Les Aymaras sont parmi les peuples autochtones les plus anciens des Andes. Leur histoire est associée à plusieurs cultures précolombiennes qui ont prospéré bien avant l’Empire inca.

Histoire de ce peuple

Comme pour la plupart des peuples amérindiens, il n'y a pas ou peu de documents relatant l'histoire du peuple aymara.. Quelques bribes nous sont parvenues au travers des chroniques qui relatent l'époque de la conquête espagnole ainsi que quelques récits précolombiens.

À l'époque pré-inca, les Aymaras étaient organisés à travers un ensemble d'unités politiques communément appelées royaumes, dominées par des seigneurs ou Mallkus, qui contrôlaient la région des hautes terres à partir du . Les royaumes aymaras établis dans cette région étaient les Collas, les Pacajes et les Lupacas.

Le peuple aymara arrive sur les pourtours du lac Titicaca deux siècles avant notre ère, il concurrence alors les peuplades Uros qu'il repousse vers les rives moins fertiles du lac et les remplace peu à peu dans la région.

Lorsque l'influence de la civilisation Tiahuanacu a disparu., les différents groupes ethniques se sont regroupés et ont formé des royaumes autour du lac Titicaca, entre 1000 et 1350 après J.-C. À la fin de la période intermédiaire, la région du Collao a été divisée en deux moitiés ou suyos. Le premier s'appelait Urco suyo, dans la partie occidentale du lac, et correspondait aux hautes terres. Le second s'appelait Umasuyo, à l'est du lac, et correspondait aux basses terres..

Développant une culture originale et basant son économie sur le développement de l'agriculture et de l'élevage ainsi que le commerce avec les peuples alentour, le peuple prospère sur les rives bien abritées du lac. S'ensuit une période d'expansion, attestée par de nombreuses traces archéologiques, en direction sud-est du lac principalement.

On sait cependant de façon certaine que le peuple aymara n'était pas le premier à peupler la région du Titicaca et l'altiplano. Sur la question de l'origine de ce peuple, il y a aujourd'hui plusieurs théories, notamment la théorie localiste qui voudrait que la répartition actuelle de la langue aymara s'explique par l'essor de quelques communautés des abords du lac en direction de l'altiplano.

Une autre théorie situe l'origine du peuple aymara dans les Andes centrales du Pérou, entre Huarochirí, Yauyos, Cañete et Nazca. Ces régions, actuellement de langue quechua, faisaient autrefois partie de l'aire aymaraphone.

Une troisième théorie situe l'origine du côté de la côte du Pacifique au nord du Chili.

C'est en passant à un stade impérial (contrairement à ce qui est parfois dit, Tiwanaku, dont le déclin se situe vers l'an 700, est antérieur à la domination aymara) que la culture commence à se répandre dans la Cordillère des Andes : on la retrouve sur tout l'altiplano, sur la côte, depuis Arica au Chili, jusqu'à Lima au Pérou et au sud-est jusqu'en Argentine. Atteignant son apogée vers l'an 900 de notre ère, la domination impériale aymara va décliner pour laisser place à plusieurs royaumes et chefferies de langue et culture aymara. Ce sont ces chefferies prospères mais rivales que rencontrent les Incas lors de leur expansion vers le sud. Parmi celles-ci, on connaît les royaumes rivaux Lupaqas et Pacajes situés sur la rive sud-ouest du lac Titicaca. On ne sait pas exactement si les Aymaras se sont intégrés pacifiquement à l'empire, comme le décrit Inca Garcilaso de la Vega, ou s'ils ont livré bataille à l'Inca. L'ensemble des peuples de langue aymara est progressivement intégré au Qulla Suyu, le quart sud de l'empire Inca. Après la conquête espagnole et la chute du régime Inca, le peuple aymara passe sous domination de la couronne d'Espagne. Cette période sera parsemée de révoltes paysannes causées par les difficiles conditions de vie des communautés.

En 1899, l’armée rebelle aymara commandée par le redoutable . massacra 130 soldats gouvernementaux à Mohoza, près de La Paz. En représailles, la quasi-totalité des habitants du village furent jugés, trente-deux exécutés sur la place centrale..

Au début du , les Aymaras participent aux combats pour l'indépendance de la Bolivie, mais leurs conditions de vie ne seront pas améliorées sous le pouvoir des républiques. À la fin de la domination espagnole, ils étaient économiquement et culturellement appauvris. Beaucoup sont devenus employés dans de grandes fermes, tandis que d'autres sont allés dans les villes à la recherche d'un emploi. Certains, cependant, sont restés sur leurs terres natales dans les montagnes..

En 1969, la réforme agraire dirigée par le gouvernement militaire de Juan Velasco Alvarado a eu lieu. En plus d'avoir des impacts sur la propriété foncière cette réforme a eu des effets symboliques importants en changeant le nom des communautés indigènes en communautés paysannes (décret-loi 1776 du 24 juin 1969)..

Répartition géographique

Au Chili, les Aymaras sont présents dans le nord, dans la région de Calama et de San Pedro de Atacama où ils vivent dans une relative pauvreté côtoyant les touristes accueillis dans des hôtels de standing. Ils y sont majoritairement cantonnés dans leurs activités traditionnelles et dans les services. Le reste du pays vit de l'élevage (lamas, vigognes) tandis que l'exploitation minière se révèle dans le paysage : prospection, exploitation mais aussi infrastructures (routes, villes, ports et aéroports). Culture À travers les siècles et malgré l'arrivée des colonisateurs, les Aymaras ont réussi à garder vivantes certaines coutumes et traditions. Notons également l’émergence d'un nationalisme aymara, depuis le retour de la démocratie, qui pèse sur le jeu politique bolivien..

La langue aymara dans son contexte social et culturel

Parmi les langues indigènes d'Amérique du Sud, l'aymara est la troisième la plus répandue après le quechua et le guaraní.. Il est également parlé au Pérou, au Chili et à peine en Argentine. Il compte environ deux millions de locuteurs, essentiellement en Bolivie. Comme toutes les langues autochtones, l'aymara est une langue riche en vocabulaire et en expressions mais a reçu de multiples influences de l'espagnol..

Des recherches menées par des linguistes ont découvert que les Incas ont peut-être parlé l'aymara au début de leur empire..

L'aymara est une langue agglutinante. De nombreux suffixes grammaticaux ou sémantiques peuvent venir en postposition d'un nom : marques de pluriel, marques de négation ou d'affirmation, mais aussi, entre autres, marques de lieu et sens du lieu. Ainsi -ru indique le lieu, avec une notion de direction « vers », alors que -ta indique aussi le lieu, avec une notion d'origine>..

Contrairement aux langues indo-européennes, dans cette langue le temps est traité comme quelque chose qui remonte en arrière, c'est-à-dire que nous imaginons le passé derrière nous, le présent en nous et l'avenir devant nous. Il convient également de préciser que dans leur langue, le temps est divisé en deux et non en trois, c'est-à-dire qu'ils ont « futur » et « non-futur », le passé et le présent entrant dans cette dernière catégorie.

Bien qu'elle soit une langue officielle en Bolivie, l'aymara est sous-représentée dans la sphère publique où l'espagnol domine. Les seules sources médiatiques exclusivement en aymara sont quelques d'émissions de télévision et de radio, alors que la langue n'est enseignée à l'école qu'une heure par semaine. Au cours des années 1970 et 1980, les communautés qui parlaient la langue font face à de graves discriminations..

Drapeau vignette|cérémonie traditionnelle aymara à Copacabana, au bord du lac Titicaca en Bolivie. Bien que son origine ne soit pas claire, certains peuples autochtones de la Bolivie, du Pérou, du Chili, de l'Équateur, du nord-ouest de l'Argentine et du sud de la Colombie utilisent un drapeau composé de carrés de sept couleurs différentes appelé wiphala qui identifie leur groupe ethnique.

Alimentation, pomme de terre, coca

En plus d'être l'une des cuisines ethniques les plus importantes d'Amérique du Sud, la cuisine aymara est un patrimoine culturel vivant ; Elle utilise des techniques de cuisson sophistiquées, des règles culinaires et des techniques uniques de conservation des aliments telles que le chuño et le charqui, qui ont aidé le peuple à résister aux grandes sécheresses et aux famines, typiques de leur habitat inclément, pendant des milliers d'années.. Depuis des temps immémoriaux, l'alimentation des Aymaras est composée de produits de la terre, puisque leur principale activité économique est l'agriculture...

La principale contribution de l'ancienne culture aymara à l'humanité est peut-être la domestication de plus de 200 variétés de pommes de terre. Ils ont également fait œuvre de pionniers en inventant la technique de déshydratation de la pomme de terre à des fins de stockage.. Cette technique s'appelle chuño, moraya ou encore tunta et permet de conserver certaines de ces tubercules pendant de longues périodes, parfois des années., car ces espèces ne sont pas consommables à l'état frais à cause de leur teneur en alcaloïdes toxiques (substances également responsables de leur amertume).

La nourriture aymara possède une haute valeur protéique et est constituée, outre des pommes de terre, de quinoa, de farine de maïs, de viande séchée de camélidé, entre autres. La cuisine est généralement une préoccupation des warmi (femme). et des grands-mères. De manière plus restreinte, les hommes participent également lorsqu'ils sont mariés et âgés..

Le chairo est un plat traditionnel du peuple aymara, principalement consommé en Bolivie, mais aussi dans d'autres pays andins. Cette soupe est représentative du département de La Paz, car c'est sur ce territoire que son histoire a commencé il y a trois siècles. Le contexte colonial de cette époque, s'est traduit par une influence par laquelle Quechuas, Aymaras et Espagnols avaient en commun un plat préparé avec des ingrédients largement consommés dans la région..

Ce mets est composé de chuño (fécule de pomme de terre), d'oignons, de carottes, de pommes de terre, de maïs blanc, de viande de bœuf ou de mouton (la viande de lama ou d'alpaga peut également être utilisée) et de grains de blé. Il contient également des herbes telles que la coriandre et des épices..

Les Aymaras récoltent et cultivent des herbes avec lesquelles ils font des infusions, dont beaucoup leur attribuent des propriétés médicinales. Parmi ces herbes se trouve la feuille de coca (Erythroxylum coca) avec laquelle ils pratiquent la mastication, qui est aussi utilisée pour soigner le mal aigu des montagnes. Le gouvernement bolivien défend cette pratique sociale et religieuse des cultures indigènes andines qui utilisent ses propriétés stimulantes pour calmer la faim et la fatigue, bien qu'elle suscite la suspicion à l'étranger car c'est la matière première de la cocaïne..

Religion, mythologie et cosmogonie

Selon la vision du monde aymara, il existe un ordre dans l'univers, dans lequel les sphères physique, sociale et spirituelle sont en équilibre mutuel (Arias et Polar 1991). Cette vision du monde regorge aussi d'êtres surnaturels qui peuvent agir comme des esprits maléfiques (supaja, anchanchu, sirène ou sirenu, antawalla, entre autres) et des esprits protecteurs (achichila, uywiri, illa, entre autres).

La spiritualité aymara moderne comprend de nombreuses croyances syncrétiques telles que la guérison populaire, la divination, la magie, etc. Cependant, en ce qui concerne les croyances sur l'au-delà, les Aymaras souscrivent à une vision plus standard que l'on trouve dans le christianisme traditionnel.

Les cultes d'Amaru, Mallku et de la Pachamama sont les plus anciennes formes de célébration que les Aymaras pratiquent encore. Influencés par le culte de la Pachamama, la divinité principale des Aymaras implique des valeurs de réciprocité et une organisation sociale basée sur la nature et l'homme. La culture aymara est devenue le support socio-économique de l'Empire inca.