Autorail Bugatti désigne une gamme et un ensemble de de différents types conçus par le bureau d'études d'Ettore Bugatti pour équiper plusieurs réseaux ferroviaires français existant avant la création de la SNCF. Ils présentent cependant tous des caractéristiques communes, dont une esthétique particulière et le fait d'être propulsés par des moteurs en surplus de la Bugatti Type 41 « Royale », une voiture de prestige qui fut un échec commercial.

En 1932, neuf mois suffisent pour étudier et construire un prototype d'automoteur avec des techniques issues de l'automobile. La plupart des productions s'échelonnent de 1933 à 1938. Les autorails Bugatti sont élégants et rapides, mais souffrent d'une fiabilité perfectible. La Seconde Guerre mondiale est dévastatrice pour ces engins, soit directement par destruction de bombardements, soit indirectement par pénurie de carburant. De plus, ils ne correspondent plus aux besoins de la SNCF et, malgré quelques livraisons tardives résiduelles en 1945-1946, les derniers engins cessent tout service commercial en 1958 alors qu'ils circulaient encore sur des lignes de la Côte d'Azur.

Un exemplaire de type Présidentiel, livré à l'Administration des chemins de fer de l'État, fut restauré dans son aspect d'origine et exposé à la Cité du train à Mulhouse.

Naissance des autorails Bugatti vignette|gauche|Record du monde de vitesse en 1935. Après la Première Guerre mondiale, l'essor de l'usage de l'automobile menace la survie d'une partie du réseau ferroviaire secondaire français. Des concessionnaires indépendants de réseaux se tournent vers des fabricants automobile, pour qu'ils utilisent leur expérience dans l'étude et la conception de véhicules ferroviaires rapides, confortables et peu coûteux. Berliet, De Dietrich ou Renault notamment, répondent à l'offre en proposant des engins lourds destinés à circuler sur des lignes secondaires. Ettore Bugatti, avec sa « culture » de constructeur de voitures de sport luxueuses, explore une autre voie : il s'engage dans la mise au point d'engins rapides reliant des grandes villes, avec un maximum de confort pour les voyageurs. Cette diversification est en outre capitale pour la survie de son entreprise, durement éprouvée par la crise de 1929.. vignette|Moteur Bugatti Royale type 41. Si la firme Bugatti, d'abord avec Ettore, puis avec son fils Jean, invente l'architecture de ses autorails, elle fait appel pour leur motorisation au moteur à essence de la Bugatti Type 41 « Royale », voiture de grand luxe dont quelques exemplaires seulement auront été produits : l'usine de Molsheim dispose donc d'un stock de immédiatement utilisables pour être montés sur les premiers autorails produits.

Un prototype, dénommé « WR » (wagon rapide) par son constructeur, est livré à l'Administration des chemins de fer de l'État au printemps 1933. Comportant deux bogies de quatre essieux chacun, il se distingue par sa faible masse de en charge et sa puissance élevée de et, dès les premières marches d'essais, ses performances sont spectaculaires : la vitesse de est atteinte entre Connerré et Le Mans - ligne de Paris-Montparnasse à Brest. Dès l'été suivant, il est engagé sur Paris - Deauville-Trouville. Le , il transporte le président de la République française Albert Lebrun qui vient inaugurer la gare transatlantique de Cherbourg. Les résultats obtenus durant les essais et ce voyage présidentiel ouvrent la voie à la fabrication en série de cet autorail, dénommé « Présidentiel ».

Types construits Au total, seront construits selon six types différents. + Production des autorails Bugatti. Réseau Nombre N° réseau N° SNCF Type etdisposition essieux Mise enservice Nombre demoteurs Longueur(m) Masse à vide(t)État9ZZy 24401 à 24409XB 1001 à 1009Présidentiel1B1+1B11933-1936422,30032,0PLM3ZZA-K 1 à 3XB 1 à 3Double1B1+1B1+4+41934442,46055,0État5ZZy 24421 à 425XB 2101 à 2105Léger3A+A31935219,30024,0AL2ZZr 26 et 27XB 2201 et 220222,5PLM6ZZA-K 101 à 106XB 2301 et 230624,0PLM18ZZA-K 201 à 218XB 3001 à 3018Allongé3A+A31935221,37426,5État10ZZy 22426 à 22435XB 3101 à 31101935-193621,00026,0État15ZZy 24436 à 24450XB 4001 à 4015Surallongé3A+A31936-1937225,38031,0AL1ZZr 25XB 4101193725,30640,5PLM10ZZA-K 301 à 310XB 4201 à 421031,0État2ZZy 24481 et 24482XB 101 et 102Triple4+2B+B2+41936460,00080,0AL3 -XB 201 à 2031938SNCF2 -XB 204 et 2051939SNCF2 -XB 4301 et 4302Surallongé3A+A31945-1946425,30631,0 : puissance () - : puissance ().

Description Caractéristiques techniques vignette|gauche|Vue latérale du compartiment moteur et du poste de conduite sur toiture. La motorisation de tous les autorails est assurée par des moteurs à essence, à en ligne de , avec un arbre à cames en tête, alimentés chacun par deux carburateurs Zénith ; la puissance de chaque moteur est, pour son utilisation ferroviaire, de () à . Le carburant est un mélange d'essence, d'alcool et de benzol. Les moteurs sont au nombre de deux ou quatre par engin selon la puissance désirée, en prise directe avec une transmission hydromécanique sur des bogies à quatre essieux. Les autorails doubles, triples ainsi que certains surallongés sont cependant équipés de boîtes Cotal à deux vitesses pour faciliter le démarrage, celui-ci étant trop laborieux en prise directe pour des engins plus lourds ; le dispositif est également utile pour des démarrages fréquents sur des dessertes omnibus.. Sur les autorails de type léger et allongé, les radiateurs de refroidissement des moteurs, à ventilation naturelle, sont disposés sur les faces frontales ; pour tous les autres types, ils se trouvent sur une face latérale et sont à ventilation forcée grâce à des hélices. Ces moteurs exigent des révisions chez le constructeur tous les ; après la Seconde Guerre mondiale, la maintenance est assurée par De Dion-Bouton. vignette|Bugatti Type 32. Le châssis est composé deux longerons en tôle d'acier, reliés entre eux par des traverses droites et en diagonales. La caisse est en outre composée de segments modulaires indépendants assemblés par des bandes de caoutchouc fortement comprimé, ce qui autorise un léger jeu. Ces modules sont fixés sur un plancher en bois de chêne, reposant et fixé sur le châssis ; le compartiment moteur, pour sa part, ne possède pas de plancher en bois. La caisse est légère et aérodynamique, avec des extrémités présentant un profil particulier déjà éprouvé sur l'automobile Bugatti Type 32.. Cette forme particulière profilée limite l'effet de compression latérale de l'air lors du croisement à grande vitesse avec un autre train et a tendance à plaquer l'autorail à la voie, le rendant ainsi plus stable. vignette|gauche|Poste d'observation de "l'homme-pétard" pour contrôler un attelage. La cabine de conduite unique est disposée en kiosque dépassant de la toiture, au centre de l'élément moteur sur sa longueur, juste au-dessus des moteurs. Cette disposition n'est pas optimale lors d'une marche à vue ou lors des manœuvres d'accostage pour exécuter un attelage, surtout pour les autorails doubles ou triples ; un poste est donc aménagé à l'avant de l'autorail pour un agent d'accompagnement qui est en liaison avec le conducteur par signaux optiques et sonores. Cet agent est parfois surnommé « homme-pétard » car c'est lui qui signale au conducteur la détonation des pétards disposés sur les rails pour exiger l'arrêt immédiat du train. Si la conduite est simple en raison de l'absence de boîte de vitesses, la position du conducteur n'est pas confortable. Installé au-dessus des moteurs, il est exposé au bruit et aux vapeurs de carburant. En outre, il n'est pas assis sur un siège mais sur une selle. vignette|Bogie d'un autorail surallongé. Les roues montées sur les bogies sont dites « élastiques », comportant un anneau en caoutchouc interposé entre le centre de la roue et son bandage ; les deux parties métalliques de la roue sont reliées électriquement pour assurer le bon fonctionnement des circuits de voie. Leur diamètre est de . Les roues motrices sont solidaires de l'essieu mais les roues porteuses tournent librement, montées sur des fusées. Les freins sont à tambour ; ce dispositif, bien qu'efficace, a l'inconvénient d'user très rapidement les garnitures dont les remplacements sont difficiles à réaliser, en raison de l'architecture des roues et les conducteurs veillent à l'utiliser le moins souvent possible. La configuration des bogies, avec quatre essieux et un fort empattement, réduit très fortement les risques de déraillement. La suspension est assurée par des ressorts à lames et des amortisseurs.

Aménagements intérieurs

Les aménagements intérieurs des autorails Bugatti sont très divers. Ils varient selon le type et, au sein d'un même type, selon le réseau auquel ils sont initialement destinés mais ils sont, dans tous les cas, conditionnés par la présence du compartiment moteur en position centrale de la ou de l'une des caisses. Lorsque les sièges sont individuels, ils sont le plus souvent orientables selon le sens de marche ; par simple basculement, l'assise devient dossier et inversement.

Les Bugatti Présidentiels sont équipés de siège luxueux disposés à quatre place de front de part et d'autre du compartiment moteur.. vignette|Aménagement intérieur d'un Bugatti allongé. Les autorails Bugatti légers, souvent destinés à des dessertes omnibus, sont aménagés en conséquence : un local à bagages et des toilettes au voisinage des moteurs et, de part et d'autre, deux salles où les passagers sont assis à cinq de front sur des banquettes. Les autorails allongés et surallongés sont aménagés de façon similaire, si ce n'est que l'espace réservé aux voyageurs est plus vaste et que les passagers peuvent être assis à quatre de front dans tout ou partie de l'autorail.

Sur les autorails doubles, la motrice accueille des voyageurs de part et d'autre du compartiment moteur où se trouvent aussi des toilettes et un local à bagages alors que dans la remorque, outre les toilettes et le local à bagages, se trouve un espace buffet puis une salle voyageurs occupant tout l'espace encore disponible.

Les Bugatti triples accueillent généralement, dans la caisse centrale où se trouvent les moteurs, une soute à bagages, une cuisine et un petit compartiment de douze places - quatre de front en disposition . Selon les réseaux, les caisses d'extrémité sont aménagées en salles où les passagers sont assis à trois ou quatre de front. Chacune de ces deux caisses dispose de toilettes. vignette|centré|redresse=2.5|

Livrées Lorsqu'ils sont mis en service, les autorails sont peints aux couleurs des réseaux propriétaires. La livrée uniforme des autorails SNCF avec le bas de caisse rouge vermillon, la partie supérieure crème et des « moustaches » sur les faces frontales ne se généralise qu'au début des années 1950. Le regroupement des séries d'autorails par région, décidé par la SNCF, permet alors de voir temporairement des allongés ex PLM, bleus azur et gris, en Bretagne et des surallongés ex État, rouge rubis et gris perle, sur la Côte d'Azur..

Carrière et services