Henchir Ziane est un site archéologique tunisien situé dans le sud du pays, situé au milieu de la presqu'ile de Zarzis à environ 9 km à l'ouest de cette ville.
Toponyme La ville est attestée dans les sources sous plusieurs noms, avec des variantes d’écriture et des interprétations différentes selon les auteurs et les périodes: Ponte Zita Municipium dans l'Itinéraire d'Antonin , Ziza Municipium . dans la table de Peutinger , Zitha , Pons Zitha , Zian ., Medinet Zian , Medinet ez-Zian , S'ian ou Enchir Medinet S'ian .
Zita signifie « lieu des olives », ou plus exactement « ville des olives », dans la langue punique, appartenant au groupe nord‑ouest sémitique . Ce nom s’avère particulièrement approprié, comme en témoignent les dizaines de noyaux d’olives brûlés mis au jour lors des fouilles, auxquels s’ajoute le fait que le paysage semi‑aride environnant demeure encore aujourd’hui une zone de forte production oléicole .
Une tradition singulière répandue parmi les habitants de Zarziss, c’est qu’un canal allait de Zian à la mer, amenant là, près du port, des flots d’huile qu’on recueillait ensuite dans des jarres ou dans des barils pour les exporter ailleurs .
Les fouilles anciennes Le premier voyageur qui explore les ruines de Zitha est Pellissier en 1846 , qui lors de son passage découvre un amas d’au moins dix statues en marbre, dont une Diane sans tête et mutilée d'une partie de ses membres. Pellissier sollicite et obtient du Bey la concession des antiquités de Zian et la possibilité de les enlever quand il voudra . .
Lors de son voyage dans la région en 1849 , Heinrich Barth constate qu’un petit bâtiment quadrangulaire renferme huit ou neuf statues — dont cinq figures féminines, exécutées dans un bon style romain et entassées les unes sur les autres, tandis que d’autres gisent à demi enfouies aux alentours. Cet ensemble, ajouté à l’aspect des maçonneries, montre qu’il ne s’agit pas d’un simple poste isolé, mais bien d’une cité .
Dans une lettre adressée à Charles Tissot, le vice-consul de France à Sfax lui rappelle qu'en 1851 il a retiré douze statues prises dans l'ancienne ville de Zian pour les embarquer sur la Sentinelle. Dans une communication faite par Salomon Reinach a l'académie des inscriptions, il signale la disparaition de ses statues .
en 1860 Victor Guérin atteint Medinet‑Zian, où il observe des ruines disséminées sur de petites collines, les vestiges d'un temple boulversé, où gisent des statues de marbre mutilées .
S. Reinach et E. Babelon sont les premiers à pratiquer des fouilles sur le terrain occupé par les ruines et acheté en 1881 par M. Tissot, ce qui a leur a permis d’y pratiquer des fouilles en toute liberté. Les fouilles sont réalisées entre le 25 janvier et le 2 février 1884 , le forum est déblayé avec levée du plan des édifices qui le bordaient. Cinq grandes statues de marbre, acéphales, deux têtes en marbre, une amulette en or et de nombreuses inscriptions dont l’une semble donner le nom antique de Ziân (Cibarea) ou (Ciparea) * .
Mobilier archéologique Les fouilles de Pellissier Les 12 sculptures retrouvées par Pellissier ont passé 36 ans à l'arsenal de Toulon avant d'être transférées au Louvre en 1887 et répertoriées par Reinach :
n° Description N° d’entrée 1 Femme vêtue d’un chiton et d’un himation, demi‑drapé formant voile, posée sur plinthe. (2e moitié Ie s.) Ma 1756 2 Empereur (ou prince ?) vêtu d’une tunique, d’une toge et de calcei ; appuyé sur un support en forme de capsa (1e quart Ie s.) Ma 1757 3 Femme en forme d’Aphrodite, vêtue d’un chiton à rabat et d’un himation en demi‑drapé (2e moitié Ie s.)1e moitié Ie s.) Ma 1758 4 Empereur (ou prince ?) demi‑nu, drapé d’un himation en demi‑drapé ; support latéral constitué des restes d’un tronc d’arbre (1e moitié Ie s.) Ma 1759 5 Empereur drapé d’un himation en demi‑drapé, assis sur un siège dont seuls les restes sont conservés (1e moitié Ie s.) Ma 1760 6 Empereur (ou prince ?) drapé d’un himation en demi‑drapé (1e moitié Ie s.) Ma 1761 7 Personnage masculin : restes du pied droit chaussé d’une sandale Ma 1762 8 Empereur (ou prince ?) debout, vêtu d’une tunique, d’une toge et de calcei ; support latéral en forme de capsa. Statue de type togatus grandeur nature. La plinthe à ressaut épouse les éléments au sol. L’umbo, formé par le drapé de la toge au‑dessus du balteus, présente un percement moderne (1e quart Ie s.) Ma 1763 9 Empereur (ou prince ?) demi‑nu, drapé d’un himation en demi‑drapé ; support latéral conservé (2e quart Ie s.) [?]) Ma 1764 10 Empereur (ou prince ?) cuirassé, portant une cuirasse à lambrequins et un paludamentum fixé par une fibule ; debout (1e moitié Ie s.) Ma 1765 11 Empereur (ou prince ?) demi‑nu, avec restes de draperie. (1e moitié Ie s.) Ma 1766 12 Empereur (ou prince ?) demi‑nu, drapé d’un himation en demi‑drapé, levant le bras droit. (2e quart Ie s.) Ma 1767
Les fouilles de Babelon et Reinach Statues
Cinq statues trouvées par Babelon et Reinach dont quatre sont documentées sur une photographie prise sur le site et dans la collection du musée Alaoui dont: Tronc d'une statue de femme drapée en marbre blanc . Statue colossale de femme drapée, les épaules, les bras et la tête manquent, ainsi que la jambe droite . Statue très mutilée en marbre blanc, la tête, les bras et les pieds manquent . Et une statue d'Homme en marbre blanc, le bas du corps drapé, beau travail de la bonne époque romaine. Il manque la tête, les bras et les pieds . Ces statues sont actuellement exposées au musée de Zarzis
Amulette d’or
Une amulette faite d'une feuille d'or très mince, large d'environ 6 cm sur 5 de hauteur et couverte de caractères dont la plupart n'offrent aucun sens. Quelques-uns sont grecs, mais juxtaposé sans former des mots. Un poignard est dessiné a la parte inferieure. Il s'agit très probablement d'une amulette gnostique analogue à celles que possèdent la bibliothèque nationale et le musée du Louvre. L'amulette est rapportée au cabinet des médailles .
Têtes Julio-claudiennes Deux grandes têtes en marbre aujourd’hui au Cabinet des médailles initialement identifiées par Reinach comme représentant l'empereur Claude voilé en pontife et Lucille, fille de Faustine.
Nero Julius Cesar : tête trouvée à l'entrée de la chambre médiane qui domine le forum, au nord-ouest , haute de 38cm, en marbre blanc a grain fin. Une tête légèrement inclinée vers l’arrière et la gauche, avec une chevelure tombant bas sur le front et organisée autour d’une séparation en forme de fourche. Quelques mèches libres apportent du mouvement. Le visage, jeune et calme, présente une lèvre inférieure boudeuse et un menton affirmé. Les sourcils inclinés vers le nez donnent à l’expression une nuance sombre, évoquant la torvitas romaine(une sévérité ou dureté du regard) .
Agrippine l’ancienne : tête trouvée à l'extrémité sud du forum , haute de 30 cm, fortement restaurée, où le visage très poli contraste avec une chevelure plus travaillée. La coiffure est organisée en deux bandeaux encadrant le front, complétée par une tresse à la nuque et des mèches parotides dont subsistent des traces. Le visage, froid et dominé par de grands yeux. La statue devait mesurer environ 210 cm de hauteur .
D'autres sculptures en marbre sont retrouvés sur place dont une main colossale tenant un globe, des bras, une jambe colossale, et six mains de différentes grandeurs .
Inscriptions Les fouilles ont fait découvrir 35 inscriptions dont la plupart sont des fragments , parmi les plus lisibles :
Une inscription d'environ 6 mètres dont la moitié des lettres sont visibles a pu occuper la partie centrale de l'architrave sur le petit côté sud-est du forum citant : « [Ti. Claudio] Caesari [Aug. Germ]anico p[ontifici maximo tri]b. pot. cos. II imp. III. [Q. Marc]ius C. f. Bare[a cos. XV vi]r s(acris) f(aciundis) fetiali[s ...] procos. Dedicavit»: À Tibère Claude César Auguste Germanicus, grand pontife, détenteur de la puissance tribunicienne, consul pour la deuxième fois, acclamé imperator pour la troisième fois. Quintus Marcius Barea, fils de Caius, consul pour la quinzième fois, membre du collège des viri sacris faciundis, fétial, …, proconsul, a dédié (ce monument); s’agissant probablement d’une dédicace d’un Q. Marcius C. f. Barean qui parait avoir été consul suffecte en 18 après J.C. et proconsul d'Afrique en l'an 42 .
Cippe en calcaire découverte à l'angle nord-est du forum citant : « Q. Plaut[io] Titian[o] mag(istratu) e[t] [c]eteris [ho]n[oribus inte]gre f[u]nctio curia [Fa]ustin[a] ob merit[a] (Quintus Plautius Titianus»: ayant exercé sa magistrature et les autres honneurs avec intégrité. La curie Faustina (lui a dédié ce monument) en raison de ses mérites »
Une inscription découverte à l’angle nord du forum avec au-dessous un entablement sans ornements citant : «[M. Pompeius] Silvanus cos. prōc[os.] [xv]ir [sacris faciundis] de sua pecunia fac[i]endum cu[ravit]» : Marcus Pompeius Silvanus, consul, proconsul, membre du collège des quindecimviri sacris faciundis, a fait réaliser (ce monument) à ses frais , M. Pompeus Silvanus, consul en 45, proconsul d’Afrique en 57, il se designe dans cette inscription comme l’auteur d’un des portiques du forum .
Cippe en calcaire qui se trouve a Zarzis dans une citerne antique convertie en marabout, pres du Bordj, provenant probablement de Zian, citant : «C. Memmio C. [filio] C. n[epoti] Quir[ina tribu] Afric[ano] [ad]lecto in turmas eq[uestres] [a d]ivo Hadriano . . .» . : À Caius Memmius Africanus, fils de Caius, petit fils de Caius, de la tribu Quirina, adlecté dans les escadrons équestres par le divin Hadrien…
Tophet
Un lot de stèles d’époque punique est découvert fortuitement en février 1987. Elles présentent un répertoire iconographique particulièrement riche, comprenant le signe de Tanit, le signe de la bouteille, des motifs végétaux dominés par les palmes et les grenades, ainsi que des représentations du soleil et du croissant . La zone du tophet a livré également livrent en plus des stèles, 24 urnes intactes, des bassins enduits et des fosses contenant des os brûlés, des unguentaria et des bols
Autres fouilles Une inscription trouvée par le Lieutenant du Breil de Pontbriand dans les débris de fouilles exécutées en 1903 par le capitaine Tribalet, dans un monument isolé paraissant etre un temple situé a 300 m à l'est du forum. L'inscription est interprété : "temple de Dagon" ou "maison du blé" (Dagan en phenicien) .
Le lieutenant Bouchard a dégagé un petit temple . Une inscription latine consacrée a Caelestis est retrouvée sur le fut de la colonne d'angle gauche de la facade du temple .
Histoire Les données céramiques indiquent que Zita est fondée à la fin du Ve siècle av. J.-C., dans le contexte de l’expansion carthaginoise vers l’intérieur africain. Le site est progressivement déserté à partir de 200 apr. J.-C. et totalement abandonné vers 450 apr. J.-C. .
Epoque néo-punique Plusieurs inscriptions néo‑puniques soulignent le caractère phénicien du site : l’une mentionne la déesse Tanit sous sa forme latinisée Juno Caelestis, tandis qu’une autre évoque une “maison de Dagon”, témoignant de l’introduction de cette divinité mésopotamienne en Afrique du Nord .
Les fouilles montrent également que le tophet de Zitha reste actif entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C. ; les dépôts funéraires cessent vers 100 apr. J.-C., mais le lieu continue d’être fréquenté jusqu’à 200 apr. J.-C., probablement pour des dépôts votifs. Cette disparition progressive des pratiques cultuelles puniques accompagne l’intégration du site dans le cadre romain et la construction du forum, marquant l’abandon rapide des traditions religieuses phénico‑puniques .
Epoque romaine
Abandon de Zitha