vignette|Photographie du campement prise le 12 décembre 1982. Le camp de femmes pour la paix à Greenham Common est un campement de protestation pacifiste contre l'installation de missiles nucléaires sur la base Royal Air Force de Greenham Common, dans le Berkshire, l’un des plus anciens comtés d’Angleterre où se trouve le château de Windsor. Le camp de femmes pour la paix a démarré en et a duré dix-neuf ans, jusqu’à son démantèlement définitif en 2000.
Historique vignette|Mémorial à la mémoire de la militante morte fauchée le 5 août 1989 par un véhicule de police près du camp. L’implantation du camp démarre en , à l’initiative de trente-six femmes du pays de Galles qui ont organisé une marche depuis Cardiff afin de protester contre le projet de l’OTAN d’installer sur la base de Greenham Common des missiles de croisière équipés de têtes nucléaires.. En , le camp devient une manifestation réservée aux femmes.
« À leur arrivée à la base militaire, certaines des manifestantes s’enchaînent à la clôture. Les manifestantes de Greenham, qui arborent les couleurs des suffragettes (blanc et violet), véritable symbole de la tradition du refus des femmes britanniques, réclament un débat public télévisé avec le ministère de la Défense […]. Leur demande ayant été rejetée, elles refusent de partir. Un camp voit rapidement le jour à mesure qu’affluent sympathisant.e.s et provisions »Anna Feigenbaum, « Le camp pour la paix exclusivement féminin de Greenham Common », (traduit et adapté depuis A. Feigenbaum, «Tactics and technology», thèse de doctorat, McGill, 2008 ; A. Feigenbaum, A.P.Mac Curty et F. Frenzel, Protest Camps, ZED, 2013 et Salter, « Protest Camps », M. Ed, 2016, « Making Things International-2 », University of Minnesota Press, Minneapolis), in Féminismes ! — maillons forts du changement social, revue Passerelle , juin 2017, coédition Ritimo et Coredem.
Fortes de cette solidarité, « elles développèrent des moyens toujours plus imaginatifs de franchir les grilles — en les escaladant, en se faufilant au-dessous, voire en passant au travers — dans le but de perturber sans violence le quotidien des soldats américains qui occupaient la base. […] Le , environ trente mille femmes « prirent la base dans leurs bras ». Nous nous tenions toutes par les bras et nous chantions, les pieds enfoncés dans la boue jusqu’aux chevilles. Nous avions décoré les barrières avec des milliers de petits symboles de la vie de tous les jours, tout en y découpant des ouvertures commodes : le grillage eut bientôt un air de laisser-aller, semé de trous comme un tricot raté »Cynthia Cockburn, Des femmes contre le militarisme et la guerre, traduit par Séverine Sofio, La Dispute, 2015.
Ce camp de protestation féministe antiguerre et antinucléaire devient célèbre à partir du , lorsque des dizaines de milliers de personnes vont former une chaîne humaine entre Greenham et l’usine d’armements nucléaires d’AldermastonCf. dates historiques sur BBC News qui rappellent une précédente manifestation partie de Londres du 18 avril 1960 «Des milliers de manifestants contre la bombe H marchent sur Aldermaston ».. L’écho donné par les médias à cet événement va « inciter à la création d’autres campements de protestation pacifiste sur plus d’une douzaine de sites en Grande-Bretagne, en Europe et ailleurs »David Cortright, , Cambridge University Press, 2008.
Dès le mois de et jusqu’aux années 1990, par exemple, un camp de protestation antiguerre et antinucléaire, mixte celui-là, va s’implanter à l’initiative de pacifistes chrétiens, notamment quakers, contre l’installation des missiles Pershing de l’OTAN sur la base RAF de Molesworth, dans le Cambridgeshire.
Les campeuses de Greenham Common, quant à elles, situent d’emblée leur mouvement dans une dimension internationale, en établissant des contacts et en multipliant les échanges avec d’autres protestations féministes antinucléaires et antimilitaristes dans le monde : Pine Gap en Australie, base OTAN de Comiso en Sicile, rescapés des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki au Japon, association Women for a Nuclear Free and Independant Pacific, Femmes pour un Pacifique libre, indépendant et dénucléarisé.
Et, bien sûr, avec le campement féministe antiguerre et antinucléaire qui engage aux États-Unis une campagne de protestation symétrique contre les livraisons de missiles nucléaires à l’Europe : le Women’s Encampment for a Future of Peace and Justice (WEFPJ), Camp de femmes pour un futur de paix et de justiceCf. le site web en ligne (en) depuis l’été 2016, qui rassemble de nombreux textes, images, chansons et vidéos de l’époque. s’implante à Seneca Falls, en mémoire de la toute première convention pour les droits des femmes tenue en , et à proximité du dépôt d’armes de Seneca, au nord de New York. « Bien que l'armée des États-Unis ait obstinément refusé de confirmer ou démentir la présence d’armes nucléaires au dépôt de Seneca, il a été révélé depuis lors que le site servait d’entrepôt aux armes nucléaires avant leur départ pour l’Europe. De plus, des matériaux radioactifs issus du projet Manhattan y étaient également stockés. » À l’été 1983, du monde entier se rassemblent pour implanter un camp d’entraînement à la non-violence, puis les manifestations, campements de protestation et actions de désobéissance civile se multiplient tout au long des années 1980, et une présence continue de protestation féministe, antiguerre et antinucléaire est assurée jusqu’à 2006 sur le site de Seneca.
À partir de 1985, un camp de femmes contre l’armement nucléaire s’installe également à Aldermaston, qui va peu à peu se transformer en campagne de protestation féministe permanente contre « la folie nucléaire en général et les armes de destruction massive fabriquées en Angleterre en particulier »Présentation du site web :en: du Camp de femmes pour la paix d’Aldermaston – Campagne contre les armes nucléaires.. Ces militantes continuent d’organiser des camps de protestation non-mixtes et publient un fil d’actualité sur les initiatives anti-guerre et antinucléaires en Grande-BretagneDont celles de Million Women Rise Un million de femmes debout, Women in Black Against War Femmes en noir contre la guerre, The Mama Bears Brigade La brigade des mamans nounourses, etc. Une des rubriques du site recense entre autres les chansons de Greenham Common.. De même, le Campement pacifiste permanent de FaslaneCf. (en) Campement pacifiste permanent de Faslane qui a démarré en 1984 à côté de la base navale de Faslane en Écosse est toujours actif en 2009Des militants de ce camp en ont publié un journal en 2008 : Faslane: Diary of a Peace Camp, Polygon Edimburgh, afin de maintenir ainsi vivante la protestation anti-guerre tout en poursuivant l’objectif de « réfléchir au-delà »Cf. Raisonner plus loin que la protestation, section de l’article sur les camps de protestation pacifiste. de toute protestation.
Le camp de femmes antiguerre de Greenham Common s’affirme « pour le gouvernement Thatcher comme une épine dans le pied qui perdure tout au long des années 1980 »Cf. Greenham Common Peace Camp, «The Free Festivals and the saga of the Peace Convoy», Les festivals libres et l’épopée du Convoi pour la paix en route vers le camp de Greenham Common en ligne et article du quotidien The Guardian « Le legs de Greenham Common aura survécu à Margaret Thatcher » par Beatrix Campbell, 17 avril 2013. Bien que les missiles nucléaires aient quitté la base en 1991, conformément au Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire signé à Washington par Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan en , le camp reste actif jusqu’en 2000., afin d’édifier sur place un mémorial et de continuer à protester contre le programme militaire britannique Trident. Sarah Hipperson, l’une des quatre dernières femmes à lever le camp, en est l’une des fondatrices et elle y a séjourné depuis le début, dix-neuf ans auparavantCf. BBC Radio 4, émission du 3 novembre 2011 à la BBC..
Le , un monument commémorant le camp pacifiste de Greenham Common est inauguré, puis démoli en après avoir été vandalisé à plusieurs reprisesCf. le site historique du camp de Greenham Common..
Les témoignages de Barrie Trower, ancien membre de la Royal Navy, documentent l'utilisation par la Grande-Bretagne d'armes à micro-ondes contre le mouvementhttps://www.fcc.gov/ecfs/document/1030855353584/5https://archive.org/stream/BarrieTrowerInterview/Barrie%20Trower%20Interview_djvu.txt.
Importance de la non-mixité Dès , le camp est exclusivement réservé aux femmes. Cet aspect est très important car les campeuses mettent en avant leur identité de mère pour légitimer leur protestation contre les armes atomiques, au nom de la sécurité de leurs enfants et des générations futures. En même temps, le fait que le campement soit réservé aux femmes marque leur volonté de s’affirmer dans un domaine strictement réservé aux hommes. Ce n’est pas en recourant à la violence que les femmes de Greenham Common interviennent dans ces espaces de domination virile, mais à travers leur seule présence sur une base militaire de la Royal Air Force. À plusieurs reprises en effet, elles pénètrent sur la base, alors que cet espace leur est rigoureusement interditCf. Votre Greenham chronologie du camp de protestation établie par le quotidien The Guardian, et Laura J. Shepherd, Gender Matters in Global Politics, Routledge, New York, 2010, (Le genre compte en politique internationale)..
C’est à la veille du nouvel an 1982 qu’elles font irruption sur la base RAF pour la première fois : quarante-quatre d’entre elles escaladent les clôtures et se mettent à danser pendant des heures autour et au-dessus des silos contenant les missiles nucléaires.
Le , tandis que les mouvements pacifistes forment une chaîne humaine sur plus de vingt kilomètres, deux cents campeuses s’offrent un pique-nique sur la base déguisées en nounours. Comme le note la traductrice de Cynthia Cockburn, « Ce pique-nique d’ourses en peluche est une référence directe à une comptine très connue en Grande-Bretagne ». Mais surtout, par ce déguisement infantile qui contraste radicalement avec l’environnement hautement sécurisé d’une base militaire aéronautique nucléaire, les femmes rappellent l’impérative nécessité de sécuriser en fait l’avenir de leurs enfants et des générations à venir.
Puis, elles organisent un événement majeur intitulé « Reflexions sur la base » le , au cours duquel protestent contre les missiles Cruise arrivés à Greenham Common trois semaines auparavant. Leur protestation consiste juste à brandir en silence des miroirs symbolisant l’indispensable retour sur soi qui oblige chacun à réfléchir sur ses actes, à les penser. La journée se termine avec des centaines d’arrestations, tandis que de nombreuses femmes sectionnent les grillages et pénètrent à nouveau sur la baseChronologie Votre Greenham du quotidien The Guardian..
En , après la déclaration au Parlement britannique selon laquelle « il n’y a plus une seule femme à Greenham, aucun grillage n'a été coupé, donc il n'y a pas de frais de réparation », de petits groupes d’entre elles découpent les grillages de la base chaque nuit pendant une semaineCf. Red Rag, Encore de l’action à Greenham, 10 février 1987..
L’ensemble du camp de paix est constitué en fait de neuf petits campings tout autour de la base RAF. Le premier, intitulé Yellow Gate, camp « porte jaune », se focalise plutôt sur la culture New Age, Violet Gate, « porte mauve », sur la religion, et seul le camp Green Gate, « porte verte », strictement réservé aux femmes, ne laisse entrer aucun visiteur masculinCf. le rapport des archives gouvernementales concernant le camp de Greenham.. « Lorsque des hommes sont invités au camp dans le cadre d’actions et d’événements, il leur est spécifiquement demandé de participer aux crèches pour les enfants, à la cuisine et à d’autres formes d’assistance traditionnellement dévolues aux femmes ».
Sources d’inspiration