Antonio José de Sucre y Alcalá « Grand maréchal d'Ayacucho », né le à Cumaná au Venezuela et mort le à Berruecos en Colombie, est un dirigeant indépendantiste et homme d'État sud-américain, proche de Simón Bolívar.
En 1811, Sucre rejoignit les bataillons qui luttaient pour l'indépendance des colonies espagnoles. Démontrant rapidement des capacités de direction, il fut promu colonel en 1817. En 1819, à l'âge de , il devint le plus jeune chef de l'armée en étant nommé général de brigade. À la suite de la bataille de Boyacá, il entra dans la garde rapprochée de Simón Bolívar. En 1821, Bolívar le chargea d'aller libérer Quito. Sucre remporta une victoire décisive lors de la bataille de Pichincha, le . Peu après cette victoire, Bolívar et Sucre entrèrent dans Quito libérée et Sucre fut nommé président de la province de Quito, alors même qu'il ne souhaitait pas ce poste. En 1823, il fut brièvement président de la république du Pérou.
Lieutenant du libérateur Simón Bolívar, Sucre remporta au Pérou d'autres victoires contre les forces espagnoles, notamment le lors de la bataille de Junín. Le , il captura la majorité des troupes royales et leurs officiers, dont le vice-roi, lors de la bataille d'Ayacucho. Ce succès assura l'indépendance des colonies espagnoles d'Amérique du Sud. Sucre et Bolívar étaient proches, le second ayant pleine confiance dans le premier. En 1825, la république nouvellement créée de Bolivie, ainsi nommée en l'honneur de Bolívar, décida de donner à sa capitale le nom de Sucre. En , il fut élu président à vie du pays, succédant à Bolívar. Il démissionna en 1828 pour se présenter à l'élection présidentielle de Colombie. Il fut élu mais mourut assassiné à Berruecos, en Colombie, peu de temps après.
Les premières années Sucre naquit au sein d'une famille aisée de Cumaná, au Venezuela, qui était à l'époque partagée entre le roi d'Espagne et un « Général du Venezuela ». Ses origines ne sont pas vraiment connues mais, selon les travaux de divers généalogistes, Sucre serait le descendant de Charles de Sucre, membre d'une famille flamande anoblie par le roi d'Espagne pour devenir gouverneur de Cuba. Les Sucre étaient marquis de Preux-au-Bois et seigneurs de Bellaing, Oisy-les-Aubry, Equeberghue, Hontoye, descendants de Claude de Sucre, chevalier, et de Claude de Thuin (Claude de Thurut y Grebier (Grébert)), dame de Bellaing et Orsinval. Ils sont issus de Godefroy de Sucre, vicomte de Toulouse, chambellan du roi de France Philippe de Valois et époux d'Aldegonde d'Armagnac, fille de Jean, comte d'Armagnac. C'est dans le nord de la France que cette famille fit souche avant de migrer aux Amériques par Charles de Sucre y Pardo, né le au château de Preux-au-Bois, chevalier et marquis de Preux. Il fut nommé par le roi d'Espagne gouverneur de Cartagena de Indias. Il est décédé le à Caracas, José Antonio étant son arrière-petit-fils.
Il épousa Maríana Carcelén y Larrea, marquise de Solanda et marquise de Villarrocha.
Carrière militaire gauche|vignette|Portrait équestre de Sucre. Après la libération de la Nouvelle Grenade et la création de la Grande Colombie, Simón Bolívar signa avec le général espagnol Pablo Morillo, le , un armistice et un traité de régularisation de la guerre. Sucre a écrit ce traité d'armistice et de régularisation de la guerre, considéré par Bolivar comme . L'importance des documents rédigés par Sucre, dans le sens de sa première action diplomatique, était l'arrêt temporaire des luttes entre les patriotes et les royalistes et la fin de la guerre à mort initiée en 1813. L'armistice laissa le temps à Bolivar de préparer la stratégie de la bataille de Carabobo, qui garantissait l'indépendance du Venezuela. Ce document a marqué une étape importante dans le droit international, alors que Sucre définissait dans le monde entier le traitement humanitaire qui commençait depuis à être vaincu par les vainqueurs de la guerre. Il est ainsi devenu un pionnier des droits de l'homme. La projection du traité était telle que dans l'une de ses lettres, Bolivar écrivait : « Ce traité est à la hauteur de l'âme de Sucre. Le traité d'armistice était destiné à suspendre les hostilités afin de faciliter les conversations entre les deux parties, en vue de conclure la paix finale . » L’armistice a été signé pendant six mois et a contraint les deux armées à conserver les positions qu’elles occupaient au moment de leur signature « ... La guerre entre l’ Espagne et la Colombie se fera désormais de la même manière que les peuples civilisés ».
Guerres d'indépendance en Amérique du Sud right|thumb|Emmanuel Fontaine, Monument à Antonio José de Sucre, ville de Sucre, Bolivie. Puis commença la guerre de libération de l'Équateur, qui se termina par la bataille de Pichincha le . Avec cette victoire de Sucre, l'indépendance de la Grande Colombie se consolida, celle de l'Équateur fut consommée et la route fut prête pour la bataille contre les dernières forces royalistes, restés au Pérou. Après une rencontre à Guayaquil entre Simón Bolívar et José de San Martín, ce dernier cède une partie de son armée à la première et se retire définitivement des batailles de l'émancipation hispano-américaine. Sucre est donc arrivé et est entré à Lima en 1823, juste avant Bolívar. Le , il arriva à Yungay, en faisant de la ville un point central de cantonnement. Il a ensuite participé avec Bolivar le à la bataille de Junín et, le de la même année, il a vaincu le vice-roi José de la Serna à Ayacucho, ce qui a entraîné la fin de la domination espagnole sur le continent sud-américain. Le Parlement péruvien nomma Sucre grand maréchal et commandant en chef des armées.
Après le retrait de José de San Martín, le Congrès constitutif péruvien nomma José de La Mar président du conseil gouvernemental. Cela engagea une grande partie de l'armée dans des campagnes ambitieuses qui échouèrent dans les batailles de Tarata et de Moquegua, laissant le gouvernement péruvien dans une situation militaire délicate. Les défaites militaires et les luttes politiques entre patriotes péruviens affaiblirent les forces de l'indépendance péruviennes. Le gouvernement du maréchal José de la Riva Agüero fut poussé par l'opinion publique à demander l'intervention de Bolívar. Le Libérateur, qui était à Guayaquil pour regarder les événements au Pérou, envoya aux premières demandes péruviennes les hommes qui s'étaient déjà préparés en Équateur lors de deux expéditions successives de hommes, le général Sucre fut chargé de commander les troupes.
Le , le gouvernement des Provinces-Unies du Río de la Plata conclut un traité avec le vice-roi et envoya des négociateurs aux autres gouvernements sud-américains afin que ce traité put être effectif.. Il y était stipulé que les hostilités devraient cesser soixante jours après sa ratification et que cette trêve devrait durer un an et demi, période durant laquelle une paix définitive serait négociée. Ainsi, Juan Gregorio de las Heras et Baldomero Espartero se rencontrèrent à Salta pour négocier mais ne parvirent pas à un accord. Le gouvernement des Provinces-Unies du Río de la Plata pensait que ce projet établirait la paix, bien que ce soit au détriment de la cause péruvienne, refusant son aide à cette dernière et retirant ses troupes des postes avancés à la frontière avec le Haut-Pérou.. Au début de l'année 1824, Bolívar tomba gravement malade alors que, dans le même temps, un ministre plénipotentiaire envoyé par les Provinces-Unies du Río de la Plata arrivait à Lima pour demander au Pérou d'adhérer au traité, demande toutefois rejetée par le Congrès péruvien. Peu après, le , un soulèvement de la garnison de Callao éclata et près de hommes passèrent du côté royaliste, libérant les prisonniers et hissant le drapeau espagnol sur la forteresse de Callao.. Le régiment de grenadiers montés des Andes se révolta à son tour le et deux escadrons se rendirent à Callao pour rejoindre les émeutiers mais, quand ils virent que ceux-ci avaient rallié la cause royaliste, une centaine d'hommes ainsi que tous les officiers du régiment retournèrent à Lima. Ces évènements eurent pour conséquence une brève occupation de Lima par les royalistes, avant que ceux-ci ne se repliassent sur Callao et dans les régions andines, et surtout allaient prolonger la guerre jusqu'en 1826, date à laquelle la forteresse de Callao fit enfin sa reddition.
José de la Serna connut lui aussi de graves problèmes car, au début de cette même année 1824, l'armée du Haut-Pérou commandée par le général Pedro Antonio Olañeta se révolta contre le vice-roi après avoir reçu la nouvelle que le gouvernement libéral espagnol était tombé à la suite de l'expédition française en Espagne. Ferdinand VII rétablit ainsi l'absolutisme, avec le soutien des troupes françaises, et Rafael del Riego fut pendu alors que les autres dirigeants libéraux furent exécutés, exilés ou en fuite. Le monarque espagnol décrèta l'abolition de toutes les décisions prises durant les trois années précédentes, ce qui annula la désignation de José de la Serna comme vice-roi du Pérou.
Olañeta donna à ses forces l'ordre d'attaquer les troupes restées fidèles à José de la Serna., obligeant le vice-roi à changer sa stratégie visant à descendre sur la côte pour combattre Bolívar. À la place, il envoya une armée de vétérans dirigée par traverser la rivière Desaguadero, traversée effectuée le , avec comme ordre de marcher sur Potosí pour livrer combat à son ancien subordonné. Après une longue campagne et quatre batailles livrées entre les deux armées, la dernière le , les troupes des libéraux et des absolutistes se décimèrent mutuellement.
Bolívar, qui était en communication avec Olañeta, tira pleinement avantage de cette situation en passant à l'offensive et batit une armée royaliste isolée, commandée par José de Canterac, lors de la bataille de Junín le . Ainsi commença une campagne qui eut pour conséquence de pousser soldats royalistes à déserter et à rejoindre les forces indépendantistes. Finalement, le , Bolívar, dont l'armée était désormais aux portes de Cuzco, donna le commandement à Antonio José de Sucre et retourna à Lima pour collecter des fonds et accueillir une division colombienne de hommes qui n'arriva néanmoins qu'après la bataille d'Ayacucho..
Au Pérou La déroute des troupes de Canterac à Junín obligea le vice-roi à rappeler Jerónimo Valdés de Potosí, celui-ci revenant à marche forcée avec ses soldats. Après avoir rassemblé ses troupes, José de la Serna rejeta toutefois l'idée d'un assaut direct en raison du manque d'expérience de son armée, renforcée depuis quelques semaines par un enrôlement massif de paysans. Son intention était au contraire de couper Sucre de son arrière-garde par une série de marches et de contre-marches, plan qu'il mit à exécution peu après le départ de l'armée de Sucre de Cuzco, pendant sa traversée des Andes. Ainsi, l'armée royaliste frappa le à la où elle causa à ses adversaires environ 500 morts et blessés ainsi que la perte d'une grande partie de son artillerie pour un coût limité à une trentaine d'hommes. Sucre et ses lieutenants réussirent toutefois à préserver l'organisation de leur armée, empêchant le vice-roi d'exploiter son succès. Bien qu'ayant souffert de pertes importantes, Sucre organisa une retraite en bon ordre et s'assura de monter le camp dans des positions d'accès difficile, comme la pampa de Quinua.