Le Rallye du Maroc 1975 ( Rallye du Maroc), disputé du 24 au , est la vingt-sixième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la cinquième manche du championnat du monde des rallyes 1975 (WRC).
Contexte avant la course Le championnat du monde
Onze rallyes sont au programme du championnat 1975, soit trois de plus que la saison précédente qui avait été tronquée à cause du premier choc pétrolier. Le rallye du Maroc constitue la deuxième épreuve africaine du calendrier, après le Safari couru deux mois plus tôt. Les épreuves du championnat sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
Quoique faisant partie du même groupe, Lancia et Fiat se disputent le titre mondial, et sont les seuls constructeurs disposant d'un programme étoffé. Après un affrontement direct en début de saison, le comité de coordination de l'activité sportive du groupe a toutefois décidé d'alterner la participation de ses deux marques, afin de réduire les budgets des départements 'compétition'. Pour la première fois de la saison, Lancia, largement en tête du championnat grâce à ses deux victoires à Monte-Carlo et en Suède, n'est pas présent, les Stratos étant jugées peu adaptées aux pistes marocaines, laissant aux robustes spiders Fiat 124 le soin de défendre les couleurs italiennes face aux Peugeot 504 officielles, le constructeur français ayant axé son programme rallye sur les seules épreuves africaines.
L'épreuve
Créé en 1934, le rallye du Maroc est considéré comme l'une des épreuves les plus difficiles du championnat. Régulièrement disputé depuis 1967 (après une interruption d'une dizaine d'années), il comporte des secteurs chronométrés de plusieurs centaines de kilomètres sur des pistes rocailleuses, très éprouvantes pour les hommes et les mécaniques. Les Alpine A110 s'étaient imposées lors des deux dernières éditions de l'épreuve, avec Bernard Darniche en 1973 et Jean-Pierre Nicolas en 1974 (hors championnat), mais après son échec au Safari le constructeur dieppois a mis un terme à son programme africain cette saison.
Le parcours thumb|200 px|right|alt=Draa|L'oasis du Draa, point de passage de la Transmarocaine, la plus longue spéciale du rallye. départ : de Casablanca arrivée : à Casablanca distance : 4083 km, dont 1962 km sur 9 épreuves spéciales surface : asphalte et terre Parcours divisé en un prologue et deux étapesRevue L'Automobile n°350 - août 1975
Prologue Casablanca - Rabat, 300 km, 1 épreuve spéciale, 95 km
Première étape Rabat - Fez - Marrakech, plus de 1700 km, du 25 au 5 épreuves spéciales, 789 km
Deuxième étape Marrakech - Agadir - Casablanca, plus de 2000 km, du 27 au 3 épreuves spéciales, 1078 km (dont la Transmarocaine, longue de 786 km)
Les forces en présence Fiat Le constructeur turinois a déployé d'importants moyens pour cette épreuve. La Scuderia Lancia, absente ici, a délégué son directeur sportif Daniele Audetto, pour qui un avion privé et un hélicoptère ont été mis à disposition ! Lancia a également prêté un de ses pilotes, Björn Waldegård épaulant pour l'occasion Markku Alén et Bernard Darniche. Vingt jours de reconnaissance ont été effectués en préparation de l'épreuve. Les trois spiders 124 Abarth groupe 4 sont animés d'un moteur quatre cylindres 1750 cm3 à seize soupapes développant 195 chevaux et pèsent environ une tonne dans leur configuration piste, qui comprend même un dispositif d'air conditionné. Trois types de pneus ont été sélectionnés par Pirelli : une gomme pour l'asphalte et un choix de deux gommes différentes pour la terre. Si les Fiat sont les plus rapides des voitures en lice, elles ne sont toutefois pas favorites sur les pistes rocailleuses. S'étant cassé le pied après une mauvaise chute quelques jours avant le départ, Darniche va devoir piloter avec une chaussure renforcée, un handicap certainRevue Sport auto n°163 - août 1975.
Peugeot thumb|200 px|left|alt=Peugeot 504|La Peugeot 504 groupe 2, dominatrice des rallyes africains (ici la version Safari). Après ses récents succès au rallye du Bandama et au Safari, Peugeot est nettement favori sur les terres marocaines. Le constructeur sochalien a engagé trois 504 groupe 2 (moteur deux litres à injection, 180 chevaux à 7000 tr/min, 1300 kg, suspension renforcée) pour Timo Mäkinen, Hannu Mikkola et Bernard Consten. Les 504 représentent la majorité du plateau, vingt-trois voitures privées épaulant l'équipe officielle. Le Team Aseptogyl a engagé quatre 504, deux « groupe 2 » pour Marianne Hoepfner et Yveline Vanoni et deux « groupe 1 » pour Christine Dacremont et Claudine Trautmann. Le journaliste Pierre Pagani dispose quant à lui d'une 504 groupe 2 ex-usine (140 chevaux) et bénéficie de l'assistance officielle.
Datsun Le constructeur japonais est représenté par l'écurie Ivoire, qui engage sept Datsun, la plus compétitive étant la 160J groupe 2 confiée à Shekhar Mehta. Organisateur du rallye du Bandama, Jean-Claude Bertrand dispose d'un coupé 240Z groupe 4. Raymond Touroul et Alain Ambrosino disposent tous deux de modèles 180B groupe 2.
Citroën thumb|200 px|right|alt=Opel Ascona|L'Opel Ascona groupe 2, victorieuse du rallye de l'Acropole le mois précédent. Vainqueur de l'épreuve en 1955 et 1971, Jean Deschazeaux dispose cette année d'une DS 23 de série, de même que Raymond Ponnelle, autre pilote local connaissant parfaitement le parcours. Tout comme au rallye Monte-Carlo, Claude Laurent pilote une GS groupe 2 (deux carburateurs double corps, environ 100 chevaux à 7400 tr/min).
Opel Après sa victoire en Grèce, l'Euro Händler Team engage à nouveau deux Ascona groupe 2 pour Walter Röhrl et Rauno Aaltonen. Le moteur deux litres préparé par Irmscher a été dégonflé au bénéfice de la fiabilité, ne développant plus que 150 chevaux à 7200 tr/min (contre près de 200 chevaux pour les épreuves européennes).
Déroulement de la course Prologue 103 équipages prennent le départ de Casablanca le mardi . Ce prologue de 300 kilomètres ne comporte qu'une seule spéciale, longue de 95 kilomètres, déterminante pour l'ordre de départ de la première étape. Le parcours est rapide, avantageant la puissance des Fiat. Markku Alén se montre effectivement le plus rapide, devançant de près d'une minute son coéquipier Björn Waldegård. Cependant la troisième Fiat, confiée à Bernard Darniche, est retardée d'emblée par une casse de différentiel : la réparation coûte deux heures au pilote français, qui sera contraint de s'élancer en le lendemain, un lourd handicap sur les pistes rocailleuses. Derrière les deux spiders Fiat, Timo Mäkinen s'est montré le plus rapide des pilotes Peugeot, juste devant l'Alpine de Robert Neyret et l'Opel de Walter Röhrl. Les deux autres Peugeot 504 officielles ont été légèrement retardées, une crevaison ayant relégué Hannu Mikkola à la sixième place, alors que Bernard Consten, neuvième, a connu des problèmes de pression d'essence. Quelques abandons ont émaillé ce prologue, dont celui spectaculaire de Christine Dacremont (504 groupe 1), légèrement blessée au visage après avoir effectué un tonneau.
+ classement à l'issue du prologue Pilote Copilote Voiture Temps Écart Groupe 1 Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 124 Abarth Spider 1 h 03 min 12 s 4 2 Björn Waldegård Hans Thorszelius Fiat 124 Abarth Spider 1 h 04 min 06 s + 54 s 4 3 Timo Mäkinen Henry Liddon Peugeot 504 1 h 07 min 03 s + 3 min 51 s 2 4 Robert Neyret Jacques Terramorsi Alpine A110 1800 1 h 07 min 19 s + 4 min 07 s 4 5 Walter Röhrl Jochen Berger Opel Ascona 1 h 07 min 33 s + 4 min 21 s 2 6 Hannu Mikkola Jean Todt Peugeot 504 1 h 09 min 48 s + 6 min 36 s 2 7 Jean Deschazeaux Jean Plassard Citroën DS 23 1 h 09 min 52 s + 6 min 40 s 1 8 Jean-Paul Hoepfner Pierre Fourton Renault 17 Gordini 1 h 10 min 58 s + 7 min 46 s 2 9 Bernard Consten Gérard Flocon Peugeot 504 1 h 11 min 03 s + 7 min 51 s 2 10 Jean-Pierre Rouget Jean-Claude Bellot Porsche Carrera 1 h 11 min 35 s + 8 min 23 s 3
Première étape Les concurrents repartent le mercredi matin de Rabat et vont devoir parcourir 1700 kilomètres pour rejoindre Marrakech le lendemain. Le début de l'étape est encore favorable aux Fiat, Alén et Waldegård confortant leurs places en tête, mais dès la deuxième épreuve spéciale de la journée les 504 de Mikkola et Mäkinen se montrent les plus rapides et menacent bientôt Alén, alors que Waldegård a plongé dans les profondeurs du classement, ayant perdu près de deux heures et demie pour faire réparer son train arrière et que Darniche a dû renoncer, batterie hors d'usage. Désormais seul pilote de l'équipe Fiat à pouvoir briguer la victoire, Alén se montre le plus rapide dans le tronçon suivant, mais dans la spéciale de Missour il ne peut résister à l'attaque des Peugeot, concédant dix minutes à Mikkola et neuf à Mäkinen, qui s'emparent des deux premières places. La spéciale suivante confirme la supériorité des Peugeot, d'autant qu'Alén connait des problèmes d'allumage qui lui coûtent trois minutes de pénalisation. Mikkola rejoint Marrakech avec plus de deux minutes d'avance sur son coéquipier Mäkinen et plus de six sur Alén. Derrière ces trois pilotes, c'est le trou, Neyret, quatrième et premier privé étant déjà relégué à plus de quarante minutes, talonné par la DS de Jean Deschazeaux, premier du groupe 1, et par la 504 de Consten. Seuls 37 équipages sont encore en course. Parmi les nombreux abandons, on note ceux des deux Opel de Walter Röhrl (traverse arrière) et de Rauno Aaltonen (moteur).
+ classement à l'issue de la première étape Pilote Copilote Voiture Temps Écart Groupe 1 Hannu Mikkola Jean Todt Peugeot 504 11 h 33 min 48 s 2 2 Timo Mäkinen Henry Liddon Peugeot 504 11 h 36 min 03 s + 2 min 15 s 2 3 Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 124 Abarth Spider 11 h 40 min 12 s + 6 min 24 s 4 4 Robert Neyret Jacques Terramorsi Alpine A110 1800 12 h 16 min 19 s + 42 min 31 s 4 5 Jean Deschazeaux Jean Plassard Citroën DS 23 12 h 16 min 52 s + 43 min 04 s 1 6 Bernard Consten Gérard Flocon Peugeot 504 12 h 24 min 03 s + 50 min 15 s 2 7 Shekhar Mehta Bob Bean Datsun 160J 13 h 36 min 03 s + 2 h 02 min 15 s 2 8 Pierre Pagani Pierre-François Rousselot Peugeot 504 2 9 Georges Houel Jacky Heyder-Bruckner Renault 12 Gordini 2
Deuxième étape thumb|200 px|right|alt=Abarth|La deuxième étape va être fatale aux deux spiders Fiat Abarth d'Alén et de Waldegård. Après vingt-quatre heures de repos, les équipages rescapés reprennent la piste le vendredi pour affronter les deux mille kilomètres de la dernière étape, entre Marrakech et Casablanca, la partie la plus dure du rallye. La première spéciale, relativement courte (85 kilomètres), remportée par Alén, ne bouleverse pas le classement général. Tout va se jouer dans le second secteur chronométré, la terrible Transmarocaine, un parcours de près de 800 kilomètres ! Sur trente-quatre équipages au départ d'Agadir, seize seulement vont venir à bout de cette terrible épreuve. Les deux Fiat d'Alén et Waldegård renoncent sur problèmes mécaniques, de même que Pagani, qui perd le bénéfice d'une course régulière à cause d'un enlisement lié à une erreur de parcours. À la suite de deux crevaisons lui ayant coûté quinze minutes, Mikkola a perdu la tête de la course au profit de son coéquipier Mäkinen. La domination de Peugeot est totale, Consten ayant dépassé Neyret et Deschazeaux pour s'emparer de la troisième place.