Ayacucho (fondée sous le nom de San Juan de la Frontera de Huamanga le 25 abril de 1540 et également connue sous le nom de Huamanga jusqu'au ) est une ville et un district du Pérou, capitale de la Province de Huamanga et du département d'Ayacucho.
Elle est située sur le versant oriental de la Cordillère des Andes à une altitude de et se caractérise par un climat tempéré et sec, avec du soleil toute l'année. La ville est entourée de figuiers de barbarie (Tuna).
C'est l'un des ensembles architecturaux et artistiques les plus remarquables du Pérou. Ses nombreuses églises et couvents de la période vice-royale, lui valent le surnom de « ville des églises » et son architecture, ses traditions et son art celui de « ville majestueuse ». Toponymie, gentilés et symboles Toponymes Huamanga Guaman qaqa en quechua est le nom du site de la ville actuelle, tel qu'il était connu à l'arrivée des Espagnols. Selon la tradition locale, l'Inca Viracocha s'est reposé à cet endroit lors d'une de ses campagnes et a nourri de sa main un faucon qui s'était posé sur son épaule. L'Inca se serait alors exclamé : Guaman ka, qui signifie « prend faucon ».
Plus probablement il semble que Guamanga dérive de Wáman qaqa, de wáman (faucon) et qaqa (rocher).
Lors de sa fondation par les Espagnols, le premier nom de la ville a été « San Juan de la Frontera de Huamanga », en hommage à saint Jean l'Évangéliste et au fait que la ville était alors sur la frontière entre un territoire contrôlé par les Espagnols et celui exposé aux attaques de Manco Inca.
Pendant la guerre civile entre les conquistadors, ce nom est devenu « San Juan de la Victoria de Huamanga », en raison du triomphe des armées fidèles à la couronne sur les forces rebelles de Diego de Almagro el Mozo, à la bataille de Chupas le .
Ayacucho C'est par un décret de Simón Bolívar « El Libertador » du que le nom original a été changé en Ayacucho en hommage à la victoire de l'armée des patriotes péruviens sur les troupes royalistes à la bataille d'Ayacucho dans la pampa du quinoa.
Le mot Ayacucho dérive du mot quechua aya (mort) et k'uchu (coin d'habitation) ce qui signifie étymologiquement « coin des morts ». L'expression pourrait venir de la présence d'un ensemble de restes humains retrouvés à cet endroit, peut-être à la suite de batailles que les premiers habitants ont menées contre l'Empire Inca en expansion.
La ville est désignée par de nombreux qualificatifs élogieux, tels que : Ville aux 33 églises, ville majestueuse, ville très noble et loyale, capitale de l'art et de l'artisanat populaires du Pérou, berceau de la liberté hispano-américaine, capitale religieuse du Pérou, Séville péruvienne.
Gentilé gauche|vignette|296x296px|Blason de l'université nationale de San Cristobal de Huamanga (UNSCH). Le gentilé de la Huamanga est le huamanguinos-a, précédemment écrit guamanguinos-as, comme dans les illustrations de Felipe Guamán Poma ou dans le blason de l'.
Le gentilé officiel, n'est pas Ayacuchense contrairement à celui des villes appelées Ayacucho en Argentine, en Bolivie, en Équateur et au Venezuela. Pour la ville péruvienne, c'est des Ayacuchanos et des Ayacuchanas.
Le chroniqueur Pedro Cieza de León dans ses chroniques du Pérou, a écrit qu'à Huamanga il y avait beaucoup de pigeons sauvages, ce pourquoi la région était fréquemment visitée par les faucons pèlerins, très friands de ces oiseaux, ainsi que de volailles domestiques.
C'est ainsi que traditionnellement et affectueusement pour les autres Péruviens, un habitant d'Ayacucho ou de la province de Huamanga est un « voleur de poulet » (wallpa sua en quechua).
Emblèmes Armoiries Les armoiries de Huamanga ont été accordées par Philippe II en 1564 à la demande de Don Juan Pantiel de Salinas, corrégidor de la municipalité. Le château d'or (jaune) sur champ d'azur (bleu) de l'écu de forme « française moderne », fait allusion à une forteresse (pukaray) qui se trouvait près de la ville et au fait qu'elle défendait la frontière avec le territoire indien.
Au-dessus de l'écu, apparait parmi les nuages, l'agneau de l'Apocalypse couché sur le « Livre aux sept sceaux » portant traditionnellement un étendard à deux pointes rouge à croix d'argent, tous symboles de Saint Jean Baptiste.
Une reproduction de l'écu de la ville, modelée en bronze, est exposée dans la salle de réunion de la municipalité provinciale de Huamanga depuis le .
Drapeau et hymne Sur fond bleu clair, le drapeau reprend en son centre les armoiries de la ville.
Pour sa part, l'hymne de Huamanga a été officiellement reconnu comme un symbole d'identité et d'identification de ses citoyens, par une ordonnance municipale du .
Histoire Premiers occupants Les vestiges historiques découverts dans les grottes de Pikimachay montrent que la région est habitée depuis ans. De tels vestiges ont été découverts en 1966 par l'archéologue nord-américain , qui, dans ses recherches pour découvrir l'origine du maïs en Amérique, est arrivé à Ayacucho et a réussi à découvrir l'une des plus anciennes preuves de la présence de l'homme en Amérique du Sud.
Pikimachay a également montré que, dans les Andes, le passage de la pierre sculptée (paléolithique) à la pierre polie (néolithique) ne suivait pas les schémas eurasiens et que le polissage de la pierre n'a pas marqué l'émergence de villages ou la découverte de l'agriculture et qu'il n'y avait pas non plus d'ère des métaux (âge du bronze, âge du fer) qui définissait la formation d'un système de pouvoir politique.
Les Huarpas À Ayacucho, comme dans de nombreuses régions andines, l'expérimentation agricole a imposé une organisation rigide des groupes humains. Pendant toute la période de formation des cultures agricoles régionales (entre les années 1500 et 200), Ayacucho a été le siège d'expressions originales, dont beaucoup sont encore peu étudiées. Il existe des témoignages de la première période de formation à Wichqana, que certains chercheurs associent à la phase Waira-jirca du site de Kotosh (près de Huánuco) et à Waywaqa (près d'Andahuaylas).
L'anthropologue affirme que la première grande expression culturelle unificatrice de la région d'Ayacucho est née vers le et a vécu son apogée entre les . Ce serait la culture Huarpa (ou Warpa), dont la principale agglomération urbaine était à Ñahuinpuquio au sud de la ville actuelle d'Ayacucho.
Les Huarpas auraient élargi la surface cultivable de la région en construisant des terrasses (Lagunillas), des réservoirs (Quicapata) et des canaux (Racaypampa). On estime qu'ils parlaient la langue aru. La phase de développement ultérieur des Huarpas a coïncidé avec une forte présence dans la région de la civilisation côtière dite Nazca.
Selon Lumbreras, entre le , les Huarpa serait progressivement devenu Huari. vignette|Tunique Huari.|598x598px|gauchePour sa part, Federico Kauffmann Doig, attribue une importance décisive à la présence dans la région d'Ayacucho, vers l'an 600 de notre ère, de la culture Tiwanako, des hauts plateaux, dont l'empreinte stylistique aurait été fondamentale pour l'émergence de ce nous connaissons sous le nom de culture Huari. Les Huaris
La culture Huari est apparue entre les années 500 à 1100 et s'est développée à au nord-est de la ville actuelle. Cette civilisation s'est formée sur la base des cultures Huarpa, Nazca et Tiwanaku.
Ayacucho était le centre politique administratif de ce premier empire andin pré-inca, qui atteignit des niveaux de qualité élevés dans la production de céramiques, de textiles, de travail des métaux et des pierres, entre les années 1100 à 1420 après J.-C. à l'époque des Chancas.
Huari, la capitale de l'empire Huari comptait plus de habitants et son influence s'étendait aux territoires qui correspondent aux départements actuels de Cajamarca et de Lambayeque au nord et vers ceux qui sont aujourd'hui les départements de Cuzco et Moquegua au sud.
Le modèle architectural impérial établi dans la somptueuse ville de Huari a été reproduit dans les villes huari de Pikillacta (Cuzco), Huilcahuaín et Oncopampa (Ancash), Huarihuillca (Junín), Cajamarquilla et Pachacámac (Lima).
Ayacucho doit à l'empire Huari sa plus grande splendeur artisanale de la période préhispanique. Depuis Ayacucho, s'est diffusé l'utilisation du carmin, un colorant extrait de la cochenille, et en échange Ayacucho obtenait du coton qui provenait de Chincha, du lapis-lazuli venant de Moquegua et des bois précieux d'Apurimac.
Face à l'affaiblissement de l'Empire Huari, plusieurs sociétés locales sont apparues ensuite qui acquirent du pouvoir localement, parmi lesquelles principalement les Pocras, Chancas, Willcas, Uramarcas, Atunsullas, Andamarca, Angaraes, Quinuallas. Après le , ces peuples que l’historiographie européenne grand public a appelé « l’empire Huari » poursuivent leur développement chacun de leur côté.
Ayacucho décline alors en abandonnant le modèle de vie urbaine pour revenir à une structure de population rurale villageoise, similaire aux phases primitives des Huarpa.. Avec d'autres groupes autochtones régionaux la population est regroupée dans ce qui devient la culture Chancas, qui rivalisât avec les Incas, vînt même occuper Cuzco, avant d'être vaincue pendant le règne de Pachacutec (1400-1471) au .
Les Incas vignette|333x333px|L'Ushnu de Vilcashuaman.
Au , la région est occupée par les Incas, après la défaite des Chancas.
Comme souvent dans leurs annexions de territoires, les Incas ont réaffirmé l'emplacement actuel de la ville en tant que centre administratif et maintenu la coalition avec les Jaujas et les Huancas, des populations de la vallée du Mantaro dans ce qui est aujourd'hui la région de Junín.
Ils ont également appliqué leur politique de mitimaes, déplaçant très peu de populations indigènes vers d'autres endroits, mais repeuplant Ayacucho avec des groupes ethniques et des peuples déplacés depuis d'autres régions de l'empire.
Ils ont également appliqués leur politique religieuse, en érigeant dans la région le centre administratif et religieux de Vilcashuaman. Très important, il comprend un ushnu (pyramide cérémonielle), une huaca del sol y de la luna (temple du soleil et de la lune), un acllahuasi (palais des vierges choisies) et une place centrale. La distribution de la ville aurait été conçu de telle manière que l'ensemble forme le dessin d'un faucon (guamán). Sa construction est attribuée à l'Inca Tupac Yupanqui (1441-1493).
À partir de 1532, avec l'arrivée des Espagnols, dans la région d'Ayacucho a débuté un processus de guerre contre l'occupation hispanique, qui a duré environ jusqu'en 1537.
Époque vice-royale La fondation de la ville de Huamanga par les conquistadors Espagnols obéit à trois raisons principales:
Premièrement, protéger l'État vice-royal naissant du danger posé par les troupes rebelles de Manco Inca (1512-1544) qui à partir de 1536 caché sur le territoire du peuple Anti, harcelle les Espagnols depuis sa base de Cocha, dans le district d'Iguaín de la province de Huanta. La deuxième raison était due aux désaccords entre les Espagnols qui voulaient plus de parcelles et de terres, prétentions repoussées par l'officier Vasco de Guevara et l'avocat au nom de Francisco Pizarro. La troisième et principale raison était due au besoin d'une ville étape sur la longue route (plusieurs semaines à l'époque) entre Lima et Cuzco. Toutes ces motivations étant liées à un seul problème pour les Espagnols; contrôler et sécuriser ce territoire récemment conquis.vignette|346x346px|Huamanga, selon Felipe Guamán Poma de Ayala. L'église avec ses portails est dans le prolongement de la place avec deux clochers aux extrémités. Il semble qu'il ait voulu symboliser une ville avec de nombreuses églises, en plaçant cinq clochers dans son dessin.|gauche
Première fondation