vignette|redresse=1.2|Les Évangélistes, Triptyque Snyders, Jan Boeckhorst (v. 1659), musée d'Art du comté de Los Angeles. Chacun des quatre évangélistes est représenté par son symbole : l'ange (Matthieu), le lion (Marc), le taureau (Luc) et l'aigle (Jean).
Un évangile (du latin evangelium, lui-même emprunté au grec ancien , ) est un écrit en langue grecque qui relate la vie et l'enseignement de Jésus de Nazareth, appelé par les chrétiens Jésus-Christ.
Quatre sont reconnus comme canoniques par l'ensemble des Églises chrétiennes, tant catholique que protestantes et orthodoxes : les évangiles dits « selon » Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ils forment la partie la plus longue du Nouveau Testament et sont collectivement appelés l'Évangile.
De nombreux évangiles ont circulé pendant les premiers siècles du christianisme. Les évangiles qui n'ont pas été reconnus sont dits apocryphes.
Le genre « évangile » Étymologie Le mot « évangile » provient du grec ancien , qui, à l'époque classique, désigne une récompense pour une « bonne nouvelle » puis, à l'époque impériale la bonne nouvelle elle-même, voire plus simplement une nouvelle.
Dans la Septante, le terme apparaît dans deux passages (dans le Deuxième Livre des Rois et dans le Deuxième Livre de Samuel) , où il signifie « nouvelle » ; également dans le Second Isaïe, le verbe indique, avec une connotation théologique, l'annonce de la libération du peuple.
Consécutivement à la mise en place du calendrier Julien (en 46 av. J.-C.), des inscriptions à l'époque augustéenne (de 27 av. J.-C. à 14), attestent que la propagande impériale confère au terme un sens fort, exprimant l'ouverture d'une nouvelle ère que constitue la Pax Augusta.
Le terme « évangile » est repris par les auteurs du Nouveau Testament, où il figure à 76 reprises, notamment pour annoncer le salut éternel pour quiconque se repent de ses péchés et place sa foi en Jésus-Christ. C'est dans les écrits pauliniens que l'on trouve le plus grand nombre d'occurrences du terme, soixante, où il semble attester de l'usage qu'en font les communautés chrétiennes judéo-hellénistiques contemporaines de l'auteur, où le mot « évangile » semble lié à différentes formules de professions de foi en Jésus-Christ. L'auteur de l'évangile selon Marc est le premier à faire de l'expression l'annonce du règne de Dieu contenue dans la prédication de Jésus de Nazareth.
Ainsi, dans les premiers temps de la littérature paléochrétienne, le terme désigne non un texte écrit déterminé, mais le message de salut relatif à Jésus. Il semble que ce soit à Marcion que l'on doive, vers le milieu du , l'usage du terme pour désigner un texte écrit donné puis, à partir de la fin du siècle, euaggelion désigne couramment un genre littéraire propre qui traite de cette même , les titres « Évangile selon… » communs aux quatre évangiles dits « canoniques » (Matthieu, Marc, Luc et Jean) étant le fait de scribes ultérieurs. Dans un sens plus général, « l'Évangile », sans autre précision, désigne l'ensemble de ces quatre évangiles.
Le terme apparaît également dans certains écrits de Qumran ( siècle ). Enfin, il existe d'autres textes plus tardifs et non reconnus par le christianisme : les évangiles dits « apocryphes ».
Genre littéraire Les évangiles font le choix de relater la vie de Jésus de Nazareth sous une forme narrative. La théorie défendue au début du par les tenants de la Formgeschichte (« histoire de la forme »), suivant laquelle les évangiles constitueraient un genre sui generis né spontanément au sein des communautés paléochrétiennes, n'est plus suivie, du moins d'un point de vue littéraire, même si, sur le plan théologique, ces textes constituent effectivement quelque chose de singulier. Les évangiles puisent en effet dans différents genres littéraires de l'Antiquité.
vignette|gauche|Les quatre Évangiles, manuscrit du .
Ils connaissent un précédent littéraire et théologique avec le Tanakh, particulièrement les livres historiques qui développent un genre littéraire alliant historiographie et profession de foi et auquel s'apparentent les évangiles ; à la différence de la Bible juive, qui raconte l'histoire de Dieu et de son peuple, les évangiles abordent une approche biographique centrée sur Jésus de Nazareth.
Cette approche biographique a pour équivalent les Bios grecques ou Vitae latines, les biographies de la culture gréco-romaine, dont le genre évangélique constitue une sous-catégorie, bien qu'il s'agisse d'une littérature plus populaire qui s'éloigne des normes culturelles plus exigeantes des biographies antiques. Si les évangiles partagent avec celles-ci l'objectif de combiner « la fixation sur la vie d'un personnage et l'intérêt de son inscription dans l'histoire », leur objet, avant tout théologique, est d'inscrire l'incarnation de Dieu dans la vie de Jésus de Nazareth plutôt que d'illustrer des valeurs destinées à l'édification morale des lecteurs.
Les évangiles puisent également des éléments dans certaines présentes dans les livres prophétiques, notamment dans le Livre de Jérémie, qui décrivent « la naissance, les paroles, les actions symboliques, la mort et la sépulture des saints hommes » et avec lesquels les évangiles partagent la dimension théologique de la biographie ou encore l'absence de mention de l'auteur. Les évangiles puisent également dans les arétalogies, qui décrivent les prodiges réalisés par des , ou encore dans le roman grec qui a pu inspirer les évangélistes pour la mise en récit de leur christologie caractérisée par l'organisation en épisodes, le déploiement d'une intrigue ou encore l'aménagement d'effets dramatiques.
Si la nature littéraire des évangiles, en rassemblant plusieurs traditions dans un récit biographique sur Jésus de Nazareth, s'affilie à différents genres circulant à l'époque, le type d'écrit commencé par l'auteur de l'Évangile selon Marc constitue un type d'œuvre jusque-là inédit dont l'.
Auteurs et datation des textes canoniques vignette|redresse=1|Les Quatre Évangélistes, miniature des Évangiles d'Aix-la-Chapelle (v. 800).|alt= Les évangiles canoniques sont les quatre évangiles reconnus par les Églises chrétiennes catholique, protestantes et orthodoxes. Ils ont tous quatre été écrits après les épîtres de Paul de Tarse.
Attribution traditionnelle Les évangiles canoniques sont traditionnellement attribués soit à des apôtres de Jésus (pour l'Évangile selon Matthieu et l'Évangile selon Jean), soit à des proches de ses disciples (pour l'Évangile selon Marc et l'Évangile selon Luc).. Matthieu, dit le publicain, l'apôtre ou l'évangéliste ; Marc (disciple de Pierre) ; Luc, dit le médecin bien-aimé (disciple de Paul de Tarse, et à qui est aussi attribuée la rédaction des Actes des Apôtres) ; Jean dit l'apôtre ou l'évangéliste.
Aucune mention d'auteur n'apparaît dans ces quatre textes à l'époque de leur rédaction : ils ont d'abord circulé sous une forme anonymeBart D. Ehrman, Jésus avant les Évangiles : Comment les premiers chrétiens se sont rappelé, ont transformé et inventé l'histoire du Sauveur, Bayard, 2017 , p. 182-190.. L'attribution à des apôtres n'apparaît qu'un siècle plus tard.
Le plus ancien témoin littéraire de cette attribution est Irénée de Lyon, qui, vers 180, définit ces quatre évangiles canoniques comme inspirés divinement, probablement en réaction aux thèses de MarcionGlenn Davis, The Development of the Canon of the New Testament: Irenaeus of Lyons..
Attribution historique, datation et composition
Les évangiles selon Marc, selon Matthieu et selon Luc, qui relatent l'histoire de Jésus d'une manière relativement semblable, sont dits « synoptiques ». L'Évangile selon Jean relève d'une christologie complémentaire appelée « johannique ».
vignette|redresse=1|Les Évangiles, manuscrit serbe orthodoxe du . Les évangiles ont été rédigés en plusieurs phases, par la deuxième ou troisième génération de disciples, dans une fourchette qui oscille entre les années 65 et 110 d'après les différentes options historiographiques. Michel Quesnel et Daniel Marguerat parlent de 65 et 95Les sources littéraires de la vie de Jésus, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, .Daniel Marguerat, Le Dieu des premiers chrétiens, Genève, éd. Labor et Fides, 1990, p. 195-211., comme la majorité des historiens et des exégètes, et Raymond Edward Brown101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993 , . donne la fourchette 70-années 90, à plus ou moins dix années près. Les textes sont le fruit d'un long processus de recueil des paroles de Jésus de Nazareth. Ces paroles, parfois adaptées voire complétées, sont reprises dans les diverses situations de la vie des premières communautés chrétiennes et ensuite agencées à la manière d'une Vie (une Vita) à l'antique, qui ne relève pas de la biographieJacques Schlosser, A la recherche du Jésus historique : un innovateur ou un rénovateur ?, in Les Premiers Temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, . Ils ne sont appelés « évangiles » que vers 150Pierre Geoltrain, Les origines du christianisme : comment en écrire l'histoire, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. XVII..
Si les spécialistes insistent sur les difficultés d'une datation plus précise de ces écrits, l'ordre chronologique de leur apparition est admis par la plupart d'entre eux. Les évangiles ne sont pas les textes les plus anciens du Nouveau Testament : leur rédaction est précédée par d'autres, comme une partie des épîtres de Paul (50 - 57) ou par l'épître de Jacques (vers 60). Pour la recherche actuelle, le premier évangile est celui de Marc, écrit vers 70 à l'exception de la finale (Marc 16), largement ultérieure ; l'évangile selon Matthieu le suit, vers 80-90. L'évangile selon Luc, rédigé séparément de celui de Matthieu, à peu près contemporain, est daté de 80-85 ; son auteur est le même que celui des Actes des apôtres, écrits à la même époque et dans un même style littéraire. Celui selon Jean se situe entre 90 et 100Ces dates sont reprises de l'ouvrage collectif dirigé par Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament, éd. Labor et Fides, 2004 (), voire 110Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, éd. Bayard, 2000..
Dans les , une école minoritaire a défendu l'hypothèse de dates antérieures à l'année 70. Dans ce courant se trouvaient notamment John A. T. Robinson, Recension par André Méhat., Claude TresmontantDans son ouvrage Le Christ hébreu. et Philippe Rolland. Ce dernier a supposé l'existence d'un évangile qui aurait été traduit en grec pour donner les écrits « pré-Matthieu » et « pré-Luc ». Ces théories, qui se fondaient sur Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique III, 39, 16), lui-même se référant à Papias., sont aujourd'hui abandonnées.
Synoptiques et quatrième évangile
vignette|redresse=1.2|Les deux sources de Matthieu et de Luc : l'Évangile selon Marc et la Source Q, auxquels s'ajoutent leurs contenus spécifiques (Sondergut). Les trois premiers évangiles (par ordre chronologique, Marc, Matthieu et Luc) sont qualifiés de « synoptiques » car ils présentent plus ou moins les mêmes épisodes, à la différence du quatrième, celui de Jean, qui apporte d'autres éléments.
Une autre différence est que les synoptiques comptent une cinquantaine de paraboles au total, alors que l'Évangile selon Jean n'en contient aucune.
Selon la théorie des deux sources, admise par la quasi-totalité des chercheurs, les parties communes à Matthieu et à Luc dépendent à la fois de l'évangile selon Marc (600 versets chez Matthieu et 350 chez Luc) et d'un document perdu (235 versets présents chez Matthieu et Luc, absents de Marc) appelé la source QMichel Quesnel, in Les Sources littéraires de la vie de jésus, op. cit..
Établissement des textes canoniques Transmission