Un ou une émoticône est une petite représentation graphique stylisée et symbolique d'une émotion, d'un état d'esprit, d'un ressenti ou d'une ambiance dans un message écrit informatisé. Généralement, il représente un visage, mais il peut aussi faire appel à la symbolique du cœur ou celle d'autres éléments.
Les premiers émoticônes apparaissent sous la forme d'une combinaison de plusieurs caractères typographiques : « :‑) ». Le perfectionnement des outils de communication numérique permet d'insérer de petites images fixes ou animées dans les messages : « ».
Étymologie
Scott Fahlman de l'Université Carnegie-Mellon est la première personne dont on ait conservé une trace datée des deux premiers émoticônes typographiques, le : « :‑) » et « :‑( » . Cette innovation typographique est, pour le visage au sourire, associée à un nom anglais : smiley, à l'image du célèbre smiley de la WMCA de 1962 – un visage souriant dans un cercle jaune. Le mot homologue, le frowney (de l'anglais « frown », froncer les sourcils), dont la figure « :‑( » était déjà présente à la fin du message de Fahlman, est inventé quasi-simultanément, le mot lui-même étant peu connu en France« frowny face », visage triste ou visage en baboune, qui est le pendant du « smiley face », « visage souriant.
Les émoticônes sont d'abord conçus uniquement pour accompagner l'en-tête des sujets afin de distinguer les sujets sérieux des sujets humoristiques, mais leur potentiel dépasse rapidement les intentions du créateur et on les retrouve presque instantanément à l'intérieur des textes pour dénoter une émotion. Faute d'un vocabulaire adéquat pour la nouvelle tendance, l'étiquette « smiley » est attribuée aux multiples variations qui voient le jour rapidement en dépit de l'étymologie (en anglais, smile signifiant « sourire ») qui ne correspondait qu'au premier. Les francophones reprennent rapidement tel quel le terme smiley même pour les figures montrant la tristesse.
Ce n'est que plus tard, en 1990, qu'est proposé le terme « emoticon » en anglais (mot-valise entre émotion [emoti] + icône [icon]) pour décrire convenablement le phénomène, puis en 1996 sa traduction littérale « émoticône » en français.
La confusion des termes demeure énorme entre l'usage répandu de smiley et du néologisme émoticône et ce dans une grande proportion de langues de par le monde. À noter cependant que le terme « émoticône » s'affranchit des références au visage ou au sourire et permet ainsi d'exprimer une émotion avec d'autres représentations ; par exemple un cœur <3 ou une rose @}-'-,- . En admettant l'usage des deux termes, on peut alors dire que les smileys sont un type spécifique d'émoticônes.
Historique Antécédents En 2014, Levi Stahl (travaillant à l'University of Chicago Press), prétend avoir trouvé la première émoticône dans un poème datant de 1648.. En effet, il a trouvé dans une édition imprimée du poème To Fortune, du poète anglais Robert Herrick, la suite de caractères .. Toutefois, selon Benjamin Schmidt (chercheur en lettres numériques à l’Université de Northwestern), cette analyse serait une mauvaise interprétation d'une « série de ponctuations normale » pour l'époque, et fournit d'autres exemples du , notamment chez Francis Bacon, où des doubles points ou des points-virgules terminent une incise entre parenthèses..
C'est le Belge d'origine française Marcellin Jobard, lithographe et inventeur, qui, dans un texte du journal le Courrier Belge du , utilise la première émoticône pour figurer l'ironie. Dans un rapport sur l'Exposition de 1839, publié en 1842 il explique son projet : Des lacunes de la typographie« Si l’on trouvait le moyen d’exprimer à l’aide de trois ou quatre signes nouveaux tous les principaux groupes de sensations voisines, de manière à mettre le lecteur en état de rendre à première vue les sentiments de l’auteur, il nous semble qu’on devrait les adopter. [...] par exemple un point d’ironie représenté par une petite flèche tiendrait lieu des phrases : dit-il en persiflant, ajouta-t-il en plaisantant, reprit-il d’un air moqueur [...] un point d’irritation, un point d’indignation, un point d’hésitation, tout cela exprimé avec la même flèche placée dans quatre positions différentes. Nous proposons un point de sympathie (), un point d’antipathie )(, un point d’affliction, un point de satisfaction, un signe pour la voix haute, un pour la voie basse » (Industrie française : rapport sur l'exposition de 1839 — Volume II, )..
En , le National Telegraphic Review and Operators Guide a documenté l'utilisation du nombre 73 en code Morse pour dire « grosses bises » (plus tard transformé en l'expression « meilleures salutations », plus formelle). En 1908, Dodge's Manual a documenté la réintroduction de « grosses bises » sous forme du nombre 88. Gajadhar et Green notent que ces deux abréviations en code Morse sont plus succinctes que les abréviations modernes telles que LOL. vignette|Utilisation supposée d'une émoticône « ;) » par le New York Times, en 1862.
Une transcription du New York Times d'un discours d'Abraham Lincoln écrit en 1862 contient « (applaudissements et rires ;) » ; il y a débat sur le fait qu'il s'agisse d'une faute de frappe, d'une construction de ponctuation légitime ou d'une émoticône.
vignette|Émoticônes publiées dans le numéro du 30 mars 1881 de Puck.
Quatre émoticônes typographiques verticales ont été publiées en 1881 par le magazine satirique américain Puck, l'intention déclarée du service de typographie de cette publication étant de « présenter ... tous les dessinateurs ayant jamais existé ».
En 1912, Ambrose Bierce propose « une amélioration de la ponctuation — le point de ricanement, ou marque de cachinnation : celui-ci s'écrit ‿ et représente une bouche souriante. Il doit terminer, avec un point, toute phrase facétieuse ou ironique ».
Dans un article de 1936 tiré du Harvard Lampoon, Alan Gregg propose (-) pour le sourire, (--) pour le rire (plus de dents sont apparentes), (#) pour le froncement des sourcils, (*) pour le clin d'œil et (#) pour « un intérêt, une attention et une incrédulité intenses »The Harvard Lampoon, , No. 1, 16 septembre 1936, p. 30-31. Les symboles sont correctement orientés et ne sont pas obliques. Les émoticônes étaient déjà utilisées dans les fandoms de science-fiction des années 1940Gregory Benford, A Scientist's Notebook: [email protected], The Magazine of Fantasy & Science Fiction, , , juin 1996, ., bien qu'il semble y avoir eu une perte de continuité culturelle entre les communautés.
En 1963, le « smiley face », un bouton jaune avec deux points noirs représentant les yeux et une ligne incurvée et épaisse, tournée vers le haut pour représenter une bouche, a été créée par l'artiste indépendant Harvey Ball. Il a été réalisé sur commande pour une grande compagnie d'assurance dans le cadre d'une campagne visant à renforcer le moral de ses employés et est rapidement devenu un grand succès. Ce smiley a vraisemblablement inspiré beaucoup d'émoticônes par la suite ; l'émoticône graphique la plus basique qui dépeint ceci est en fait un petit smiley jaune.
Dans une interview du New York Times d', Alden Whitman a demandé à l'écrivain Vladimir Nabokov : « Comment vous situez-vous parmi les écrivains (vivants) et ceux du passé récent ? » Nabokov a répondu : « Je pense souvent qu'il devrait exister un signe typographique spécial pour exprimer un sourire - une sorte de marque concave, une parenthèse ronde couchée, que je puisse utiliser maintenant en réponse à votre question ».
En 1971, un journaliste français, Franklin Loufrani, a créé un smiley pour représenter une bonne nouvelle dans le journal français France Soir. M. Loufrani fut le premier à déposer ce symbole, en 1972. Plus tard, en 1996, M. Loufrani fonda The Smiley Company avec son fils, Nicolas Loufrani. Nicolas a développé des centaines d'émoticônes différentes, y compris des versions 3D. Ses créations ont été enregistrées au United States Copyright Office en 1997, et sont apparues en ligne sous forme de fichiers .gif en 1998. Ce sont les premières représentations graphiques de l'émoticône à base de texte. Il a publié ses icônes aussi bien que les émoticônes créées par d'autres, avec leurs versions ASCII, dans un dictionnaire en ligne de smileys au début des années 2000. Ce dictionnaire incluait plus de 3000 smileys différents et a été publié au format livre, sous le titre Dico Smileys en 2002. The Smiley Company a déposé sa version du smiley dans plus de 100 pays. En 1997, The Smiley Company a déposé une demande auprès du Bureau américain des brevets et des marques de commerce (USPTO). En 2001, Walmart s'opposa à cet enregistrement, invoquant un risque de confusion entre le smiley de M. Loufrani et un smiley que Walmart utilisait depuis 1990. L'USPTO s'est finalement rangé du côté de Walmart et a rejeté la demande de The Smiley Company, en raison de l'utilisation généralisée de visages souriants. Cherchant à empêcher Walmart d'utiliser quelque dessin de visage souriant que ce soit, Nicolas Loufrani a ensuite poursuivi Walmart devant un tribunal fédéral en 2009, tout en affirmant que son visage souriant était « facile à distinguer » de celui de Walmart. L'affaire a été classée en 2011 lorsque les deux parties sont convenus de régler à l'amiable. Les modalités de cet accord n'ont pas été divulguées, mais Walmart a continué à utiliser son design de smiley par intermittence, avant de lui donner de nouveau un rôle de marketing important en 2016..
À partir de 1972, sur le système PLATO, des émoticônes et d'autres graphismes décoratifs ont été produits en ASCII, notamment en surimpression : en tapant un caractère, puis en revenant en arrière et en tapant un autre caractère. Par exemple, WOBTAX et VICTORY ont tous deux produit des visages souriants convaincants (les caractères surimprimés produisaient le fond uni et les pixels touchés par aucun des caractères produisaient le dessin proprement dit). Ceci a finalement donné un ensemble sophistiqué, notamment en combinaison avec les exposants et les indices..
Création de :-) et :-( Scott Fahlman a été la première personne documentée à utiliser les émoticônes :‑) et :‑( dans le but spécifique d'exprimer des émotions. On croyait que le texte de sa proposition originale, posté sur le panneau d'affichage général du département d'informatique de l'université Carnegie Mellon le (à ), avait été perdu, mais il fut récupéré plus tard par Jeff Baird à partir de vieilles cassettes de sauvegarde.
Cela dit, un message du précise qu'avant l'invention de Scott Fahlman, le symbole \__/ évoquant un sourire était déjà utiliséDiscussion menant à la création du smiley en 1982. Il est devenu rare aujourd'hui de voir des émoticônes sans yeux.
David Touretzky, Guy Steele et Jaime Carbonell sont d'autres informaticiens de renom qui participèrent à ce fil de discussion. En quelques mois, il s'était propagé sur ARPANET et Usenet. Beaucoup de variations sur ce thème ont été immédiatement suggérées par Scott et d'autres personnes.
Usage L'usage des émoticônes est très variable d'un milieu à l'autre et en fonction du type de discours Emoticons and social interaction on the Internet: the importance of social context.. Véhiculer une portion significative d'un message par l'expression d'une émotion est propice aux erreurs d'interprétation. L'impact de celles-ci est, par contre, amoindri d'autant que la réaction du destinataire est rapide et qu'une éventuelle précision peut être apportée rapidement. C'est le principal facteur qui explique le nombre élevé d'émoticônes dans les dialogues en ligne et forums et leur quasi-absence dans les communications qui s'approchent d'un monologue.