thumb|right|Tokyo Yoshiwara, quartier de plaisir, carte postale ancienne. thumb|Prostitution à Ahiduoka au Japon, vers 1890. Kusakabe Kimbei.La prostitution au Japon a fait l'objet de réglementations dès le début du , au cours de l'époque d'Edo (env. 1600-1868). Une loi concernant le quartier de YoshiwaraYoshiwara était un quartier d'Edo (l'actuelle ville de Tokyo) où se concentrait la « prostitution » à l'instar des « quartiers des plaisirs » d'Amsterdam ou de Hambourg. Ce quartier existe toujours à l'heure actuelle même si le racolage sur la voie publique a été interdit. Il existe d'autres quartiers, aussi bien dans la ville d'Edo que dans d'autres villes du Japon, dévolus à cette activité mais le quartier de Yoshiwara reste le plus connu et se visite tout comme le « quartier des plaisirs » d'Amsterdam ou de Hambourg. tendait à criminaliser l'activité des prostitués et les contraignait à se faire enregistrer auprès des pouvoirs publics. Cette loi qui réglementait la prostitution était avant tout un moyen pour le pouvoir de s'assurer des rentrées fiscales. Les prostituées étaient hiérarchisées afin que leurs clients puissent faire appel à leurs services en fonction de la position sociale qui était la leur dans la ville.
À l'heure actuelle, la prostitution est plutôt bien considérée à Tokyo pour ses prestations de haut niveau et sa clientèle importante. Elle continue à prospérer en raison de la position de Tokyo comme l'une des cinq villes principales pour l'industrie et le commerce. La clientèle, faite d'hommes d'affaires, de commerçants aussi bien que de touristes, continue de recourir aux services des prostituées et sont à l'origine de profits économiques importants pour la métropole asiatique.
La légalité de la prostitution à Tokyo est constamment débattue. En dépit d'un décret de 1956 précisant que , la légalité des actes sexuels, mis à part le coït est habituellement admise. Bien que différents mouvements d'opinion tentent régulièrement de légaliser ou, au contraire, de criminaliser toute forme de prostitution librement consentie, la loi de 1956 paraît résister à l'épreuve du temps et aux efforts d'amendements répétés. Divers échappatoires, interprétations libérales de la loi et contournements ont permis à l'industrie du sexe de se développer et de rapporter, bon an mal an, un gain estimé à 2,5 milliards de yens (environ 19 millions d'euros en 2009).
On remarque au Japon l'existence de réseaux parallèles ou informels, pratiquement absents dans les autres sociétés occidentalisées, de prostitution de jeunes filles et d'adolescentes scolarisées.
Qualifications Bien des mots ont été et/ou sont utilisés pour désigner l'industrie du sexe au Japon :
, littéralement « vente de printemps » ou « vente de jeunesse », est un pur euphémisme d'un terme légal utilisé, par exemple, dans le titre de la Loi Anti-Prostitution du ). La signification actuelle de ce terme est spécifique et habituellement utilisée pour la prostitution illégale. , littéralement « commerce de l'eau », est un terme plus large qui couvre l'industrie de la distraction dans son ensemble (légale, illégale et à la limite des deux). Fûzoku désignait les quartiers interdits à l'époque Edo, littéralement « moralité publique » ou « mœurs », est communément utilisé pour désigner l'industrie du sexe bien que ce terme recouvre également les dancings et les salles de jeu. Le terme plus spécifique de , « moralité sexuelle », est employé plus volontiers s'appliquant à l'industrie du sexe. Le terme provient d'une loi réglementant tout travail qui « touche », à la « morale publique » (Cf ci-dessous la section « statut légal »).
Histoire Époque de Kamakura Au la prostitution est rarement une activité principale : les femmes la pratiquant étaient en général danseuses, musiciennes ou saltimbanques.. Elles sont organisées collectivement et leurs associations bénéficient d'une reconnaissance officielle, d'une protection par les pouvoirs publics et de droits de circulation garantis. Elles ne semblent pas avoir fait l'objet de mépris ou de discrimination de la part du reste de la population, et on connait au moins un cas de procès opposant des prostituées à un seigneur concernant des prélèvement abusifs de taxes remporté par les plaignantes. On distingue principalement trois types de courtisanes: les asobime qui officient dans les ports et les navires sillonnant la mer intérieure ; les kugutsu qui officient dans les auberges le long des principales routes terrestres ; les shirabyōshi qui officient chez les nobles, qu'elles soient à demeure ou itinérantes. De nombreux personnages de haut rang étaient fils de courtisanes, sans que cela ne semble leur avoir porté préjudice, dont Yoshitsune.
Époque d'Edo
En 1617, le shogunat Tokugawa promulgue un édit restreignant la prostitution à certains lieux situés hors des agglomérations, les yūkaku. Les plus connus d'entre eux sont Yoshiwara à Edo (présentement Tokyo), Shinmachi à Osaka et Shimabara à Kyoto.
Les prostituées et courtisanes étaient désignées sous l'appellation de , « femmes de plaisir » et hiérarchisées en fonction d'un classement complexe, avec, au sommet, les oirans puis, par la suite, les tayūs. Les lieux de prostitution étaient clos de murs et gardés afin d'en assurer à la fois le contrôle d'accès et la taxation. Les rōnin, samouraïs sans maître, étaient interdits d'entrer et les prostituées de sortir sauf une fois l'an pour aller voir les sakura (cerisiers en fleurs) et visiter leurs proches sur leur lit de mort.
À partir du , les Chinois, Coréens et autres peuplades d'Extrême-Orient ont fréquenté les lupanars japonais Leupp, Gary P. Interracial Intimacy in Japan, , ed. Continuum International Publishing Group, 2003, . Cette pratique est entretenue ensuite par les visiteurs venus d'Occident, surtout des marchands européens souvent accompagnés par leur équipe de lascars recrutés dans le sous-continent Indien (en sus d'Africains dans un certain nombre de cas) Leupp, Gary Interracial Intimacy in Japan, , ed. Continuum International Publishing Group, 2003, . Tout a débuté avec l'arrivée des Portugais au Japon au cours du , lorsque les Japonais ont pensé que les Portugais étaient des Tenjiku (Habitants Célestes), nom japonais désignant l'Inde (en des temps reculés, ce nom avait été donné à l'Inde en raison de son importance dans la genèse du bouddhisme et le christianisme n'étant qu'une nouvelle religion indienne). Cette présomption erronée était due au fait que le siège de la Compagnie portugaise des Indes orientales était basé à Goa (Inde) mais aussi à l'obédience à la foi chrétienne des équipages servant sur les bateaux portugais Leupp, Gary .
Les Portugais, aidés en cela par leurs membres d'équipage, ont souvent été impliqués dans l'esclavage sexuel de Japonaises. Ils achetaient ou capturaient de jeune femmes et des filles qui leur servaient d'esclaves sexuelles sur leurs bateaux ou étaient exportées à Macao ou dans d'autres colonies portugaises d'Asie du Sud-Est, des Amériques et des Indes où se trouvait une forte proportion d'esclaves japonaises et de marchands, en particulier à Goa, au début du Leupp, Gary Interracial Intimacy in Japan, , éditeur: Continuum International Publishing Group, 2003, . Par la suite, d'autres Compagnies des Indes orientales, en particulier les Compagnies hollandaise et anglaise, ont également été impliquées dans la prostitution à l'époque où elles étaient implantées au Japon Leupp, Gary .
Ère Meiji (1868 - 1912) Le bakumatsu met fin à la politique d'isolation du Japon. Le flot des Occidentaux en direction du Japon amène un changement radical du Japon au cours de l'ère Meiji. Les écrivains japonais, notamment Ichiyō Higuchi, s'émeuvent des conditions de réclusion sordide dans laquelle vit la classe la plus basse des prostituées dans les « quartiers de plaisirs ».
Mamichi Tsuda propose en 1869 la prohibition de la traite humaine, proposition acceptée en 1872 par le gouvernement, qui déclare libres les esclaves et les prostituées. Dans le même temps, la prostitution qui jusqu'alors n'était interdite que dans certaines régions et organisée dans d'autres, s'officialise à l'ensemble du pays, avec l'attribution de licences et l'instauration de taxes. La prostitution volontaire n'étant pas interdite, les proxénètes continuent de recruter de jeunes femmes, avec des promesses d'embauche comme « serveuses », avec contrat à durée fixe. Pour en garder le contrôle, ils prêtent aux parents une avance sur les gains futurs. Ces gains étant grevés de commissions et de lourdes charges de frais d'hébergement, d'entretien, de santé, de chauffage, de maquillage, frais financiers, etc., les jeunes femmes peinent à rembourser ce prêt, et ne peuvent donc s'échapper, une loi prévoyant leur interdiction de sortie des quartiers de bordels en cas de dette et avant l'expiration du terme du contrat Joanne Liddle et Sachiko Nakajimo, Rising Suns, Rising Daughters: Gender, Class and Power in Japan, Zed Books, 2000, , 341 pages p. 65-66, extraits en ligne.
L'ordonnance du ministère de l'Intérieur, promulguée en 1908, pénalise la prostitution non officielle.
Les karayuki-san et ameyuki-san
Malgré l'abolition de l'esclavage, la traite des femmes et le proxénétisme continue, le plus souvent par rapt, dol ou abus de confiance. Les sont des japonaises qui se sont expatriées dans les pays asiatiques de l'est et du sud-est au cours de la seconde moitié du pour y travailler en tant que prostituées. Un grand nombre d'entre elles sont originaires de l'île d'Amakusa (préfecture de Kumamoto) qui possédait une importante communauté chrétienne longtemps pourchassée.
Le même phénomène existe avec les ameyuki-san, destinées au trafic vers l'Amérique
Nombre de ces femmes expatriées comme karayuki-san sont issues de familles d'agriculteurs ou de pêcheurs peu fortunées. Les passeurs recrutent les jeunes filles dans les communautés pauvres en les achetant à leurs parents et prennent en charge leur expatriation en leur disant qu'elles partaient outre-mer pour le service public. Les mêmes passeurs revendent les filles à l'industrie du sexe. Grâce à l'argent tiré de ce commerce, les intermédiaires ouvrent, à l'étranger, un lupanar pour leur propre compte.
Les dernières années du l'ère Meiji ont été l'âge d'or pour le karayuki-san. Les filles expatriées étaient connues sous le nom de , ou « filles à soldats ». Néanmoins, avec l'internationalisation de ce qui était japonais, le commerce des karayuki-san a rapidement été considéré comme scandaleux. En 1920, la prostitution a été déclarée hors-la-loi et les bordels japonais de l'étranger fermés. Beaucoup de ces jeunes femmes sont rentrées au pays mais quelques-unes ont préféré rester.
Ère Shōwa (1926 - 1989) Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale le gouvernement de Naruhiko Higashikuni ouvre à nouveau les lupanars sous la bannière Association pour les loisirs et l'amusement afin de satisfaire les soldats de la force Alliée d'occupation. Le , le ministère de l'Intérieur japonais mandate les instances gouvernementales locales pour ouvrir des centres de prostitutions afin de préserver la « pureté » de la « race japonaise ». La déclaration officielle déclarait : . Les établissements sont rapidement ouverts par les conseillers du ministre Yoshio Kodama et Ryoichi Sasakawa. Quoi qu'il en soit, le SCAP abolit le système d'une prostitution encadrée dès 1946. En 1947, le Décret Impérial punit les personnes qui incitent des femmes à la prostitution mais la prostitution elle-même reste légale. Seule la loi anti-prostitution de 1956 ( dont la promulgation dès le a été stimulée par la progression alarmante du nombre de maladies sexuellement transmissibles parmi les soldats des forces d'occupation du Japon) a rendu la prostitution organisée illégale; tout au moins sous certaines formes.