Les élections fédérales suisses de 1854 se sont déroulées le . Ces élections permettent d'élire au système majoritaire les 120 députés, répartis sur 49 arrondissements électoraux répartis sur les 22 cantons, siégeant au Conseil national (chambre basse), pour une mandature de trois ans.

Ces élections se sont déroulées dans un climat violent accompagné de tensions où attentats politiques et pressions furent récurrentsPourquoi les élections tessinoises du Conseil national, en 1854, ont-elles été invalidées?, ch.ch, consulté le 11 juin 2015. Sous la puissance d'un État fédéral de plus en plus fort, des alliances contre-nature se créent entre Conservateurs catholiques et Radicaux de gauche afin de maintenir une certaine indépendance cantonale.

Comme pour les deux précédentes élections en 1848 et en 1851, ce sont les Radicaux (centre-gauche) qui remportent clairement ce scrutin, tant en nombre de sièges qu'en nombre de voix. Alors que les Libéraux (centristes) stagnent en nombre de sièges mais augmentent leur résultat en nombre de voix, toutes les autres tendances politiques perdent des voix et des sièges.

Dans tous les cantons, les élections au Conseil des États sont quant à elles toujours non régulées et certains cantons ont renouvelé leurs Sénateurs parfois plusieurs fois sur les trois années écoulées. Tout comme en 1848 et 1851, les Conseillers aux États sont toujours élus, nommés ou désignés par les Grands Conseils, et ce à des dates variables.

Ces élections ont débouché sur la Législature qui s'est réunie pour la première fois le .

Sur les hommes âgés de 20 et plus et ayant droit de cité, d'entre eux prirent part à ce scrutin, ce qui représente un taux de participation de 45,7 % (-7,9 %). Toutefois, ces chiffres ne tiennent pas compte la participation dans 6 cantons (AI, AR, GL, OW, NW et UR) où les conseillers nationaux furent élus par les Landsgemeinden cantonales respectives.

Législature 1854-1857

Les liens (et couleurs) renvoient sur les partis héritiers actuels de ces formations politiques d'antan. Certaines formations sont passées de gauche au centre-droit (GR et CL ⇒ PLR), d'autres de la droite au centre-droit (PCC ⇒ PDC) ou centre-gauche (DE ⇒ PEV). La Gauche Démocratique est restée à gauche aujourd'hui à travers les mouvements socialistes.

Formations («Partis»)SiglesTendances politiquesSièges au CNErich Gruner: «Die Wahlen in den Schweizerischen Nationalrat 1848–1919» Tome 1, Deuxième partie, p.632, Ed. Francke, Berne 1978, Sièges au CEBanque de données recensant les membres des conseils depuis 1848, Assemblée fédérale, consulté le 21 juillet 2015 Gauche Radicale GR Radicaux, Radicaux-démocrates, Gauche 82 14 Centre Libéral CL Libéraux, Modérés, Libéraux-démocrates, Centre 16 14 Parti catholique conservateur PCC Conservateurs catholiques, Droite 14 10 Droite Évangélique DE Conservateurs réformés, Droite 6 1 Gauche Démocratique GD Démocrates, Gauche 2 1 Divers Ind Divers - 2 Vacant - n/a - 2

Résultats au Conseil national dans les cantons Canton Total GD GR CL DE PCC 15px Zurich 13 1 11 - 1 - 15px Berne 23 - 18 (+3) 1 (+1) 4 (-1) 0 (-3) 15px Lucerne 7 - 4 1 - 2 15px Uri 1 - - - - 1 15px Schwytz 2 - 1 (+1) 0 (-1) - 1 15px Nidwald 1 - - - - 1 15px Obwald 1 - - - - 1 15px Glaris 2 - 2 (+1) 0 (-1) - - 15px Zoug 1 - - - - 1 15px Fribourg 5 - 0 (-5) 2 (+2) - 3 (+3) 15px Soleure 3 - 1 (-2) 2 (+2) - - 15px Bâle Campagne 2 0 (-1) 2 (+1) - - - 15px Bâle-Ville 1 - - 1 - - 15px Schaffhouse 2 - 1 (-1) 1 (+1) - - 15px Rhodes-Extérieures 2 - 2 - - - 15px Rhodes-Intérieures 1 - - - - 1 15px Saint Gall 8 - 7 1 - - 15px Grisons 4 - 2 (+1) 1 (-1) 1 - 15px Argovie 10 - 7 (+3) 2 (-1) - 1 (-2) 15px Thurgovie 4 3 (-1) 1 (+1) - - 15px Tessin 6 - 6 (+2)1 0 (-2) - - 15px Vaud 10 1 (-1) 9 (+4) 0 (-4) - - 15px Valais 4 - 2 - - 2 15px Neuchâtel 4 - 4 - - - 15px Genève 3 - 0 (-3) 3 (+3) - - 15px 120 2 (-1) 82 (+4) 16 6 (-1) 14 (-2) 1 La liste tessinoise remportant 6 sièges est une liste de fusion entre Radicaux de gauche et Catholiques conservateurs de droite.

Des élections invalidées au Tessin Alors qu'un mouvement de réconciliation est amorcé entre Catholiques conservateurs et Radicaux de gauche dans certains cantons afin de maintenir une certaine autonomie cantonale face à un état fédéral de plus en plus puissant, le Canton du Tessin envoie 6 députés issus d'une liste fusionnées entre ces deux formations. Cette liste de coalition, appelée «Fusionisti», fut considérée d'un mauvais œil par les autres Radicaux suisses et notamment par la Neue Zürcher Zeitung, journal d'obédience radicale qui écrivit à propos de ce résultat : «Du Tessin nous est parvenue hier soir une dépêche télégraphique qui relate le fait que l’opposition unie l’a emporté. Nous ne pouvons accorder aucun crédit à cette nouvelle. Le peuple ne saurait être stupide au point d’ignorer ses représentants les plus capables. Ce serait là devoir avaler une potion bien amère au moment des réjouissances.»

Prétextant, à juste titre, un vide juridique puisque rien ne permettait au niveau législatif la fusion de listes, la Chambre basse, majoritairement radicale, annula l’élection tessinoise du fait que le Gouvernement tessinois ne divulgua pas dans les temps impartis les résultats alors que des fraudes électorales ayant entaché le scrutin furent également exposées. En effet, l’article 4 de la «Loi fédérale concernant les élections au Conseil national» du Loi fédérale concernant les élections au Conseil national, Archives fédérales suisses, consulté le 10 juin 2015 et l’article 10 de la loi électorale tessinoise entraient en contradiction. Selon la loi fédérale, un électeur pouvait exercer son droit électoral uniquement dans son lieu de domicile alors que la loi électorale tessinoise permettait aux électeurs de voter dans chaque arrondissement électoral de son canton, source de fraudes possibles.

Les élus «Fusionisti» accusèrent le Gouvernement tessinois, dominé par les Radicaux, de tentative de déstabilisation. En réaction, des milices citoyennes armées, regroupées sous le nom de «Pronunciamento» renversèrent l'opposition et les «Fusionisti» notamment après la mort du radical Francesco De Giorgi, tué le à Locarno lors d'une rixe politique entre Radicaux et Fusionnistes. Une fois les élus Fusionnistes de 1854 déchus et les élections invalidées, de nouvelles élections dans les et électoraux furent organisées le et les Radicaux remportèrent les .

Cet épisode fut considéré comme un coup d'État ayant reçu l'aval des plus hautes autorités fédérales sous domination radicale.

Notes et références

Suisse fédérales 1854 Elections fédérales Catégorie:Octobre 1854