L’attentat de Sarajevo est l’assassinat perpétré le dimanche de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l'Empire austro-hongrois, et de son épouse, Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg., par le nationaliste serbe Gavrilo Princip., membre du groupe Jeune Bosnie (Mlada Bosna).
Cet événement est considéré comme l’élément déclencheur de la Première Guerre mondiale qui eut pour conséquences la défaite, la chute et le démembrement des empires russe, austro-hongrois, allemand et ottoman. Cinq ans plus tard, la date anniversaire du est choisie pour la signature du traité de Versailleshttps://francearchives.gouv.fr/fr/actualite/166529238.
Contexte historique et géopolitique Une série d'insurrections en Bosnie-Herzégovine, Serbie et Bulgarie contre l'Empire ottoman embrase les Balkans entre 1875 et 1878. La Russie intervient au nom du panslavisme et obtient une victoire nette sur les Turcs qui se conclut par le traité de Berlin. Selon les termes du traité, les sandjaks turcs de Bosnie et d'Herzégovine sont occupés et administrés au nom du sultan par l'Empire austro-hongrois. De son côté, la Serbie obtient son indépendance qui, sous la dynastie des Obrenović, adopte une politique pro-autrichienne.
En 1903, un coup d'État porte sur le trône de Serbie Pierre Karageorgevitch, partisan de l'expansionnisme serbe et d'une politique pro-russe. Les relations entre la Serbie et l'Autriche-Hongrie ne vont dès lors pas cesser de se dégrader sur fond de faiblesse de plus en plus prononcée de l'Empire ottoman.
En 1908, les deux sandjaks de Bosnie-Herzégovine sont annexés par l'Autriche-Hongrie, ce qui déclenche de vives protestations diplomatiques, notamment de la part de la Russie et de la Serbie. L'Empire allemand soutient diplomatiquement l'Autriche-Hongrie.
De surcroît, cette occupation est mal vécue par une partie des populations slaves qui souhaitent la création d'une jugo slavija (littéralement en serbo-croate : « État slave du Sud ») — en français Yougoslavie — aux dépens de l'Autriche-Hongrie.
Enfin, les guerres balkaniques dans les années 1912 et 1913 entraînent la perte de la majeure partie des possessions ottomanes en Europe. La Serbie devient la grande puissance des Balkans, ce qui menace l'Autriche-Hongrie et crée un climat de tension exacerbé par le pangermanisme et le panslavisme..
Contrairement à une idée répandue, la notion d'origine médiatique de « poudrière » pour décrire la situation des Balkans doit être nuancée et son « explosion » n'était pas une fatalité. Les nombreuses relations diplomatiques à cette époque permettent en effet de résoudre les crises par des conférences internationales, si bien que l'hypothèse d'une escalade conduisant à la guerre semblait inconcevable jusqu'à l'attentat. Celui-ci a entraîné des réactions exaltées et pris de vitesse les forces pacifistes.. Toutefois, certains historiens, comme Jean-Paul BledJean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie. Autriche-Hongrie 1914-1920, Tallandier, 2014., pensent que, compte tenu des intérêts en jeu, le conflit était inévitable et que les efforts diplomatiques n'ont fait qu'en retarder l'échéance.
Visite de l'archiduc héritier vignette|Départ de l'hôtel de ville, cinq minutes avant l'assassinat, scène immortalisée par le photographe de la cour autrichienne Carl Pietzner. Les autorités austro-hongroises choisirent comme date de la visite de l'archiduc le , jour de Vidovdan (une fête religieuse importante chez les Serbes orthodoxes, qui célèbre la Saint-Guy). C'est aussi la date anniversaire de la bataille de Kosovo Polje en 1389, une défaite des Serbes devant l'armée turque qui entraîna l'annexion de leur royaume à l’Empire ottoman pour plus de quatre cent cinquante ans.. Aussi le voyage de l'archiduc héritier, inspecteur général des armées, était-il considéré par la minorité serbe comme une provocation.
Cette date correspondait également au quatorzième anniversaire du mariage morganatique du couple princier et l'archiduc héritier voulait mettre à profit cette visite en province pour apparaître publiquement avec son épouse et lui faire profiter des honneurs que l’étiquette de la maison impériale et royale ne lui permettait pas de recevoir à la cour..
Le même jour, l'ambassadeur serbe rencontre à Vienne le ministre austro-hongrois de Bosnie-Herzégovine, Leon Biliński, et tente vainement de le convaincre de l'imminence de l'attentat qui menace l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche s'il se rend à SarajevoMichèle Savary, Sarajevo 1914 : vie et mort de Gavrilo Princip, L'Âge d'Homme, 2004, .. Mais Biliński refuse de tenir compte de l'avertissement de l'ambassadeur de Serbie à Vienne, , qu'un attentat était en préparationFrédéric Le Moal, La Serbie, du martyre à la victoire 1914-1918, éditions 14-18, , p. 35.. Des proches du prince lui avaient également déconseillé ce déplacement. Le chapelain de l'archiduc lui avait aussi déconseillé ce voyage. Logeant depuis le à Ilidža, une station thermale à environ à l'ouest de Sarajevo, François-Ferdinand assista aux manœuvres militaires les et .
vignette|La une du New York Times, .
Les circonstances du voyage d'inspection de François-Ferdinand à la suite des grandes manœuvres organisées en Bosnie-Herzégovine semblent avoir favorisé les assassins. La duchesse de Hohenberg, n'étant pas membre d'une famille impériale ni royale, ne pouvait recevoir les honneurs militaires. Aussi, le prince de Montenuovo, grand-maître de la cour, ordonna-t-il le retrait des troupes () de Sarajevo ; le couple ne bénéficiait donc plus de la protection de l'armée.
Le couple princier passa la nuit du 27 au à Ilidža et prit à le train pour Sarajevo, où il était attendu pour plusieurs réceptions..
Complot d'Apis vignette|300px|Le pont latin, devant lequel a eu lieu l'assassinat. Jeune Bosnie, un groupe de jeunes nationalistes serbes, musulmans et croatesFrédéric Le Moal, La Serbie, du martyre à la victoire 1914-1918, éditions 14-18, , page 33., était équipé de modèles de pistolets de 1910, issus de la FN Herstal, et de bombes fournies par la Main Noire, une société secrète soutenue par les services secrets serbes et qui avait déjà fomenté un attentat (non mis à exécution) contre l'empereur François-Joseph en 1910..
La Main Noire était dirigée par le responsable des services secrets serbes, le colonel Dragutin Dimitrijević, dont le nom de code dans l'organisation était Apis à cause de son physique et de son caractère redoutable.. Bien que liée au gouvernement serbe, la Main Noire dispose d'une autonomie considérable. L'armement du groupe de Princip, formé plus de révolutionnaires que de nationalistes, n'est connu que d'ApisFrédéric Le Moal, La Serbie, du martyre à la victoire 1914-1918, éditions 14-18, , p. 34..
Mais malgré toutes les précautions d'Apis, le président du Conseil serbe, Nikola Pašić, apprend la préparation de l'attentat grâce à Stojan Protić, le ministre de l'Intérieur. Il fait alors demander une enquête sur Apis, et, avec Protić, tente d'arrêter la mission du groupe de Princip. Tentative plus que difficile, en effet, le président serbe ne connaissant absolument pas les réseaux de Jeune Bosnie. Il prend malgré tout contact avec les Serbes de Bosnie et demande à son ministre de la Guerre, Dušan Stefanović, de stopper les activités des services de renseignements serbes qui seraient selon lui une menace pour le gouvernement de Serbie. Il n'est pas clairement établi s'ils vont avertir le gouvernement austro-hongrois, mais il est sûr que l'ambassadeur serbe à Vienne, , parle du groupe de Princip à Leon Biliński, le ministre des Finances et gouverneur de Bosnie, sans que l'on sache s'il s'agit d'une initiative individuelle ou d'une demande du gouvernement serbe d'informer Vienne.
Le degré d'implication de la Main Noire est contesté. Certains estiment que c'est cette organisation qui fut responsable de l'attaque et que les membres de Jeune Bosnie n'étaient que les exécutants. D'autres considèrent que Jeune Bosnie était idéologiquement très éloignée de la Main Noire et était si peu expérimentée que la Main Noire était persuadée que le complot ne réussirait pas. Cependant, la plupart sont d'accord pour dire que la Main Noire a fourni les armes et le cyanure aux assassins qui se sont entraînés au tir dans un parc de Belgrade..
Des liens directs entre le gouvernement serbe et l'action du groupe de Princip n'ont jamais été prouvés. Il existe en fait des indices qui laissent penser que le gouvernement serbe a tenté, de bonne foi, d'étouffer les menaces terroristes en Bosnie, puisqu'il évitait de susciter la colère du gouvernement austro-hongrois, après le contrecoup des guerres balkaniques. Selon une autre théorie, lOkhrana aurait participé à l'attentat avec la Main Noire. Le projet d'attentat aurait été approuvé par l'ambassadeur de Russie à Belgrade, Nikolai Hartwig, et l'attaché militaire russe à Belgrade, Viktor Artamonov..
En 1914, les relations entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie étaient bonnes. Le Premier ministre serbe, Nikola Pašić, tenait particulièrement à ce bon voisinage, ce qui lui était reproché par les partisans d'une ligne panslave plus radicale et hostile à la présence autrichienne dans les Balkans. Ainsi, les Russes et les Serbes voyaient d'un mauvais œil le slavophilisme de l’archiduc François-Ferdinand qui pourrait octroyer aux Bosniaques les mêmes droits qu'aux Autrichiens et aux Hongrois..
Attentat vignette|250px|Plaque commémorant l'assassinat de Sarajevo à l'endroit où il a eu lieu. Aucune source ne permet de déterminer avec certitude ce qui s'est réellement passé. Les minutes du procès permettent toutefois de savoir comment le complot a été organisé et mis à exécution. Partis de Belgrade, où ils s'exerçaient, les conspirateurs purent traverser la frontière sans encombre et séjourner à Sarajevo quelques jours avant l'arrivée du couple princier.
vignette|gauche|Coupé Gräf & Stift du lieutenant-colonel , dans lequel s'installe le couple impérial dont il est pour la circonstance le garde du corps.
Les sept conspirateurs n'ont aucune expérience du maniement des armes, rendant invraisemblable leur succès final
Le dans la matinée, l’archiduc François-Ferdinand et sa femme Sophie Chotek, arrivent à Sarajevo. Le programme de la journée est rythmé par différentes visites : inspection d’une caserne militaire, visite à l’hôtel de ville afin de rencontrer le conseil municipal, inauguration du musée de Sarajevo, déjeuner à la résidence du gouverneur de Bosnie-Herzégovine, visite de la grande mosquée puis retour à la gare afin de rentrer à Vienne par le trainJean-Christophe Buisson, « Princip a assassiné l’archiduc », Le Figaro Histoire, octobre-novembre 2017, p. 66-71.. Ils prennent place dans une limousine noire décapotable, immatriculée AIII 118. Ils sont accompagnés du général Oskar Potiorek et du comte Harrach, garde du corps personnel de l’archiduc.
Les sept conspirateurs sont postés le long du quai. Tous, à l’exception de l’un d'eux, sont armés de revolvers et de petites bombes rectangulaires. Aucun plan précis n’a été défini. Chacun a la consigne de passer à l’acte dès qu’il en a l’occasion.
Première tentative À , le défilé de six voitures dépasse le premier membre du groupe, Mehmed Mehmedbašić, placé près de la banque austro-hongroise ; celui-ci n'ose pas tirer car, selon son témoignage, un policier se tenait derrière lui.. Le deuxième membre, , laisse également passer le convoi, craignant selon ses dires de toucher la duchesse.