vignette|L'échelle de Kinsey. met en valeur le fait que le désir ou les expériences amoureuses ou sexuelles ne sont pas polarisés selon un unique axe hétérosexualité (0) – homosexualité (6) mais qu'il existe des situations intermédiaires.Si le degré d'attirance pour un genre ou l'autre se situe entre ces deux pôles (1, 2, 3, 4 ou 5), on parlera de dès lors qu'il y a attirance pour les deux genres, même si l'un prédomine sur l'autre..|alt=
La bisexualité est le fait d'éprouver une attirance sexuelle ou des sentiments amoureux pour plusieurs genres... La bisexualité ne se limite pas au binaire de genre, mais elle est souvent perçue à tort comme telle. Le degré d'attraction pour un genre en particulier peut varier sur l'échelle de Kinsey selon la personne et le moment de sa vie. Une personne dont l'orientation sexuelle est la bisexualité est appelée un bisexuel ou une bisexuelle.
Le concept de bisexualité dans son sens actuel a émergé en 1896 sous la plume du médecin britannique Havelock Ellis, après celui d'homosexualité, inventé en 1869 par l'écrivain et activiste hongrois Karl-Maria Kertbeny. Mais le concept de bisexualité a une histoire bien plus ancienne.
Dans le règne animal, nombre d'animaux, en particulier les dauphins ou les bonobos, sont activement bisexuels.
La perception binaire de la sexualité humaine (monosexisme), soit la conception selon laquelle on ne peut être qu'hétérosexuel ou homosexuel, généralisée dans la culture populaire et présente dans nombre de travaux universitaires, a conduit à une occultation de la bisexualité comme phénomène spécifique, en particulier dans les sciences humaines des . Lorsque cette occultation est intériorisée, elle conduit des personnes de fait bisexuelles à se présenter comme ou , participant ainsi à une invisibilité de la bisexualité dans la société en général ; ainsi, seule une part marginale de la population étudiée dans des recherches sexologiques se déclare bisexuelle.
Toutefois, après les approches psychanalytiques de la sexualité humaine (notamment celles de Freud, à travers le concept de ), les études éthologiques et neuroscientifiques des hominidés, ainsi que l'histoire mondiale de la bisexualité, un débat contemporain s'est instauré sur le fait de savoir si la bisexualité serait l'orientation sexuelle naturelle de l'être humain.
Les femmes auraient plus de tendances à la bisexualité que les hommes, ou auraient une approche plus « fluide » de leur sexualité. Elles se déclarent plus souvent bisexuelles que les hommes et sont plus enclines à faire évoluer la manière dont elles s'identifient. Une étude de l'université Columbia en 2016 pointe la stigmatisation associée à la bisexualité masculine comme raison de ne pas s'identifier comme bisexuel..
Origines et usages des mots « bisexualité » et « bisexuel·le » Le mot bisexualité est formé du préfixe bi (« deux ») et de sexualité, sur le modèle de homosexualité et hétérosexualité.
Il peut avoir des sens différents selon le contexte, mais désigne couramment aujourd'hui le fait d'entretenir simultanément ou successivement des relations amoureuses, sentimentales ou sexuelles avec des personnes du même sexe et du sexe opposé., ou la capacité à ressentir une attraction physique, romantique ou amoureuse pour des personnes de plus d'un genre)...
En psychologie, le terme sert également à définir, selon la définition du Larousse, la ..
Sens particulier du terme « bisexualité » dans l'Antiquité vignette|Hermaphrodite endormi, chef-d’œuvre de la collection Borghèse, musée du Louvre« Hermaphrodite endormi », Musée du Louvre (lire en ligne).. Certains intellectuels, tels Luc Brisson ou Eva Cantarella, avancent que dans le contexte de l'Antiquité, le terme de « bisexualité » peut revêtir, au-delà du sens actuel, la signification de la possession simultanée des organes sexuels masculins et fémininsJosette Liégeois, « Luc Brisson, Le sexe incertain. Androgynie et hermaphrodisme dans l'Antiquité gréco-romaine », Revue Philosophique de Louvain, 1999, vol. 97, , (lire en ligne sur Persée.fr). ; on parle également lorsque ce cas se présente d'un être « bisexué ». En Grèce antique, si ce cas se présentait chez un nouveau-né, le bébé était considéré comme un « monstreEva Cantarella, « L'hermaphrodite et la bisexualité à l'épreuve du droit dans l'antiquité », Diogène 4/2004 (), (lire en ligne sur Cairn.info). » et immédiatement mis à mort. Il en est de même dans la Rome antique jusqu'au début de l'Empire, période durant laquelle les hermaphrodites sont exhibés en public comme des monstres de foire. Avant cette évolution de traitement, les hermaphrodites étaient considérés à Rome comme des annonciateurs de malheurs, notamment de la colère des dieux ; ainsi, leur naissance ne concernait pas seulement leurs parents, mais engageait le sort de la collectivité entière.
Sens particulier en biologie À l'origine, le terme « bisexuel » s'appliquait à la biologie, en particulier dans la botanique française de la fin du , où on utilisait ce terme pour qualifier des plantes ayant des organes des deux sexes (les étamines et les pistils).. Selon le sociologue Rommel Mendès-Leite, l'origine de l'usage du terme remonte à son utilisation dans la bonnique en France pour décrire des plantes à l'organisation non unisexuelle.
Il a ensuite pris le sens d'une prédisposition biopsychologique à la fois féminine et masculine propre à tout être humain..
La bisexualité n'est pas l’androgynie (qui est le propre de la personne dont l'apparence ne permet pas de décider à quel sexe elle appartient). Quand une personne est physiquement porteuse des organes génitaux des deux sexes, on parle plutôt d'« intersexuation » (ou anciennement d'hermaphrodisme).
En psychanalyse vignette|gauche|Sigmund Freud et Wilhelm Fliess, 1890. Richard von Krafft-Ebing est l'un des premiers à considérer la notion de bisexualité, avec Havelock Ellis et Magnus Hirschfeld, comme une condition physique ou psychique introduisant des aspects masculins et féminins..
On distingue la bisexualité comme comportement de la , théorisée notamment par Wilhelm Fliess et reprise par Sigmund FreudLire la retranscription d'une lettre que Freud envoie à ce sujet à Fliess le 6 décembre 1896, dans les Espaces Lacan., qui serait selon lui le fondement psychique inconscient de tout être humain. L'incapacité à réprimer les tendances relevant du sexe opposé fait partie des explications avancées par Freud pour déterminer l'origine de certains troubles de la personnalité de caractère névrotique. Par la suite, il considère la bisexualité non plus comme une composante innée, mais comme la manifestation de la nature instable de l'identité sexuelle et du choix des objets sexuels.. Il écrit également, s'appuyant sur l'exemple de la bisexualité grecque antique : ..
Dans son livre XY, De l'identité masculine, Élisabeth Badinter reprend un passage de L'analyse avec fin et l'analyse sans fin où Freud considère que tous les êtres Dans la même perspective, la philosophe reprend également un passage de Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, où Freud estime que non seulement chacun est capable de faire un homosexuel, mais Sigmund Freud, Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910), Idées/Gallimard, 1977, , repris par Élisabeth Badinter dans XY, De l'identité masculine, ..
Dans (1920), Wilhelm Stekel affirme que tout être humain est par essence bisexuel et que l'hétérosexualité et l'homosexualité sont toutes deux contre-nature.. Il estime également que toute personne, même parmi celles qui se déclarent homosexuelles, ressent des attirances hétérosexuelles et que l'on devient monosexuel par obligation sociale.
Au regard de la notion de bisexualité en psychanalyse, l'Association américaine de psychologie distingue l'identité de genre de l'orientation sexuelle « Sexual orientation and homosexuality », (2008)..
Sens actuel : orientation sexuelle ou comportement Le sens moderne de bisexualité comme attirance sentimentale ou sexuelle pour des personnes des deux sexes se retrouve dès le début du , notamment dans , : Sexual Inversion (1915) de Henry Havelock Ellis, qui parle également d'« hermaphrodisme psychosexuel ».. Ainsi, dans son sens moderne, la bisexualité est une orientation sexuelle caractérisée par l’amour ou le désir sexuel pour les membres des deux sexes, distincte de l’homosexualité et de l’hétérosexualité ou encore de l’asexualité. Les personnes bisexuelles peuvent avoir des relations simultanées avec les partenaires de sexe masculin et féminin, pratiquer la monogamie en série avec des partenaires de l’un ou l’autre sexe, avoir des relations de plus ou moins longue durée avec des partenaires d’un seul sexe ou pratiquer la chasteté.. La bisexualité se réfère aux désirs et au concept de soi, pas nécessairement au comportement : ainsi, une personne bisexuelle peut ne s'engager que dans des relations hétérosexuelles ou homosexuelles, même si elle éprouve des sentiments pour des personnes des deux sexes..
La bisexualité n'est pas une équivalence du type ou : elle englobe mais ne se limite pas à une égale attirance pour les deux sexes. En effet, les degrés d'attirance envers les deux sexes peuvent infiniment varier., conduisant à une grande diversité de vécu. La bisexualité peut aussi se voir comme une sexualité , qui change au cours du temps.
Ainsi, de façon large, on peut décrire la bisexualité de ces manières : être attiré par plus d'un genre ; être principalement attiré par un genre, mais reconnaître que cette attirance n'est pas exclusive ; avoir une sexualité évolutive (« fluide ») au fil du temps ; considérer que l'on peut être attiré par une personne « quel que soit son genre » (en prenant en compte d'autres facteurs) ; ou contester qu'il n'existe que deux genres, et que l'on peut n'être attiré que par l'un, l'autre, ou les deux.
Synonymes et débats sémantiques D'autres mots ont également pu être utilisés pour désigner la bisexualité dans le sens actuel du terme. Les expressions « pansexuel », « omnisexuel » ou encore « » ont ainsi pu être préférés à celui de « bisexuel » (le bi de « bisexualité » pouvant impliquer qu'il n'y a que deux genres..). Cependant, ces termes sont également l'objet de critiques : les termes omnisexuel et pansexuel peuvent renvoyer à une idée fausse associant le potentiel d'aimer les deux sexes avec de l'hypersexualité, alors que le terme queer (qui se réfère à l'ensemble des non-hétérosexuels, pas seulement aux bisexuels) préserve toujours son acception négative originelle (« bizarre, étrange » en anglais). Les termes ambisexuel et fluide ont également été proposés, mais ils ne sont que très peu connus du grand public ; le terme bisexuel est en tout cas le plus connu de tous, et le plus usité dans la recherche scientifique.
Les asexuels peuvent également préférer le terme de « biromantique », qui n'implique pas d'aspect sexuel dans l'attirance envers les hommes et les femmes.
La terminologie du concept fait toujours débat ; par exemple, le terme de « pansexuel » a pu être utilisé en remplacement des termes classiques, notamment « bisexualité », car considérés comme périmés ou obsolètes Rose Rouse, « Best of both worlds », The Observer, 28 avril 2002 (lire en ligne)..
En sexologie Comportements animaux et humains