Librairie Arthème Fayard, communément appelé Fayard, est une maison d'édition française fondée en 1857 par Jean-François Lemerle dit « Arthème Fayard ».

Depuis 1962, elle dépend du groupe Hachette Livre, elle-même filiale du groupe Lagardère, une branche du Louis Hachette Group, dont le principal actionnaire est le groupe Bolloré, dirigé par Vincent Bolloré. Ce dernier prend le contrôle de la maison d'édition en 2023, qui édite dès lors des auteurs d'extrême droite.

Histoire Un éditeur de taille moyenne (1857-1900) vignette|redresse|left|Jean-François « Arthème » Fayard (1836-1895). Petit-fils de notaire originaire du Puy-de-Dôme, et né de père inconnu à Saint-Germain-l'Herm, Jean-François Lemerle dit « Arthème Fayard » (1836-1895) monte avec sa mère à l'âge de 19 ans à Paris. Il fonde en 1857 une maison d’édition qu'il nomme « Librairie Arthème Fayard ». Son premier ouvrage s'intitule Mémoires de Béranger de Camille Leynadier, paru l'année même de la mort du poète.

Il s'associe en 1860 à l'éditeur Arnauld de Vresse pour publier les Mémoires authentiques sur Garibaldi, mis en ordre par Camille Leynadier. Progressivement, plutôt ancré du côté des idées républicaines, ses objectifs sont de toucher une clientèle la plus large possible en vendant des ouvrages à bon marché. Il va faire faillite deux fois, en 1862 et en 1867. Puis, il réussit à survivre à la guerre de 1870 et à la Commune. Il fait le pari du livre de vulgarisation, du roman populaire et classique, vendus sous la forme de fascicule à 10 centimes (deux sous), parfois illustrés, qui lui assurent un certain succès à partir de 1887. En 1893, il rachète à Guillaume Edinger, libraire-éditeur à Paris, la collection « Petite Bibliothèque universelle » qui deviendra la « Bibliothèque universelle de poche », des petits formats vendus 25 centimes proposant des romans populaires rédigés par Jules Boulabert ou Alexis Bouvier, entre autres. La maison reste cependant de taille moyenne jusqu’à sa mort en 1895.

thumb|Vulgarisation d'une oeuvre de Alphonse Daudet.

À cette date, ses deux fils, les frères Joseph-Arthème et Georges-Octave Fayard, fondent, en la maison « Fayard Frères et Cie » ; le premier reprend seul la maison en , qui va ensuite reprendre le nom de « Librairie Arthème Fayard ». Ils rachètent le fonds des éditions Édouard Dentu, dont la collection populaire « Les maîtres du roman », et poursuivent les buts de leur père en intensifiant la démarche commercialeA. Renonciat (2002), 36-7. Afin de conquérir de nouveaux marchés, Joseph-Arthème, plus porté sur les questions commerciales et en bon gestionnaire, décide de lancer des périodiques, d’abord sous la forme de recueils de courts romans illustrés, puis des magazines illustrés de dessins humoristiques, deux genres alors en vogue. En 1897, il lance La Jeunesse amusante, son premier périodique pour enfants, contenant des caricatures et des récits illustrés, puis en 1899 et 1900 Le Bon Vivant et poursuit La Vie pour rire qui avait été fondé chez Dentu par Henri Floury en 1888, à destination des familles. Le Bon Vivant accueille à partir de 1902 de plus en plus d’histoires en images, qui se révèlent plus attirantes que les traditionnelles caricatures et romans illustrés. Fayard rachète ensuite Le Petit Illustré amusant.

Mais Joseph-Arthème Fayard est surtout un important exportateur d'ouvrages : nommé pour la Légion d'honneur en 1910, il apparaît comme gestionnaire de la Société d'exportations françaises et de la Maison du livre français, réalisant avant 1914, plus deux millions de francs en termes de vente à l'étranger..

Fayard et l’industrialisation du marché La naissance des « illustrés » vignette|redresse|Le Bon Vivant, journal humoristique de la famille, une du 18 août 1900 signée Gerbault. Encouragé par ce succès, Fayard décide de créer deux nouveaux hebdomadaires pour enfant, à dix centimes : La Jeunesse illustrée en et Les Belles Images en , « prototypes des illustrés modernes pour enfants et adolescents »Pour ce paragraphe, sauf précision, Renonciat (2002), p. 36. À une époque où il n’existe que quatre hebdomadaires pour la jeunesseLe Petit Français illustré d’Armand Colin, Saint-Nicolas et L'Écolier illustré des éditions Delagrave et Le Noël de La Bonne Presse. et quelques mensuels ou bimensuels mettant tous l’accent sur l’éducation et l’instruction plutôt que sur l’amusement pur, et privilégiant le texte, même si quelques histoires séquentielles apparaissent parfois, ces deux magazines innovent sur de nombreux points. Fayard fut aussi l'éditeur du Diabolo journalDiabolo Journal, en ligne sur Gallica., qui absorbe en 1907 Le Bon Vivant et qui fut ensuite, en 1921, fusionné avec La Jeunesse illustrée, et du magazine Touche à tout (1908-1914).

Tout d’abord, ils présentent des nouveautés dans les formes : ils paraissent les jours de loisir des écoliers (jeudi et dimanche) et leurs prix sont très basGrâce à l’impression sur des rotatives, l’usage du « procédé Ben-Day » [inventé par Benjamin Day en 1881, permettant d'ombrer une reproduction au trait par le décalque de reliefs en gélatine] pour la mise en couleurs, et d’encres et papiers à bas prix pour la fabrication, l’insertion de quelques publicités et surtout des tirages élevés : pour le premier d’entre eux dès 1903., ce qui permet aux enfants de les acheter sans la présence de leurs parents ; leur format géant (imitant celui des images d'Épinal) et la prépondérance des histoires en images en couleurs les rendent très attractifsRenonciat (2002), p. 38. De plus, Fayard innove dans les fonctions de l’illustré, il ne s’agit plus d’« instruire en amusant » mais d’amuser avant tout, l’instruction pouvant venir par surcroît. Joseph-Arthème Fayard reste un conservateur sur le plan des idées, et ses bandes, si elles sont peu didactiques (excepté une Histoire de France par l’image de Georges Omry), demeurent , d’où des histoires assez moralisatrices bien perçues dans les milieux catholiquesRenonciat (2002), p. 39. Enfin, les deux journaux s’attachent « une équipe nombreuse et fidèle de créateursParmi lesquels, avant 1914, Jean Plumet, Ricardo Florès et Louis Valvérane (qui signait Zed), par ailleurs peintres, les illustrateurs Jean d'Aurian, Carsten Ravn, Georges Delaw, Jules Depaquit, Joseph Hémard, Jean Villemot, Charles Pourriol, Maurice Radiguet, Guy Dollian ou Pierre Falké, les dessinateurs satiriques Luc Leguey, Moriss, Mauryce Motet, Raoul Thomen, Léon Kern, les anciens du Chat noir comme Falco, Benjamin Rabier, Henri de Sta, Ernest Thélem, etc., puis dans les années 1920 Carrizey, Félix Jobbé-Duval, Pierre Soymier. Le « noyau dur de l’équipe », restant, jusqu’à la fin de la parution des magazines en 1935 et 1936, Asy, Paul d'Espagnat, Falco, George Edward, Leguey, Moriss, Motet, G. Ri, Paul Sellier, Valvérane et Ymer. ». Elle permet une belle variété de genres narratifs, dominés cependant avant 1914 par les histoires humoristiques, d’une part, « les contes, légendes et féeries, d’autre part », tous sous la forme de récits complets courtsSeules trois histoires à suivre sont publiées avant 1914.)Renonciat (2002), p. 40 et une diversité stylistique, qu’étouffe cependant « l’uniformité et la permanence des mises en page » : quatre lignes de trois images muettesSauf rares exceptions sans rôle narratif dans les premières et dernières années de publication. accompagnées de textes imprimés, sur le modèle des images d’Épinal, afin de rassurer les parents et les éducateursRenonciat (2002), p. 41. Face au succès de ce nouveau type de magazine, les autres éditeurs l’imitent : en 1904 et 1905, cinq autres journaux du même type sont lancés des concurrentsRenonciat (2002), p. 37, mais seuls ceux d’Offenstadt, privilégiant l’humour sur toute moralité, s’éloignent de la ligne Fayard.

Ces deux magazines évoluent très peu au long de leurs trente-deux années d’existence : pendant la Première Guerre mondiale, les histoires anti-allemandes dessinée d’une manière réaliste dominent ; dans les années 1920, les récits d’aventures et d'exotismes remplissent le journal, et le style Art déco commence à influencer les dessins, tandis que les histoires à suivre se multiplientRenonciat (2002), p. 40-41. À partir de la fin de cette décennie, les tirages, qui s’étaient maintenus depuis 1903, commencent à baisser, les deux magazines étant concurrencés par ceux d’éditeurs plus en phase avec les goûts de la jeunesse d’alors (usage des bulles, récits moins moralisateurs) : l’éditeur importe quelques séries américaines (en effaçant les bulles et réécrivant des textes sous les cases), les histoires sont plus proches de l’actualité ; le sport fait son entrée, à partir de 1932, les titres des histoires sont dessinés, quelques pages plus déstructurées apparaissentRenonciat (2002), pp. 40-42. Cependant, rien n’endigue la chute des ventes, d’autant que Le Journal de Mickey (1934) et Hurrah (1935) détournent encore plus les jeunes des histoires en images à l’ancienne : en 1935, La Jeunesse illustrée et Les Belles Images, dont les ventes ont été divisées par trois en dix ans, fusionnent, puis cessent de paraître en .

L’édition entre dans l’ère de masse Cette ligne éditoriale connaît un succès considérable et est prolongée par l'édition de romans feuilletons (comme ceux qui paraissent alors dans Le Petit Journal, par exemple). Ainsi, il publie La Porteuse de pain de Xavier de Montépin, des romans de Paul Féval ou de Michel Zévaco. Son plus grand succès fut la série des Fantômas, de Pierre Souvestre et Marcel Allain, avec les couvertures signées Gino Starace, qui dépassera les 5 millions d'exemplaires. Est lancé, sous l'enseigne « Fayard Frères », en 1898, un petit périodique bi-hebdomadaire, La Vie littéraire, jusqu'en 1902« La Vie littéraire (Paris, 1898) », Notice du catalogue général de la BNF..

De cette manière, « il fait entrer l’édition française dans l’ère de la production de masse » avec deux collections à bas prix mais à grands tirages : la « Modern-Bibliothèque » lancée en 1904, avec des romans contemporains à , où sort La Bataille de Claude Farrère (vendu un million d'exemplaires en 1909) ; le « Livre populaire », qui propose des romans populaires à , tels que Chaste et flétrie de Charles Mérouvel et la série des Fantomas de Pierre Souvestre et Marcel AllainRenonciat (2002), ..

Des auteurs populaires et les collections historiques vignette|redresse| Couverture des Histoires naturelles de Jules Renard, illustrée par Benjamin Rabier pour la « Modern-Bibliothèque » (1909). vignette|redresse| Couverture de Le Séducteur de Gérard d'Houville, titre de la collection Le Livre de demain (1923). Joseph-Arthème Fayard poursuit la politique de son père, consacrée d'abord à l'édition de littérature populaire, et lui donne une nouvelle orientation dont le ton avait été donné par l'édition des œuvres complètes d'Alphonse Daudet, en raison de son amitié avec le fils de ce dernier, Léon Daudet. Décidé à publier des auteurs célèbres de son temps, Fayard se met à éditer Maurice Barrès, Paul Bourget ou Marcel Prévost.