L'expression Canadiens français () (adjectif canadien-français.) ou Franco-Canadiens...Le Grand Robert de la langue française (version numérique , 2022) : . () désigne les citoyens canadiens d'ascendance et de langue françaises. De 1763 au milieu du , les Canadiens français forment une population.. aspirant à une plus grande émancipation et reconnaissance de la part du gouvernement fédéral canadien.. La Chambre des communes du Canada et l'Assemblée nationale du Québec reconnaissent comme une nation les Québécois qui habitent le Québec, seule province du Canada où les Canadiens d'origine française sont majoritaires. Aujourd'hui, les Canadiens français sont plutôt considérés comme une origine ethnique dont les ancêtres ont fondé le Canada de la Nouvelle-France (appelé aussi Canada...) aux et siècles. Avec les Acadiens, Cadiens et Métis, ils composent la francophonie nord-américaine issue de l'Amérique françaiseFrançois-Xavier Garneau, Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, 1845..... Les Canadiens français comptent parmi les nations fondatrices de la Confédération canadienne et représentent l'un des grands groupes ethniques du Canada avec les Premières Nations et les Canadiens anglais.. Ils constituent toujours la population majoritaire au Québec..

Au Québec, c'est plutôt à la faveur du développement du nationalisme québécois et du mouvement pour l'indépendance du Québec centrés sur une identification exclusive à un État québécois, que le terme « Québécois » remplace celui de « Canadien français ».

Ethnonymie Formé de l'ethnonyme « Canadiens » qui désigna, à partir des explorations de Jacques Cartier certaines Premières Nations de la vallée du Saint-Laurent (en concurrence avec l'ethnonyme « Canadois ») et du nom « Français » désignant les sujets du royaume de France, le vocable « Canadiens français » apparaît au tournant du . pour identifier les Français nés dans la colonie du Canada. Faisant suite à l'expression « François-Canadois. », il fut utilisé tout comme « Français du Canada. », « Français-Canadiens. » ou le plus souvent « Canadiens.» jusqu'à la fin de la Nouvelle-France.

Si le vocable « Canadiens » fut généralement préféré par les Canadiens français pour évoquer entre eux leur réalité nationale, l'expression Canadiens français s'impose rapidement à l'écrit, puis de manière générale, avec la mise en minorité progressive des Canadiens français au Canada durant le de même que l'émergence et l'affirmation toujours plus grande d'un nationalisme étatique canadien à la suite de la création de la fédération canadienne. Dans la seconde moitié du apparait également l'expression populaire « Canayens » pour désigner les Canadiens français. On situe généralement à l'époque de la Première Guerre mondiale, l'appropriation par les populations d'origine anglo-saxonne d'une identité canadienne étendue « d'un océan à l'autre ». L'appellation de « Canadiens français » dominera ainsi jusqu'aux années 1970.

Le peuplement canadien-français, d'abord localisé dans la vallée du Saint-Laurent (aujourd'hui au Québec), s'étendit dès la Nouvelle-France à l'intérieur du continent, notamment au pourtour des Grands Lacs. Au , cette expansion atteint l'Ouest américain et l'Ouest canadien, de même que plusieurs États de Nouvelle-Angleterre où les Canadiens français prennent le nom de « Franco-Américains ». La diaspora canadienne-française couvre ainsi l'ensemble de l'Amérique du Nord. Les Acadiens et les Métis ont parfois été englobés dans la dénomination « Canadiens français » prise dans son acception nationale la plus large.

Orthographe L'orthographe de l'expression « Canadiens français » a varié dans le temps, tant du fait d'une certaine liberté orthographique admise avant le que par la suite de choix étymologiques, non exempts de considérations politiques ou idéologiques. Dans son sens premier de « Français du Canada », l'expression commandait des majuscules étant simplement la combinaison des deux substantifs « Canadiens » et « Français » qu'on reliait ou non d'un trait d'union (Canadiens-Français). Vers la fin du , avec le développement d'un nationalisme pancanadien, notamment chez les intellectuels libéraux, on voit apparaître la forme « Canadiens français » pour exprimer moins une nationalité qu'un simple qualificatif de culture. Cette forme orthographique sera normalisée vers l'époque de la Première Guerre mondiale.

Caractéristiques nationales Si on dénote dès l'époque du Canada de la Nouvelle-France un caractère singulier qui distingue les Canadiens français des Français métropolitains, cela relève davantage d'un régionalisme. Le Canada français est une province de France au même titre que l'Alsace ou la Bretagne. Il aura fallu le choc de l'abandon du pays par la France à la Grande-Bretagne pour que naisse la nation canadienne-française. Cette cession, survenue à la suite de la signature du traité de Paris de 1763, pose en effet problème. Les Canadiens français sont catholiques alors que l'Empire britannique proscrit le catholicisme. Or, par volonté de Louis XV, un article spécifique du traité leur garantit la libre pratique de leur religion.

La religion catholique est ainsi, d'un point de vue légal, le premier des éléments positifs qui définissent la nationalité canadienne-française et qui assurent son droit à l'existence. Les institutions canadiennes-françaises qui seront fondées au cours des siècles suivants seront ainsi pour la plupart de confession catholique.

Le deuxième élément reconnu par la couronne britannique sera le maintien du droit civil français par l'Acte de Québec de 1774. Tous les aspects légaux entourant notamment la famille, la propriété et le travail pourront continuer d'être réglementés dans la « » selon la Coutume de Paris.

Simultanément à la reconnaissance du droit français, le pouvoir britannique reconnaît aussi le statut officiel de la langue française qui constitue un troisième élément positif de la nationalité canadienne-française. Ce statut sera d'ailleurs confirmé en 1793 par l'Assemblée législative du Bas-Canada, puis par le Parlement du Canada-Uni et par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867. Cependant, cette reconnaissance formelle n'empêchera pas l'interdiction des écoles françaises dans presque toutes les provinces canadiennes jusqu'aux années 1970, mesure mise en place par les Canadiens anglais afin de minoriser et d'assimiler les Canadiens français, phénomène qui se poursuit encore aujourd'hui.

Quatrième élément, un ensemble de référents socioculturels transmis par la famille et par l'école, notamment une histoire et une culture française enrichies des savoirs et des pratiques hérités d'un enracinement en sol canadien depuis 1534.

Enfin, la connaissance intime d'un territoire où ces éléments positifs ont pu se déployer dans leur plénitude par une mise en valeur séculaire, un territoire successivement appelé Canada, , Bas-Canada, Canada-Est, puis Province de/du Québec et qui est considéré, du moins jusqu'aux années 1970, patrie des Canadiens français.

Histoire

Nouvelle-France (1534-1763) L'histoire des Canadiens français et du Canada français débute avec les voyages de Jacques Cartier (1534-1542) au cours desquels l'explorateur reconnait un territoire qu'il nomme Canada et qu'il place sous juridiction du roi de France. La colonie de Cap-Rouge (appelé Charlesbourg-Royal, puis France-Roy) fondée à l'occasion du troisième voyage de Cartier et qui abrita plusieurs centaines de colons entre et constitue ainsi une première tentative de peuplement français au Canada.

La mort de François , commanditaire de Cartier, puis les Guerres de religion qui divisent la France jusqu'à la fin du , détournent les mouvements de colonisation française du Canada. Seuls les pêcheurs, basques et bretons notamment, ainsi que les marchands de fourrures continuèrent à remonter le Saint-Laurent.

Si en 1600, un premier poste de traite permanent est établi à Tadoussac par François Dupont-Gravé et Pierre de Chauvin, il faut attendre la fondation de Québec en 1608 par Samuel de Champlain pour qu'une nouvelle colonie de peuplement puisse être établie au Canada français. Rappelons que l'histoire du peuplement de l'Acadie débute en 1604 avec la fondation d'une colonie sur l'île Sainte-Croix.

Le peuplement du Canada français connaît des débuts très lents. D'une part, la mort d'Henri IV en 1610 et la minorité de Louis XIII ne favorisent pas une intervention directe du pouvoir royal, et d'autre part, l'acclimatation assez rude, l'insécurité face à la menace iroquoise et l'opposition profonde qui existe entre un commerce des fourrures lucratif et une colonisation agricole qui demande de coûteux investissements, constituent les principaux obstacles au développement de la colonie. Une première famille, celle de Louis Hébert et de Marie Rollet, s'établit tout de même à Québec en 1617.

En 1627, on établit la Compagnie des Cent-Associés qui devait assurer sur l'établissement de 4000 colons. Malheureusement, la flotte de 1628 avec 300 colons à son bord devait être capturée par les frères Kirk, des marchands rivaux à la solde de l'Angleterre en guerre contre la France depuis 1627. Québec, sans ressources, doit capituler en 1629 alors même qu'un traité de paix est signé entre les belligérants. Québec ne sera rendu à la Couronne française qu'en 1632. La Compagnie des Cent-Associés est ruinée et le retour des autorités coloniales n'y peuvent rien changer. La population se limitera encore pour dix ans à quelques centaines d'individus.

Néanmoins, l'expansion territoriale reprend. Champlain charge le Sieur de Laviolette d'établir un fortin plus haut sur le cours du Saint-Laurent à l'embouchure du Saint-Maurice marquant ainsi les débuts des Trois-Rivières en 1634. Cette fondation rapproche les Français de leurs alliés amérindiens dans la lutte qui les opposent aux Iroquois. Une guerre qui s'intensifiera au tournant des années 1640. Sous l'impulsion de la Société de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France, un poste est fondé sur l'île de Montréal en 1642. Pendant près de , et surtout après la destruction de la Huronie en 1649-50, les premiers montréalais -les Montréalistes- vivront dans des conditions précaires, en butte aux expéditions punitives iroquoises. Cela dit, la fondation de Ville-Marie présente l'avantage de détourner les incursions de Québec et d'y faciliter ainsi les progrès de la colonisation.

Il faudra attendre l'exploit du Long-Sault de Dollard des Ormeaux, de ses compagnons et de leurs alliés algonquins en 1660 pour que la pression se relâche sur Montréal. En 1665, Louis XIV, qui avait déjà octroyé à la Nouvelle-France le statut de province royale deux ans auparavant., envoie le Régiment Carignan-Salières, fort de en armes, pour pacifier le pays. Cette pacification réussie ouvrira une période de développement considérable pour la colonie. Sous l'impulsion de l'intendant Jean Talon et du gouverneur Frontenac, ce développement est fortement redevable de l'arrivée des Filles du Roi, qui débarquent par centaines entre 1663 et 1673, et dont la fécondité remarquable assurera la pérennité du peuplement de la souche française du Canada.

Une seconde période sera cruciale pour l'enracinement des Canadiens français, celle de l'intendance de Gilles Hocquart. Sous son administration, qui s'étale entre 1729 et 1748, la population passe de 30 000 à 50 000 environ.

Régime britannique (1763-1867)