Guilhermina Suggia, (Porto, – ) est une violoncelliste portugaise. Elle étudie à Paris avec Pablo Casals et se forge une réputation internationale, devenant la première femme virtuose professionnelle de l'instrument. Elle passe de nombreuses années au Royaume-Uni, où elle est particulièrement célèbre. Elle prend sa retraite en 1939, mais donne des concerts en Grande-Bretagne. Son dernier a lieu en 1949, un an avant sa mort.

Suggia a légué une bourse destinée aux jeunes violoncellistes, notamment accordée à Rohan de Saram, Jacqueline du Pré, Robert Cohen et Steven Isserlis.

Biographie Enfance Suggia naît à Porto dans une famille de descendance italienne et espagnole. Son père, Augusto Jorge de Menim Suggia, est un bon musicien professionnel, enseignant au conservatoire de Lisbonne puis travaillant au Teatro Nacional de São Carlos et enseignant à Porto. C'est lui qui lui apprend la théorie et le violoncelle dès ses cinq ans et elle sait lire ses notes avant de savoir lire ses lettres Guilhermina Suggia, article d'Anita Mercier, Professeur de la Juilliard School sur cello.org. À l'époque, le violoncelle n'est pas un instrument approprié pour les jeunes filles en raison de la postureJusqu'en 1930, l'orchestre de la BBC refusait l’embauche des femmes à ce pupitre, toujours considéré comme inapproprié.. Malgré tout, ses progrès sont si rapides qu'elle se produit en public dès ses sept ans à Matosinhos (où habite la famille) :

À l'âge de , elle est nommée violoncelle solo de l'orchestre local, l’Orphéon PortuenseNécrologie, The Manchester Guardian, 1 August 1950, p. 5 fondé par Bernardo Moreira en 1882, et joue en quatuor à cordes avec Moreira dès 1901. Sa sœur aînée, Virginie, pratique le piano et elles donnent toutes deux des récitals qui font leur célébrité locale.

Études Dès 1898, son père insiste pour qu'elle prenne ses premières leçons de Pablo Casals, qui enseigne l'été au Casino d'Espinho, à une quinzaine de kilomètres au Sud de Porto. Casals a vingt-deux ans et Suggia treize. Augusto et Guilhermina s'y rendent chaque semaine tout l'été.

À quinze ans, en , la célébrité des sœurs font qu'elles sont invitées à jouer au Palais royal. Elle répond à une question de la reine Amélie du Portugal, sur ce que pourrait être le rêve de sa vie : perfectionner ses connaissances musicales à l'étranger. Quelques mois plus tard, elle se rend sous le patronage d'Amalia, au Conservatoire de Leipzig pour étudier avec Julius KlengelNécrologie, The Musical Times, September 1950, p. 362. Son père l'accompagne et sa sœur, restée à Porto, contribue par des leçons de piano au financement de l’entretien du père. Elle en sort diplômé à l'âge de 18 ans, après seize mois d'études, alors que trois années étaient prévues.

En moins d'un an, Suggia est invitée à se produire en soliste avec l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig sous la direction d'Arthur Nikisch, lors d'un concert anniversaire de l'orchestre, le (dans le concerto de Volkmann qui a été bissé entièrement) et un autre concert de musique de chambre en duo avec Klengel. Une première pour l'orchestre d'accompagner une femme soliste. En mars, elle rentre au Portugal. Elle commence sa carrière internationale par des tournées et construit sa réputation : en Suisse, à La Haye, Brême, Amsterdam, Paris, Mayence, Bayreuth, Prague, Vienne (où elle joue avec Sinigaglia), Karlsbad (où elle rencontre David Popper), Berlin, bien d'autres villes et en Russie, en Roumanie. Dans ce dernier pays, elle est surnommée « Paganina ! » par le public.

Paris De 1906 à 1912, elle vit et travaille à Paris, à la Villa Molitor, avec le violoncelliste Pablo Casals. Pendant ces années, elle fréquente beaucoup d'artistes : les pianistes Harold Bauer, Ferruccio Busoni, Raoul Pugno et Mieczysław Horszowski, Pierre Monteux encore altiste, et le violoniste Jacques Thibaud ; les violonistes et compositeurs parmi les plus célèbres de l'époque Fritz Kreisler, Georges Enesco et Eugène Ysaÿe, le compositeur Julius Röntgen ; tous fréquentent la Villa. On croyait généralement à tort, qu'ils étaient mariés : Suggia étant parfois présentée comme « Madame P. Casals-Suggia ». À partir de 1908, le couple passe l'été à San Salvador, en Espagne, où Casals a fait bâtir une maison. Ils y reçoivent amis et musiciens tel Enrique Granados.

Le compositeur hongrois Emánuel Moór leur dédie son « Concerto pour deux violoncelles » (joué en à Paris) et Donald Tovey une sonate à deux violoncelles. Elle et Casals sont classés comme les Nécrologie, The Times, 1 August 1950, p. 6. Après leur séparation, Suggia conserve son admiration pour Casals, le décrivant comme le plus important des violoncellistes vivantSuggia, Guilhermina, "The Violoncello", Music & Letters", April 1920, p. 107. Casals a toujours refusé de s'exprimer sur Suggia, résumant simplement que c'était de sa vie. Il semble que Suggia ressentait qu'il était impossible d'être violoncelliste et femme de violoncelliste et qu'ainsi elle resterait dans l'ombre de Casals. Elle a précipité leur rupture pour son indépendance tant émotionnelle que professionnelle. Les deux musiciens ne rejouent jamais ensemble.

Londres Suggia décide de s'installer à Londres. En 1914, elle crée brièvement un trio féminin, avec la violoniste Jelly d'Arányi et la pianiste Fanny Davies et joue avec l'altiste Rebecca Clarke. Elle s'y crée une célébrité en quelques années dès l'après-guerre. En 1919, elle se fiance à un aristocrate, Edward Hudson, qui lui offre un instrument, le Stradivarius de 1717. L'union ne se fera jamais, mais elle garde le violoncelle.

Pendant la période de son séjour en Grande-Bretagne, dans les années 1920 et 1930, elle visite fréquemment le château de Lindisfarne dans le nord de l'Angleterre, où aujourd'hui est exposé un violoncelle dans la salle de musique en commémoration des moments qu'elle y a passé"Guilhermina Suggia", Musicians' Benevolent Fund, accessed 27 January 2011. Son violoncelle « Montagnana » de 1700, se trouve au Conservatoire de musique de Porto au Portugal.

Son répertoire est d'abord composé de concertos classiques, de Joseph Haydn, Dvorak, Saint-Saëns et Schumann ainsi que les suites de Bach. Puis dans les années 1930, elle élargit son répertoire en pièces par Edward Elgar, Rachmaninoff, Mendelssohn et César Franck. En 1947, elle a joué pour la première fois la Sonate pour violoncelle de Debussy.

Retraite et nouvelle carrière En 1927, Suggia épouse Jose Mena (–), un médecin spécialiste des rayons X, mais sans descendance. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Suggia et son mari retournent au Portugal, où elle vit sa retraite. Après guerre, elle donne des concerts de charité à Londres, notamment avec le Concerto pour violoncelle d'Elgar et se produit en 1949 une dernière fois en Angleterre avant sa mort au Festival d'Édinbourgh, ainsi qu'à Bournemouth. Son dernier concert portugais est donné le . Bien qu'invitée aux États-Unis, elle a toujours refusé en raison des dommages possibles pour son instrument. Son décès a rendu impossible une tournée prévue en 1950.

Suggia est décédée à Porto d'un cancer jugé inopérable, à l'âge de 65 ans, un an après son mari, vingt-trois ans avant son aîné de neuf, Pablo Casals.

Postérité thumb|alt=statue|Statue de Guilhermina Suggia à Porto par le sculpteur Irene Vilar. Inaugurée en 1989. Suggia a légué son Stradivarius « Bonamy Dobree, Suggia » de 1717 à la Royal Academy of Music de London, pour être vendu et financer une bourse d'études pour les jeunes violoncellistes. Le don Suggia établi en 1955, est depuis 1995 géré par le Musicians' Benevolent Fund. Il a été gagné par des violoncellistes, notamment : Rohan de Saram (1955), Jacqueline du Pré (1956–1961), Robert Cohen (1967–1971), Hafliði Hallgrímsson, Steven Isserlis, Raphael Wallfisch et Julian Lloyd Webber. En 2010 il est annoncé que le don Suggia Gift est conduit en association avec le festival international Guilhermina Suggia 2011, qui se tient dans sa ville natale"Guilhermina Suggia Gift", Musicians' Benevolent Fund, accessed 27 January 2011.

La plus fameuse représentation de Suggia est son portrait du peintre gallois Augustus John, dont la fille, Amaryllis Fleming est plus tard devenu elle-même une violoncelliste connue. Ce tableau, commencé en 1920 n'est achevé qu'en 1923. Lors de poses le peintre a suggéré à la musicienne de jouer Bach. Il a été montré au Carnegie Institute de Pittsburgh en 1924, acheté par un américain, mais ensuite il retourne en Angleterre et se trouve à la Tate Gallery. La toile mesure . The Manchester Guardian a écrit à son propos qu'il « servira à rappeler aux générations futures qu'un musicien a égalé la noblesse de son art avec sa présence sur l'estrade du concert ». Des photographies de Suggia par Alvin Langdon Coburn sont en possession des archives photographiques de la George Eastman HouseGeorge Eastman House Fotoarchiv et un portrait photographique de Bertram Park est au National Portrait Gallery de LondresNational Portrait Gallery.

Hommages Elle a reçu l'Ordre de Sant'Iago de l'Épée (Dame en 1923 et commandeur en 1937) très rarement donné aux femmes et Dame de l'Ordre du Christ

Le grand auditorium de la Casa da Música à Porto est nommé salle Suggia en son honneurCasa da Musica Room by Room.

TAP Portugal, compagnie nationale d'aviation, a baptisé un de ses avions, un Airbus A319, de son nom.

Discographie Suggia qui n'avait que peu d’intérêt pour le disque, n’a effectué qu'un petit nombre d'enregistrements 78 tours. Parmi ceux-ci, le Concerto en ré majeur de Haydn avec John Barbirolli et le premier Concerto en la mineur de Saint-Saëns avec Lawrence Collingwood. Enregistrements republiés en disque compact dès 1989Alan Sanders, "Cello Recital", Gramophone, February 1989, p. 96.

Pièces de Jean-Baptiste Senaillé et David Popper (1924) Bach, Suite pour violoncelle n°3 en do majeur (1923-1924) ; Fauré, Élegie (1928) Haydn, Concerto en ré majeur+ ; Bruch, Kol Nidrei* ; Lalo, Concerto en ré mineur° ; Sammartini, Sonate en sol majeur* - London Symphony Orchestra, Dir. Pedro de Freitas Branco°, Orchestre non identifié, Dir. John Barbirolli+ (1927*, 12–/+, Dutton CDBP 9748)

Bibliographie

Fátima Pombo, Guilhermina Suggia ou o violoncello luxuriante. Or the Luxuriant Violoncello, Fundação Eng. António de Almeida, Porto (1993).

(en) Mario Claudio, Guihermina, La Différence, Paris 1995

Notes et références

Liens externes

Guilhermina Suggia, article d'Anita Mercier, Professeur de la Juilliard School sur cello.org La toile d'Augustus John sur tate.org.uk Tate Gallery - Étude-portrait d'Augustus John (c.1920) sur tate.org.uk Biographie du Centro Virtual Camões sur instituto-camoes.pt Maison de Guilhermina Suggia à Porto, Rua da Alegria sur imt.pt Guilhermina Suggia Association La Revue Le Violoncelle un article sur les instruments de Suggia publiés en ().

Catégorie:Naissance en juin 1885 Catégorie:Naissance à Porto Catégorie:Décès en juillet 1950 Catégorie:Décès à 65 ans Catégorie:Décès à Porto Catégorie:Mort d'un cancer au Portugal Catégorie:Violoncelliste classique Catégorie:Musicienne portugaise du XXe siècle Catégorie:Élève de l'École supérieure de musique et de théâtre Felix Mendelssohn Bartholdy de Leipzig