Montagne d’or est un projet d’exploitation minière d'une concession aurifère de l'ouest de la Guyane française porté par la Compagnie Minière « Montagne d'Or », une coentreprise de la société junior canadienne Columbus Gold, chargée de l'exploration, et de la société russe Nordgold, chargée de l’extraction.
Le projet a fait l'objet d'un débat public en 2018, durant lequel ont émergé, d'une part, une contestation de la part des citoyens, des élus et des associations, en particulier les organisations amérindiennes et le collectif Or de Question, et d'autre part, des soutiens au projet.. Le projet est abandonné par le gouvernement en , mais en , le média Reporterre révèle que le gouvernement soutient une relance du projet sous une forme différente.. En , le Conseil constitutionnel rejette finalement la prolongation de la concession minière à la suite d'une saisie du Conseil d'État..
Situation générale Situation géographique Les concessions minières de Paul-Isnard, qui englobent le site de la « Montagne d'Or » se situent sur la commune de Saint-Laurent-du-Maroni, dans le département d'outre-mer français de Guyane. Elles se trouvent au sud de la ville de Saint-Laurent-du-Maroni à laquelle elles sont reliées par une piste forestière de , passant par la Croisée d’Apatou. Elles sont situées à à l’ouest de Cayenne à vol d'oiseau.. Elles appartiennent au bassin du fleuve Mana qui a son embouchure près de l'estuaire du Maroni, entre les villages d'Awala-Yalimapo et de Mana. Le site de la Montagne d'Or est localisé dans une zone où l'activité minière est autorisée sous conditions., entre les deux parties de la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou Dékou, avec au sud le massif du Dékou-Dékou, et au nord celui de Lucifer, zones où l’activité minière est interdite..
Situation géologique
vignette|Carte de la Guyane avec la localisation du projet de mine « Montagne d'Or » entre les deux réserves biologiques intégrales.|alt=carte complète de la Guyane en vert et avec un carré en bas à droite représentant un zoom en beige et les secteurs concernés en vert pâle.
Les concessions minières se trouvent dans la province géologique de Mana–Iracoubo.
Le secteur de « Montagne d'or » se trouve dans la région des « Terres Hautes » guyanaises, au Nord du « Plateau Central » à dominante granitique., dans une région composée de roches du Paléoprotérozoïque, et plus précisément du Rhyacien. Il s'agit de roches volcaniques (basaltes et rhyolites) qui appartiennent à la ceinture de roches vertes du Paramaca. Ces roches correspondent aux parties érodées d'une séquence d'arc volcanique, formé entre . Au cours de la formation de la chaîne de montagnes transamazonienne, ces roches ont été plissées pour former des synclinaux séparés par un ensemble de granites de composition sodique, le complexe central de TTG (Tonalite, Trondhjémite, Granodiorite), daté entre .
Le gisement aurifère de la Montagne d'Or est de type amas sulfuré volcanogénique. Sur ce secteur, les roches volcaniques sont composées de laves en coussins, témoignant d'éruptions sous-marines et de roches felsiques, résultant d'éruptions volcaniques explosives. Des intrusions de roches granitiques et des dykes de diabase tardifs recoupent l'ensemble. Les roches sont déformées selon une direction est-ouest et une forte schistosité témoigne de l’aplatissement des roches dans une zone de déformation. Le métamorphisme régional varie du niveau des schistes verts supérieurs à celui des amphibolites inférieurs. La minéralisation disposée selon deux zones principales et deux zones secondaires, est de forme disséminée ou en veinules. L'or est associé à de la pyrite, de la pyrrhotite et de la chalcopyrite, dans une zone riche en chlorite et séricite.
Le secteur de la Montagne d'Or est localisé vers la base du versant nord du massif du Dékou-Dékou, proche d'une vallée, dépression topographique, entre deux reliefs importants que sont les massifs de Lucifer et du massif du Dékou-Dékou. Côté nord les pentes sont progressives tandis que le versant sud du massif du Dékou-Dékou est très abrupt. Le versant nord comporte plusieurs secteurs de forte instabilité (constatée ou potentielle), due à l'altération superficielle plus forte au niveau des formations schisteuses, ayant provoqué des glissement de terrain dont le matériel s'est accumulé au pied du versant nord.
Le sous-sol est surtout composé de roches altérées (saprolite et latérite) pouvant atteindre d’épaisseur. Les sols sont latéritiques et acides, la couche de terre végétale est très mince sur les zones lessivées et plus épaisse sur les zones protégées par un couvert végétal..
Historique général des concessions Paul Isnard
L'or guyanais est exploité depuis le milieu du et sur le site Paul Isnard depuis la fin du . Aujourd'hui, l'or est extrait des alluvions des rivières (or alluvionnaire), ou directement dans la roche mère (or primaire), par des sociétés minières légales et - en quantités inconnues par des orpailleurs illégaux.
Plusieurs gisements potentiels, plus importants et plus profonds ont été pressentis en Guyane depuis les années 2000, dont celui de Montagne d'Or confirmé par plus d’une cinquantaine de forages au diamant principalement réalisés par Guyanor Ressources et Golden Star Resources de 1996 à 1998..
Premières exploitations de l'or alluvionnaire vignette|300px|Historique des entreprises concessionnaires du secteur Paul Isnard entre 1994 et 2017.|alt=Schéma représentant les concessionnaires du secteur Paul Isnard, sous forme de cercles contenant leurs logos à 6 périodes entre 1994 et 2017.
Le site aurifère « Paul Isnard », du chercheur d'or du même nom, comprend des concessions minières exploitées depuis le . La découverte d'or alluvionnaire dans la région de la moyenne Mana date de 1873 avec les placers « Pas-Trop-Tôt » et « Enfin ! » (découvert par Léonce Melkior en 1875), puis avec les frères Ernest et Paul Isnard, ce dernier ayant donné son nom à l'ensemble des concessions concernées par le projet.
Plusieurs concessions minières sont instituées sur la zone entre la fin du et le début du .
En 1940, après une trentaine d'années durant lesquelles l'industrie aurifère guyanaise est délaissée et les placers envahis par les maraudeurs, est créée la Société d'études et d'exploitations minières de l'Inini (SEEMI). Elle installe un camp à Bœuf-Mort en 1942, réalise des prospections à Dékou-Dékou et ouvre la piste jusqu’à Paul Isnard. Elle devient en 1947 la Société d’exploitation minière de l’Inini (SEMI) et la direction technique est confiée à la Compagnie équatoriale de mines (CEM).
En 1949 la CEM et la SEMI, avec le jeune Bureau minier guyanais, ayant pour vocation de promouvoir la recherche et l’exploitation des ressources du sous-sol sur le territoire de la Guyane, et la Compagnie Tanon, créent le « Syndicat Paul Isnard » pour reprendre l'exploration du secteur. Une amodiation des titres miniers est réalisée au profit du Bureau de recherches géologiques et minières. Les prospections réalisées entre 1951 et 1953 évaluent une ressource de d'or alluvionnaire et une galerie est creusée au pied de la montagne Dékou-Dékou. En 1965 est créée la Compagnie minière Paul-Isnard avec des capitaux américains, qui devient sous-amodiataire du BRGM fin 1966.
Au-delà des exploitations aurifères, le botaniste français Jean-Jacques de Granville cite en 1975 pour la première fois la zone de Paul-Isnard comme étant d'un grand intérêt pour son patrimoine naturel : « L'intérêt minier de la zone intermédiaire entre les massifs de Lucifer et du Dékou-Dékou est très important. En décembre 1995 est créé une réserve biologique domaniale de recouvrant l'actuelle réserve biologique intégrale et la partie intermédiaire.
De 1975 à 1995, pour le Ministère de l’Industrie, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dresse un inventaire minier de toute la Guyane. En 1976, il repère pour la première fois des traces d'or dans le sol du secteur. Au début des années 1980 il se recentre sur la recherche de minéralisations en or et fait état de traces discrètes d' où des et des évoquant de potentiels filons d'or primaires, dont l'exploitation nécessiteraient toutefois .
En 1986, selon un rapport du BRGM la CPMI est . Après sa liquidation, les travaux seront poursuivis par la Société de travaux publics et de mines aurifères en Guyane (SOTRAPMAG), créée le . La propriété des concessions passe de la SEMI, à la Compagnie générale équatoriale et, après plusieurs évolutions et absorptions, à la société Alcatel-Alsthom-CGE.
La SOTRAPMAG avant 2008
De 1986 et 1997, la Société de travaux publics et de mines aurifères en Guyane (SOTRAPMAG) continue à exploiter l’or alluvionnaire et installe une base vie dans le village de Citron, qui compte alors , avec une école et une infirmerie. La société Guyanor est créée en 1993. et rachète en 1994 la SOTRAPMAG, propriétaire d'un total de 8 concessions minérales sur le site de Paul-Isnard valables jusqu'au . Elle y exploite l'or alluvionnaire jusqu'en 1997, enregistrant chaque année des pertes d'exploitation.. Fin , dans le cadre de la politique de centralisation de ses activités sur les télécommunications, la société Alcatel-Alsthom vend les concessions Paul Isnard à la SOTRAPMAG.. En le BRGM indique renoncer à tous ses droits sur les gisements primaires situés sur les concessions de Paul-Isnard, en faveur de Guyanor, en échange de la somme de (plus tard transformée en et 2,5 % des revenus nets qui pourraient éventuellement être dégagés du projet Paul-Isnard).
En 1995 un arrêté du ministre de l'Agriculture définit la réserve biologique domaniale de Lucifer Dékou-Dékou pour une superficie de .
Entre 1996 et 1998, puis en 2001, 2007 et 2008, la société Golden Star Resources et sa filiale Guyanor. continuent l'exploration, dont par forages au diamant, identifiant un gisement potentiel important d'or sur le site Montagne d′Or. Entre 1996 et 1998, ces phases d'exploration se font notamment grâce à l'investissement de la société américaine ASARCO Inc.. Pendant ce temps, entre 2000 et 2008, la COTMIG continue l'exploitation de l'or alluvionnaire en payant une redevance à la SOTRAPMAG.
En 2004, une restructuration entre Golden Star Resources et Guyanor se met en place pour éponger les dettes de cette dernièrehttps://www.boursier.com/actions/actualites/news/guyanor-ressources-le-point-sur-la-situation-106085.html, et, en 2004, Guyanor devient EURO Ressources.. En 2008, elle rachète ses parts et se dissocie de Golden Star.
2008-2010 Renouvellement du PER et transferts de la concession En 2008, le groupe EURO Ressources, au travers de la SOTRAPMAG, demande le renouvellement du permis exclusif de recherches (PER de Paul-Isnard) pour le site Paul Isnard et les 8 concessions de minerai d'une superficie de .. Il s'engage dans le même temps à investir supplémentaires en dépense d′exploration.
En , EURO/SOTRAPMAG conclut un accord à l'amiable avec Golden Star Resources concernant un litige sur la propriété du site Paul Isnard. Cet accord comprend le transfert de la SOTRAPMAG, demandeuse du permis exclusif de recherches (PER), à Golden Star Resources en échange d'une redevance sur la production en or du site de Paul Isnard. Cette redevance est égale 10 % de la production (jusqu'à ) et 5 % de la production (entre ) multiplié par la différence entre le prix du marché de l'or et .. En , Golden Star Resources notifie EURO que le PER sera transféré à une tierce-partie : la SA Auplata, présidée, à l'époque par Jean-Pierre Gorgé, puis, depuis par Jean-François Fourt, également président de la société minière Luxembourgeoise OSEAD. active en Afrique. La transaction est estimée à ( pour le permis et pour les concessions).
2010-2014 Exploration par Columbus Gold