Deux langues polynésiennes vernaculaires, le wallisien et le futunien, sont parlées respectivement à Wallis et à Futuna. Le français est la langue officielle de Wallis-et-Futuna, collectivité d'outre-mer française en Océanie ; il est parlé par 82,7 % de la population, carte interactive..

Issues du proto-polynésien, les langues autochtones se sont progressivement différenciées pour former le wallisien et le futunien. À partir du siècle commencent les premiers contacts avec l'anglais (sous forme d'un pidgin) à travers le commerce, puis avec le latin d'église apporté par les missionnaires catholiques en 1837. Jusqu'en 1961, cependant, Wallis-et-Futuna restent majoritairement monolingues, protégées des influences extérieures. Ce n'est qu'avec la création du territoire d'outre-mer en 1961 que le français arrive dans l'archipel, en particulier à travers le système d'éducation uniquement dispensé en français. La situation évolue alors vers un bilinguisme wallisien-français ou futunien-français et est encore en pleine transformation dans les années 2020.

Cette histoire se retrouve dans le lexique par de nombreux emprunts à l'anglais, au latin puis au français dans les langues wallisienne et futunienne. Ces langues ont également influencé le français parlé à Wallis-et-Futuna, qui relève du français océanien. Wallis-et-Futuna fait partie de la francophonie.

La question des langues à Wallis et Futuna a été éminemment politique. Les missionnaires maristes ont réussi à convertir les populations locales en grande partie grâce à leur maîtrise des langues vernaculaires et ont été les premiers à les écrire et les codifier. Les tensions linguistiques dans l'enseignement traduisent les luttes de pouvoir entre la mission catholique et l'administration française, qui réussit à partir de 1961 à imposer l'usage du français. En outre, les rapports entre les différentes langues sont souvent inégaux et il existe une double diglossie entre le wallisien et le futunien ainsi qu'entre le wallisien et le français.

Depuis l'émigration massive de Wallisiens et Futuniens en Nouvelle-Calédonie et en France métropolitaine à partir des années 1960, de nouveaux enjeux sont apparus : celui de la transmission et de la préservation des langues vernaculaires, menacées à long terme de disparition.

Histoire linguistique

Différenciation du proto-polynésien vignette|La Polynésie ancestrale (hawaiki), zone où s'est développé le proto-polynésien avant de se séparer en multiples langues polynésiennes, dont le wallisien et le futunien. Fidji n'en fait pas partie. Les îles de Wallis et de Futuna font partie de la Polynésie, région de l'Océanie peuplée autour du par des populations lapita, parlant des langues austronésiennes. Avec les îles alentour (Tonga, Samoa), Wallis et Futuna ont formé le foyer originel de la Polynésie. Dans cette zone s'est développé l'ancêtre des langues polynésiennes, le proto-polynésien.

Par la suite, le proto-polynésien s'est séparé en deux dialectes : le groupe tongique au sud (Tonga et Niue) et le proto-polynésien nucléaire qui était parlé à Wallis, Futuna, Niuafo'ou, Niuatoputapu et Samoa. Peu à peu, le proto-polynésien nucléaire s'est lui aussi différencié et des langues propres sont apparues dans ces différentes îles : le wallisien à 'Uvea (Wallis) le futunien à Futuna le samoan dans les îles Samoa le niuatoputapu à NiuatoputapuLangue aujourd'hui disparue, supplantée par le tongien et le niuafo'ou à Niuafo'ouLangue aujourd'hui en voie de disparition Toutes ces langues polynésiennes gardent une forte intercompréhension entre ellesLe niuafo'ou et le wallisien sont très similaires, à tel point que les Niuans considèrent leur langue et le wallisien comme « la même chose » () (). ; en outre, les voyages et les contacts étaient fréquents entre les différents archipels.

Influence des langues voisines

Samoan En raison des nombreux voyages interinsulaires entre les archipels des Tonga, des Samoa, de Wallis et de Futuna, de nombreux mots ont été échangés entre ces langues polynésiennes. On trouve notamment des emprunts samoans en wallisien et futunien. Svenja Völkel (2010) suggère ainsi que certains termes du langage honorifique que l'on retrouve à Samoa, Futuna, Wallis et Tonga proviennent du samoan.

L'influence tongienne sur le wallisien Au et siècles, des Tongiens s'établissent à 'Uvea. La langue wallisienne se transforme alors en profondeur, intégrant de nombreux éléments du tongien. Le wallisien emprunte notamment l'accent de définitude. Encore aujourd'hui, la place du wallisien dans la classification des langues polynésiennes est difficile, tant le substrat tongien est importantLe tongien s'est différencié plus tôt des autres langues polynésiennes, formant avec le niuéen le sous-groupe des langues tongiques ; le wallisien est issu du sous-groupe proto-polynésien nucléaire..

Futuna, au contraire, réussit à résister aux Tongiens, ce qui explique que le futunien ait gardé un grand nombre de traits du proto-polynésien. La linguiste Claire Moyse-Faurie note ainsi que « le futunien apparaît comme la langue polynésienne la plus conservatrice, ayant gardé intactes toutes les consonnes du proto-polynésien nucléaire ». Correspondance des phonèmes entre langues polynésiennesPhonèmeProto-polynésienTongienSamoanTokelauFutunienWallisienFrançais*taŋatatangatatagatatagatatagatatagatahomme*sinahinasinahinasinahinagris de cheveux*tialesialetialetialetialesialeGardenia tahitensis*wakavakavaavakavakavakacanoë*fafinefefinefafinefafinefafinefafinefemme*matuqamotuamatuamaatuamatu'amatu'aparent*ruaualualualualuadeux*tolutolutolutolutolutolutrois*puakapuakapuaapuakapuakapuakacochon

Influence limitée du fidjien Quelques emprunts au fidjien sont présents en wallisien ( « marmite », « sorte de jarretière ») ; ils sont beaucoup plus nombreux en futunien en raison de la proximité géographique de Futuna avec les Fidji. Outre l'interjection « que c'est beau » empruntée au fidjien, de nombreux termes relatifs à l'agriculture et aux tarodières font référence aux Fidji (sous la forme ), preuve des échanges inter-insulaires qui ont eu lieu dans la région : « clone d'igname Alata », « variété de manguier » ou encore « arbre de Fidji » pour désigner le papayer. Cependant, les contacts linguistiques étaient beaucoup plus fréquents avec Tonga et Samoa en raison des vents favorables.

L'arrivée des langues européennes dans la région L'histoire des contacts linguistiques de Wallis et Futuna avec les Occidentaux est facilement observable à partir des emprunts lexicaux qui ont laissé des traces dans le vocabulaire du wallisien et du futunien, permettant de retracer trois grandes périodes : les débuts avec l'anglais, le latin avec les missionnaires, puis l'arrivée du français depuis 1961.

Contacts avec les hollandais (1616) vignette|En 1616 ont lieu les premiers contacts entre des navigateurs hollandais et la population de Futuna. Les premiers européens à pénétrer dans la région sont les hollandais Willem Schouten et Jacob Le Maire qui accostent à Futuna, Niuatoputapu et Niuafoʻou en 1616. De cette rencontre brève (deux semaines), ils ramènent une liste de mots qui permet au linguiste Hadrian Reland de montrer les similitudes entre le futunien, le malgache, le malais et d'autres langues austronésiennes en 1706. À la suite de cette rencontre, les langues polynésiennes locales (dont le futunien) ont emprunté le mot « boîte » issu du hollandaisLes membres d'équipage parlaient le hollandais, leur dialecte natal, et non pas le néerlandais standard ou . Ce contact reste toutefois anecdotique par rapport à l'histoire linguistique de Wallis-et-Futuna.

L'anglais, première langue de contact avec l'extérieur (-début ) Au début du , des navires européens et australiens commencent à circuler dans la région. Ces baleiniers (provenant notamment de Nouvelle-Angleterre) s'arrêtent à Wallis (moins à Futuna, plus difficile d'accès). Pour converser avec les équipages, les Wallisiens utilisent une forme pidginisée d'anglais. Certains marins désertent les navires occidentaux. Ces « écumeurs de plage » ou parlent anglais ; ils sont intégrés aux populations locales. De plus, les bateaux américains recrutent souvent des Wallisiens à leur bord et certains chefs, notamment du sud de l'île (Mu'a), maîtrisent suffisamment l'anglais pour être les interlocuteurs privilégiés des capitaines étrangers.

En conséquence, l'usage de l'anglais se développe au sein de la population wallisienne et le wallisien emprunte un grand nombre de mots pour désigner les techniques et les denrées européennes ( « carte » de l'anglais , « sucre » de , « bateau à moteur », de , « papier », de l'anglais , « voiture » de , etc.). Ces termes sont aujourd'hui complètement intégrés au lexique du wallisien et du futunien.

En 1935, le géographe Edgar Aubert de la Rüe de passage à Futuna indique qu'aucun Futunien ne parle français. Il réussit cependant à communiquer avec le roi de Sigave et un autre futunien en anglais, langue qu'ils avaient apprise aux Fidji. vignette|De 1942 à 1944, plusieurs milliers de soldats américains sont présents à Wallis et introduisent de nouveaux mots anglais en wallisien. D'après le linguiste Karl Rensch, l'usage de ce a perduré jusque dans les années 1930 : la plupart du commerce wallisien se faisait en effet avec Fidji et d'autres îles anglophones alentour. Ces liens commerciaux se sont rompus en 1937 lorsqu'un parasite (oryctes rhinoceros) a ravagé les plantations de coprah à Wallis. Wallis et Futuna se sont alors tournés vers des territoires francophones du Pacifique : les Nouvelles-Hébrides (Vanuatu) et la Nouvelle-Calédonie et l'usage de l'anglais a fortement diminué.

L'anglais a été de nouveaux présent à Wallis, et ce de façon massive, lors de la Seconde Guerre mondiale. De 1942 à 1946, plus de GIs stationnent sur l'île transformée en base de l'armée américaine. En conséquence, de nouveaux mots anglais ont été incorporés au lexique wallisien, comme « glace , réfrigérateur », de l'anglais . Par contre, Futuna n'est pas investie par les Américains même si des emprunts à l'anglais datent de cette période.

Introduction du latin d'église avec les missionnaires

vignette|page=9|Le premier dictionnaire futunien-franc̦ais, écrit par Isidore Grézel, est publié en 1878.

En 1837, deux missionnaires maristes français débarquent à Wallis et deux autres à Futuna. En dépit de l'isolement, ces missionnaires sont aidés à Wallis par quelques européens présents qui maîtrisent le wallisien et un missionnaire protestant leur sert d'interprète. Venus pour évangéliser la population autochtone, les missionnaires demandent aux autorités le droit de s'installer afin d'apprendre la langue locale. Dès le départ, la connaissance des langues vernaculaires a donc été central dans la démarche des missionnaires. Pour Karl Rensch, . Les maristes sont les premiers à mettre le wallisien et le futunien par écrit : en 1839, le père Bataillon s'attelle à la rédaction d'un dictionnaireQuasiment terminé en 1840, le dictionnaire ne fut pourtant achevé par le père Bataillon qu'en 1871, et publié en 1932 par le père O'Reilly, anthropologue. et une grammaire du wallisien ; en 1878, Isidore Grézel fait publier un dictionnaire et une grammaire du futunien après vingt ans passés à Futuna.

La création du protectorat de Wallis-et-Futuna en 1887 ne change pas véritablement la donne, puisque l'administration française se résume à un résident à Wallis, qui ne parle pas la langue vernaculaire.

De nombreux emprunts au latin intègrent les langues locales, en particulier dans le domaine religieux ( « église », « cantique », « démon ») ainsi que celui du temps : le calendrier grégorien remplace le calendrier traditionnel futunien et les missionnaires inventent des nouveaux noms pour les jours de la semaine, en les numérotant à partir du dimanche (à l'instar du portugais).

Missionnaires et langues locales