Fraternité mondiale, en anglais , est un mouvement civique, privé et transnational, initié par des Américains et créé en 1950 à Paris . Il a été actif essentiellement dans les années 1950, dans plusieurs pays du « monde libre ».
Origines
Fraternité mondiale est née de la volonté des animateurs américains de la (NCCJ, devenue plus tard la ) de s'implanter en Europe pour y diffuser leurs valeurs et principes et lutter contre l'antisémitisme au lendemain de la Seconde Guerre mondialeRaphaëlle Ruppen Coutaz, « L’Association européenne des enseignants (AEDE), l’Unesco et la pédagogie de la compréhension internationale dans les réseaux éducatifs pro-européens (années 1950-1960) », Relations internationales, 2020/3 n° 183, alors que l'Europe traverse à leurs yeux une .
Si la suggestion d'une organisation européenne avait été émise dès 1937, ce n'est qu'après le débarquement du que cette idée est reprise, notamment par le physicien et prix Nobel Arthur Compton. Ses promoteurs américains forment un Conseil international de chrétiens et juifs (International council of christians and jews) à partir de 1946/1947, tentent de former des conseils nationaux en Europe et appuient des conférences interreligieuses, notamment contre l'antisémitisme : conférence à Oxford durant l'été 1946, Conférence de Seelisberg (Suisse) en 1947, conférence de Fribourg (Suisse) en 1948. Le pasteur presbytérien Everett R. Clinchy, président de la NCCJ et du Conseil international de chrétiens et juifs, participe à ces conférences, mobilise ses soutiens américainsLettre de Clinchy au gouverneur Herbert H. Lehman, 3/11/1947, avec un en-tête du Conseil international de chrétiens et juifs, voyage en Europe, notamment en Allemagne en 1947 à l'invitation du général Lucius D. ClayLettre de Clinchy à Herbert H. Lehman, 21/8/1947, et rencontre des membres des élites françaises, italiennes, allemandes, belges, hollandaises, luxembourgeoises, suisses, autrichiennes et scandinaves qui lui apportent leur appui, tels l'Italien Vittorio Valletta, dirigeant de Fiat, ou le banquier français Emmanuel MonickJames E. Pitt, Adventures in brotherhood, New York, Farrar Straus and Company, 1955, "A time for recommitment, Jewish christian dialogue 70 years after war and Shoah", The International council of christians and jews and the University of FribourgAlexandre Safran, Juifs et chrétiens, La Shoah en héritage, Labor et fides, 1996, Lettre de Charles E. Hugues (un des fondateurs de la NCCJ) au secrétaire d'État, 31/10/1946, Lettre de Clinchy aux membres du board du NCCJ et à ses soutiens, 30/7/1948Christian Rutishauser, "The 1947 Seelisberg conference: the foundation of the jewish-christian dialogue", Studies in christian-jewish relations, vol. 2/, 2008.
Une conférence préparatoire a lieu en au Canada à Toronto avec Clinchy, Allen Dulles, Basil O'Connor, Howard Wilson pour les Américains, et Sidney Smith, président de l'Université de Toronto, Lady Eaton, Samuel Bronfman, John Hayes notamment pour les Canadiens The Canadian jewish review, 8 septembre 1950, .
Sa fondation s'inscrit aussi dans le contexte de la guerre froide. Les promoteurs américains de cette organisation s'opposent au modèle soviétique, fondé sur un matérialisme athée. Les dirigeants de la NCCJ bénéficient du soutien d'Américains bons connaisseurs de l'Europe et acteurs d'organisations luttant contre le communisme en Europe tels William Joseph Donovan, ancien chef de l'Office of Strategic Services (OSS) et dirigeant de l'American Committee on United Europe (ACUE), Allen Dulles, lui aussi ancien de l'OSS et autre dirigeant de l'ACUE, de la Central Intelligence Agency (CIA) en 1950 - le président de Fraternité mondiale reste en contact avec lui quand Dulles devient le directeur de la CIALettre d'Everett Clinchy à Allan W. Dulles, 8/4/1958, Ibid., 22/7/1959 -, Paul G. Hoffman, administrateur du Plan Marshall jusqu'en , membre du board de l'ACUE et président en de la Fondation Ford, John J. McCloyd, membre de la Haute commission alliée fondée en 1949 pour piloter le redressement de l'Allemagne, qui rejoint ensuite la Fondation FordDélégation auprès du Secrétariat d'État le 22 mars 1949 comprenant notamment Clinchy, Donovan et Dulles, Ludovic Tournès, « La diplomatie culturelle de la fondation Ford », siècle, 2002/4, , . Arthur H. Compton et d'autres appuis américains de World brotherhood (Henry Luce, Spyros Skouras) sont membres du conseil de l'Atlantic Union committee, fondé en 1949 et qui préconise la formation d'une fédération atlantique fondée sur une base démocratique pour promouvoir la paix, à l'instigation de Clarence StreitLe Monde, 13/5/1949, Atlantic union resolution et liste des membres du conseil en 1951.
Fondation à Paris en 1950
Le congrès fondateur a lieu à Paris au siège de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), du 8 au Paul Riat, « La Fraternité mondiale », Le Jura, 29 mai 1952. Il est présidé par Arthur H. Compton« LE PREMIER CONGRÈS INTERNATIONAL DE L'" ORGANISATION POUR LA FRATERNITÉ " », Le Monde, 8 juin 1950, .
Plus de 150 personnes de 12 nations, d'Europe (France, RFA, Italie, Royaume-Uni, Irlande, Suisse, Belgique, Pays-Bas essentiellement) et d'Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), y assistent. Parmi lesquels les Américains Henry Luce, patron des magazines Time et Life, Roger Williams Straus, co-chairman juif de la NCCJ depuis 1928 et chairman of the board de l'American smelting and refining CoFils de l'ancien secrétaire d'État au commerce Oscar Straus (homme politique), membre de la famille propriétaire des grands magasins Macy’s (notamment ses oncles Nathan et Isidor Straus), diplômé de Princeton, gendre du magnat des métaux non-ferreux Daniel Guggenheim (il a épousé sa fille Gladys en 1914), il est entré à l'American Smelting and Refining Company (firme minière possédée par la très riche famille Guggenheim) en 1914, a été assistant de son président Simon Guggenheim, vice-président, président en 1941 à la mort de Simon Guggenheim puis chairman of the board en 1947. Issu d'une famille démocrate, il est républicain et a été vice-président en 1944 du national republican committee. Il meurt en 1957., Thomas E. Braniff, président d'une compagnie aérienne et co-chairman catholique de la NCCJA sa mort en 1954, il est grand chevalier de l'Ordre de Malte, commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire et chevalier de l'ordre du Saint Sépulcre : Courrier de Genève, 13 janvier 1954., Kouras, patron de la 20th Century Fox, John Knight, éditeur du Chicago Daily News. Ainsi que le secrétaire général de l'UNESCO, les Français Paul Reynaud, qui souligna le fossé entre l’Ouest et l’Est, Emmanuel Monick, le recteur de l’Institut catholique de Paris, le Belge Paul-Henri Spaak, qui exhorte les socialistes et les chrétiens à , les Allemands de l'Ouest Ferdinand Friedensburg, maire de Berlin et Alfred Mayer, avocat juif de Wiesbaden, le Britannique sir Stanford Cooper, le Néerlandais Albert Plesman (président de KLM Royal Dutch Airlines), le Luxembourgeois Guill Konsbruck (DG adjoint de l'Arbed), le sénateur James G. Douglas d'Irlande, etc.
La conférence bénéficie du soutien du président américain Harry Truman, du général Lucius D. Clay, de Maurice Feltin, archevêque de Paris, du grand rabbin de Paris Isaïe Schwartz, du protestant Marc Boegner, du président de la RFA Theodor Heuss.
Selon Compton, rassemble .
La presse américaine évoque un et fait part du financement (), versé par de riches Américains, dont Nelson Rockefeller, un des soutiens du NCCJ, ou le compositeur juif Irving Berlin. Roger Straus déclare : .
Un organisme transnational
L'ONG est animée par le révérend Everett R. Clinchy, président administratif et président de la NCCJ, Arthur H. Compton (), Spyros P. Skouras, président de la 20th Century Fox (), Howard E. Wilson (). Le Belge Paul-Henri Spaak est (président d'honneur) et en relation avec des membres américains de l'ONGLettre de Paul-Henri Spaak, 1/11/1954.
La branche européenne, qui a son siège à Genève, est dirigée par l'Américain Willard Jonhson jusqu'en 1955 Los Angeles Times, 29 juin 1986., en tant que directeur. Elle est animée jusqu'en 1963 par le Suisse Pierre A. VisseurPierre-Arthur Visseur (1920–2019) devient en 1963 directeur adjoint pour la Fédération mondiale de la santé mentale., secrétaire général, qui fut le secrétaire de la conférence de Seelisberg et le secrétaire du Conseil international de chrétiens et juifs Cf. François Azouvi, Le mythe du grand silence: Auschwitz, les Français, la mémoire, Fayard, 2012, Paule Berger Marx, Les relations entre les juifs et les catholiques dans la France de l'après guerre ; 1945-65, Parole et silence, 2009, , « Was die Kirche lehrt, kann Antisemitismus fördern: In Seelisberg wurde nach dem Krieg der jüdisch-christliche Dialog vorbereitet », nzz.ch, 23 février 2021. Fraternité mondiale fait appel pour lui succéder au Belge René Timmermans, de l'Université catholique de Louvain« Un nouveau secrétaire à Fraternité mondiale », La Tribune de Genève, 19 avril 1963. La branche américaine est dirigée par Thomas E. Braniff, président de la Braniff international airways à Dallas, co-chairman, décédé en 1954Courrier de Genève, 13 janvier 1954, puis George B. McKibbin et enfin Margaret Grant, secrétaire générale.
Le comité européen est présidé par l'ancien ministre belge Albert de Smaele. En sont membres le Hollandais F. Bender, le Français Alphonse Dain, le Danois Per Federsiel, le Luxembourgeois Ernest-Claude Lévy, le Suisse Victor Loeb, l'Allemand Alfred Mayer, le Suédois Lars Wirstrom et l'Italien Zanetti-Bianco. Il s'est réuni à Paris en , en à Milan, en mai à Francfort, en novembre à Amsterdam, en à Berne, en mai à Turin Fraternité mondiale, Une année d'expansion, 1957.
Après son congrès inaugural, des sections sont fondées en Europe, notamment à Paris, Genève, Luxembourg (), Rome (, autour de 40 personnalités), Brême, Hambourg, Stuttgart, WiesbadenBulletin BGO/ONG, octobre 1952, G. Ciraolo, « Fraternité mondiale », , Bulletin d'information Fraternité mondiale, octobre 1954, Bulletin d'information du grand-duché du Luxembourg, ministère d'État, juillet 1950, . Paul Reynaud parcourt les États-Unis en 1951 pour présenter la nouvelle ONGToledo Blade, 11/2/1951. Les dirigeants américains du mouvement (Clinchy et Braniff) viennent en Europe en 1952, notamment à Paris - Clinchy estime alors que Fraternité mondiale sert de Lettre de Monick et du colonel Solborg, 1/10/1952, Ibid., 16/10/1952, en 1954 à BonnThe canadian jewish review, 23/7/1954, à Genève, en 1951Journal du Jura, 25 juin 1951, 1952« Un grand déjeuner de la Fraternité mondiale », La Tribune de Genève, 13 septembre 1952, 1956« Réception à la Fraternité mondiale », La Tribune de Genève, 19 septembre 1956, 1958« Passage à Genève du président de Fraternité mondiale », Courrier de Genève, 26 novembre 1958.
Le mouvement s'élargit à l'Asie, à partir de bureaux à Honolulu et grâce à une subvention de la Fondation Ford, puis à l'Afrique du Nord.
À la fin des années 1950, ses sièges se situent à Genève, New York et Honolulu.
Sont à la fin des années 1950, Arthur H. Compton, Spaak, le chancelier de la RFA Konrad Adenauer, Carlos Peña Rómulo, des Philippines, ancien président de l'Assemblée des Nations unies, et la diplomate indienne Vijaya Lakshmi PanditLettre d'Everett Clinchy à Allan W. Dulles, 8/41958, Ibid., 22/7/1959, New York times, 5/2/1956.