Le Codex musical de Las Huelgas (Burgos, monastère de Las Huelgas, Codex IX) ou simplement le Codex Las Huelgas (Hu) est un manuscrit médiéval copié au début du , au sein du monastère cistercien des religieuses de Las Huelgas, près de Burgos, situé sur le chemin de Compostelle, dans le nord de l'Espagne. Le couvent, fondé en 1187 et dédié à sainte Marie, avait des liens avec la famille royale de Castille et, fréquenté par les femmes de la haute aristocratie castillane, était richement doté.
Il contient 186 œuvres musicales de la période de la musique médiévale connue sous le nom d’Ars antiqua allant du au début du et des unica (musique, texte ou les deux), peut-être des pièces écrites pour le seul usage du monastère. Son répertoire allant des pièces dans le style de l'École de Notre-Dame (considéré comme ancien lors de la constitution du manuscrit) au style de l'époque, il est en fait un recueil de manières et de styles musicaux médiévaux. Il est l'unique manuscrit du Moyen Âge encore conservé dans son lieu d'origine et il appartient toujours au même ordre religieux où il a été copié, il y a plus de sept siècles.
Manuscrit thumb|alt=manuscrit|Le 160, Benedicamus sane per omnia non est res, ou figure l'encadré : « Johannes Roderici me fecit ».
La copie du codex a sûrement été commandé par l'abbesse du Monastère de Las Huelgas, María González d'Agüero. Elle a été abbesse de 1319 à 1333 : nous pouvons en déduire qu'il a été produit pendant cette période, certainement vers 1325. Le monastère possédait un chœur de 100 femmes au et treize cantoras ou socantoras.. Une partie du manuscrit est un palimpseste : sur l'une des partitions ajoutées sur une ancienne datée de 1325. Le manuscrit collecte le répertoire vraisemblablement interprété par les religieuses du monastère depuis sa fondation, rassemblé en un manuscrit unique pour éviter sa dispersion. La copie du manuscrit a été confiée au copiste Johannes Roderici (Juan Rodríguez en castillan) qui joue le rôle de scribe, compilateur, et correcteur ; mais il y a quelque douze mains différentes dans le codex. Il est en plus l'auteur de quelques-unes des œuvres. Johannes Roderici a aussi retouché quelques-unes des teneurs de motets originels et transcrit les œuvres en notation mesurée., dans une notation plus moderne et a aidé dans la transcription d'autres manuscrits en notation carrée.
Le manuscrit a été découvert pour la critique historique en 1904 par deux moines bénédictins du monastère de Saint-Domingue de Silos, Casiano Rojo et Luciano Serrano, alors qu'ils effectuaient des recherches dans les codex grégoriens. Cependant, il a été connu grâce au musicologue catalan, Higinio Anglés par son ouvrage, El Còdex Musical de las Huelgas. Música a veus dels segles XIII-XIV, publié en 1931, où il reproduit un fac-similé du manuscrit. La découverte a mis en évidence la pratique de la composition et exécution de la musique polyphonique dans la péninsule Ibérique au Moyen Âge, question qui alors, avait jusqu'alors seulement été posée. Il a aussi permis de reconsidérer comme hispaniques d'autres manuscrits pour lesquels l'origine était incertaine, comme le Codex de Madrid 20486. Plus tard, en 1982, le musicologue Gordon Athol Anderson a réalisé une nouvelle et controversée transcription du répertoire dans son livre, The Huelgas Manuscript, Burgos, Monasterio de Las Huelgas (1982).
Le codex se compose de 170 feuillets de parchemin, répartis en 19 cahiers. Sa taille est de . La partie écrite varie de , à . Chaque page comporte six portées groupées par deux ou trois selon le nombre de voix. Le ténor est souvent manquant, ou situé en fin de dernière ligne lorsqu'il existe. Tous les textes sont en latin et la musique est composée d'environ d'un répertoire où il n'existe aucune correspondance connue. Le codex a été sans doute très utilisé, ainsi qu'en témoignent les marques d'usure. Son apparence est modeste et à peine décorée, ce qui l'a peut-être épargné des pillages des siècles suivants et contraste avec son importance musicale.
Fruit de la dernière restauration du manuscrit effectuée par le musicologue Ismael Fernández de la Cuesta, les cahiers du codex ont été réorganisés selon l'ordre correct. L'ordre actuel des pièces diffère de l'ancienne publiée par d'Higinio Anglés dans les années 1930. Ainsi, les quatre premiers cahiers contiennent les organa, les dix suivants les motets et les proses et les derniers quatre les conductus.
Folios 1 à 32 : Collection d’organa pour l'ordinaire de la messe Folios 33 à 81 : Collection de proses Folios 82 à 131 : Collection de motets Folios 131 à 170 : Collection de conduits
Œuvres thumb|alt=photo : cloître|Monastère royal de Sainte Marie Las Huelgas. Le cloître.
Le codex contient 186 pièces musicales composées à l'origine depuis le jusqu'au début du . Sept se présentent sans musique : nous avons donc seulement 179 œuvres musicales. Les formes musicales sont représentatives de l'Ars antiqua : motets, conductus, organa et séquences. 45 pièces sont monophoniques et 141 pièces sont polyphoniques.
Son répertoire comprend des pièces écrites dans le style de l'École de Notre-Dame de Paris (ensemble de pratiques musicales considérées comme anciennes lors la constitution du manuscrit), mais comprend aussi bien des pièces conçues à l'époque de sa rédaction. Il est donc une véritable collection de manières et de styles musicaux médiévaux différents.
Par genre On peut classer – selon Anglés et Roberto Pla – les 186 œuvres, de la façon suivante : 1 trope pour le Gloria. Sans musique. 3 Graduels. Sans musique. 3 versets alleluyatiques. Sans musique. 32 conduits. Parmi eux, nous en avons : 2 à trois voix, en provenance de Notre-Dame 15 à deux voix. Dont : thumb|alt=manuscrit : folio 159v|Le f° 159v : O monialis concio burgensis, pour l'abbesse de Las Huelgas María González d'Agüero, † 1335. 9 proviennent de Notre-Dame 6 se trouvent uniquement dans le Codex Las Huelgas : Casta Catholica. Un double-conduit (Conductus) De Castitati thalamo Ave Maria. 15 à une voix. Dont : 7 proviennent de Notre-Dame 1 se trouve aussi dans le Codex de Montpellier 1 de Tortosa 6 uniquement donnés dans le Codex Las Huelgas. Dont : 4 planctus. Chants funéraires mondiques consacrés à des personnages importantsSur les Planctus du Codex sur witiza.com. Détails : Rex obit (Pour la mort d'Alphonse VIII de Castille, † 1214) Plange, Castella misera (Pour Sanche III de Castille, † 1158) Quis dabit capiti meo (destinataire inconnu) O monialis concio burgensis (pour l'abbesse de Las Huelgas María González d'Agüero (María Gundisalvis), † 1335) 2 antífonas oracionales : Omnium in Te Jhesu clementissime 31 séquences ou proses. Nous pouvons les classer de la suivante façon : 2 sont antérieurs à Adam de Saint-Victor. L'une d'un maître allemand et l'autre d'un français. 6 se trouvent aussi dans autres manuscrits européens antérieurs, ou contemporains du Codex Las Huelgas. 6 se trouvent aussi dans autres manuscrits de la péninsule hispanique. 10 se trouvent dans autres manuscrits, mais le Codex La Huelgas est la plus ancienne source. 7 sont copiés uniquement dans le Codex Las Huelgas. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer : Novis cedunt vetera Flavit auster 54 parties de la messe. Dont : 5 Kyries Deux sont des unica du Codex Las Huelgas. Ils manquent les tropes. 1 Offertoire 8 Sanctus. Un sans trope. Des sept restants, seulement deux sont à deux voix, et n'apparaissent que dans ce codex. 9 Agnus Dei. Tous avec trope. Cinq sont des unica. 31 Benedicamus Domino. Dont : 9 apparaissent sans trope. 1 se présente comme trope du Benedicamus, mais sans le Benedicamus préalable. 3 sont illisibles dans le manuscrit. Des 18 restants : 8 se retrouvent dans d'autres tropes européens. 10 se trouvent seulement en le Codex Las Huelgas. Dont : 1 à une voix. Composé par Johannes Roderici. 8 à deux voix. Dont deux composés par Johannes Roderici, le copiste. 1 à trois voix 59 motets, qu'on peut classer sous la forme suivante : thumb|alt=manuscrit : folio 154v|Le 154 : le solfège à deux voix Fa fa mi fa mi ré mi et Ut ré mi ut ré mi. Une voix par colonne. 11 proviennent de mélismes polyphoniques du répertoire de Notre-Dame 15 sont connus par autres manuscrits de l'École de Notre-Dame, mais dans le Codex Las Huelgas se présentent dans une forme plus primitive. 5 se trouvent également dans le Codex de Montpellier. 7 sont d'une époque postérieure et sont connus par autres manuscrits. 21 se présente seulement dans le Codex Las Huelgas. 1 Credo. Ajouté postérieurement au manuscrit. Il s'agit du premier Credo polyphonique à 3 voix noté. 1 Solfège à 2 voix. Ajouté postérieurement au manuscrit. Il constitue la première leçon de solfège polyphonique connue. Il y a 86 pièces à deux voix, 49 à trois voix, 1 à quatre voix. Le reste sont des monodies, dont l'essentiel est fait de séquences, conduits et Benedicamus.
La musique se présente soit en partition ou en parties séparées. La notation, de type franconienneCorrespond à la notation que présente Francon de Cologne dans son traité, vers 1260., n'est pas uniforme et présente quelques anomalies comme la distribution des voix et ligatures dans la voix de ténor des motets.
Détails Détails des œuvres du manuscrit dans la numérotation d'Higinio Anglés. Les codes de la colonne de « concordances » avec autres manuscrits et des fragments sont spécifiés plus bas. La colonne des « Enregistrements » renvoie à la section « discographie ».