Le Nouveau Testament (en / ) est l'ensemble des écrits relatifs à la vie de Jésus et à l'enseignement de ses premiers disciples, écrits reconnus comme « canoniques » par les autorités chrétiennes au terme d'un processus de plusieurs siècles. Ils sont dès l’origine rédigés en grec ancien.
Pour le christianisme, la Bible est divisée en deux parties : l'Ancien Testament (appelé « Bible hébraïque » ou « Tanakh » dans le judaïsme) et le Nouveau Testament.
Dénomination Le mot « testament » vient du latin testamentum, « testament, témoignage », lui-même issu du grec , « testament, contrat, convention ».
Le mot grec a un sens plus large que le mot latin, puisqu'il comporte la notion de contrat. Aussi certains préfèrent-ils le traduire par « alliance ».
Livres composant le Nouveau Testament Le terme grec κανών signifie proprement une règle de charpentier, puis, au figuré, une norme ou un modèle. Il désigne aussi, en chronologie, une liste ou un catalogueAnatole Bailly, « », dans Le Bailly, 2020 (Hugo Chávez, Gérard Gréco, André Charbonnet, Mark De Wilde, Bernard Maréchal et contributeurs), lire en ligne.. C'est au milieu du IVe siècle qu'il est appliqué pour la première fois à la Bible, où il désigne la liste des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dans le canon 59 du concile de Laodicée (363) puis dans la 39e lettre festale d'Athanase d'Alexandrie (367)Jean-Daniel Kaestli, « Histoire du canon du Nouveau Testament », dans Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament. Son histoire, son écriture, sa théologie, Genève, Labor et Fides, 2 éd., 2000, p. 449.. La liste de Laodicée ne comprend pas l'Apocalypse.
Le canon biblique se limite à vingt-sept livres par décision de l'Église au concile de Rome en 382 Lee Martin McDonald, The Formation of the Biblical Canon: Volume 2: The New Testament: Its Authority and Canonicity, Bloomsbury Publishing, UK, 2017, p. 317. Ce canon a été sanctionné par les synodes régionaux de Carthage, en 397 — qui confirme une décision du synode d'Hippone de 393 — puis en 419Kaestli, éd. 2000, p. 467..
Jusqu'aux dernières décennies du IVe siècle, le Nouveau Testament des Latins ne contient pas l'Épître aux Hébreux, qui n'y est pas tenue pour paulinienne, alors que les Églises grecque et syriaque l'ont très tôt rangée dans le corpus paulinienKaestli, éd. 2000, p. 468. Cette question n'est pas traitée dans les conciles œcuméniques de la fin du siècle. En dépit des décrets de Gélase, les littératures apocalyptiques autres que celle de Jean sont recopiées et tenues pour partie prenante du Nouveau Testament jusqu'au milieu du Moyen Âge ().
Certaines Églises orthodoxes n'ont pas inclus l'Apocalypse dans leur canon Lee Martin McDonald, The Formation of the Biblical Canon: Volume 2: The New Testament: Its Authority and Canonicity, Bloomsbury Publishing, UK, 2017, p. 308. Cette opposition aux littératures apocalyptiques a été une manifestation contre le millénarisme montaniste, attestée par Eusèbe de Césarée, puis par Grégoire de Nazianze et par Amphiloque d'Iconium (mort en 396), dont les Iambes à Séleucos mentionnent l'Apocalypse en précisant que certains l'acceptent, mais que la plupart la tiennent pour inauthentique (νόθος). Les représentants de l'école d'Antioche — Jean Chrysostome (vers 347-407), Théodore de Mopsueste (mort en 428) et Théodoret de Cyr (393-466) — semblent s'en tenir à un Nouveau Testament de vingt-deux livres, sans les quatre petites épîtres catholiques ni l'Apocalypse, comme la Peshitta. Le concile in Trullo (692) ne règle rienJean-Daniel Kaestli, chap. « Le canon du Nouveau Testament », in .
Liste des livres Le Nouveau Testament comprend, selon l'ordre du canon occidental : les quatre Évangiles canoniques (Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc, Jean) ; les Actes des Apôtres ; les 13 Épîtres de Paul, dont sept sont tenues pour authentiques par la majorité des historiens ; l'Épître aux Hébreux ; d'autres épîtres, dites « catholiques » (au sens de « universelles »), attribuées à différents disciples : Simon-Pierre, Jacques le Juste, Jean de Zébédée, Jude ; l’Apocalypse.
Classement des livres Le classement des livres du Nouveau Testament ne repose pas sur leur date d'écriture, qui n'est d'ailleurs pas connue avec précision. Il répond à une progression logique David E. Aune, The Blackwell Companion to The New Testament, John Wiley & Sons, USA, 2010, p. 2 : la vie de Jésus, racontée selon différentes perspectives par les quatre rédacteurs des Évangiles canoniques ; le récit, dans les Actes des Apôtres, des débuts de l'Église primitive et en particulier la vie des apôtres Pierre et Paul ; le corpus paulinien (épîtres de Paul et de ses disciples), adressé aux premières communautés chrétiennes, où sont prodigués enseignement, conseils et éclaircissements sur la nouvelle foi ; l’Épître aux Hébreux, d'un auteur inconnu, qui explique l'Ancien Testament à la lumière de l'œuvre de Jésus ; Les épîtres universelles ou « catholiques » attribuées à des disciples ; l'Apocalypse, qui signifie « révélation », prophétie sur la fin des temps.
Quatre Évangiles Évangiles synoptiques
vignette|redresse=1.3|Les deux sources de Matthieu et de Luc : l'Évangile selon Marc et la Source Q, auxquels s'ajoutent leurs contenus spécifiques (Sondergut). Les Évangiles synoptiques sont les trois premiers Évangiles : selon Matthieu (Mt), selon Marc (Mc) et selon Luc (Lc). Mt et Lc ont en commun une grande partie de leurs récits et ont été vraisemblablement écrits à partir de deux sources communes : l'Évangile selon Marc et la source Q David E. Aune, The Blackwell Companion to The New Testament, John Wiley & Sons, USA, 2010, p. 6.
Évangile selon Matthieu L'Évangile selon Matthieu (en grec ancien ) est le premier dans l'ordre canonique des quatre Évangiles canoniques contenus dans le Nouveau Testament D. A. Carson, Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan Academic, USA, 2009, p. 136-137.. Si la tradition chrétienne remontant à Papias attribue sa rédaction à l'apôtre Matthieu, collecteur d'impôts devenu disciple de Jésus de Nazareth, la recherche penche pour un auteur anonyme hellénophone d'origine juive s'adressant, dans le dernier quart du La plage des datations s'étend entre 70 et 110, la plupart des chercheurs penchant pour une datation comprise entre 80 et 90 ; , à une communauté judéo-chrétienne de Syrie et peut-être plus précisément d'AntiocheÉlian Cuvillier, chap. « L'évangile selon Matthieu », in , ville souvent envisagée par les chercheurs comme lieu de la rédactionLes villes de Jérusalem, Césarée Maritime, Édesse ou encore Alexandrie ont également été proposées, sans toutefois recueillir une grande adhésion ; .
Cet évangile s'adresse avant tout aux Juifs pour leur démontrer à l'aide de l'Ancien Testament que Jésus-Christ est réellement le Fils de Dieu et l'Emmanuel (« Dieu avec nous ») depuis le début, le fils de David, l'héritier de tous les rois d'Israël et le Messie qu'ils espéraient. Dès l'entrée, Jésus est présenté comme Sauveur (cf. Mt 1,21), Emmanuel (1,23), roi (2,2), Messie ou Christ (2,4), Fils de Dieu (2,15), en accomplissement de toutes les prophéties.
Le nom de « fils de David », qui lui est associé et qui revient en dix occurrencesBible de Jérusalem, 1998, page 1671., présente Jésus comme le nouveau Salomon : en effet, Jésus s'exprime comme la Sagesse incarnée. En vertu du titre de « Fils de l'homme », qui parcourt l'évangile, et qui provient du prophète Daniel, Jésus se voit doté de l'autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre.
Évangile selon Marc
vignette|Les Saintes Femmes au tombeau, enluminure arménienne du , lectionnaire de Héthoum II. L'Évangile selon Marc () est le deuxième (par sa place) des quatre Évangiles canoniques et aussi le plus bref D. A. Carson, Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan Academic, USA, 2009, p. 177-180. Il est très probablement le plus ancien, avec une date de rédaction située en 65-70 ou 65-75 selon les chercheurs.
La tradition chrétienne attribue sa rédaction à Marc, un compagnon de Paul puis de Pierre. Le personnage de Marc est mentionné dans le Nouveau Testament, notamment dans les Actes des Apôtres et les épîtres de Paul et dans la Première épître de Pierre. Cependant, pour les historiens, l'historicité de Marc est difficile à cerner.
Cet Évangile a pour particularité de présenter deux « finales » successives dans son seizième et dernier chapitre : l'une où les Saintes Femmes gardent le secret sur la Résurrection de Jésus et l'autre où elles l'annoncent.
Évangile selon Luc
L'Évangile selon Luc () a pour auteur Luc (médecin et selon la tradition chrétienne, compagnon de Paul) [D. A. Carson], Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan Academic, USA, 2009, p. 212-215. C'est le plus long des quatre Évangiles retenus dans le Nouveau Testament. Il raconte la vie du Christ, même s'il ne l'a pas connu personnellement.
Rédigé vers 80-90, il est contemporain de l'Évangile selon Matthieu mais les exégètes s'accordent à estimer que ces deux évangélistes ont écrit séparément, sans s'influencer. En revanche, selon la théorie des deux sources aujourd'hui acceptée par la quasi-totalité des spécialistes, Luc et Matthieu ont utilisé les mêmes sources, à savoir l'Évangile selon Marc et un recueil de paroles de Jésus nommé « Source Q » par les historiens.
Luc a composé également les Actes des Apôtres, qui sont la suite de son évangile et narrent les débuts de l'Église chrétienneRaymond E. Brown, 101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993, .. Les deux livres sont dédiés à « Théophile » (« ami de Dieu »), personnage réel ou symbole de tous les « amis de Dieu ». Le fait que Luc soit l'auteur de ces deux textes est admis par les historiens, non pas en raison de la dédicace ni même parce que le livre des Actes se présente comme la suite de l'évangile lucanien, mais parce que leurs styles littéraires sont identiques et qu'ils constituent un « ensemble littéraire à deux volets, dont l'homogénéité littéraire est avérée ». Les deux ouvrages sont à dater des années 80-90.
Évangile selon Jean
vignette|Jésus-Christ marche sous les yeux de Marie-Madeleine après sa Résurrection (fresque de Fra Angelico, couvent San Marco, Florence). L’Évangile selon Jean () est le dernier et le plus tardif des quatre évangiles du Nouveau Testament. La tradition l'a attribué à l'un des disciples de Jésus, l'apôtre Jean de Zébédée. Cette attribution est rejetée par la plupart des historiens modernes, pour lesquels ce texte provient d'un auteur anonyme, ou d'une communauté johannique, et date de la fin du . L'hypothèse d'un Jean le Presbytre, distinct de Jean le fils de Zébédée, a été défendue par quelques exégètesJean Colson, L’Énigme du disciple que Jésus aimait, Paris, Beauchesne, 1969 ; Oscar Cullmann, Le Milieu johannique, étude sur l’origine de l’évangile de Jean, Neuchâtel-Paris, Delachaux et Niestlé, 1976 ; François Le Quéré, Recherches sur saint Jean, F.-X. de Guibert, 1994 ; Joseph A. Grassi, The Secret Identity of the Beloved Disciple, New York, Paulist Press, 1992 ; , James H. Charlesworth, The Beloved Disciple, Valley Forge, Trinity, 1995 ; Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, Paris, Seuil, 1996., mais, en l'absence de témoignage explicite dans la tradition ou d'allusion dans le quatrième évangile lui-même, cette théorie ne parvient guère à convaincreJean Zumstein, chap. « L'évangile selon Jean », in .
Cet évangile se démarque des trois synoptiques par des différences notables, notamment par sa composition, sa chronologie, son style, son contenu, sa théologie, et probablement par ses sources.