Les accords de Bretton Woods, issus de la conférence de Bretton Woods qui se tient au Mount Washington Hotel, à Bretton Woods, dans le New Hampshire aux États-Unis, du au , sont des accords économiques dessinant les grandes lignes du système financier international de l'après-Seconde Guerre mondiale.
Les accords établissent un système monétaire international centré sur le dollar américain, convertible en or à taux fixe (35 dollars l'once), avec des monnaies nationales à taux de change fixes mais ajustables, encadrés par le FMI et la Banque mondiale pour favoriser la stabilité économique et la reconstruction post-Seconde Guerre mondiale. Ce système prend fin en 1971 lorsque les États-Unis, confrontés à une accumulation massive de dollars à l'étranger et à une pénurie de leurs réserves d'or, suspendent la convertibilité du dollar en or, marquant le passage à un régime de changes flottants officiellement acté en 1976. La crise du système était liée au dilemme de Triffin : l'excès de dollars en circulation, nécessaire au commerce mondial, a fini par rendre impossible leur couverture en or.
Présentation
L'objectif principal des accords de Bretton Woods est de mettre en place un système monétaire international stable et de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre. Ils sont signés après trois semaines de débats entre représentant l'ensemble des alliées. Une délégation soviétique est également présente.
thumb|Harry Dexter White (à gauche) et John Maynard Keynes en 1946. Ils furent les acteurs de la conférence tenue à Bretton Woods.
Les deux principaux protagonistes de cette conférence ont été John Maynard Keynes, qui dirigeait la délégation britannique, et Harry Dexter White, assistant au secrétaire au Trésor des États-Unis, qui ont tous deux préparé un plan d'ensemble. Le plan Keynes est ébauché dès 1941 et préparait un système monétaire mondial fondé sur une unité de réserve non nationale, le bancor. La partie américaine mettait en avant le rôle de pivot du dollar américain et proposait plutôt de créer un fonds de stabilisation construit sur les dépôts des États membres et une banque de reconstruction pour l'après-guerre.
Finalement, c'est la proposition de White qui prévaut, organisant le système monétaire mondial autour du dollar américain, avec un rattachement nominal à l'or.
Deux organismes voient le jour lors de cette conférence, et sont toujours en activité : la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) aujourd'hui connue sous le nom de banque mondiale et composée de quatre autres institutions qui sont : l'Association internationale de développement (IDA) créée pour lutter contre la pauvreté en apportant des aides, des financements et des conseils aux États en difficulté, la Société Financière Internationale (IFC), l'Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) et le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) ; le Fonds monétaire international (FMI).
Un troisième organisme aurait dû être créé, chargé du commerce international. Mais en l'absence d'accord, il ne verra le jour qu'en 1995 avec la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) après les cycles de négociations de l'accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).
Contexte historique Étalon-or jusqu'à la guerre de 1914 thumb|Balance commerciale aux États-Unis (1895-2015). thumb|Productivité et rémunération horaire réelle aux États-Unis (1948-2013). Depuis la révolution industrielle, le système monétaire international est essentiellement fondé sur l'or. Toutes les monnaies ne sont pas convertibles mais compte tenu des sphères d'influence et du rôle déterminant de la livre sterling, l'étalon-or permet un grand développement du commerce international et des échanges sans crise majeure.
Cet étalon-or permet d'assurer une confiance dans les monnaies émises en billets jusqu'aux deux Guerres Mondiales qui induisent un financement massif des États par la création monétaire, ou « planche à billets », ce qui crée de l'inflation et donc une défiance devant la monnaie en billets. Dans les cas extrêmes du début du , la parité or-billets est abandonnée et provoque de l'hyperinflation.
Pour John Maynard Keynes, l'étalon-or n'est pas un système autorégulateurSkidelky, 2000, p. 183. mais dépend de la volonté politique de respecter ses règles et aussi de la capacité d'un pays puissant à les faire appliquer. Or après 1914 l'Angleterre n'a plus les moyens d'assumer ce rôle et les États-Unis n'en ont pas le désir. Par ailleurs, l'étalon-or fait reposer l'ajustement sur les pays qui ont des balances de paiement déficitairesSkidelsky, 2003, p. 676.. Or, Keynes — et c'est un de ses objectifs à Bretton Woods — veut que le rééquilibrage soit assumé à la fois par les pays déficitaires et par les pays excédentaires.
Difficultés de l'après Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale crée des pertes matérielles et humaines considérables qui ont des conséquences économiques majeures. L'endettement s'est considérablement accru. Beaucoup de pays ruinés n'ont plus d'or. Beaucoup de monnaies sont inconvertibles. Une première historique de flottements des monnaies s'instaure de facto qui a parfois des conséquences extrêmement fâcheuses comme l'épisode d'hyperinflation allemand.
Les accords de Gênes de 1922 créent un système d'étalon de change-or qui permet aux États d'émettre de la monnaie non plus en contrepartie d'or mais de devises convertibles en or. Ce système s'avère instable. Précédemment, Londres garantissait le système. Plusieurs places sont ensuite en concurrence, chacune prétendant présenter la meilleure garantie de remboursement en or. Le système monétaire international s'en trouve fragilisé à la veille de la plus grande crise économique du .
Panique générale suivant la crise de 1929
La crise boursière puis bancaire qui frappe les États-Unis provoque l'explosion du système d'étalon change-or, chaque pays cherchant son salut dans des mesures de protection nationale.
En 1931, l'Allemagne établit un contrôle total des changes, la Grande-Bretagne suspend la convertibilité de la livre en or et crée la zone sterling, le Japon suspend la convertibilité du yen en or et instaure un contrôle total des changes. En 1933, les États-Unis suspendent la convertibilité de leur monnaie en or et créent une Zone dollar. En 1934, ils dévaluent de plus de 40 % le dollar par rapport à l'or. La France abandonne la convertibilité du franc en or en 1936.
En dépit de tentatives d'entente entre pays et notamment de certains pays européens pour constituer un « Bloc-or », c'est la mort du système de l'étalon change-or de Gênes, une des causes de l'ampleur et de la durée de la crise de 1929. Des politiques nationales incohérentes transforment une récession économique survenue aux États-Unis en dépression économique mondiale.
Les politiques des différents gouvernements de l'époque, utilisant les dévaluations monétaires pour améliorer la compétitivité de leurs exportations en vue de réduire le déficit de leurs balances commerciales, accélérèrent les spirales déflationnistes et eurent pour suite une plongée des revenus nationaux, un rétrécissement de la consommation, un chômage de masse et un déclin global du commerce international. Les échanges commerciaux devinrent alors limités à des échanges entre zones ou pays utilisant la même monnaie (échanges entre des pays et leurs colonies par exemple). Cela eut pour effet d'entraver les flux financiers internationaux et de limiter les investissements, prolongeant d'autant la sous-activité générale.
Poser les bases économiques d'une paix durable Les économistes américains qui ont bâti le système de Bretton Woods étaient profondément marqués par les écrits de Keynes et d'autres auteurs pour lesquels le traité de Versailles avait échoué parce que ses soubassements économiques étaient inadéquatsMarkwell, 2006, p. 255.. Pour eux, Woodrow Wilson, en établissant la Société des Nations, ne s'était occupé que des problèmes politiques et avait oublié que la paix dépendait également des questions économiques. En 1945, Henry Morgenthau, le ministre des finances de Franklin Delano Roosevelt, déclare à ce sujet : .
Objectifs américains de la conférence de Bretton Woods
Lorsque les perspectives de victoire se précisent, les Alliés réfléchissent à un nouveau système permettant d'éviter d'une part les secousses monétaires internationales qui avaient suivi la Première Guerre mondiale et d'autre part les erreurs qui avaient transformé la crise de 1929 en grande dépression. Politiquement, les États-Unis craignent que les pays européens ayant le plus souffert de la guerre deviennent des lieux de révolte et offrent un terreau au communisme et au socialisme.
L'économie des États-Unis sort de la guerre confortée dans sa position d'économie la plus puissante au monde avec une industrie en croissance rapide et ayant accumulé de nombreux capitaux. Les États-Unis n'avaient pas été touchés par les ravages de la guerre et s'étaient enrichis en vendant des armes aux autres Alliés et en leur prêtant des fonds. La production industrielle de 1945 a doublé par rapport à ce qu'elle était juste avant la guerre. En revanche, l'Europe et l'Extrême-Orient sont ruinés militairement et économiquement.
Au sortir de la guerre, les États-Unis disposent de la plus grande partie des capitaux mondiaux et dominent la production manufacturière et les exportations. Ils produisent la moitié du charbon, les deux tiers du pétrole et plus de la moitié de l'électricité au niveau mondial. Ils sont en mesure de produire de grandes quantités de navires, d'avions, de voitures, de produits chimiques, d'armes et d'autres produits manufacturiers. De plus, deux tiers des réserves mondiales d'or sont détenues par les États-Unis.
Les États-Unis décident donc d'organiser en 1944 une conférence dont le but est de créer un système monétaire capable de fournir un cadre solide à la reconstruction et à l'expansion économique du « monde libre », en faisant des États-Unis et du dollar les piliers de la nouvelle architecture économique. Ils vont jouer respectivement les rôles que jouaient le Royaume-Uni et la livre avant la guerre de 1914.
Représentants des États à la Conférence 44 États sont représentés. Certains États sont absents (comme l'Allemagne ou le Japon); la France est représentée par un gouvernement provisoire en Algérie.
La conférence était composée de trois commissions : la première, menée par Harry Dexter White (États-Unis), travaillant sur le FMI, la seconde par John Maynard Keynes (Royaume-Uni), sur la BIRD (Banque mondiale), et la troisième, menée par Eduardo Suarez (Mexique), travaillant sur les autres outils de coopération financière internationale.
Parmi les nombreux représentants, les négociateurs incluaient en outre : Leslie Melville (Australie) ; Mikhail Stepanovich Stepanov (URSS) ; Kong Xiangxi (Chine) ; Pierre Mendès France (France) ; Chintāman Dwārakānāth Deshmukh (Inde) ; Guido Carli (Italie) ; Víctor Urquidi (Mexique).
Apports de l'Accord Système monétaire international
Le retour à l'étalon-or semble impossible à certains. Les représentants des États créent un Gold-Exchange Standard fondé sur une seule monnaie, le dollar américain : toutes les monnaies sont définies en dollar et seul le dollar est défini en or. Le rattachement à l'or, sur la base de américains l'once d'or, suppose qu'il n'y aura pas de dérapage incontrôlé de la part des États-Unis et qu'ils chercheront à maintenir la valeur « réelle » de leur monnaie.