de la Sicile (Italie). gauche|vignette|Dames chinoises jouant au cuju (dynastie Ming).

La Grèce, Rome, Byzance, l'Occident médiéval puis moderne, mais aussi l'Amérique précolombienne ou l'Asie, donnent tous une importance au sport. Certaines périodes sont surtout marquées par des interdits concernant le sport, comme c'est le cas en Grande-Bretagne du Moyen Âge à l'époque Moderne. Interrogée sur la question, la Justice anglaise tranche ainsi en 1748 que le cricket n’est pas un jeu illégal « Henry Pelham » sur britannia.com.. Ce sport, comme tous les autres, figurait en effet sur des édits royaux d'interdiction régulièrement publiés par les monarques britanniques du . En 1477, la pratique d'un « jeu interdit » est ainsi passible de trois ans de prison Thomas S. Henrick, « Sport and Social Hierarchy in Medieval England », Journal of Sports History, Vol. 9, , été 1982, sur la84foundation.org.. Malgré l'interdit, la pratique perdure, nécessitant un rappel quasi permanent à la règle.

vignette|Détail du Cycle des mois : Les chasseurs dans la neige (janvier), de Pieter Brueghel l'Ancien, 1565, où l'on distingue diverses activités sportives et ludiques sur la glace. gauche|vignette|Calcio florentin, joué sur la place Santa Croce de Florence, Italie (en Italie, de nos jours, le « calcio » est le football). Pietro di Lorenzo Bini (ed.), Memorie del calcio fiorentino tratte da diverse scritture e dedicate all'altezze serenissime di Ferdinando Principe di Toscana e Violante Beatrice di Baviera, 1688.