L'incendie de l'hôtel Paris-Opéra a eu lieu dans la nuit du 14 au au 76 rue de Provence à Paris et a fait vingt-quatre morts dont onze enfants. C'est l'incendie le plus meurtrier qui ait eu lieu dans Paris depuis la Libération.

Au moment des faits, l'hôtel Paris-Opéra est un établissement qui héberge principalement des personnes en situation précaire placées là par les services sociaux. Bien qu'il soit en suroccupation et ne possède pas d'issue de secours, une inspection de sécurité a conclu le mois précédent qu'il n'y avait pas d'obstacle à la poursuite de son activité.

L'incendie est déclenché accidentellement vers par la petite amie du veilleur de nuit dans un accès de colère. Le gardien, sous l'emprise de l'alcool et de la drogue, et sans formation à la sécurité, tarde à prévenir les secours alors qu'une intervention rapide des pompiers est indispensable. Environ 300 pompiers et secouristes, dans le cadre du plan rouge, se rendent sur les lieux pour lutter contre cet incendie particulièrement violent qui n'est maîtrisé qu'à .

Au lendemain du drame, l'émotion est forte et une polémique se crée sur les conditions dans lesquelles sont hébergées les personnes en situation précaire, les demandeurs d'asile en attente d'une décision et les déboutés du droit d'asile. Il est mis en évidence que devant l'insuffisance de logements pérennes pour ces personnes, le recours à l'hôtellerie bon marché est devenu systématique. L'État dépense ainsi de fortes sommes pour des logements souvent mal entretenus, voire vétustes. Deux nouveaux incendies au mois d'août, celui du boulevard Vincent-Auriol et celui de la rue du Roi-Doré, qui touchent aussi des immigrés aux revenus modestes, relancent la polémique.

Au terme d'une instruction jugée très longue par les familles des victimes, un procès s'ouvre en . Il aboutit à la condamnation de la jeune femme responsable du départ du feu, du veilleur de nuit de l'hôtel et de l'un des gérants, sans que les pouvoirs publics soient mis en cause. Un procès en appel a lieu en 2015 dont le verdict, rendu début 2016, allège la condamnation de l'incendiaire de trois ans de prison ferme à trois ans dont un avec sursis. L'action civile étant encore en cours, la grande majorité des victimes ne sont toujours pas indemnisées à cette date.

Description de l'hôtel vignette|upright|La portion de la rue de Provence où se trouve l'hôtel, vue depuis le croisement avec la rue de la Chaussée d'Antin.|alt=Rue à une voie et contresens cyclable bordée d'immeubles de 5 étages sur la droite, bordée d'arbres minces sur la gauche

L'hôtel Paris-Opéra est situé dans le de Paris, 76 rue de Provence.., dans le quartier touristique des grands magasins.. La rue est aussi fréquentée, le soir, par des prostituées qui travaillent dans des hôtels à proximité. Le numéro 76 est un immeuble de six étages. À l'origine établissement , il est la propriété d'une même famille depuis .. Au moment des faits, cet établissement est classé en cinquième catégorie., (c'est-à-dire pouvant accueillir moins de 100 personnes).. Il compte trente-deux chambres qui sont proposées aux services sociaux de la ville de Paris depuis l'an 2000 pour y loger des personnes en situation précaire (au moment de l'incendie, le Samu social paye l'hôtel la nuit par personne logée.). L'entrée fait de large, l'escalier est large d'un mètre et l'hôtel dispose d'un ascenseur.

Officiellement, au moment des faits, l'hôtel accueille quatre-vingt-deux personnes, dont soixante-dix-sept se trouvent effectivement dans les lieux alors que l'établissement n'a l'autorisation d'en recevoir que soixante-et-une.. Cette autorisation a notamment été précisée lors d'un rapport de contrôle de la préfecture de police de Paris, qui inspecte les lieux en mars. Le rapport ne relève pas d'anomalies mais demande la poursuite de la révision des installations électriques., notamment la suppression de l'usage de multiprises et de la présence de douilles et de fils volants, ainsi que la remise en état de marche d'un bloc d'éclairage de sécurité. Des essais de détection d'incendie sont effectués lors de cette visite. Le contrôleur demande aussi de terminer et de placer un plan de repérage des issues dans les chambres. L'hôtel ne possède pas de sortie de secours, mais les règlements en vigueur pour ce type d'établissement n'en imposent pas forcément à cette époque : les normes tiennent compte de l'année de construction de l'établissement et du nombre maximal de personnes qu'il peut recevoir. La fille des gérants assurera d'ailleurs dans la presse que si des changements ou des améliorations sur l'état de l'hôtel leur avaient été demandés, ils les auraient effectués.. Les établissements de ce type doivent faire l'objet d'une visite de sécurité tous les cinq ans, mais à Paris ces visites ont lieu tous les trois ans. L'hôtel a ainsi été inspecté en 1978, 1980, 1982, puis 1987, 1992, 1993, 1998, 2002 et donc le . Une semaine avant la visite de la préfecture, le , la vérification du matériel de détection des fumées et des gaz a été réalisée par une société spécialisée. La visite du conclut que les aménagements à réaliser

Après l'incendie, des témoignages d'anciens occupants de l'hôtel expliqueront que l'hôtel était sale et que les installations électriques leur semblaient vétustes. La fille des gérants répondra que si les disjonctions électriques étaient courantes dans l'hôtel, c'était en fait volontaire : à partir du moment où des personnes orientées par les services sociaux sont venues y vivre, certaines amenant des appareils électriques tels que des fours à micro-ondes qu'elles voulaient utiliser dans les chambres, les gérants ont fait le choix de baisser l'ampérage afin qu'ils ne puissent pas brancher plus qu'une télévision.

Déroulement de l'incendie

Déclenchement de l'incendie et appel des secours Dans la nuit du 14 au , Fatima, 31 ans, la petite amie du veilleur de nuit, domiciliée dans les Hauts-de-Seine, se rend à l'hôtel où il lui arrive régulièrement de passer le voir.. Elle l'aurait déjà vu plus tôt dans la journée, dans la pièce où il se repose après son service, mais elle est partie après s'être disputée avec lui.. Nabil, le veilleur de nuit, 36 ans., qui est aussi le fils du gérant, rappelle la jeune femme vers minuit pour lui demander de venir. Leur liaison est difficile : l'homme aurait déclaré à ses amis que la jeune femme n'est et aurait demandé à son ex-épouse de reprendre une vie commune peu avant le drame.

Fatima s'attend néanmoins à passer la soirée avec lui et porte des sous-vêtements rouges. Elle s'installe dans la salle de petit déjeuner au premier étage ; ils ont pour habitude de s'y retrouver, elle y a aménagé un et disposé des bougies car la lumière de la lampe y est trop forte. Elle s'y dispute de nouveau avec Nabil qui redescend. Elle va le chercher et découvre qu'il est en train de faire la fête avec Il a en effet l'habitude de faire la fête avec des clients et a aussi bu du champagne et du whisky. Fatima n'aime pas qu'il prenne de la cocaïne car il arrive qu'il la frappe après en avoir pris. Elle remonte, énervée, et jette par colère une pile de vêtements, sans faire attention aux bougies qui y mettent le feu. Elle agit ainsi car elle sait que Nabil déteste qu'on dérange ses affaires.. Elle quitte l'hôtel et retire ensuite de l'argent dans un distributeur tout proche. Elle déclarera lors du procès qu'elle n'a pas eu conscience du départ d'incendie et affirmera n'avoir appris le drame que le lendemain..

Le feu se propage rapidement à la cage d'escalier. L'alarme incendie se déclenche. et Nabil tente de lutter contre les flammes avec des extincteurs puis court prévenir les pompiers des Galeries Lafayette voisines. Ce sont eux qui appellent les secours à du matin, dix minutes après le déclenchement de l'incendie, alors que la configuration des lieux aurait nécessité une intervention plus rapide.. Les pompiers du service incendie des Galeries Lafayette commencent à arroser le rez-de-chaussée de l'immeuble avant l'arrivée des secours.

Action des secours vignette|gauche|Les Galeries Lafayette, où un poste médical avancé a dû être installé pendant l'incendie.|alt=Large carrefour avec bâtiment d'environ 9 étages, en bas se trouvent des auvents rouges où se lit GALERIES LAFAYETTE À l'arrivée des secours, plusieurs chambres sont déjà la proie des flammes et sept personnes, dont quatre enfants, se sont défenestrées pour leur échapper. Une femme qui travaille dans l'hôtel voisin a permis à une résidente du Paris-Opéra de s'échapper du premier étage en lui amenant une échelle.. Le feu, qui est d'une grande violence et se propage très vite, s'est déclenché alors que la plupart des occupants de l'hôtel se trouvent dans leur premier sommeil. La cage d'escalier, qui prend feu, et l'ascenseur agissent L'escalier étant la seule issue du bâtiment, les habitants sont bloqués dans les chambres. Ignorant les règles de sécurité, ils ouvrent les fenêtres et les portes, ce qui crée de nouveaux appels d'air.. L'hôtel a aussi des chambres sur cour qui ne sont pas directement accessibles aux secours..

Le plancher entre le cinquième étage et les combles du sixième s'enflamme et s'effondre. Sans moyen de s'échapper, plusieurs des occupants de l'hôtel se sont jetés par les fenêtres ou depuis le toit. Les pompiers, qui évacuent une soixantaine de personnes par leurs échelles, parleront d'un , de choses , de . Ils expliqueront avoir trouvé des corps : aussi bien dans la rue que dans l'hôtel, faisant notamment état de quatre cadavres d'Africains trouvés dans la salle de petit déjeuner. Des témoins raconteront des scènes d'horreur où les occupants de l'hôtel crient et tentent d'échapper aux flammes qui se propagent à toute vitesse. Les pompiers noteront par la suite que certaines personnes se sont aussi défenestrées sous l'effet de la panique, alors que la fumée n'a pas encore atteint leur chambre dont les murs ne seront pas noircis.. L'incendie est suffisamment grave pour que le plan rouge soit déclenché, entraînant la présence sur place de plus de trois cents pompiers et secouristes du SAMU, ainsi que cinquante-sept véhicules de pompiers, dix lances à incendie et huit ambulances de réanimation.. Le hall et le rayon cosmétique des Galeries Lafayette sont réquisitionnés afin d'y créer un poste médical avancé.. Les blessés sont dirigés dans les hôpitaux de la région et une chambre mortuaire est aussi installée dans une salle du magasin afin d'y déposer les corps des victimes décédées. On trouve parmi les blessés des polytraumatisés, ceux qui ont sauté par les fenêtres, ainsi que des brûlés et des personnes intoxiquées par la fumée. Selon la préfecture de police de Paris, les victimes sont de nationalités française, sénégalaise, portugaise, ivoirienne, américaine, ukrainienne et tunisienne. Une cellule d'aide psychologique est mise en place par la Croix-rouge pour aider les rescapés qui sont très choqués.

L'incendie est maîtrisé à du matin mais le journal Le Parisien note qu'on voit encore l'hôtel fumer à du matin. L'incendie a fait vingt morts, mais les pompiers estiment qu'au vu de la gravité de certains blessés, il est probable que ce bilan provisoire s'alourdisse. Huit heures après le départ des flammes, ils sortent encore des corps des décombres de l'hôtel dont l'intérieur est entièrement noir de suie.

Réactions officielles et bilan vignette|gauche|upright|Façade de l'hôtel Paris-Opéra en septembre 2015, du premier au quatrième étage.|alt=Vue du premier au d'un immeuble, certaines fenêtres ont des traces noires de suie sur le dessus, d'autres ont des tasseaux ou sont murées. Le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, se rend sur les lieux, ainsi que Nelly Olin, ministre déléguée à la lutte contre la précarité, Jean-Louis Borloo, ministre de la cohésion sociale, et plusieurs élus parisiens. Le président de la République, Jacques Chirac, déclare ressentir et devant ce qui, selon lui, .