Sonia Delaunay, née Sophie Stern ou bien Sara Illinichtna SternSur trois biographies en français, on trouve comme nom de naissance : Sophie Stern dans le livre : , dans l'autre livre : , et dans le troisième : . Cependant, l'article de Evguénia Pétrova mentionne, dans l'ouvrage : , le nom de naissance Sara Illinichtna Stern. Il est donc nécessaire de respecter les deux versions. le à GradizhskEt non à Odessa, contrairement à ce que l'on retrouve dans plusieurs notices biographiques. (en Ukraine, alors dans l'Empire russe) et morte le à ParisArchives en ligne de Paris, arrondissement, année 1979, acte de décès , cote 7D 287, vue 3/10., est une artiste peintre française d'origine ukrainienneL'Ukraine faisait alors partie de l'Empire russe, dont elle était donc sujette. Elle revendique une origine ukrainienne dans sa biographie, où sa ville natale est bien orthographiée Gradzihsk, et ne mentionne pas sa judéité, qui sera secondaire dans sa vie : Sonia Terk se considérait cependant avant tout comme française et, plus encore, comme parisienne : — Sonia Delaunay, propos recueillis par Jacques Damase en 1978..

Adoptée par un oncle maternel, Henri Terk, dont elle prend le nom, elle étudie assez peu les beaux-arts : le dessin à Karlsruhe pendant deux ans, puis à Paris à l'Académie de la Palette dans le quartier du Montparnasse. Elle a été naturalisée française grâce à un premier mariage (blanc) avec Wilhelm Uhde en .

Après une période fauve que lui ont sans doute inspirée Vincent van Gogh et Paul Gauguin, elle invente, avec son second mari, Robert Delaunay, une forme de peinture qu'Apollinaire définit du terme vague d'orphisme, qui ne correspond à aucune tendance réelle. Sonia et Robert Delaunay ont surtout travaillé ensemble sur la recherche de la couleur pure et du mouvement des couleurs simultanées, une tendance qui a inspiré d'autres peintres après eux, notamment Fernand Léger et Jasper Johns.

De plus en plus orientée vers l'art abstrait au fil des années, elle crée en 1946 le Salon des réalités nouvelles uniquement pour promouvoir l'abstraction.

Elle laisse derrière elle une œuvre abondante qui comprend aussi des tissus imprimés, des livres d'artistes, des robes de haute couture dont la célèbre robe de Nancy Cunard. Sa première œuvre textile étant une couverture pour son fils Charles.

Les avis sont partagés sur l'appréciation de son œuvre textile. Michel Seuphor pense qu'on l'a peut-être trop cantonnée dans la mode : C'est d'ailleurs lui qui, en ramenant l'essentiel de l'œuvre de Sonia Delaunay à son travail textile, a en fait disqualifié sa peinture, ainsi que le reconnaît Anne MontfortAnne Montfort est commissaire de la rétropective Sonia Delaunay au Musée d'art moderne de la ville de Paris en 215. Dans une appréciation plus récente, Jacques Damase rappelle que les motifs inventés sur tissus par Sonia Delaunay ont induit une inspiration nouvelle dans la peinture : , et que les tissus sont encore source d'inspiration pour toute une génération de jeunes peintres.

Toujours associée à son mari Robert dans la peinture, la mode, ou des aventures monumentales comme la fresque destinée au Palais des chemins de fer pour l'Exposition internationale de 1937, elle est souvent exposée avec lui au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, auquel elle a fait plusieurs donations. Si de nombreux musées dans le monde possèdent ses toiles, la majorité d'entre elles a été partagée en France entre le musée de Grenoble, le Musée d'art moderne de la ville de Paris, le Centre Pompidou, et la Bibliothèque nationale de France.

Biographie Enfance et formation Sonia Ilinitchna Stern naît dans une famille juive ukrainienne. Elle décrit sa famille en ces mots :

À l'âge de cinq ans, Sonia Stern est adoptée par son oncle Terk qui est avocat à Saint-Pétersbourg, à la demande de son oncle lui-même. La mère de Sonia Stern n'a tout d'abord pas accepté l'adoption complète, elle a seulement confié à Henri Terk l'éducation de l'enfant dès l'âge de trois ans. Deux ans plus tard, définitivement adoptée par les Terk, Sonia Terk vit dans un milieu cultivé. Elle passe ses vacances en Finlande où l'oncle a une maison, en Suisse, en Italie, en Allemagne.

vignette|droite|Bal du moulin de la Galette que Sonia découvre dans le livre de Julius Meier-Graefe. Dans ce milieu où il est de bon ton de parler français, ou allemand, l'enfant, puis la jeune fille, découvre une certaine forme de luxe, avec des serviteurs, mais aussi les arts. Son oncle possède une belle collection de tableaux qui attire l'attention de Sonia Terk. C'est son professeur de dessin du lycée de Saint-Pétersbourg qui conseille à sa famille de l'envoyer étudier à Karlsruhe. Elle arrive en Allemagne en 1903 et étudie le dessin avec le professeur Ludwig Schmid-Reutte pendant deux hivers. Au cours de ses vacances en Finlande, elle découvre le livre de Julius Meier-Graefe consacré à l'impressionnisme

Quand elle arrive à Paris en 1905, Sonia Terk a à peine vingt ans. Elle s'installe dans une pension au quartier latin avec quatre jeunes filles russes. Elle suit les cours de l'Académie de la Palette, à Montparnasse, où enseignent cinq maîtres néo-classiques : Charles Cottet, Edmond Aman-Jean, George Desvallières, Lucien Simon et Jacques-Émile Blanche, qui corrigent l'un après l'autre les toiles des élèves, ce qui, selon Sonia Terk, crée une confusion dans l'esprit des étudiants.

Elle préfère donc s'en écarter. Elle travaille seule, et elle part à la découverte de Paul Gauguin, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard et André Derain qui sont exposés dans une galerie proche de La Madeleine : la galerie Bernheim. Ces peintres ont fondé un nouveau style : le fauvisme qui l'enthousiasme, mais qu'elle veut dépasser. Selon Jacques Damase,

Sonia Terk se considérait avant tout comme française et, plus encore, comme parisienne

Période fauve et rencontres Son premier tableau, Philomènevoir Philomène (1907), a fait partie de l'exposition Le Fauvisme ou l'épreuve du feu au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, en 1999-2000. C'est une huile sur toile, de conservée au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, Paris aux couleurs fortes, cernées de noir. L'œuvre est classée par Evguénia PétrovaMadame Pétrova était en 2000, vice-directeur du Musée national russe de Saint-Pétersbourg, Collectif fauvisme, section Le fauvisme et les sources folkloriques du primitivisme russe, , dans le « pré-fauvisme » naturel de la peinture russe « dont les orientations sont peut-être encore plus sauvages que ce que l'on observe chez les fauves ».

Alors que les fauves étaient dénoncés par le critique d'art Louis Vauxcelles (inventeur du mot fauve) au Salon d'automne de 1905, Sonia Terk, elle, trouve que les fauves ne vont pas assez loin, en particulier Pierre Matisse, dont elle considère que les œuvres sont un .

La période fauve de Sonia Terk est très importante. Elle y laisse éclater son goût des couleurs vives comme dans Jeune fille endormievoir Jeune fille endormie (1907, huile sur toile et support bois, , Centre Pompidou), ainsi que dans le Nu jaune (1908, huile sur toile , conservée au Musée des beaux-arts de Nantes). Dans ses Cahiers inédits, Robert Delaunay dit de cette peinture éclatante :

Sa force de la couleur lui permet de déborder tous les enseignements académiques ou théoriques par un besoin incompatible avec les formules, par cette fougue anarchique qui se transforme par la suite en force ordonnée.

Ces couleurs vont réveiller, plus tard, la tendance sombre dans laquelle Robert s'enferme avec ses tours Eiffel (1909-1910). Sous l'influence de Sonia Terk, il se relance dans des couleurs plus franches, avec des tableaux comme Les Fenêtres, puis L'Équipe de Cardiff et les formes circulaires de Soleil.

Pendant les années 1907-1908, Sonia Terk prend également des leçons de gravure avec le peintre Grossman qui habite l'Île Saint-Louis et qui lui présente le collectionneur et galeriste allemand, Wilhelm Uhde. C'est dans la galerie de Uhde, rue Notre-Dame-des-Champs qu'elle va rencontrer par la suite Robert Delaunay.

En 1908, Sonia Terk a sa première exposition personnelle à la galerie Uhde. Wilhelm Uhde et elle décident de faire un « mariage amical » (mariage blanc). Ils se marient à Londres le .

À partir de cette période, elle réalise ses premières « tapisseries-broderies », et, à la galerie Uhde, elle rencontre, outre Robert Delaunay, Pablo Picasso, André Derain et Georges Braque. Dans le moment-même où, selon Robert, on était , Sonia Terk opère en 1909, une brisure avec ses tapisseries au point passé, qui apportent, dans leurs moyens expressifs, une délivrance à perspective très proche.

Sonia, Robert, et Charles vignette|droite|redresse|Rue des Grands-Augustins où Sonia et Robert Delaunay ont eu leur atelier jusqu'en 1935.|alt=Une rue parisienne étroite avec des immeubles de deux à quatre étages. Ayant divorcé de son premier mari, Sonia Terk épouse Robert Delaunay le à la mairie du de Paris.. Le couple s'installe au 3 rue des Grands-Augustins où il garde un atelier jusqu'en 1935. Le , naît leur fils Charles. Le couple vit dans un enthousiasme bouillonnant : la naissance du bébé ne les empêche pas de créer, l'enfant étant, selon Sonia Delaunay, très calme. Robert et elle peuvent travailler librement..

Pendant les premières années du mariage, le couple mène une vie très au-dessus de ses moyens, et dépense le double de ses revenus. Une tante de Sonia Delaunay lui verse une petite rente ; la mère de Robert, qui en avait promis autant, ne peut le faire, car elle n'a plus un sou. Cela ne les empêche pas de recevoir beaucoup de gens, des poètes, des peintres et en particulier Madame Epstein qui leur fait connaître Vassily Kandinsky..

Dans son autobiographie, Charles Delaunay écrit, à propos de cette période :

En 1911, Sonia Delaunay réalise sa première œuvre abstraite avec du textile. C'est une couverture pour son fils Charles : un assemblage de coupons de diverses couleurs vives, dans la tradition ukrainienne. Elle joue ici avec les couleurs des tissus comme dans sa peintureJean-Louis Ferrier, Yann Le Pichon (1988), ..

Par ailleurs, Sonia Delaunay continue à jouer avec les couleurs pour des collages, des reliures de livres en papier appliqués et en déchets de tissusConférence BNF.. Elle peint aussi des coffrets, des abat-jour et des voilettes simultanées, tandis que Robert commence à appliquer la théorie de Chevreul (le contraste simultané des couleurs), à sa peinture..

Apollinaire dit, à propos du couple : Sonia Delaunay considère qu'il n'exagérait pas : Apollinaire a donné au mouvement pictural fondé par les Delaunay en 1911 le nom d'orphisme. Il semble qu'Apollinaire n'ait pas bien mesuré le sens de ce qu'il voyait.

Œuvre 1912-1917 Peinture et objets Au printemps 1912, les Delaunay s'installent dans la vallée de Chevreuse. Sonia Delaunay peint ses premières toiles de contrastes simultanés. À l'automne, Apollinaire lui présente Blaise Cendrars pour lequel Sonia Delaunay réalise une première reliure peinte qui servira de point de départ au premier livre simultané La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France qui est présenté l'année suivante, et qui bénéficie d'un très large écho en 1913. Le livre est exposé simultanément à Paris, Londres, New York, Pétrograd, ainsi qu'au premier salon d'automne de Berlin, où il est accompagné des tableaux et des affiches simultanées de Sonia Delaunay. Il illustre un poème de Blaise Cendrars. Le texte a été composé en une dizaine de corps différents.

La carrière de Sonia Delaunay est maintenant lancée. Sa peinture se développe de concert avec celle de Robert. Elle peint les Prismes électriques (1914), (, huile sur toilevoir Les Prismes), Études de lumière, le boulevard Saint-Michel (1913).