Le site de La Mothe-en-Bassigny, sur les communes d'Outremécourt et de Soulaucourt-sur-Mouzon dans l'ancien Duché de Bar et actuellement en Haute-Marne, n'est plus de nos jours qu'une colline couverte de forêt. On y découvre des amas confus de pierres, témoins d'un passé douloureux. Ici se trouvait, avant 1645, la citadelle de La Mothe.
Historique La place forte a été fondée en , par une charte (charte d'affranchissement du château de Saint-Hilairemont, ancien nom de La Mothe) du comte de Bar , sur un promontoire isolé de d'altitude, terre champenoise prise à Joinville, en limite du duché de Lorraine, qui est alors un État d'Empire. Grâce à sa position et à son architecture fortifiée, elle devient, plus tard, la ville la plus puissante de Lorraine après la capitale du duché, Nancy. Important centre commercial et militaire, la cité va compter alors jusqu'à et soldats.
En 1506 et 1580, les États y furent réunis pour la rédaction de la coutume du Bassigny.
Au , pendant la guerre de Trente Ans, le duc de Lorraine prend parti pour son suzerain, l'empereur, contre son cousin le roi de France. perd rapidement toutes ses possessions excepté La Mothe, qui ne se rend au cardinal de Richelieu que le , après de ce premier siège, et malgré la résistance menée par le gouverneur Antoine d'Isches, tué par un boulet de canon le . C'est le marquis de Villeroy qui, en prenant le commandement des forces royales le , réduit en quatre jours le bastion Sainte-BarbePhilippe Martin (professeur d'histoire moderne à l'université de Nancy 2), Une guerre de Trente ans en Lorraine ..
Rétrocédée au duc en 1641, la ville est à nouveau soumise à un siège, du au , puis libérée par qui écrase l'armée française à Liffol-le-Grand.
La ville est de nouveau assiégée dès , jusqu'à la mort de en . Dès qu'il sent son pouvoir suffisamment affermi, Mazarin poursuit l'œuvre de son prédécesseur et ordonne à Pierre Magalotti de reprendre le siège le . La ville se défend vaillamment et Magalotti est tué sous le bastion de Vaudémont d'un coup de mousquet tiré par le chanoine Héraudel. Les bombes (utilisées pour la première fois dans un conflit en Europe), le froid, puis la famine ont cependant raison des assiégés qui se rendent le , après de résistance.
Contrairement à ce qui avait été convenu lors des accords de reddition, Mazarin fait démolir non seulement les fortifications, mais aussi tous les bâtiments : la ville est entièrement rasée. La population qui est chassée de la ville-forte est alors évaluée à .
La dernière délibération de la communauté de La Mothe est présentée et discutée par J. Marchal (1894).
Le dernier acte d'Etat civil est signé le huitième de septembre 1645 par le vicaire Anthonie Vigneron. Il s'agit de l'acte de baptême d 'Antoinette, fille de Claude Godard Mibril et de Claude, sa femme : Voilà le dernier des enfants baptizé à La Mothe par le soubsigné curé, vicaire de Messieurs les Vénérables, la ville ayant été rendue aux Français pour la seconde foie et razée jusques aux fondements comme elle se voit à présent nonobstant le traité fait entre Monsieur le marquis de Villeroy commandant l'armée du Roy et le sieur de Cliquot commandant la ville au nom de son Altesse. Fait le 8 septembre 1645 Signé Anthonie Vigneron, prestre indigne..
Mémoire vignette|Carte postale représentant « la forteresse et ville lorraine de La Mothe-en-Bassigny détruite en 1645 sous notre duc Charles IV ».
Après une existence de , La Mothe qui, de 1634 à 1645, a résisté à quatre reprises à l'armée du roi de France, n'est plus qu'une vaste ruine. Cela marque la fin de la Lorraine en tant qu'État pleinement souverain. Les ducs de Lorraine qui suivront dépendront fortement de la volonté des Bourbon de France, jusqu'au rattachement officiel à la France en 1766.
Cet épisode est resté longtemps une blessure profonde pour les Lorrains. Aussi après le découpage de la France en départements, on fit faire à la frontière de la Haute-Marne un petit décrochage pour y inclure le site de La Mothe. Ceci permit de rattacher à la Champagne, région fondatrice du royaume de France, un symbole potentiellement dangereux pour l'unité nationale.
La destruction de La Mothe fit dès le l'objet d'un poème longtemps connu parmi les Lorrains :
Vestiges
Les défenseurs de La Mothe Les signataires de la reddition Faict à La Mothe le dernier jour de juin mil six cent quarante-cinq .
Hommages
Le on inaugure, là où était la place du Palais du gouvernement, un monument financé par souscription. A cette occasion, le poète et écrivain Alcide Marot lut un long poème en alexandrin intitulé La MothePoème La Mothe d'Alcide Marot..
Le site de La Mothe fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le pour la forteresse, et depuis le pour l'ancienne cité... D'importants travaux de restauration y ont été effectués.
Le site est inscrit dans une gigantesque réserve Natura 2000 partagée entre la Haute-Marne et les Vosges.
Association pour La Mothe En 2005, l'Association pour La Mothe a été fondée pour mettre en valeur et sauvegarder les monuments et ruines existants sur le site de l'ancienne citadelle de la Mothe et alentour. https://www.lamothe-bassigny.fr/
Voir aussi
Articles connexes Duché de Bar Liste des monuments historiques de la Haute-Marne Germainvilliers Famille d'Ourches Siège de La Mothe (1634)
Liens externes
http://perso.orange.fr/michel.paris/sitelamothe/ https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/histoire-de-la-guerre-de-trente-ans-1618-1648-44-ci-git-la-mothe-1258-1645-laneantissement-dune
Bibliographie Histoire de la ville et des deux sièges de La Mothe, (1634 et 1645), M. Du Boys de Riocour, Neufchâteau, V. de Mongeot, 1841 Relation des sièges et du blocus de La Mothe (1634-1642-1645), M. Du Boys de Riocour, Chaumont, Ch. Cavaniol, 1861 Le Siège de La Mothe en Lorraine (1634-1644), éd. Louis Edme, 1903. La Mothe. Citadelle lorraine aux confins de la Champagne, Catalogue de l'exposition organisée à l'occasion du anniversaire de la destruction de La Mothe, Collectif Archives départementales des Vosges-Musée de Chaumont-Musée historique lorrain de Nancy, 1996 . Jean Charles, La Mothe-en-Bassigny - Place-forte de la Lorraine face à la France, collection Itinéraire du Patrimoine, . Nicole Sébline, La Sénéchaussée de La Mothe et Bourmont, des origines à 1645, éd. Dominique Guéniot. J.-C. Chapellier (archiviste de la Société d'Émulation des Vosges), Les Défenseurs de La Mothe. La Mothe, ville lorraine, par Francis Montignon. Pierre-Hippolyte Pénet, "Les souvenirs de La Mothe au Musée lorrain", Les cahiers de La Mothe, 2017.
Fictions Le Chasseur de La Mothe (roman historique sur les sièges et la destruction de la vieille forteresse lorraine), Alcide Marot, éd. Mathouillot, 1892 Les Dernières Violettes de La Mothe, Gilles Laporte, éd. Eska, 1997, prix de l'Académie de Stanislas 1998, prix Plume de Vair 1998 Les dernières Violettes de La Mothe (roman historique) Gilles Laporte, ESKA/MA éditions, Paris 2026. Nouvelle édition enrichie d'une préface de l'historien Michel BUR , Membre de l'Académie de Stanislas, Membre de l'Institut, et de pensées de SAIR Otto de Habsbourg-Lorraine extraites des nombreux entretiens privés avec l'auteur. La Mothe, colline oubliée, film documentaire dvd de , d'après le roman de Gilles Laporte, réal. Christophe Voegelé, coprod. Visuel Création et France 3 Lorraine-Champagne-Ardenne, 2003
Notes et références Notes
Références
Catégorie:Citadelle en France * Catégorie:Histoire de la Lorraine Catégorie:Monument historique en Haute-Marne Catégorie:Monument historique classé en 1923 Catégorie:Monument historique classé en 2001 Catégorie:Patrimoine du XIIIe siècle