L’École nationale des eaux et forêts (ENEF) est une école forestière fondée à Nancy en sous l’appellation École royale forestière. Elle change de nom en suivant les différents régimes politiques et devient École nationale des eaux et forêts par décret du . En elle fusionne avec l’École nationale du génie rural pour créer la grande École nationale du génie rural, des eaux et des forêts (ENGREF), devenue en école interne d'AgroParisTech.
Historique L’école forestière est une nécessité demandée par les forestiers de renom comme Jacques-Joseph Baudrillart afin de recenser les pratiques forestières, avoir une culture générale supérieure, un vocabulaire forestier commun et enfin pratiquer scientifiquement la recherche.
Création L’École royale forestière est créée le par ordonnance, dans une région forestière bénéficiant des vastes forêts de Nancy, des Vosges lorraines et saônoises ainsi que de la proximité des forestiers allemands accomplis qui ont déjà des écoles forestières (dont l'académie forestière créé en à Tharandt par Heinrich Cotta puis installée à Dresde) et des publications professionnelles.
Le premier directeur de l’école forestière, Bernard Lorentz (1774-1865), est nommé le . Son ami Adolphe Parade (1802-1864) lui succède de à .
L’école commence dans la rue bien-nommée rue des Jardins, actuellement rue Drouin, puis déménage en rue Girardet où l’on peut encore voir le portail de l'École nationale des eaux et forêts.
En , son nom devient École impériale forestière ; en , École nationale forestière puis à la fin du , par décret du , École nationale des eaux et forêts.
Évolution Par ordonnance du , l’école peut recruter des polytechniciens et par un décret du , elle est également école d’application de l’Institut national agronomique (INA).
Durant la même année, la recherche forestière française voit le jour par un arrêté du qui crée la Station de recherche et d’expériences. La station de recherche s’installe à Nancy, dans l’École forestière. thumb|Association des instituts de recherches forestières à Eberswalde en 1892 prélude à l'IUFRO La collaboration entre l'école forestière et la station de recherche aboutit en à la création de l’Union internationale des instituts de recherches forestières (IUFRO) avec les forestiers allemands, suisses et autrichiens. De nos jours la recherche forestière de l’IUFRO est devenue mondiale et l’institut affiche ses racines datant de .
Impact international L’école forestière est sollicitée pour former des étudiants étrangers et participe également dans les pays étrangers en envoyant en tant qu'experts ses professeurs et anciens élèves. L'école a, de plus, formé un important contingent de futurs dirigeants forestiers internationaux. En effet, la scolarité était gratuite pour les élèves libres étrangersBOIVIN, Emmanuel : Le congrès foretier international de 1913 in HIRBEC, P., HANNEQUART, F., TAILLARDAT, J. coord., 2013. Histoire et traditions forestières - Colloque - 2013 - Les Dossiers Forestiers , Office national des forêts, 243 p. . : Afrique du Sud : Médéric de Vasselot de Régné, formé à l'école de Nancy, premier superintendant du « Water en Bosbou Direktoraat » sud-africain (Direction des Eaux et Forêts). Australie : , formé à l'école fut le créateur du Code Forestier d'Australie Occidentale, le premier superintendant du Département des Forêts d'Australie Occidentale, le créateur de l'Australian Forestry School à Canberra et le premier inspecteur général des forêts de la fédération d'Australie. Belgique : Des élèves belges sont inscrits à l'école forestière avant la création de l'école forestière belge. Empire britannique : , servit successivement en Inde (10 ans), Afrique du Sud (23 ans), Afrique de l'Est britannique (3 ans, où il prit sa retraite après avoir servi comme Conservateur en chef des forêts). Pendant sa retraite, il explora les forêts de la région du Mont Kenya, celles de Chypre, d'Australie, ainsi que de Nouvelle-Zélande. États-Unis : le premier chef de l'United States Forest Service (USFS), Gifford Pinchot a été formé à l'ENEF de Nancy. Royaume-Uni : Augustine Henry, botaniste irlandais et sinologue, auteur notamment de Trees of Great Britain and Ireland (1907–13) en sept volumes. Turquie : Intervenants tous formés à l'école forestières : Adolphe Bricogne, Frédéric Chervau, Eusèbe Galmiche, Eugène Godchaux, Gérard de Montrichard, Charles Simon, Alexandre Stheme, Louis Tassy. À partir de ce sont les Turcs qui sont venus étudier à l'école forestière avant la création définitive de l'école turque. Bosnie, Bulgarie, Asie Mineure Japon : Hokkaï Takashima Indes anglaises avec James Sykes Gamble, botaniste anglais spécialisé dans la flore du sous-continent indien. Expositions universelles : l’école participe à plusieurs expositions universelles, avec le concours actif du professeur Auguste Mathieu (1810-1890), en , , et . Lors du centenaire de l'École nationale des eaux et forêts, de nombreux témoignages écrits parviennent d'Italie, Norvège, Suisse...
Enseignement L'enseignement défini en va évoluer en fonction des techniques et des références forestières. Ainsi l'allemand est obligatoire pour consulter les ouvrages professionnels à la création de l'école par la suite les langues étrangères sont plus variées.
Les étudiants de l’École des Eaux et Forêts de Nancy étaient tous issus de familles aisées car l'inscription à l'école était subordonnée jusqu'en au paiement d'une pension annuelle comprise entre et et à l'achat de l'uniforme
thumb|Élève-officier de l'École royale forestière de Nancy en uniforme d'agent, casquette du modèle de l'École de Tharandt (Saxe) et couteau de chasse vers 1843. En , pendant la Restauration une ordonnanceOrdonnance pour l'exécution du Code forestier du août 1827. règle l'uniforme des élèves : rang de garde à cheval ; chapeau français avec ganse en argent ; habit de drap vert boutonné sur la poitrine, deux légers rameaux de chêne de la longueur de et un gland brodé en argent de chaque côté du collet ; boutons de métal blanc portant les mots « École royale forestière » ; gilet blanc ; pantalon de drap vert ; couteau de chasse (dague) à quillons contrariés et à tête de lion, d'un modèle identique à celui de la Vénerie royale de Charles X, mais avec l'inscription « École forestière » sur la lame.
L'année du coup d'état et pendant le cours de l'année suivante instituant le Second Empire, le Ministre des finances institua une commission pour déterminer l'uniforme de tous les fonctionnaires de son département. Cette commission prévoyait des changements considérables dans l'uniforme. Le décret règlementaireDécret du Président de la République du 17 novembre 1852 fixant le costume des fonctionnaires et agents du ministère des Finances et des administrations qui en dépendent. fut rendu et publié par une circulaireCirculaires du 8 juin 1853 et du 8 août 1853 fixant le costume des fonctionnaires et agents du ministère des Finances et des administrations qui en dépendent. qui contenait comme annexe une planche indiquant la forme de la poignée d'épée et une autre donnant le dessin des broderies.
Pour tous les services sont édictés des dispositions générales pour les agents (officiers) avec des spécificités pour l'École impériale des forêts : habit de drap vert foncé, coupé droit sur le devant en forme de frac, et garni de neuf boutons en métal bombés, portant un aigle en relief sur un fond mat, et au-dessus l'indication spéciale du service (métal argent portant l'aigle couronné avec l'exergue « École Impl forestière ») ; broderies en argent (composées de branches de chêne) ; gilet blanc, coupé droit, garni de 6 boutons en argent ; pantalon en casimir blanc pour la grande tenue et en drap vert pour la petite tenue, avec galon de en argent broché sur les côtés ; casquette du modèle de l'École de Tharandt ; couteau de chasse à deux quillons à têtes d'aigles, avec l'abeille sur le pommeauLavauden, Louis, Recherches rétrospectives sur les insignes et les marques distinctives de l'Administration des eaux et forêts en France, Revue des eaux et forêts..
La VellédaVelléda fut une druidesse et prophétesse gauloise qui contribua à l’insurrection de la Gaule du Nord contre l’empereur Vespasien (en 70). Elle est devenue la patronne des forestiers et elle a donné son nom à leur fanfare sonnée à la trompe et écrite en 1870 par les élèves forestiers de Nancy. ou Fanfare des Forestiers, composée en par les élèves officiers de l'École forestière de Nancy est sonnée de nos jours pour commémorer les chasseurs forestiers tombés pendant la guerre mondiale ou à l'occasion de la Saint-Hubert (saint patron des forestiers), ainsi que pour commémorer les sapeurs-forestiers lors de la mondiale, qui, bien que relevant du Génie portaient un cor de chasse écarlate sur fond noir au col.Fichier:La Velleda ou Fanfare des Forestiers.ogg
Lors du passage des élèves officiers (les « fagots ») devant le jury de fin d'études, on sonnait La Royale. Il est à noter la grivoiserie des paroles que tous les élèves se devaient de connaître : La Royale (chant, fanfare forestière)Voyez donc comme il bande, C'est un vieux dix-cors qui a sailli bien des fois. En passant sur les brandes, Avec ses deux biches ou bien trois. Ah ! Que je voudrais être Aussi bon que lui aujourd'hui, au déduit. Je ne fais que paraître, Je bande mou quand je tire mon petit coup. Fichier:La Royale.ogg
Les codes de la législation forestière 1827 Matières enseignées sur deux années : sciences forestières ; sciences naturelles appliquées aux forêts ; législation et jurisprudence forestière ; mathématiques appliquées ; art militaire ; dessin ; langue allemande. Enseignants : 1 professeur d'histoire naturelle ; 1 professeur de mathématique ; 1 professeur d'économie, législation et jurisprudence forestière ; 1 maître de dessin ; 1 maître de l'allemand.
École de cadre militaire du Corps des chasseurs forestiers 1890 thumb|Élève de l'École forestière de Nancy en uniforme tel que défini en 1889. En , la tenue de ville des élèves de l'École forestière de Nancy est réglée ainsi qu'il suitArrêté ministériel du 12 octobre 1889.: tunique-jaquette : en drap vert foncé, collet droit avec cor de chasse brodé en cannetille d'argent à chaque angle, 2 rangées de 5 boutons chacune sur le devant, en argent uni, de forme sphérique, pattes à la soubise marquant la taille par derrière, attentes en argent sur les épaules ; pantalon : drap gris en hiver et de satin de laine de même couleur en été, garni d'une double bande, avec sous-pieds, conforme au modèle prescrit pour l'uniforme des agents ; képi : monté sur carcasse en plume, avec visière carrée et doublée, ou képi souple avec visière rabattue et doublée, cor de chasse brodé sur le bandeau et fausse jugulaire en argent, le haut du bandeau garni d'un galon d'argent en lézarde de sur les coutures verticales du turban, nœud hongrois d'un seul brin sur le calot ; sabre : droit à fourreau et garde d'acier, dragonne en cuir verni, ceinturon à bélière en cuir verni noir, doublé en maroquin vert et piqué avec boucle argentée, se portant sous la jaquette ; gants de castor. La tenue de travail est réglée ainsi qu'il suit : veston demi-ajusté, passepoilé couleur du fond, croisant sur la poitrine et garni de 10 boutons demi-grelots en argent, 5 de chaque côté, collet droit, pattes d'épaules en drap ; pantalon comme pour la grande tenue ; casquette d'uniforme, avec cor de chasse au bandeau ; col liseré de blanc ; vêtement de dessus : capote-manteau en drap vert, collet rabattu, avec cor de chasse brodé en argent (modèle des officiers de d'infanterie) ; rotonde à capuchon, ayant la longueur des manches de la capote. thumb|M. Carreau, clairon - sonneur de cor de l'École Forestière de Nancy en 1897. La tenue de travail ne sera jamais portée en dehors de l'école, sauf dans les excursions sur le terrain d'instruction.
Les élèves doivent se montrer constamment revêtus de l'uniforme.