Peyo, pseudonyme de Pierre Culliford, né le à Schaerbeek (province de Brabant) et mort le à Bruxelles (région de Bruxelles-Capitale), est un auteur belge francophone de bande dessinée, principalement connu pour les séries Les Schtroumpfs, Johan et Pirlouit, Benoît Brisefer, Jacky et Célestin et Poussy.
Après une courte expérience de dessinateur dans un studio de dessin animé belge, il débute dans la bande dessinée après guerre en plaçant des planches dans plusieurs quotidiens, comme Poussy qui paraît dans Le Soir. Il entre au journal Spirou au début des années 1950 et y reprend son personnage du page Johan, bientôt rejoint par Pirlouit qui va faire de Peyo l'un des piliers de l'hebdomadaire. En 1958, il crée dans l'histoire La Flûte à six trous des petits lutins bleus qu'il nomme Les Schtroumpfs et qui vont rapidement supplanter Johan et Pirlouit, au point qu'il devra abandonner ces derniers (à l'exception toutefois de l'album Le Sortilège de Maltrochu, paru en 1970, qui les associe précisément aux Schtroumpfs).
Au début des , il fonde un studio pour accueillir ses assistants comme François Walthéry, Gos ou encore Marc Wasterlain et crée les séries Benoît Brisefer et Jacky et Célestin. Au début des , la production de Peyo va beaucoup diminuer. D'abord parce qu'en 1975, sort au cinéma le film animé La Flûte à six schtroumpfs adapté de l'un de ses albums et dans lequel il s'est beaucoup investi. Puis au début des , c'est la télévision américaine qui adapte Les Schtroumpfs en série animée, ce qui occupe beaucoup Peyo malgré ses problèmes de santé récurrents. Peu après l'aventure américaine, il quitte les éditions Dupuis et Spirou pour fonder sa maison d'édition, Cartoon Creation, et son journal, Schtroumpf !, qui sont rapidement fermés à la suite de problèmes de gestion. En 1992, il rejoint les éditions Le Lombard, mais meurt quelques mois plus tard.
Biographie Jeunesse (1928-1943) vignette|La gare de Schaerbeek dans les années 1920.|alt=La gare de Schaerbeek. Pierre Culliford naît le à Schaerbeek, une commune de la région de Bruxelles-Capitale. Son père Richard Culliford, agent de change, vient d'une famille anglaise, mais a choisi la nationalité belge à sa majorité. Parmi ses ancêtres, il compte notamment le pirate Robert Culliford. Sa mère Marguerite Marie Kulinckx, femme au foyer, vient de Saint-Josse-ten-Noode. Il est le troisième enfant du couple qui s'installe dans une vie de bourgeois bruxellois avec un père absorbé par ses affaires et qui voit peu ses enfants. La seule activité familiale immuable est la messe du dimanche matin ; néanmoins, la famille possède un projecteur qui permet d'organiser des séances de cinéma privées où les enfants découvrent les stars du muet. Il y a aussi une grande bibliothèque où le jeune Pierre dévore les albums de Tintin, surtout Les Cigares du pharaon et Le Lotus bleu, les revues comme Le Journal de Mickey ou Robinson, les séries américaines, mais aussi les contes, notamment Lettres de mon moulin. Il ne brille pas vraiment dans les études, sauf en histoire et se fait plus remarquer par ses qualités sportives. Très tôt, il se trouve une passion pour raconter des histoires en montant de petits spectacles lors des réunions familiales.
À l'âge de sept ans, il perd son père, qui meurt d'une maladie qui sera identifiée plus tard comme une myopathie. Après ce drame, la famille Culliford se renferme sur elle-même, mais sans toutefois avoir de problèmes d'argent. À l'Institut Saint-Louis, où il fait ses études, Pierre découvre le théâtre et le chant, mais il ne montre pas de talent particulier pour le dessin et il décroche même de mauvaises notes en cours.. En , l'Allemagne envahit la Belgique pourtant neutre. Des milliers de Belges fuient en France, mais la famille Culliford décide de rester à Bruxelles malgré l'occupation et l'aîné de la famille, Walter, rejoint la résistance. Pendant ce temps, les ressources de la famille s'amenuisent et Pierre doit abandonner ses études à Saint-Louis pour suivre une formation professionnelle. N'étant pas doué de ses mains, il redouble sa première année, puis change d'école lors de sa deuxième année pour une classe de cinquième moderne à l'Athénée Adolphe Max. Il ne peut toutefois rattraper son retard dans plusieurs matières et abandonne ses études à quinze ans.
Débuts artistiques (1943-1954) Un artiste qui se cherche (1943-1946) Obligé de gagner sa vie, Pierre décroche un poste d'assistant-projectionniste au cinéma Mirano, un travail dur et ingrat où il faut transporter de lourdes bobines ou encore recoller celles qui cassent. La déception est d'autant plus forte qu'avec l'occupation, les films américains ne sont plus au rendez-vous et le cinéma diffuse le plus souvent des films de propagande allemands. Néanmoins, le jeune Pierre gardera en mémoire quelques films qui le marqueront, comme Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen ou Les Visiteurs du soir. Après une année, il quitte son emploi et multiplie les petits boulots. Lors de l'été 1945, il répond par hasard à une annonce du studio CBA, qui depuis la guerre produit des dessins animés. La CBA l'engage alors comme gouacheur. Il y rencontre notamment André Franquin, Morris ou encore Eddy Paape. Il travaille sur le court-métrage d'animation intitulé Le Cadeau de la fée, mais celui-ci ne sera jamais terminé, car le studio ferme ses portes peu après, laminé par la concurrence des films d'animation américains qui sont de retour après cinq ans d'interdiction pendant la guerre. Tandis que ses collègues rejoignent les éditions Dupuis pour y faire de la bande dessinée, Pierre reste sans emploi, car ses talents de dessinateur sont limités face à eux, et le personnage vivant au Moyen Âge qu'il a créé reste pour l'instant dans les cartons.
Pour combler son déficit artistique, Pierre s'inscrit à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. Il y reste trois mois, mais est peu convaincu par l'enseignement qu'il y reçoit. Il commence alors une carrière dans la publicité et multiplie les petits contrats avec différentes marques pour dessiner des affiches. Comme sa famille est dépourvue de moyens financiers et que sa mère est veuve, il est exempt de service militaire, ce qui le rend fou de rage. Heureusement, il rencontre alors sa future femme, Janine, surnommée Nine, en . Cette même année, il est recalé par le futur journal Tintin avec une série sur le scoutisme.
Début dans la bande dessinée (1946-1951) Pierre, surnommé Pierrot par sa famille, qui devient Peyo (surnom qui vient de l'un de ses petits cousins qui ne parvenait pas encore à prononcer les et qui l'appelait ), publie sa première planche en 1946 dans Riquet, le supplément jeunesse du quotidien L'Occident. Cette première série, qui s'intitule Pied-Tendre, raconte les aventures d'un jeune Amérindien. Dans le même temps, il crée une série sur le scoutisme, Puce, qui sera publiée par la suite dans le journal scout Mowgli, et une série à suivre, Les Enquêtes de l'inspecteur Pik, dans la revue du magasin Bon Marché. Le graphisme de cette série est inspiré par Hergé et les bandes dessinées américaines, mais la série s'arrête rapidement en plein récit. Le paraît dans le quotidien La Dernière Heure une bande muette en quatre cases d'un petit page blond intitulée Les Aventures de Johan. Peyo a réussi à entrer dans le grand quotidien bruxellois par l'intermédiaire d'une amie de la chorale qui connaissait le responsable de la page jeunesse. Une deuxième bande est publiée en août et une troisième en septembre. Au début de l'année 1947, son petit page vit deux aventures à suivre, de quelques planches. C'est la première fois que Peyo peut réellement mettre en place son univers et tenter de développer ses personnages. Malgré toute sa bonne volonté, le dessin n'est pas très développé et les idées encore extrêmement basiques. L'année suivante, il s'essaie à l'univers de la piraterie avec la série Capitaine Coky. Lucide sur ses lacunes graphiques, il redessine chaque planche trois ou quatre fois pour bien dynamiser ses scènes de combat, mais cette série ne trouve pas preneur auprès des éditeurs.
En 1949, entre deux commandes publicitaires, il s'essaye au gag en une demi-planche avec Poussy, le chat. Cette série, publiée dans le prestigieux quotidien Le Soir, démontre que Peyo a passé une étape graphique et que son dessin a gagné en maturité. Le chat revient environ une fois tous les quinze jours dans les pages jeunesse du journal. Parallèlement, il relance le personnage de Johan dans les pages de ce quotidien. Il avait abandonné le petit page après la suppression des pages jeunesse dans La Dernière Heure et cette reprise est un qui reprend un scénario semblable à celui qu'il avait déjà utilisé quatre ans auparavant. Néanmoins, le découpage et le dessin sont nettement meilleurs et démontrent que Peyo commence à acquérir une certaine maîtrise de la bande dessinée. D'ailleurs, il songe de plus en plus à abandonner la publicité pour devenir auteur à plein temps.
Entrée à Spirou (1951-1954) vignette|Entrée des anciens locaux des éditions Dupuis et de la rédaction du journal Spirou dans la Galerie du Centre à Bruxelles.|alt=Locaux de Dupuis et Spirou À la fin de l'année 1951, Peyo rencontre par hasard son ancien collègue de chez CBA, André Franquin, qu'il avait perdu de vue depuis des années. Depuis la fin de CBA, André Franquin est devenu un pilier du journal Spirou, où il anime la série vedette Spirou et Fantasio. Peyo lui apprend qu'il essaye depuis plusieurs années d’entrer à Spirou mais que son dessin n'est pas jugé assez mûr par l'éditeur. Franquin, bien qu'il trouve maladroit le dessin de son ex-collègue, est touché par l'envie sincère de Peyo de faire de la bande dessinée. Il soumet alors lui-même les dessins de Peyo aux éditions Dupuis. Grâce à son appui, Peyo est engagé quelques jours plus tard, mais il doit encore livrer une histoire au Soir. Elle s'intitule L'Attaque du château et comporte sept planches publiées de janvier à . Peyo gagne de l'assurance, il joue avec le noir et blanc et dessine même un combat à l'épée.
Pour Spirou, Peyo réutilise son petit page, l'affublant d'une chevelure noire. Le changement majeur est que désormais Peyo doit publier ses histoires à un rythme hebdomadaire et les traiter en . Heureusement, il peut compter sur les conseils d'André Franquin pour améliorer sa production. Peyo refait les quatre premières planches de sa première histoire, Le Châtiment de Basenhau. Cette première histoire est publiée dans Spirou au .. Elle est marquée par un incident, la planche numéro dix étant censurée par l'éditeur. Elle montrait une scène de torture où un troubadour est soumis à la question en étant forcé de boire plusieurs litres d'eau. Cette planche ne sera jamais publiée dans les éditions de l'album. Avec cette histoire, Peyo a énormément amélioré son trait et a gagné une forte confiance, au point qu'il n'hésite pas à dessiner une grande scène de bataille pour le dénouement.
Du côté de sa vie privée, Peyo épouse Nine le et quitte la maison familiale pour s'installer à Uccle au premier étage de la maison de ses beaux-parents. Il parvient à convaincre son épouse de quitter son emploi de mécanographe pour s'occuper de la mise en couleur des planches. Deux mois après la fin de la publication de la première histoire s'enchaîne la deuxième, intitulée Le Maître de Roucybeuf. Si le scénario n'est pas très original, l'humour et le sens du découpage, caractéristiques de son œuvre, sont déjà au rendez-vous. Ses personnages secondaires gagnent aussi en consistance, comme la sorcière Rachel. La publication de sa deuxième histoire prend fin en . Cette même année, les deux histoires sont publiées sous forme d'album broché, signe du petit succès de la série auprès des lecteurs.
Début du succès (1954-1958)