L’ est une prise d'otage qui s'est déroulée près de Karuizawa au Japon, du 19 au .

Pendant dix jours, des membres de l’Armée rouge unifiée, barricadés dans un chalet de montagne avec une otage, résistent à une importante mobilisation policière. L’otage est finalement libérée et la police capture tous les preneurs d’otage vivants. Mais trois personnes ont perdu la vie et une dizaine d'autres ont été blessées. L’événement, l’assaut final du dernier jour en particulier, a été largement couvert par les médias.

Cette affaire met dramatiquement fin aux mouvements étudiants nés dans les universités japonaises au milieu des années 1960, discrédite les partis de gauche et renforce le Parti libéral-démocrate installé durablement au pouvoir.

Plus de trente ans après les faits, deux œuvres cinématographiques retracent la prise d'otage, au-delà de sa seule dimension de fait divers : The Choice of Hercules du cinéaste Masato Harada et United Red Army, un docu-fiction de Kōji Wakamatsu.

Contexte historique vignette|gauche|Étudiants manifestant dans le de Tokyo.|alt=Photo noir et blanc datant de 1968 et montrant un groupe d'étudiants japonais, au premier plan et de dos. Ils sont tous casqués et armés d'une lance en bambou et ont le visage en partie masqué.

Au milieu des années 1960, le Japon connaît une forte agitation étudiante ; sur les campus universitaires, les militants de gauche sont particulièrement actifs. Au fil des années, cependant, la contestation s'essouffle : les associations étudiantes se divisent en groupes d'activistes de plus en plus radicaux et, dans tout le pays, la police japonaise multiplie les arrestations de militants..

En , constatant l’échec du mouvement étudiant, un groupe de militants trotskistes, issu de la Ligue des communistes, fonde la (FAR).. Cette organisation d'extrême gauche, décidée à mener contre le gouvernement japonais une révolution armée, bascule alors dans la clandestinité..

Au début des années 1970, la police japonaise procède au démantèlement de nombreuses cellules autonomes de la FAR, impliquées dans des actes criminels (attaques de commissariats, pillages de banques, prises d'otagesLe 31 mars 1971, neuf militants de la FAR détournent un avion de la compagnie Japan Airlines vers la Corée du Nord., etc.).. En , voyant ses effectifs se réduire, la FAR s'unit à un groupuscule radical d'extrême gauche, dissident du Parti communiste japonais, la Fraction révolutionnaire de gauche (FRG)., pour former l’Armée rouge unifiée (ARU)...

Début 1972, l’ARU, conjointement dirigée par Tsuneo Mori de la FAR et Hiroko Nagata de la FRG, se replie dans un chalet de montagne de MyōgiEn mars 2006, le bourg de Myōgi a été intégré à la ville de Tomioka (préfecture de Gunma). (préfecture de Gunma) sous la menace de la répression policière qui s'intensifie.. Le , l’étau se resserre ; la police, qui a découvert, non loin du mont Haruna, l’une des plus récentes caches de l’ARU, arrête ses deux meneurs à Myōgi. puis, le 19, quelques autres membres du groupuscule à la gare de Karuizawa (préfecture de Nagano).. Seuls cinq membres de l’organisation terroriste réussissent encore à échapper à la police.

La prise d'otage

Le chalet Asama

Le , anticipant l’arrivée de la police, Hiroshi Sakaguchi est né le à Futtsu (préfecture de Chiba). Étudiant à la faculté des sciences de la pêche de l'université océanographique de Tokyo à la fin des années 1960, il devient militant d'extrême gauche puis, au début des années 1970, membre de l'ARU. Au moment des faits, il est marié à Hiroko Nagata. (, de l’ARU), Kunio Bandō est né le à Ōtsu (préfecture de Shiga). C'est un ancien étudiant à la faculté d'agronomie de l’université de Kyoto. (25 ans, de l’organisation), Masakuni Yoshino est né le à Suginami (préfecture de Shiga). Il est étudiant de l’université nationale de Yokohama. (23 ans, membre du comité central), Michinori Katō est né en 1952 à Kariya (préfecture d'Aichi). Ancien élève du lycée privé Tokai de Nagoya, il est membre actif de l’ARU au moment des faits. () et son frère Motohisa Katō est né en 1956 à Kariya (préfecture d'Aichi). Il est élève au lycée technique Higashiyama de Nagoya et membre actif de l’ARU au moment des faits. (16 ans), quittent à pied la cachette de Myōgi et trouvent refuge dans une auberge de montagne, le chalet Asama, un bâtiment de trois étages adossé au mont Asama. Ce mont est situé sur l’île de Honshu, au Japon. Il est plus précisément localisé dans la préfecture de Nagano, non loin de la ville de Karuizawa, à environ au nord-ouest de Tokyo.. Les cinq jeunes hommes, armés de fusils et de pistolets, se barricadent dans le chalet et prennent en otage la propriétaire Yasuko Muta, seule occupante du chalet à ce moment-là.

Siège du chalet

De retour d'une balade avec son chien, dans le froid glacial des montagnes de la région de Nagano, le mari de Muta aperçoit les barricades obstruant les portes et les fenêtres du chalet ; il alerte immédiatement la police. Celle-ci, lancée sur les traces des militants radicaux de l’ARU depuis déjà plusieurs jours, arrive rapidement sur le lieu de la prise d'otage et prend position aux abords du chalet. Les forces de police, qui s'accumulent autour de l’auberge au fil des heures qui passent, mettent en place un important dispositif d'intervention et tentent, pendant plusieurs jours, de négocier la reddition des preneurs d’otage.. Mais ces derniers, déterminés à défendre chèrement leur vie, ne se manifestent que par quelques coups d'armes à feu qui font deux morts, dont un civil.

Intervention de la police

Le , au matin, l’auberge Asama est cernée par plus d'un millier d'agents de police.. L'inspecteur chargé de l'enquête, Atsuyuki Sassa. de l'Agence nationale de police, venu de Tokyo pour superviser l’opération policière en cours, a pour mission de sauver l’otage, de capturer les terroristes vivants et d'éviter les pertes parmi les policiers mobilisés.. C'est pourquoi il s'efforce d'abord d'affaiblir physiquement et psychologiquement les preneurs d’otage retranchés dans le chalet. Pour ce faire, il donne l’ordre de couper l’alimentation électrique du chalet, d'arroser le bâtiment à jets continus à l’aide de canons à eau et de lancer des grenades lacrymogènes près des ouvertures de l’édifice. Le soir, les preneurs d’otage sont maintenus éveillés par la diffusion à fort volume d'enregistrements de bruits de sirènes, de motos, de trains ou encore de tronçonneuses..

Assaut final

Au matin du , il neige et .. Pour le chef Sassa, il est temps de donner l’assaut.

À , à l’aide d'une boule de démolition installée devant le chalet, un conducteur d'engins de la police défonce la toiture et la seule porte d'entrée située au second étage du bâtimentLe rez-de-chaussée et le premier étage ne sont pas accessibles directement ; l’unique porte d'entrée du chalet se trouve au second et on y accède par un chemin pentu à flanc de montagne ().. Dans les ouvertures ainsi créées, les policiers lancent des grenades lacrymogènes et des torrents d'eau. Vers , la police pénètre dans le rez-de-chaussée, tandis qu'au second, un policier, qui tentait de se faufiler dans l’entrée, est grièvement atteint à la tête par une balle. (la balle ayant touché le cerveau, le policier mourra des suites de sa blessure).

Vers , alors que la nuit commence à tomber, l’un des frères Katō est appréhendé au second étage. Vers , après plusieurs tentatives infructueuses, la police investit la chambre du second étage, dans laquelle les trois derniers preneurs d’otage encore menaçants se sont repliés. À , la prise d'otage se termine après plus de d'un face-à-face tendu entre les forces de l’ordre et les preneurs d’otage. Les quatre derniers preneurs d’otage encore actifs sont capturés et Muta est évacuée hors du chalet saine et sauve. Selon son témoignage, Muta n'a pas été maltraitée par les preneurs d’otage..

Bilan

À l’issue de la prise d'otage, la police déplore deux morts et vingt-six blessés dans ses rangs.. Un journaliste est à compter parmi les blessés, ainsi qu'un civil, Yasuhiko Tanaka. Ce dernier, venu le de Niigata, s'était mis en tête de sauver lui-même l’otage. Grièvement blessé à la tête alors qu'il tente de passer de la nourriture aux preneurs d’otage à travers une barricade, il meurt quelques jours plus tard..

Le , dans la soirée, le père de Kunio Bandō se suicide à KaruizawaDès le début de la prise d'otage, les parents de Kunio Bandō sont contactés par la police chez eux à Ōtsu près de Kyoto. Ils se rendent à Karuizawa pour assister la police qui tente alors de négocier avec les preneurs d’otage. Les demandes de reddition adressées à leur fils par mégaphone sont restées sans effet...

Couverture médiatique

Le , de à , la télévision publique japonaise diffuse en direct l’assaut du chalet Asama... Elle enregistre alors une part d’audience moyenne de 50,8 %.

Vers , au moment où la prise d'otage prend fin, l’ensemble des chaînes de télévision qui retransmettent l’événement rassemblent une audience cumulée équivalente à une part d’audience de 89,7 % , (consulté le )..

Pendant toute la durée de la prise d'otage, l’attention des médias japonais et du public se porte surtout sur le sort de l’otage, Muta. À l’annonce de sa libération saine et sauve, le , tous les députés présents ce jour-là à la Diète applaudissent ; le Premier ministre, Eisaku Satō, retient ses larmes..

Suites de la prise d'otage Cette prise d'otage et les révélations publiques d'autres actes criminels commis au sein de l'ARULa fouille des caches de l'ARU par la police et les aveux des militants arrêtés permettent la mise au grand jour de quatorze cadavres de membres du groupuscule victimes d'une purge interne sanglante commencée en (). jettent un discrédit général sur la mouvance d'extrême gauche et les mouvements étudiants. Dans le pays, les partis de droite, tirant profit de cette affaire, renforcent leur emprise sur l'espace politique japonais, la gauche est laminée, et la classe politique au pouvoir réaffirme la priorité de son projet de développement économique. La (le sort des défavorisés, le productivisme, la protection de l'environnement, la présence militaire américaine), placée au centre des débats publics par les manifestations de la fin des années 1960, est reléguée au second plan..

Devenir des preneurs d’otage Les cinq membres de l'ARU sont d'abord placés en détention provisoire dans une prison de Nagano.  Le plus jeune d'entre eux, Katō Motohisa, trop jeune à l'époque pour être pénalement poursuivi, est placé en maison de redressement le .. Les quatre autres terroristes sont incarcérés au centre de détention de Tokyo..

En 1973, les quatre preneurs d’otage, incarcérés à la prison de Tokyo, sont convoqués devant le tribunal du district de Tokyo où ils apprennent qu'un procès commun est prévu. La même année, Masakuni Yoshino et Michinori Katō obtiennent un procès séparé par l'intermédiaire de leur avocat..

En , cinq membres de l'Armée rouge japonaise, la branche internationale de l'ARU, prennent cinquante-trois personnes en otages dans les ambassades de Suède et des États-Unis à Kuala Lumpur, en Malaisie. Ils exigent, en échange des otages, une rançon et la libération de sept de leurs camarades détenus en prison à Tokyo, dont Kunio Bandō et Hiroshi Sakaguchi.. Le gouvernement japonais cède et fait libérer Kunio Bandō, qui quitte le Japon pour se réfugier en Libye.. Cependant, Sakaguchi décline l'offre de l'Armée rouge et reste en prison.. En , le nom et la photo de Kunio Bandō, , figurent toujours sur la liste des personnes recherchées par la police nationale japonaise..