Le Maître de François de Rohan est un maître anonyme, enlumineur et dessinateur de gravures actif à Paris entre 1525 et 1546.

Il doit son nom au frontispice d'un manuscrit enluminé de la Fleur de vertu, un recueil de textes moraux traduit en français par François II de Rohan, sur lequel ce dernier est représenté. Peut-être d'origine suisse ou germanique et installé à Paris, il a peint de nombreux manuscrits pour de grands seigneurs ou prélats français.

Ses miniatures représentent des scènes vivantes et colorées, généralement encadrées de décors architecturaux imposants. Il a aussi créé des dessins de gravures sur bois insérées dans des livres imprimés à une époque où l'imprimerie prend le pas sur les manuscrits. Son succès est tel qu'il a contribué à plusieurs manuscrits royaux, dont un livre d'heures destiné à François ainsi que des ouvrages destinés à sa sœur, Marguerite de Navarre.

Les historiens de l'art lui attribuent une vingtaine de décorations de manuscrits, ainsi que les gravures de cinq ouvrages du second quart du et les volets latéraux d'un petit triptyque sur vélin. Il n'a jusqu'à présent fait l'objet d'aucune identification.

Constitution du corpus thumb|alt=Dans un cadre fait de colonnes, un prêtre cueillant une fleur dans un jardin|Frontispice de Fleur de Vertu représentant son traducteur, François II de Rohan. Le style de cet artiste a été caractérisé pour la première fois par l'historienne de l'art et conservatrice à la British Library, Janet Backhouse, à partir d'un livre d'heures peint pour le roi François . Elle le désigne alors sous le nom de convention de « Maître de François ».. Le corpus de son œuvre est ensuite élargi à de très nombreux manuscrits enluminés et il est alors renommé « Maître de François de Rohan » par l'historien de l'art français et conservateur de la Bibliothèque nationale de France, François Avril. L'historienne de l'art américaine Myra Orth lui consacre un article monographique en 1998, lui attribuant une vingtaine d'œuvres au total..

Éléments biographiques et stylistiques Origines Plusieurs éléments caractéristiques du style de cet artiste suggèrent qu'il est d'origine germanique ou suisse. En effet, la représentation de personnages trapus, l'utilisation de cadres à l'architecture massive, agrémentés de rondouillards et les compositions très resserrées des miniatures rappellent l'enluminure allemande ou suisse et plus particulièrement celle qui est mise en œuvre à Bâle au cours des deuxième et troisième décennies du . Il existait en effet des liens étroits entre Paris et cette ville suisse à l'époque. Il peut donc s'agir d'un Bâlois attiré à Paris, mais aussi d'un peintre parisien fortement influencé par les gravures provenant de cette région..

Lieu d'activité et commanditaires thumb|alt=Dans un cadre, une dame tout en noir donne un livre à une autre dame à sa gauche.|Marguerite de Navarre offrant son ouvrage à Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes et favorite de François . Miniature tirée de La Coche ou débat d'amour, Musée Condé, Ms.522 S'il subsiste un doute sur ses origines, les œuvres auxquelles il a contribué indiquent clairement qu'il a été actif à Paris au moins de 1529 jusqu'à 1546, ces dates étant connues grâce à l'habitude de l'enlumineur d'inscrire l'année de réalisation de ses miniatures dans le cadre de l'image..

Sans doute à la tête d'un atelier, il répond, au cours des , à des commandes de grands seigneurs : il s'agit de Guillaume de Montmorency, général des finances du roi, de Nicolas Perrenot de Granvelle, chancelier de Charles QuintNotice du site Les Enluminures., Henri de Foix, seigneur de Lautrec et fils du maréchal de France Odet de Foix, mais aussi Yves Mahyeuc, évêque de Rennes et ancien confesseur de Louis XII. Alors au sommet de sa carrière, il est amené à travailler, à la fin des et au début des , pour la cour royale française et particulièrement pour le roi François pour lequel il peint un livre d'heures. Il réalise aussi des commandes pour la sœur de celui-ci, Marguerite de Navarre, ou encore pour un homme très proche du roi, le connétable Anne de Montmorency pour qui il enlumine un livre d'heures à la même époque que celui peint pour le roi. Il n'a, semble-t-il, pas été pour autant un peintre officiel et n'a jamais travaillé exclusivement pour la cour, répondant aussi à des commandes d'autres clients..

Caractéristiques de son style L'artiste possède un style nettement différent des autres enlumineurs parisiens de son temps comme Noël Bellemare par exemple. Il se distingue par une grande inventivité, ainsi que par un intérêt pour la vie quotidienne. Il s'est fait une spécialité de la représentation des animaux qu'il utilise fréquemment pour rendre ses scènes plus vivantes. Il excelle particulièrement, selon Myra Orth, dans les scènes de chasse. Mais ce n'est pas pour autant qu'il les a observées pour les représenter, car il se contente fréquemment de les copier de modèles déjà largement diffusés dans les arts à l'époque et notamment par la gravure.. Les compositions de ces scènes sont constituées de différents plans disposés sous forme de bandeaux placés les uns au-dessus des autres, rappelant la perspective atmosphérique. Ce type de composition permet aussi de composer différents épisodes d'une même histoire, en jouant sur la taille des personnages, comme dans les scènes de la vraie croix des Heures de Saulx-Tavannes..

Le style particulier de cet artiste est reconnaissable dans l'exécution des personnages, qui sont généralement robustes, avec un visage rond, les hommes ayant le plus souvent un nez crochu.. Leur visage est généralement doux, avec des yeux en amande et légèrement tombants.. Son style est aussi identifiable par les encadrements architecturaux entourant chaque miniature et parfois la portion de texte située sur la même page. Ces décors, lourds et imposants, sont faits d'une grande variété d'éléments architecturaux : arabesques, candélabres, animaux, pilastres et colonnes, ainsi que de nombreux putti. À cette époque à Paris, la mode est pourtant encore aux encadrements floraux ou géométriques que le Maître utilise beaucoup plus rarement. Il n'utilise qu'à une occasion, dans les Heures de François , un atlante et une cariatide, manifestant ainsi l'influence du style maniériste propre à la première école de Fontainebleau.. Enfin, le maître anonyme se distingue encore des autres ateliers d'enlumineurs de son époque par sa palette de couleurs : il utilise fréquemment des couleurs chaudes telles que le jaune, l'orange et les marrons. Il associe, par exemple, l'orange au bleu dans les Heures de Nicolas de Granvelle et dans le calendrier de Toulouse et utilise à la fin de sa carrière des couleurs nettement criardes..

L'échec de son identification Bien qu'il existe des archives très abondantes au sujet des imprimeurs et libraires installés à Paris au , il est très difficile de retrouver les noms des enlumineurs, car ils n'y sont mentionnés que de manière sporadique. En effet, nombre d'entre eux travaillaient ponctuellement pour plusieurs libraires à la fois. Seuls ces derniers, véritables maîtres d'œuvre des manuscrits enluminés, étaient au contact des commanditaires. Seul le nom du libraire est donc parfois mentionné, en général dans les documents de la comptabilité des aristocrates qui peuvent avoir été conservés. Un tel document mentionne le paiement des différentes copies manuscrites commandées à Paris par le chapelain de Marguerite de Navarre de son long poème La Coche ou débat d'amour, dont deux exemplaires ont été décorés par le maître anonyme et un assistant. Mais, dans ce document daté de , ni le nom des copistes ni le nom de l'enlumineur ne sont mentionnés, ni même celui du libraire qui les a embauchés pour cette tâche..

Œuvre Œuvres majeures Fleur de vertu, BNF Fr.1877

Ce manuscrit est la traduction d'un ouvrage moralisant écrit en italien au tout début du par un certain frère Tommaso. Il contient de grande taille, toutes attribuées au Maître de François de Rohan. Dans le frontispice du manuscrit, est représenté François de Rohan, archevêque de Lyon, présenté comme le traducteur de l'ouvrage. Il n'est pas fait mention du destinataire de l'ouvrage, mais la présence de la fleur de lys dans la main du prélat et la représentation des armes de France et Navarre ont fait penser qu'il avait pu appartenir à Marguerite de Navarre. Ce frontispice est directement inspiré de ceux des éditions vénitienne et florentine du livre à la fin du , même si l'enlumineur l'a adapté à son style par la disposition du paysage ou les traits du personnage. Les autres miniatures représentent les vices et les vertus décrits dans le texte, de manière anthropomorphique ou dans des scènes où des animaux symbolisent ces qualités ou ces défauts. C'est l'occasion pour l'enlumineur de peindre des scènes vivantes et colorées.

Heures de François ,

Un document comptable de 1538 indique que la somme de est payée par le roi au copiste Jean Mallard pour la rédaction d'un livre d'heures qu'il doit faire ensuite enluminer. Il pourrait s'agir du présent manuscrit, acquis en 2011 par le de New York. Certaines inscriptions dans l'ouvrage font penser qu'il a appartenu à Marguerite de Navarre, ou qu'il a été décoré à son initiative. L'ouvrage contient 18 grandes miniatures dont deux avec le portrait du roi. Il s'agit tout d'abord d'une représentation de David, devant Bethsabée, au début des psaumes pénitentiels auquel le roi prête ses traits (f.67r). Puis d'un portrait du roi agenouillé devant saint Marcouf, auquel il vouait un culte particulier et qui était censé soigner des écrouelles comme le roi lui-même grâce à ses pouvoirs thaumaturges (f.89r). Le manuscrit constitue, selon Myra D. Orth, le chef-d'œuvre du maître anonyme. Il y met en œuvre toutes les caractéristiques de son style, tels les personnages robustes, les encadrements architecturaux lourds et une palette aux couleurs chaudes..

Enluminures attribuées Le Maître de François de Rohan a contribué à décorer les manuscrits les plus recherchés par les aristocrates de son temps, à savoir les livres d'heures manuscrits et enluminés. À cette époque, les personnes les plus riches ne se contentent pas de livres d'heures imprimés, mais cherchent à se procurer des ouvrages originaux enluminés à la main. Les miniatures du Maître se démarquent de celles des autres enlumineurs de l'époque par des sujets d'illustration originaux et des compositions vivantes.. Il contribue aussi à d'autres ouvrages comme un traité de chasse, des poèmes, des traductions d'ouvrages antiques ou italiens et des livres liturgiques pour des religieux. Il est aussi l'auteur des décorations d'exemplaires de présentation de tirages de livres imprimés, rehaussés de couleurs ou d'enluminures particulières. Il a ainsi décoré la première page de l'exemplaire destiné au roi de la première édition du de Guillaume Budé., ainsi que l'exemplaire de la Grande Bible en anglais de 1539 destiné à Thomas Cromwell..