thumb|200px|Lord Alfred Bruce Douglas, surnommé « Bosie », et Oscar Wilde, en 1894.
Les thématiques LGBT sont présentes dans la littérature depuis les origines, et de plus en plus fréquentes dans les livres contemporains.
En ce qui concerne l'homosexualité, dès l'Antiquité, la relation érotique entre les hommes, prenant souvent la forme de la relation maître/élève, était considérée comme naturelle. Cette conception se reflète dans les textes de Platon, qui évoque la pédérastie, et dans les poèmes de Sappho célébrant la beauté féminine. La Bible mentionne l'homosexualité à travers l'histoire de Sodome et Gomorrhe ; ce texte sans ambiguïté associe la généralisation des relations entre hommes et entre femmes à la décadence sociale, et a fortement influencé la civilisation occidentale, depuis la littérature européenne du Moyen Âge jusqu'à la censure que subirent certains textes au , bien que certains textes aient été publiés sans craindre de problèmes. De nos jours, ce sujet est évoqué beaucoup plus fréquemment, notamment à travers l'apparition de personnages homosexuels dans toutes les catégories de la littérature, mais aussi dans la culture populaireDidier Eribon (dir.), Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, 2003. et la bande dessinée. Dans ces œuvres, il est possible de distinguer deux traitements différents de l'homosexualité : le traitement d'un point de vue externe, s'adressant à la perception du public (souvent négative) ; le traitement d'un point de vue intimiste, s'attachant à évoquer la vie amoureuse et sexuelle de personnes homosexuelles ou bisexuelles. Un aperçu de ces sujets dans la littérature illustre le changement culturel du regard sur la diversité de l'orientation sexuelle à travers les âges.
À partir du , les récits sur la transidentité commencent à émerger et la question de l'identité de genre commence à prendre de l'ampleur dans la littérature.
Mythologies
Égypte ancienne Mythologie des textes des Pyramides thumb|Seth (à gauche) et Horus (à droite) adorant Ramsès à Abou Simbel.
Dans la mythologie égyptienne, un mythe d'un dieu appelé Atoum, ancêtre de tous les dieux. Il possédait à la fois l'essence du masculin et du féminin. Atoum engendra dans l'acte de masturbation et d'autofertilisation avec son propre sperme, ou en crachant, la première paire de dieux, composée du dieu Shou et de Tefnout, déesse de l'humiditéFrançois Daumas, La Civilisation de l'Égypte pharaonique, Paris, Arthaud, coll. « Les grandes civilisations », 1987, ; François Daumas, Les Dieux de l'Égypte, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1982, ..
Parmi les mythes des Textes des Pyramides, se trouve l'histoire d'un incident homosexuel lorsque Seth et Horus entrent en concurrence pour obtenir le pouvoir. Seth était le frère d'Osiris, qui incarne la vigueur virile. Son adversaire était Horus, le fils d'Osiris. Seth commet un viol sur Horus et dépose son sperme entre ses fesses. Ceci, cependant, n'a pas porté préjudice parce qu'Horus a interposé ses mains pour recueillir le sperme de Seth. Il a ensuite demandé l'aide d'Isis, sa mère, qui avait comploté une ruse pour se venger. Horus remplit de son sperme un récipient, puis le contenu de la cuve fut ajouté aux aliments cuits pour Seth. De cette façon, Seth a été contaminée par le sperme de quelqu'un d'autre, et non Horus. Les deux portèrent leur querelle devant Osiris, qui tenait le tribunal. Seth réclama le pouvoir, faisant valoir que Horus ne pouvait pas être roi, parce qu'il subit le viol d'un homme. Le fils d'Osiris dit que c'était le contraire, parce que Seth portait en lui sa semence, et a été en mesure de le prouverHerman te Velde, Seth, God of Confusion. A Study of his Role in Egyptian Mythology and Religion, Leyde, Brill, 1967, ..
Livre des morts Pour les anciens Égyptiens, un recueil de prières, d'incantations et de sorts, écrit sur un papyrus inséré dans le sarcophage ou sur le mur de la tombe avait pour but d'assurer le succès de la personne décédée à toutes les étapes de la route dans l'au-delà, avant d'atteindre l'immortalité. Dans chaque Livre des morts, peuvent être lu comme de soi-disant aveux, une confession négative, tels que ceux du papyrus du prêtre-scribe Neferhotep, conservé au Musée Czartoryski à Cracovie :
Il convient de souligner que la relation homosexuelle n'est pas alors considérée comme un acte sexuel, mais comme une manifestation de la domination d'un homme sur un autre. Le rapport pourrait être une telle honte pour le passif, car il impliquait la soumission, l'abandon. Pour la partie active, c'est en fait une manifestation de la masculinité ou une manière de montrer le mépris ou d'humilierKarol Myśliwiec, Eros nad Nilem, Prószyński i S-ka, Warszawa 1998, .
Mésopotamie 100px|right|thumb|Héros, Gilgamesh ou Enkidu. Bas-relief du palais de Sargon II à Khorsabad, musée du Louvre.
L'amour entre Gilgamesh et Enkidu L'Épopée de Gilgamesh est une œuvre de l'ancienne Mésopotamie, qui remonte à 2300-2200 Gilgamesh est un roi mésopotamien semi-divin, et son ami Enkidu est un homme. Selon l'épopée, ils ont d'abord été des ennemis jurés. Les dieux ont créé Enkidu avec de l'argile pour combattre Gilgamesh, roi d'Uruk, qui règne en tyran sur la cité. Initialement, il était un barbare chevelu avec la force surhumaine d'un animal, qui vivait dans le désert avec les animaux. Pour capturer Enkidu, Gilgamesh lui envoie d'abord la courtisane Shamat le séduire. Enkidu cède à son charme, ce qui veut dire qu'il a découvert son humanité, et les animaux le fuient depuis lors. Gilgamesh avait fait à ce moment-là le rêve prophétique d'un guerrier des étoiles, qui l'égalait en tout.
Les deux héros se combattent, sans trouver d'issue, et deviennent amis. Mais Enkidu doit mourir à cause de son rôle dans le meurtre du taureau céleste Humbaba, et de la jalousie de la déesse Ishtar. Atteint d'une maladie grave envoyée par les dieux, Enkidu meurt dans les bras de son ami. Gilgamesh pleure pendant longtemps Enkidu, ne permettant pas de l'enterrer parmi les morts. Il grave sur le rocher, pour la postérité, son nom et celui d'Enkidu. Gilgamesh essaie ensuite d'obtenir l'herbe de l'immortalité, mais finalement il échoue. La plus ancienne œuvre poétique de la littérature décrit le désespoir de Gilgamesh.
Grèce antique
La littérature et la philosophie de la Grèce antique ont leurs origines dans les mythes, qui apparaissent également dans des contextes associés à la communauté LGBT, y compris ceux qui sont de retour dans les œuvres littéraires modernes. Parmi les œuvres antiques, on peut citer ici des œuvres d'Ovide, Homère et de Virgile, mais ces mythes resurgissent longtemps après, chez Johann Wolfgang von Goethe dans son poème Ganymède (1774), ou dans la poésie homoérotique du poète contemporain Constantin Cavafy.
Zeus et Ganymède thumb|Ganymède, sculpture de José Álvarez Cubero (1768–1827).
Les mythes grecs nous apprennent que le souverain des dieux olympiens, Zeus, a entretenu des aventures amoureuses, et parmi ces nombreuses passades, il s'est pris d'engouement érotique pour le beau Ganymède. Il devait être fils de Tros (dont le nom dérive du nom de Troie) et l'homme le plus jeune et beau sur Terre. Zeus changé en aigle enleve le jeune homme de la plaine de Troie, le porte sur l'Olympe. Il rend son amant immortel et en fait l'échanson des dieuxBernard Sergent, Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européens, Paris, Payot, coll. « Histoire », 1996, p. 239-249.. Cette histoire apparaît dans l’Iliade (XX.231-235), dans Ô dieux d'Apollodore (III.12.2) dans l’Énéide (V.252) de Virgile et Les Métamorphoses (X.155) d'OvideRobert Graves, Les Mythes grecs I, Hachette Pluriel, p. 126-130..
Platon dans le Phèdre (79) renvoie au mythe de Ganymède pour les propres sentiments qu'il éprouvait pour ses élèves, mais dans Les Lois (I.8) il dénonce la pédérastie comme incompatible, car s'égarant trop de la volonté initiale et pure, et discrédite le mythe en tant que pure invention qui protégerait ceux en abusant pour justifier des actes de pederastie sur des hommes trop jeunes ou en trop grande abondance. Pour la relation pédéraste de Zeus et de Ganymède, les Romains y font allusion à plusieurs reprises, souvent de façon très claire : Martial (y compris les épigrammes II.43 et IX.36), et Juvénal. Parmi les auteurs que l'on peut mentionner depuis, figurent Goethe et Cavafy.
Apollon et Hyacinthe, et Thamyris thumb|left|La Mort d'Hyacinthe, par Merry-Joseph Blondel.
Un beau jeune homme, qui a charmé le dieu était censé être le prince de Sparte Hyacinthe, qui est tombé amoureux d'Apollon. Le dieu l'aime tellement qu'il lui a enseigné à tirer à l'arc et à jouer de la lyre. L'histoire d'amour se termine tragiquement, lorsque l'amant a été tué par un dieu, qui le blesse accidentellement en lançant un disque. Selon une autre version, Zéphyr, jaloux de la fuite du jeune garçon, en est venu à le frapper mortellement à la tête.
Dans d'autres versions encore, Hyacinthe serait tombé amoureux plus tôt du poète Thamyris, qui devait être selon le mythe le premier homme à chanter les amours homosexuelles. Rival d'Apollon pour les charmes de Hyacinthe, il se vante de pouvoir chanter mieux que sa musique. Apollon fait malicieusement appel aux Muses, qui privent le poète de sa voix, de vision et de capacité à jouer de la lyre. Différentes versions de l'histoire proviennent de l’Iliade (II.595-600), Dialogues des dieux (14) de Lucien de Samosate, la Description de la Grèce de Pausanias le Périégète (Livre III.1.3) et Ô dieux d'Apollodore (1.3.3)Robert Graves, Les Mythes grecs I, Hachette Pluriel, p. 89-92..
Pélops et Poséidon Le prince Pélops et le dieu de la mer Poséidon ont aussi été amants. Pélops était le fils du roi Tantale, et a été victime de son père : tué puis servi lors d'un banquet aux dieux de l'Olympe. Après avoir châtié son père, Zeus décide de faire revenir Pélops à la vie. Il ordonne à Hermès de rassembler tous les membres du fils de Tantale, de les bouillir à nouveau dans le même chaudron, puis jette un sort, grâce auquel la Moire Clotho réunit tous ses membres. Du chaudron sort un jeune homme d'une telle beauté que le dieu Poséidon en tombe amoureux et le mène sur l'Olympe dans un char tiré par des chevaux d'or. Le roi de la mer le nomma son échanson et amant, comme précédemment Zeus et Ganymède, il sert désormais l'ambroisie. Cette histoire est remémorée dans l'Ode de Pindare aux premiers jeux olympiques (I.37 et suiv.) , Ô dieux d'Apollodore (II.3), Charidêmos de Lucien de Samosate (7), les Métamorphoses d'Ovide (VI.406), Lycophron de Jean Tzétzès (152), la Description de Pausanias le Périégète (Livre V.13.3)Robert Graves, Les Mythes grecs..
Minos et ses frères De la romance de Zeus et d'Europe, abandonnée par le dieu en Crète, trois fils sont nés : Minos, Sarpédon et Rhadamanthe. Lorsque la mère a épousé le roi de Crète, Astérion, leur union étant sans enfants, le roi a adopté les garçons. Selon le mythe, les frères, après avoir atteint l'âge de la majorité, s'éprennent tous du même beau garçon, Milétos, fils d'Apollon et de la nymphe Areia. Cette passion conduit à une querelle entre les frères, et le garçon finit par choisir Sarpédon. Minos les expulse alors Milétos de l'île, dont ils s'échappent avec une grande flotte de Carie en Asie Mineure, où il a fondé la ville de Milet. Selon d'autres versions, le garçon à l'origine de la querelle des frères s'appelle Antymnios, fils de Zeus et de Cassiopée, ou de Phénix fils d'Agénor.
L'histoire d'amour des trois frères pour l'enfant est décrite, entre autres, par Diodore de Sicile, IV, 60., Apollodore, III, 1, 2. Ovide dans ses Métamorphoses, IX, 442. et Antoninus Liberalis,...Robert Graves, Les Mythes grecs I, Hachette Pluriel, p. 312-316..
Laïos et Chrysippe